Petit mot de l'auteure : j'ai écrit ce texte pour la 137e nuit du FOF pour le thème "Chien".
Merci à Marina et Angelica pour leurs review !
- Tu ne devineras jamais ce que je viens juste d'entendre !
Bien que la servante qui ait prononcé cette phrase l'ait murmurée à sa collègue, Amerei l'entendit aussi. Elle allait partir, n'étant guère friande des ragots des serviteurs et considérant qu'il n'avait pas à s'immiscer dans une conversation privée – toutefois, ce qui fut immédiatement ajouté après la retint sur place.
- Amerei Lannister... j'ai une cousine qui travaille dans son ancien château. Elle m'a appris la véritable raison de ce mariage précipité avec lord Lancel.
- Vraiment ? Demanda l'autre. De quoi s'agit-il ?
- Elle a été prise en train de coucher avec trois hommes en même temps ! Trois, tu imagines ?
- Mais quelle chienne ! s'exclama la deuxième servante.
- Oh que oui... confirma la première. Une vraie chienne en chaleur. Et après on considère que nous, la sale populace, avons moins de prestance qu'eux...
Les deux continuèrent leur conversation tout en s'éloignant, si bien qu'Amerei n'eut pas la suite. De toute manière, il en avait déjà bien assez entendu : selon l'opinion de tout le monde, elle n'était une chienne. Et pourquoi donc ? Parce qu'elle aimait coucher et osait faire ce qu'elle voulait de son corps, suivre ses désirs et pulsions ? Parfois, Amerei se disait qu'elle était née dans le mauvais corps. Si elle avait été un homme, elle aurait pu avoir le même comportement sans que personne ne vienne l'insulter. Mais puisqu'elle était femme, elle n'était qu'une salope de se donner ainsi... pire. Elle n'était même pas une « salope ». Elle n'était qu'une « chienne », un animal. Elle n'avait pas l'habitude de trop prêter attentions aux ragots qui se murmuraient sur elle, mais cette fois-ci, elle ne pouvait l'encaisser.
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Se fut en pleurs que Lancel trouva sa femme en rentrant de sa réunion.
- Que se passe-t-il ? S'inquiéta-t-il. Tu as mal quelque part ?
Amerei hocha négativement la tête, sans s'expliquer. Toujours préoccupé par son état, Lancel s'assit à côté d'elle dans le lit, pour la prendre dans ses bras.
- Dis moi ce qui se passe, s'il te plaît. Je n'aime pas te voir ainsi sans pouvoir rien n'y faire.
- Tu ne peux rien faire pour m'aider, murmura Amerei. Les dés sont déjà lancés. Je ne suis qu'une chienne et je le resterai toute ma vie.
- Bien sûr que tu l'es.
Le cœur d'Amerei cessa de battre – un instant seulement, car très vite, Lancel poursuivit son idée :
- Tu es loyale, comme les chiens. Tu es toujours là pour me réconforter et m'aider. Tu te fais du soucis pour les autres, même si tu ne sais pas toujours l'exprimer. Tu es toujours enthousiaste lorsqu'on te propose une activité, et ta joie de vivre est communicante. Tu es courageuse et forte. Tu serais capable de mordre quiconque essayant de s'attaquer à ceux que tu aimes. Alors oui, tu es une chienne.
Amerei savait que Lancel n'était pas dupe quant à ce que cachait véritablement l'appellation de « chienne ». Mais le portrait qu'il avait dressé d'elle lui avait redonné un peu de forces – suffisamment pour que les prochaines fois, elle fasse taire ces horribles médisances par la douce voix remplie d'amour de Lancel.
Note de fin : Sinon, on pourrait laisser les gens vivre leur sexualité tranquille hein ?
