Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la journée mondiale de la sensibilisation au deuil périnatal. Ducoup c'est pas un texte très joyeux.

Merci à Marina, Angelica pour leurs review !


Robert ne verse aucune larme devant le corps sans vie de leur enfant.

Cersei songe qu'il souhaite se montrer fort, et un instant, elle se dit que son mari est vraiment chevaleresque. Il reste droit malgré la blessure qu'il doit ressentir, agit en tant qu'homme, devient un roc sur lequel elle pourra pleurer. À ce moment là, Cersei songe que cette tragédie permettra peut-être au moins de les rapprocher. Alors timidement, elle lui demande s'il a songé à un prénom. Là, Robert la regarde, ahuri.

- Pourquoi lui donner un nom ? C'est inutile. Il n'a jamais vécu.

Cersei voudrait lui répondre qu'elle a besoin de nommer cet enfant, son enfant. Même si celui est mort-né, il a quand même était une partie d'elle pendant neuf mois. Elle la sentit grandir dans son ventre, elle lui a parlé, chanté des chansons. Dans la pièce adjacente, se trouve un berceau qui l'attendait et des couvertures qu'elle a minutieusement brodées. Tous ces moments ne peuvent pas avoir été un rêve. Ils ont été réels, tout comme l'enfant dans son ventre.

Et Robert le sait. Lui aussi a acheté des jouets pour le nourrisson, a posé sa main pour le sentir bouger. Alors comment peut-il dire que le nommer est inutile ? Donner un nom à cet enfant, c'est le reconnaître comme ayant existé, c'est donner un sens à ces neufs mois. Et c'est aussi lui permettre de faire son deuil, d'avoir un nom à qui dire au revoir.

Pourquoi Robert ne le ressent pas ?

Elle en a la douloureuse explication lorsqu'il se saisit de l'enfant sans la prévenir. Cersei redouble de pleurs, des pleurs de douleur, de colère, d'injustice aussi.

- Ne t'embarrasse pas de plaintes et de gémissements. Ce n'est pas de ta faute, dit-il maladroitement. Tu es encore jeune. Nous aurons tout le temps d'avoir un héritier.

Il dépose une main hésitante sur son épaule, avant d'emmener le bébé loin d'elle. Médusée, ce n'est que quelques minutes plus tard que Cersei réalise. Robert a pensé qu'elle pleurait d'avoir échoué à lui donner un héritier. Comment ne peut-il pas comprendre qu'elle pleure son enfant, une partie d'elle-même ? Elle comprend alors pourquoi Robert n'a pas versé de larmes. Il n'a jamais vu son ventre comme sa progéniture, simplement comme sa succession.

Cersei suppose que Robert a voulu être gentil en lui adressant ces quelques mots. Mais ce qu'il ignore, c'est qu'il vient de faire naître une résolution chez Cersei : celle de ne plus jamais le laisser l'engrosser, car il est hors de question que ses enfants aient un père qui ne les voient que comme des héritiers.