Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour le défi de Pâques. Texte cadeau pour Marina !

Merci à Merlin pour la relecture.


Port-Réal était parée de mille feux.

Une fête somptueuse battait son plein ; les candélabres étaient tous allumés, les danseurs évoluaient sur la piste au rythme de l'orchestre. Les convives qui restaient assis n'étaient pas en reste puisque s'offrait à eux la possibilité d'un grand festin. En somme, tout était réuni pour que les invités passent une soirée des plus exquises.

Pourtant, un des convives ne souriait pas. Loin de là, même. Le fait était d'autant plus étonnant qu'il s'agissait de Kevan Lannister, le deuxième fils du seigneur. Ne devrait-il pas être heureux de voir son palais être si beau ? Fier de porter les couleurs de ses hôtes prestigieux ? À en croire sa mine contriste, il n'en était rien. Il fallait dire qu'à ses côtés, se trouvait son père, Tytos Lannister. Un seigneur riche, fort, puissant. Mais qui pourtant, ne suscitait aucun respect. Il n'y avait qu'à voir l'attitude des autres nobles autour de lui... Ces derniers n'éprouvaient aucun scrupule à se moquer de lui. Et l'homme, trop enivré pour relever, se contentait d'un rire gras.

Le jeune Kevan haïssait ces moments où ceux qui devaient être respectueux n'étaient que mépris. Les convives attablés durent le remarquer, puisqu'ils se tournèrent bientôt vers lui.

- C'est qu'il fait les gros yeux ton gosse, Tytos, s'exclamait l'un d'entre eux.

- Faut lui dire de faire attention, il va devenir aussi laid que toi, renchérit un autre.

- Oui, ce sont des choses qui se transmettent, commenta une troisième. Ça et la bêtise.

- Enfin, si tant est que c'est bien ton père, gamin, s'adressa à lui un quatrième. Ta mère a bien pu aller voir ailleurs...

Kevan tâcha tant bien que mal de ne pas se laisser toucher par ces horribles propos. Mais lorsque la seule réponse de Tytos fut de rire, il ne tint plus. Il quitta la pièce d'un pas raide, se fichant bien de la mauvaise impression qu'il pouvait donner. Après tout, il n'était déjà rien aux yeux de ces hommes. Alors un peu plus ou un peu moins... Néanmoins, malgré sa tentative pour relativiser, il ne put retenir des larmes de frustration et de colère.

Ce fut dans cet état que Tywin le trouva. Son grand frère avait dû le voir s'éclipser et l'avait suivi.

- Que s'est-il passé ? Demanda-t-il, inquiet.

Kevan lui reporta les propos malveillants en quelques mots. Là, Tywin posa une main résolue sur son bras.

- Tiens bon. Quand je deviendrai le lord du Roc, je te jure que personne ne songera plus à s'en prendre à nous. Je t'en fais le serment.

Le plus jeune hocha alors la tête, apaisée par l'assurance de son aîné.

Bien des années plus tard, à chaque fois que Kevan trouverait que Tywin faisait preuve d'une trop grande force envers leurs ennemis, il repenserait à cette conversation. Alors, son ire ne manquait de s'évaporer. Comment reprocher à Tywin d'être devenu intransigeant quand il l'avait fait pour le protéger ? C'était tout simplement impossible. Alors Kevan continuait de servir son frère avec autant de zèle que Tywin le servait lui-même.