Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la session d'anniv de BA (BON ANNIV !) : un tyrion & cersei où l'un empêche l'autre de se suicider
Tyrion n'avait jamais aimé croiser le regard de Cersei.
Comment aurait-il pu alors qu'il n'y voyait que de la haine, du mépris et de la colère ? Toutes ces émotions qu'il lisait sans arriver à comprendre leur origine lui paraissaient insoutenables. Au début, quand il était encore enfant, il les fuyait purement et simplement. Au fil du temps, il avait apprit à soutenir le regard de sa sœur, lui renvoyant la même haine. Il ressortait de ces confrontations épuisé, l'âme meurtrie, le cœur tremblant. Ainsi, dès qu'il le pouvait, il évitait de la regarder dans les yeux.
Pourtant, en ce moment, Tyrion souhaitait désespérément sentir le regard de Cersei sur lui.
Mais comme à chaque fois qu'il désirait quelque chose, son aînée se faisait un malin plaisir à lui refuser d'exaucer ses vœux. Ainsi, elle était continuellement étendue sur le lit de fortune qu'ils s'étaient fait. Ses yeux fixaient un point invisible dans le plafond. Elle ne le quittait qu'au moment de faire ses besoins ou d'avaler une bouchée de ce que Tyrion lui donnait.
Le tout, sans jamais le regarder.
Aussi extraordinaire que cela pouvait être, Tyrion ne prenait pas ce désintérêt pour lui. Depuis leur fuite à Essos, Cersei s'était coupée du monde entier. Jaime n'étant plus, absolument rien n'avait alors d'intérêt pour elle.
Et cela terrifiait Tyrion.
Il sentait bien qu'à ce rythme là, il finirait par retrouver Cersei pendue ou étendue dans son propre sang. Il avait tout tenté pour essayer de la rappeler dans le monde des vivants : la menacer, éveiller son esprit de revanche, lui parler avec douceur, la faire culpabiliser en invoquant l'image de Jaime qui serait déçu de la voir dans un état si déplorable.
Rien n'avait fonctionné.
Ainsi, après un nouvel échec, il finit par faire la seule chose qu'il n'avait jamais fait devant elle : il pleura.
C'était des larmes de tristesse, de colère, d'épuisement. Les larmes du deuil de Jaime mais aussi de toutes les choses qu'il ne s'était jamais autorisé à pleurer : sa mère, une relation saine avec son père et sa sœur, les humiliations et le poids de la solitude. Il s'était toujours refusé de se lamenter mais dans cette cabane sordide, avec pour seule compagnie une sœur qui semblait déjà partie... Il ne parvenait plus à faire face. Et puis, à quoi bon ? À ce rythme là, Cersei mourrait bientôt, lui aussi. Conserver les apparences n'avait plus vraiment d'importance.
Il fut tiré de ces sinistres pensées par un mouchoir agité sous son nez.
- T'es encore plus moche quand tu pleures.
Il ne songea pas un seul instant à être indigné ni même blessé par les mots.
Toutes ces pensées étaient tournées vers une seule chose : la vision extraordinaire de Cersei debout, le toisant avec une once de mépris, comme un retour presque imperceptible à la Cersei habituelle.
Puis, elle retourna se coucher.
Mais cette fois-ci, au lieu de se plonger dans le plafond, elle ferma les yeux, comme prête à enfin prendre un vrai repos pour mieux repartir une fois réveillée.
