Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit en l'honneur de l'anniversaire de Lena Headley !

il répond au prompt du défi parental "je peux rester avec vous?"


Tywin avait toujours aimé les tâches administratives qu'exigeaient son rang. Là où d'autres Seigneurs préféraient chasser et guerroyer, lui n'aimait rien de plus que de s'enfermer dans son bureau et refaire le monde via des lettres adroites. Il était en effet assez extraordinaire de songer qu'une maison pouvait être détruite par une poignée de mots jetés sur le papier. Depuis qu'il avait pris la tête de Castral Roc, il n'avait ainsi pas passé une seule soirée sans avancer sa pile de courrier.

Ce soir ne faisait pas exception : il était enfermé dans son bureau, des lettres et des lettres à perte de vue. Toutefois, il ne montrait assez inefficace dans leur traitement. Il fallait dire que les courriers contenaient tous les mêmes mots. « Nous sommes navrés d'apprendre le décès de Lady Joanna » et autres « Notre maison se joint à votre douleur » étaient éparpillés avec une hypocrisie abominable. Tywin savait très bien que la seule intention de ces messages était de voir s'il avait la force d'y répondre pour pouvoir en tirer profit si ce n'était pas le cas. Il était bien placé pour le savoir – c'est ce qu'il aurait fait. D'ordinaire, bien conscient de ces inévitables manœuvres politiques, il serait passé outre, droit dans sa mission. Mais la tâche lui paraissait trop ardue ce soir : cela ne faisait qu'une semaine que sa douce épouse était décédée. Rentrer dans le jeu diplomatique en commentant sa mort à des gens qui n'en avaient que faire le révoltait. Pourtant, il allait bien devoir s'y mettre... L'avenir des Lannister était en jeu.

Il reprit alors sa plume, tâcha de la positionner fermement, souffla pour s'insuffler du courage. Mais alors qu'il allait écrire, des coups furent portés à sa porte. Avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, cette dernière s'ouvrit sur la figure tremblante de Cersei.

- Cersei, dit-il d'un ton clinquant. Combien de fois faudra-t-il que...

Le « je te dise de ne pas me déranger ? » mourut sur ses lèvres. La raison en était à une vision extraordinaire : sa fille pleurait. Malgré son jeune âge, Cersei se montrait déjà comme une féroce lionne, portant dignement les couleurs de sa maison. Elle gardait toujours la tête, ne cédant jamais aux pleurnicheries pourtant communes à son âge – si seulement Jaime pouvait prendre exemple sur elle ! Même à l'enterrement de sa mère elle était restée digne et fière. La voir dans cet état était donc... étrange.

- Que se passe-t-il ? Demanda-t-il ainsi un peu moins sèchement que d'ordinaire.

- Cela fait une semaine, sanglota Cersei. Une semaine et Mère n'est toujours pas revenue.

Tywin sentit alors son cœur se serrait. Quand il avait annoncé aux jumeaux que leur mère n'était plus, il n'avait pas cherché à édulcorer la vérité. Aux « Mère est partie » il avait préféré invoquer la mort, la dure et cruelle réalité. Si les enfants avaient donné l'impression de comprendre, il était confronté au fait que Cersei avait gardé espoir que sa mère ne revienne, malgré l'enterrement. Mais voilà. Joanna ne l'avait jamais quitté plus que six jours – et cela faisait maintenant sept jours. La jeune enfant devait ainsi réaliser que quelque chose n'était définitivement pas normal. Elle rajouta ainsi une phrase avec une tristesse qui lui parut infinie :

- C'est donc vrai qu'elle ne reviendra pas ? Plus jamais ?

- Oui.

Jamais Tywin n'avait été aussi triste de dire la vérité. Cersei accueillit la réponse comme une sentence, ses larmes se tarissant. Ce fut leur absence, plutôt que leur présence, qui le conduit à s'approcher de sa fille. Il lui prit la main, la serrant doucement. Il n'avait jamais été doué pour réconforter les gens, c'était Joanna qui s'en occupait d'ordinaire, mais Joanna n'était plus là – et c'était bien le problème. À n'importe qui d'autre, le Seigneur du Roc aurait ordonner de partir. Mais il avait devant lui sa fille âgée d'à peine sept ans, pleurant de ne plus trouver sa mère et réalisant peu à peu qu'elle ne la reverrait plus.

Il se devait d'au moins essayer.

- Mère ne reviendra pas. C'est donc normal d'être triste. Et ce n'est pas grave. Qu'est-ce que le chagrin, si ce n'est l'amour qui persévère ? Tout ce qu'il faut, c'est de ne pas montrer triste devant les autres. Mais entre nous... nous pouvons l'être un peu. Tant que cela ne nous empêche pas d'avancer. Tu comprends ?

Cersei hocha la tête. Tywin allait la sommer de retourner dans ses appartements quand elle demanda d'une toute petite voix :

- Je peux rester avec vous ? Seulement ce soir ?

Il haïssait les supplications tout comme il méprisait la faiblesse. Néanmoins, il ne se sentit pas le cœur de chasser cette pauvre enfant. Il lui désigna alors le fauteuil près du sien.

- Tu peux préparer les enveloppes. Cela m'aiderait beaucoup. Mais seulement pour ce soir, sommes-nous clairs ?

- Très clairs, Père.

Oui, demain l'intransigeant Tywin Lannister reviendrait pour reprendre cette famille en main. Mais ce soir, il se contenterait d'apaiser à sa manière, certes maladroite mais sincère, la douleur de sa fille.