Bonjour/bonsoir ! Nous sommes en fin de mois d'août et j'ai passé mon temps à me reposer. Ca m'a fait le plus grand bien et ça m'a donné le courage de corriger ce chapitre. J'aurais voulu le publier plus tôt mais j'avoue que la fatigue écrasait mon corps donc.
En tout cas, j'espère que ce chapitre vous plaira, bonne lecture à vous !
-Tu es sûr que tu veux pas rester un peu plus longtemps ?
Kaneda secoua la tête.
-Monsieur Yamashita m'a appelé pour que je devienne l'un des combattants de leur société. J'ai un match dans deux semaines donc je dois me préparer. Si vous avez le temps, venez me voir au Japon.
-TOTALEMENT ! Hurla Saw Paing.
Kaneda avait développé le même instinct de survie que Gaolang : être prêt à se boucher les oreilles à n'importe quel moment quand il est à côté de Saw Paing.
-En-tout-cas, cela m'a fait plaisir de te revoir. Et tu m'as permis d'avoir une semaine de repos, ajouta-t-il pour lui-même. Sa Majesté avait cessé toutes tentatives pour les mettre ensembles. Gaolang supposait qu'il devait compter sur Kaneda pour provoquer quelque chose. Cela n'était pas concentré sur lui donc la cible devait être Saw Paing. Il n'avait pas remarqué de changement flagrant, mais son attention avait été concentrée sur Kaneda durant toute la semaine.
-De même pour moi. Répondit le Japonais.
Gaolang et Saw Paing saluèrent une dernière fois leur ami avant qu'il ne parte dans le taxi qu'avait fait venir le Roi. Quand il s'assit dans les sièges arrière, Kaneda soupira comme si son âme quittait son corps. Il était épuisé. Sa semaine n'avait pas été particulièrement épuisante, mais il avait dû refuser les demandes farfelues du Roi tout en ne se faisant pas démasquer par Gaolang. Une semaine bien remplie en soit. Il avait vraiment hâte de rentrer chez lui.
-Ça va faire bizarre sans Kaneda.
-Tu as raison.
Les deux combattants continuèrent de discuter jusqu'au terrain d'entraînement et ils reprirent leur routine. Toutefois, des choses avaient changé de leur côté. Gaolang avait pu réfléchir aux manigances de Sa Majesté et il avait compris que tant qu'il n'avouerait pas ses sentiments, il ne le laisserait pas tranquille. Mais il ne se sentait pas encore prêt à cela. Il avait déjà eu du mal à admettre son attirance. Alors l'avouer, à voix haute, à Saw Paing ? C'était au-dessus de ses forces pour le moment. Les seules bonnes choses qui en ressortaient étaient d'abord l'acceptation du Roi. Il n'aurait pu commencer une relation sans l'approbation de Sa Majesté. Puis, petit à petit, il surmontait sa blessure à la main droite. Il estimait que dans quelques mois, il serait capable de remonter sur un ring. Et enfin, un détail à ne pas négliger, la présence de Saw Paing. Être avec la personne qu'il aimait boostait son moral, surtout quand il l'encourageait. Il était conscient que Saw Paing s'inquiétait et s'occupait de lui. Cela lui faisait plaisir même s'il ne l'avouerait jamais.
Saw Paing lui était dans un brouillard. Dire qu'il était perdu était un euphémisme. Il ne savait plus comment décrire sa relation avec Gaolang. Elle était très bien comme elle était ! Ils mangeaient ensemble, s'entraînaient ensemble. Parfois, il faisait aussi la cuisine, quand il arrivait à convaincre les cuisiniers de le laisser faire. Alors pourquoi il en voulait plus ? Il avait passé des années à forger cette amitié. Il avait retiré à la force de son enthousiasme les pierres qui composaient le mur d'indifférence qu'est Gaolang. A présent, il pouvait dire quand ce dernier était triste ou heureux rien qu'en regardant ses sourcils. Il avait aussi réussi à se faire accepter par le Dieu Thaï qui n'était pas connu pour sa tolérance sans limite.
Pourtant, il en voulait plus. Il voulait pouvoir être plus tactile avec lui. Être là quand il allait mal, quand après un long et éreintant entraînement, il partait pour se ressourcer. Souvent, il tendait la main vers lui, ouvrait la bouche sans que rien n'en sorte. Il savait que Gaolang n'ouvrait pas facilement son cœur. Mais pourquoi semblait il si triste quand leur regard se croisait ? Il se targuait d'être un guerrier, mais il n'avait pas le courage de parler à son meilleur ami. Quelle disgrâce.
Saw Paing secoua la tête puis hurla de toutes ses forces. Il en avait marre. Pour éviter de penser à ce capharnaüm interne, il se plongea corps et âme dans son entraînement. Il était heureux des progrès qu'il avait faits. Il était devenu plus endurant et plus rapide. Il essayait de devenir plus précis dans ses attaques et aussi de diversifier ses coups. Gaolang était d'une grande aide, ayant réussi à maîtriser et à combiner deux arts martiaux. Il avait aussi pensé à intégrer des tactiques à ses attaques et il avait demandé conseil à Kaneda. Il lui avait donné des références littéraires pour qu'il s'améliore, et même s'il détestait lire, il se forçait pour progresser.
Gaolang et Saw Paing continuèrent dans cette dynamique pendant quelques semaines. Les événements étranges s'étaient calmés, mais Gaolang n'était pas dupe. Le Roi tramait encore quelque chose. Les semaines passèrent et un beau jour, le roi les convoqua.
-Les garçons. Nous avons eu une idée. Cela fait quelques mois que Saw Paing vit ici. Nous nous sommes dits que tu devais avoir le mal du pays. Alors, nous avons invité ta famille à venir passer la journée ici.
Saw Paing écarquilla les yeux puis sourit de toutes ses dents. Au même moment, les portes du palais s'ouvrirent et une foule d'enfants de tout âge se mirent à hurler :
-Grand frère Saw Paing !
Au même instant, Gaolang crut s'évanouir. Il allait devoir supporter des minis Saw Paing. Toute la journée. Il tenta de s'enfuir, mais en vain.
-Oh ! C'est toi l'ami de grand frère ?
-Pourquoi tu as une perle sur ton front ?
-Tes cheveux sont tout lisse !
Les enfants l'avaient déjà encerclé et il craignait qu'ils commencent à monter sûr lui. Il était sur qu'ils seraient capables de faire la courte échelle pour attraper sa perle. Ils étaient plein de vitalité comme Saw Paing. Un peu trop énergique même.
-Hey !
Saw Paing attrapa les enfants et les posa sur ses épaules. Ils devaient avoir l'habitude, car ils prirent une forme de pyramide qui semblait très stable.
-Arrêtez de l'embêter !
-Désolé Monsieur !
Gaolang entendit le Roi pouffer derrière lui tandis que Saw Paing rendait les enfants à leurs parents.
-Ils font tous parti de ta famille ? Demanda Gaolang en se rapprochant avec précaution de Saw Paing. Il n'aimait pas la manière dont certains enfants regardaient le pendentif sur son front. Il remercia ses gènes pour être aussi grand, et donc hors d'atteinte des petites mains curieuses.
-Oui ! Enfin, pas de sang, mais c'est tout comme. Notre village possède à peine deux-cents habitants donc on se connaît tous très bien.
-Je vois.
Saw Paing partit discuter avec les nouveaux venus alors que Gaolang les observait de loin. Quel était le but de Sa Majesté ? Peut-être il voulait juste être aimable. Cela le surprendrait. Il ne faisait aucun mouvement inutile ou qui ne lui était pas profitable.
-Tu veux venir avec nous Gaolang ?
-Désolé, j'étais dans mes pensées. Tu peux répéter ?
-Je vais faire visiter le palais et ces alentours à ma famille. Puis on va trouver un coin tranquille pour pique-niquer. Ils ont ramené énormément de spécialités de Myanmar. Tu veux venir ? Proposa son ami.
-Je viendrais pour le pique-nique. Je vais m'entraîner ce matin. Je verrai si je passe l'après-midi avec vous.
-D'accord ! Cria Saw Paing en retournant vers la foule.
Gaolang se tourna vers le roi et capta son regard malicieux. Il n'avait vraiment pas hâte de découvrir ce qu'il manigançait.
Le midi fut vite arrivé, et après une bonne douche...
-GAOLANG !
Le dit Gaolang se boucha les oreilles et jura dans sa barbe. Pourquoi Saw Paing leur avait appris son nom ? Par politesse ? Pour le bien de ses oreilles, il aurait pu s'abstenir. Un millier de baffes n'auraient pu couvrir leurs cris. Il s'assit sur une nappe à motif floral à une distance raisonnable de Saw Paing.
-Nous avons préparé des spécialités de Myanmar, expliqua l'une des femmes.
Gaolang hocha simplement la tête puis prit une bouchée de Lahpet Thoke. Il y avait déjà goûté avec Saw Paing, et même s'il avait du mal à l'admettre, sa cuisine était l'une des meilleurs qu'il ait jamais dégusté. Tous ses plats regorgeaient de chaleur et de gentillesse et il sentait toutes les heures de travail fondre à chaque bouchée. C'était aussi l'un des rares moments où Saw Paing était calme, se concentrant pour préparer parfaitement sa recette.
-Est-ce que tu aimes Gaolang ?
Saw Paing ressemblait à un chien attendant des compliments. Le boxeur était sûr qu'il serait heureux s'il lui caressait la tête. Il ne le ferait pas, après tout sa famille était présente et ce serait très étrange.
-C'est très bon.
-Super !
Saw Paing sourit de toutes ses dents et Gaolang ne put se retenir de sourire avec lui. Le voir d'aussi bonne humeur lui mettait du baume au cœur. Sur le coup, il s'en voulait de monopoliser ainsi l'homme et de le garder loin des siens. Il devrait lui en parler plus tard. Il chasse la pointe de peine qui commençait à traverser son cœur et il se remit à manger et à boire avec les convives.
Le déjeuner se déroula dans la joie et la bonne humeur. Il avait dû répondre à de nombreuses questions et tous les enfants avaient formé une ronde comme s'il était un conteur. Saw Paing a dû leur mettre de fausses idées en tête. Il avait aussi discuté avec les adultes présents et il ne se savait pas si populaire. Il était assez gêné, car la plupart le remerciaient pour prendre soin de Saw Paing. Il ne prenait pas soin de lui. Il s'incrustait chez lui et faisait les tâches ménagères tout en hurlant comme un fou. Enfin, il préféra garder ses remarques et accepta les remerciements et autres compliments.
Durant ce laps de temps, quelque chose attira le regard de Gaolang. Trop proche. Elle était bien trop proche de lui. Devait-elle coller autant sa poitrine contre son torse ? Ils étaient en public ! N'avait-elle pas une once de pudeur ? Gaolang fronça inconsciemment les sourcils. Il n'aimait pas du tout ce que faisait cette femme. Elle ne cessait d'être près de Saw Paing, balançant sa poitrine juste dessous son nez. Heureusement que ce crétin ne remarquait rien. Du moins, il l'espérait.
Il se ressaisit brusquement. Après tout, il n'avait aucun jugement à émettre. Il n'était pas son petit ami, juste un ami. Possiblement son meilleur ami, mais cela ne lui donnaient pas le droit de décider qu'il fréquentait. Il savait qu'il y avait peu de chancse pour que Saw Paing l'aime. Ils n'avaient jamais abordé le sujet de leur sexualité, et même si Saw Paing ne lui avait jamais parlé de petite amie, il ne semblait pas attirer par les hommes. Même si d'un autre côté, lui non plus ne semblait pas attiré par les hommes.
Son attention fut détournée par l'un des doyens qui commença à raconter une histoire sur l'enfance de Saw Paing. Et il ne la raterait pour rien au monde. L'après-midi passa rapidement et les habitants de Myanmar durent repartir chez eux.
-Tu es sûr que tu ne veux pas rentrer avec nous ?
-Ça ne vapasêtre possible. Je suis un entraînement très rigoureux ici.
-Je vois. Prends bien soin de toi alors.
-Et ne saute pas les repas !
-Et n'oublie pas de dormir ou de faire des siestes de temps en temps !
-Et ne t'entraîne pas sur tes blessures !
Gaolang sourit. Voir Saw Paing devenir un petit-enfant à leurs yeux était drôle.
-Pourquoi tu ris Gaolang ?
-Pour rien. Je dois y aller, j'ai ma séance de kiné. J'ai passé une bonne après-midi, au revoir.
-Au revoir !
Gaolang partit en faisant un geste de la main. Quelques secondes après le départ de Gaolang, Saw Paing sentit une goutte de sueur couler le long de son cou. Toute sa famille avait formé un cercle autour de lui et il savait qu'il ne pouvait pas s'en échapper. Il était piégé.
-Vous êtes trop mignon !
-Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ?
-Pourquoi tu ne nous a rien dit ?
-Je n'avais pas pensé que c'était ton type d'homme.
-Calmez-vous ! On n'est pas ensemble ! Défendit Saw Paing en mettant ses bras en forme de « X ».
Les enfants firent un « O » avec leur bouche tandis que les femmes riaient sous cape.
-Tu avais honte de nous présenter ou quoi ?
Saw Paing fit la moue puis rougit.
-Je vous dis que nous ne sommes pas un couple.
-Ne dis pas de bêtises. Tu as remarqué la façon dont il te regarde ? Il était prêt à séparer quiconque s'approchait trop de toi.
-Et il regardait ton corps comme s'il allait le dévorer dans la seconde qui suivait.
Saw Paing rougit jusqu'aux oreilles et bredouilla quelque chose.
-Arrêter de sur-interpréter...
-C'est plutôt toi qui devrais laver tes yeux Saw ! Je me suis collée à toi tout l'après-midi et j'ai vraiment cru qu'il allait se lever pour m'arracher les yeux.
Saw Paing fronça les sourcils en se rappelant de ce moment. Il est vrai que Naw était un peu plus proche de lui que d'habitude, mais il trouvait cela normal. Ses parents étaient morts dans un accident et son père avait pris soin d'elle. Il l'a considéré avant tout comme une sœur.
-Et puis, c'est un fait connu que tu aimes les hommes grands, avec des cheveux soyeux, qui sont plus forts que toi et dont le prénom commence et fini par un « G ».
Saw Paing ne savait plus où se mettre. Il était aussi rouge qu'une tomate et il était sûr qu'on pouvait faire cuire un œuf sur sa tête.
-Messieurs, Mesdames et Mesdemoiselles, vos taxis sont arrivés.
Toutes les personnes poussèrent un soupir de déception, mais promirent à Saw Paing de revenir le voir dès qu'ils pourraient. Saw Paing leur fit alors ses au revoir, ne prenant pas la peine de relever les clins d'œil de certaines personnes.
-Ta journée c'est bien passé ?
Saw Paing faillit sursauter. Il était trop plongé dans ses pensées et n'avait pas entendu sa Majesté arriver.
-C'était trop bien ! On s'est tous bien amusé et Gaolang a pu venir lui aussi ! Merci beaucoup !
-Nous voyons cela. Nous sommes heureux que notre cadeau t'ait plu. Puisque Gaolang est chez le kinésithérapeute, accepterais-tu de venir boire du Cha Yen avec nous ?
-Ce serait avec plaisir Rama !
Les deux hommes partirent dans les appartements privés du Roi suivi par des lanceuses de fleurs et des danseuses. Leur thé était déjà servi et accompagné de Khao Niew Moon. Le tableau semblait un peu trop parfait et bien préparé, mais Saw Paing n'y fit pas attention. Les remarques de sa famille résonnaient encore dans son esprit et il ne pouvait s'empêcher de rougir en y repensant.
-Tout va bien Saw Paing ?
A nouveau il fut sorti de ses pensées et il regarda le Roi sans savoir quoi répondre. Il n'était pas le genre de personne à mentir, c'était indigne d'un guerrier. Toutefois, pouvait-il se confier à lui pour autant ? Il ne savait pas. Le Roi était assurément du côté de Gaolang alors lui confier ses agitations... Rama devait lire dans ses pensées car il lui dit :
-Tu peux tout nous dire, tu sais, même si cela concerne Gaolang. Tant que tu ne planifies pas de lui faire du mal, nous ne dirons rien.
-Et bien... Je ne sais plus du tout où j'en suis pour être franc... Cela fait des années que nous sommes amis avec Gaolang. Son amitié est une des choses les plus précieuses pour moi et j'essaye de la chérir autant que je peux. Pourtant... Je ressens comme un manque. Je voudrais... Être tellement plus pour lui. Pouvoir l'aider quand il se sent mal ou bien qu'il me raconte les aléas de sa vie. J'aimerais pouvoir aussi le serrer dans mes bras...
Saw Paing papillonna des yeux et se mit à hurler à pleins poumons. Il ne devait pas dire cela. Pourtant, il le pensait.
-Non non non ! Cela doit être ma famille qui m'a mit des idées dans la tête !
Un révélation surgit dans la tête de Saw Paing.
-Ça expliquerait ce qui s'est passé avec Kaneda !
Il était jaloux ! Et il considérait Kaneda comme un rival ! Saw Paing hurla à nouveau et se prit le visage dans les mains. Son cerveau était en ébullition et il avait besoin d'eau fraîche pour se calmer.
-Au revoir Rama et merci pour tout !
Il fila comme une flèche alors que le Roi le saluait de la main. Il avait apprit de nombreuses choses très intéressantes qui lui serviraient pour son plan. De base, il pensait devoir tirer les vers du nez de Saw Paing, mais cela avait été plus facile que prévu. Peut-être ne serait-il pas obligé d'intervenir ? Il réfléchit quelques secondes avant de supprimer l'idée. Il ne pouvait se permettre de rater une occasion d'embêter Gaolang, surtout quand ce dernier faisait des visages aussi expressifs. Il partit rejoindre ses deux compères dans leur salle des opérations pour mettre au point de nouveau plan.
Gaolang a fini sa séance de kinésithérapie et est épuisé...
Le Dieu Thaï de la Guerre fronça les sourcils. Pourquoi Saw Paing était-il dans cette position ? Il était accroché par les pieds à une barre et semblait plongé dans une intense réflexion. Il n'avait jamais vu cet entraînement et son ami lui avait maintes fois répété qu'il ne devait se concentrer que sur son entraînement. Et ce n'était clairement pas ce qu'il faisait. Il s'approcha doucement de lui, ne voulant pas le brusquer. Il posa délicatement une main sur son épaule et il ouvrit les yeux tel un mort-vivant et se mit à crier. Gaolang se boucha les oreilles et recula hâtivement alors que Saw Paing descendait de son perchoir.
-Gaolang ! Je ne t'ai pas entendu arriver !
-Tu étais trop perdu dans tes pensées. Quelque chose s'est passé durant mon absence ?
Saw Paing ouvra puis ferma sa bouche, imitant à merveille le poisson rouge.
-Ne t'en fais pas pour moi ! Tout va bien !
Tu mens.
-Très bien, je te crois.
Il ne voulait pas forcer son ami. Le connaissant, s'il voulait lui dire quelque chose il le ferait.
-Tu voudrais qu'on aille se balader demain ? Proposa soudainement Saw Paing.
-Se... Balader ? Répéta Gaolang.
-Oui ! Ces derniers temps on a été entouré de beaucoup de personnes. Je me disais que ce serait bien de passer un peu de temps ensemble.
Et ce qu'il me propose un rendez-vous ? Non, c'est Saw Paing. C'est juste une sortie entre amis, rien de plus.
-Pourquoi pas. Cela nous permettra de nous détendre un peu.
Saw Paing sauta au plafond tandis que Gaolang souriait. Il était déçu de ne pas avoir de thé ou autre. Il aurait pu prolonger ce moment. Peut-être devrait-il lui proposer ? Après tout, il lui avait demandé de sortir avec lui... Platoniquement. Gaolang était en pleines réflexions, ne sachant pas quoi dire.
Saw Paing en profita pour se rapprocher. Il s'était mis en quête de fixer ces sentiments pour Gaolang et il pensait qu'observer la personne l'aiderait. De près, Gaolang avait un visage particulier. Ses sourcils étaient très étranges. Ils étaient levés et couplés à son visage impassible, il semblait toujours triste ou en colère. Il le connaissait depuis un moment et ses sourcils n'avaient jamais changé. Il devrait en toucher deux mots au Roi un jour.
-Qu'est-ce que tu fais Saw Paing ?
Gaolang était sorti de ses pensées et avait sorti Saw Paing de sa contemplation.
-Je t'observe.
Gaolang rougit et détourna le visage. L'impulsivité de Saw Paing était une force destructrice et un défaut notable. Sur Gaolang, cela avait le don de le gêner ou de l'exaspérer. Il y avait aussi son manque de barrière mentale. Il n'avait aucune retenue, mentale ou physique.
-Et pour quelle raison ?
-Pour comprendre quelque chose.
Cela ne m'aide pas du tout. D'ailleurs, tant que j'y pense...
-Je t'ai entendu crier tout à l'heure. Il y avait une raison ?
Ce fut au tour de Saw Paing de rougir.
-Euh... C'est que... Bégaya-t-il. C'était... Un rituel de guerrier !
L'idiot semblait fier de lui et cela avait le don de déprimer Gaolang. Mais en même temps... Voir Saw Paing rougir et bégayer était un trésor très rare et qu'il devait garder précieusement. Il accepta la réponse bateau de Saw Paing et ils se mirent d'accord pour un horaire et un lieu pour le lendemain. Ils se quittèrent quelques minutes plus tard, chacun ayant beaucoup d'espoir pour leur rendez-vous. L'aîné voulait mettre des mots sur ses sentiments tandis que Gaolang voulait juste profiter de la présence de l'autre. Ils espéraient tout deux que cela se passe sans problème.
Le lendemain...
-Tu es un idiot, Yoroizuka Saw Paing.
-Arrête de dire ça Gaolang ! Je n'y ai jamais pensé, c'est tout !
-Tu veux me dire, que cela fait des années que tu passes la frontière, et que tu n'as toujours pas visité une ville thaïlandaise ? Cela doit être la plus grosse blague que j'ai jamais entendu. Et elle n'est pas drôle du tout.
-Je venais juste pour te voir. Je n'avais jamais pensé à visiter ou autre.
-Mais qu'est-ce que tu faisais en m'attendant ?
-Je m'entraînais, je faisais le ménage, la lessive, je cuisinais et je chantais !
Gaolang se prit l'arête du nez entre les doigts en regardant cet imbécile heureux. Il se posait des questions sur son attirance pour un tel crétin.
-Au moins, je sais ce qu'on va faire aujourd'hui... Je vais te faire visiter Bangkok.
-Super ! J'ai le meilleur guide possible.
Gaolang hocha la tête, puis ils commencèrent leur tour de la capitale Thaïlandaise.
Il lui avait d'abord dit le nom thaïlandais de Bangkok. Au vu de sa tête, il doutait qu'il en ait retenu la première syllabe. Ils étaient ensuite partis faire la visite du Wat Pao et avaient tous deux pu profiter d'un massage thaïlandais. Évidemment, Saw Paing avait prit des photos avec l'immense bouddha en faisant des poses toutes plus grotesques les unes que les autres. Ils avaient pu faire un tour de barque sur le Chao Phraya. Saw Paing avait failli tombé à l'eau et il l'avait rattrapé de justesse. Il avait même eu le droit à un mignon rougissement en plus d'un câlin involontaire. Ils avaient déjeuné au Chatuchak et Saw Paing avais prit du Pad Thaï au poulet très épicé. Gaolang ne comprenait comment il pouvait ingérer autant de piment, mais tant qu'il aimait, c'est ce qui comptait. Finalement, ils avaient atterri dans le parc Lumpini pour se reposer après cette éreintante journée.
-Tu t'es bien amusé ?
Le sourire éclatant de Saw Paing lui répondit et il sourit aussi.
-Moi aussi. Je me suis bien amusé. Les touristes ne t'ont pas trop déranger ?
-Pas du tout ! Au contraire, je trouve que ton désir de faire connaître ta patrie est très louable.
Le cœur de Gaolang se mit à battre plus vite et il fut pris d'une bouffée de chaleur. Il était très rare que quiconque comprenne son patriotisme poussé. La plupart l'acceptaient mais les personnes les plus extrêmes faisaient des remarques déplacées auxquels il s'efforçait de ne pas répondre. Ce même patriotisme avait mis fin à la plupart de ses relations, ses anciennes amantes ne comprenant pas qu'il puisse être avant tout marier à son pays.
Quand il y repensait, Saw Paing avait été très compréhensif. Il l'avait laissé parler avec les touristes, leur indiquer des directions. Il avait même pris des photos d'eux avec sa bonne humeur contagieuse. Cela lui avait fait plaisir et il l'avait silencieusement remercié.
L'esprit hurlant était calme, ce qui tranchait avec son excitation habituelle. Il s'était bien amusé aujourd'hui. Visiter Bangkok avec Gaolang était très divertissant. Ils avaient pu prendre plein de photos qu'il pourrait envoyer à sa famille. Il avait aussi prit des photos avec des passants qui avaient reconnu Gaolang. Ce n'était pas étonnant. Il faisait la promotion de son pays à travers le monde et était l'un des boxeurs les plus médaillés. Saw Paing adorait cette facette de Gaolang. Il était passionné comme quand il combattait.
Il s'était rendu compte qu'il aimait beaucoup de choses chez Gaolang. Son patriotisme, son calme, sa force, son esprit de guerrier, ses talents à la cuisine. Il y avait aussi sa manière d'aider les gens sans qu'ils le sachent. Il trouvait cela adorable. Il avait aussi de beaux cheveux accrochés avec une perle qui rehaussait la teinte sombre de ses cheveux. Ses yeux d'un noir profond étaient effrayants et attirants à la fois. Il avait peur de s'y perdre. Il ne parlerait pas de ses muscles bien formés, ou encore de ses grandes mains...
Saw Paing soupira puis se leva et marcha en direction d'un lac sous le regard interrogateur de Gaolang. Il inspira et hurla de toutes ses forces. En se retournant vers son ami, il comprit. Cela crevait ses yeux à présent. Il l'aimait. Pas comme un ami, mais comme un amoureux. Il était amoureux de lui.
-Il se fait tard, on ferait mieux de rentrer si on veut dîner avec Sa Majesté. Déclara Gaolang après quelques minutes.
Saw Paing hocha la tête puis bailla. Trop mignon...
Nos deux amis rentrèrent au palais et purent manger avec le roi...
Il était dans une impasse. Devait-il le faire ou non ? Sa nature l'incitait à le faire, mais son bon sens l'en empêchait. Il n'était pas doué pour prendre des décisions importantes. La plupart du temps, il fonçait dans le tas et assumait les conséquences plus tard. Toutefois, cela avait le don d'exaspérer Gaolang et ce n'était pas le but de la manœuvre, au contraire. Il devait peser le pour et le contre ! Les points positifs étaient que cela le libérerait d'un poids. Et si tout se passait bien, il filerait le parfait amour avec son meilleur ami. Les points négatifs... Il pouvait se faire rejeter, ce qui allait certainement arriver, et se faire haïr par Gaolang. Cette pensée lui envoya des frissons de peur dans l'échine et il secoua la tête en la réfutant. Pourtant, il était avant tout un homme d'action alors que faire ?
-Qu'est-ce que tu as encore ? Le coupa Gaolang en faisant sursauter Saw Paing.
Ils étaient dans un des nombreux jardins du palais et s'étaient assis sur un banc pour observer les lotus.
-Je réfléchis.
Gaolang haussa un sourcil, mais ne répondit pas. Cela arrivait de plus en plus souvent ces derniers temps. Peut-être était-ce lié à sa famille ? Après tout, cela faisait des mois qu'il s'entraînait ici, avec lui. Il devait certainement lui manquer.
-Je suis désolé. Par rapport à ta famille. Ajouta Gaolang.
-Pourquoi tu t'excuses ? Il s'est passé quelque chose ?
-Non, c'est juste que je me sens un peu coupable de te retenir loin des tiens. Je sais à quel point il compte pour toi donc... Tu peux repartir chez toi, je ne t'en voudrais pas.
Gaolang avait prononcé ses mots d'une voix monotone. Il ne voulait pas voir la petite boule d'énergie partir. Il voulait la garder pour lui, mais il savait que c'était impossible.
-Je comprends. Mais tu sais Gaolang, je fais ça de mon plein gré. Ça me fait super plaisir de m'entraîner et de passer mes journées avec toi. Bien sûr, ma famille me manque. Mais c'est mon choix de rester avec toi et de te soutenir du mieux que je peux. Alors ne t'en veux pas.
Impulsivement, Saw Paing mit sa main sur celle de Gaolang puis lui sourit doucement. Gaolang rougit et il sentit son cœur se réchauffer. Il tourna sa paume et lia ses doigts avec ceux de Saw Paing. Il tourna sa tête, ne voulant pas que Saw Paing le voit dans cet état. Son vis-à-vis était de toute façon bien trop concentré sur leurs deux mains, appréciant le contact de leur peau. Sa main était rugueuse et ferme, fruit d'un entraînement intensif et répété durant de nombreuses années.
Ils restèrent de longues minutes ainsi, espérant que ce moment ne finisse jamais. C'est en sentant un poids tomber sur son épaule et la prise contre sa main se desserrer que Gaolang comprit que Saw Paing s'était endormi. Il regretta de ne pas avoir son téléphone à portée de main pour prendre une photo. Il prit Saw Paing dans ses bras en faisant bien attention à ne pas séparer leur main. Il traversa le palais en envoyant un regard noir à toute personne faisant un commentaire. Il remercia Dieu pour ne pas être tombé sur Sa Majesté, car il n'aurait pas su comment expliquer la situation. Il déposa délicatement Saw Paing dans son lit et passa quelques minutes de plus à regarder leur main. Il était heureux. Son cœur battait vite et il souriait. Il était sûr qu'il devait avoir un visage de Bisounours à l'heure qu'il est, mais il s'en moquait. Il s'approcha lentement de Saw Paing et déposa un baiser sur son front. Il sépara leur main en caressant chacune de ses phalanges puis sortit de la pièce en lui souhaitant « bonne nuit ». Ce fut l'une des meilleures nuits que les deux hommes passèrent.
Ailleurs dans le château...
-Vraiment ? Mais c'est une superbe nouvelle ! Tu as pris une photo au moins Hassad ?
-Évidemment.
Le tourbillon arabe envoya ladite photo sur leur groupe « Mettre les imbéciles ensembles » auxquels ils avaient ajouté Kaneda.
-Ils sont vraiment mignons.
-En effet Votre Majesté. Cela me donne envie de les disséquer.
-Et ils ne t'ont pas repéré ? Demanda Rama en ne prenant pas en compte l'intervention du médecin de la mort.
-Je ne pense pas. Saw Paing était dans ses pensées et Gaolang rougissait comme une fraise bien mûre.
Le Roi fit la moue.
-Nous aurions aimé voir cela nous aussi... Mais au moins, ils commencent à bouger d'eux-mêmes.
-Vous allez arrêter de leur forcer la main ?
-Cela dépend. S'ils finissent par se mettre ensemble de leur plein gré, nous n'interviendrons pas. Mais nous espérons qu'ils ne prennent pas trois mois. De toute façon, notre petit doigt nous a dits que quelque chose allait se passer, très prochainement.
Hassad et Hanafusa se regardèrent puis interrogèrent le Roi. Ce dernier leur lança un sourire malicieux et sirota son thé, les yeux contemplant un avenir heureux pour son frère.
Le lendemain...
Tout était normal. Les deux combattants s'entraînaient comme à leur habitude sous un soleil radieux. Aucun d'entre eux n'avait parlé de ce qui s'était passé hier. Saw Paing avait d'abord été gêné, mais s'était détendu en voyant que Gaolang n'était pas dans un meilleur état que lui. Il n'avait jamais eu de relation avec qui que ce soit. Il n'avait jamais été intéressé par quiconque à part Gaolang. Passer du temps avec sa famille et ses amis lui suffisait largement. Ou peut-être était-il déjà amoureux de Gaolang inconsciemment ? Les réactions de sa famille iraient dans ce sens. Il devrait leur en parler un jour.
Pour la première fois depuis son arrivée au palais, il remarqua le sourire malicieux du Roi. C'était au déjeuner et il en eut des sueurs froides. Gaolang l'observa et il fronça les sourcils. Si même Saw Paing avait remarqué le sourire de Sa Majesté c'est qu'il devait tramer quelque chose. Il continua de regarder le Roi durant le reste du repas tandis que Saw Paing resta concentré sur sa nourriture.
La rupture eut lieu en fin d'après-midi. Tout s'était passé très rapidement. L'un des serviteurs du Roi était arrivé, un téléphone à la main. L'appel était pour Saw Paing. Il avait haussé un sourcil et avait décroché.
-Saw Paing à l'appareil !
-Saw Paing. Désolé de te déranger pendant tes vacances, mais nous avons besoin de toi.
-Grand-père ! Comment tu vas ? Et pourquoi vous avez besoin de moi ? Il est arrivé quelque chose ?
-Je vais très bien et je t'ai déjà dit d'arrêter de m'appeler « Grand père » sale gamin ! Et nous avons besoin de toi, car une société nous a défiés pour nous exproprier de nos terres. Je ne voulais pas faire appel à toi une nouvelle fois, mais tu es sans conteste le meilleur combattant de notre société. C'est pour cela que je t'ai appelé.
Saw Paing resta silencieux quelques instants. Il savait ce que cela impliquait.
-Je dois partir dans combien de temps ?
Le maire ne répondit pas immédiatement. Il avait perçu le changement chez Saw Paing et il en connaissait la raison.
-Tu devras prendre l'avion ce soir pour être à temps à Myanmar. Je peux t'envoyer des informations détaillées sur ton adversaire durant ton voyage.
Saw Paing pinça ses lèvres et regarda Gaolang qui n'avait cessé de s'entraîner. Il ressentait des pics qui perçaient son cœur à l'idée de le quitter. Il s'était habitué à sa présence et il ne voulait pas le quitter. Il voulait rester avec lui, devenir encore plus proche, passer ses journées à ses côtés. Mais il savait. Sa famille avait besoin de lui. Et il ferait tout pour l'aider.
-Très bien. Envoyez-moi le billet et le dossier sur mon téléphone. Je vais faire ma valise puis je prends le premier taxi en direction de l'aéroport.
-Très bien, et encore désolé.
Saw Paing raccrocha puis s'agenouilla. Il allait devoir partir. Il cligna des yeux, chassant les larmes qui menaçaient de couler. Il allait revenir, il n'y avait aucune raison pour qu'il ne puisse pas. Alors pourquoi était-il aussi triste ? Pourquoi avait-il envie de pleurer ? Il était un homme, et un homme ne pleurait pas !
-Saw Paing ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
Il sentit une main sur son épaule et tourna la tête vers la voix. Son visage se décomposa en voyant le regard interrogateur de Gaolang. Il se retenait de sauter dans ses bras pour avoir un peu de réconfort. Saw Paing secoua la tête, et décida de se reprendre. Il se releva précipitamment et failli donné un coup de boule à Gaolang.
-Grand-père m'a appelé. Le village a besoin de moi en tant que combattant. Je dois partir.
Puis il partit vers sa chambre, ne laissant pas le temps à Gaolang de répliquer. Il était resté sur la pelouse, ne sachant pas s'il devait le poursuivre ou non. Son esprit était resté fixé sur le mot « partir ». Saw Paing allait partir. Gaolang avait l'impression que son monde s'effondrait. Il savait qu'il devait lui dire au revoir à un moment donné, mais il ne s'attendait pas à ce que cela arrive aussi rapidement. Leur relation avait évolué et il se sentait un peu plus proche de lui chaque jour.
Pour lui, tous ses efforts et cette complicité venaient d'être balayés en une phrase. Il ne savait pas comment réagir. Du moins, il savait ce qu'il devait faire, mais il ne l'acceptait pas. Il devait le laisser partir, lui souhaiter le meilleur dans son combat et lui dire que sa porte lui serait toujours ouverte. Pourtant, ce n'était pas ce qu'il voulait. Il voulait le prendre dans ses bras, lui demander de rester à ses côtés. Mais c'était irréalisable et un acte d'un égoïsme sans fond. Il ne pouvait pas faire cela. Alors il composa un numéro et partit dans la salle du trône, le cœur et les pas lourds.
Quelques longues minutes plus tard...
-Votre taxi est déjà prêt Monsieur Yoroizuka.
Saw Paing haussa un sourcil, ne se souvenant pas d'avoir appelé un taxi. Il était passé voir le Roi pour lui expliquer la situation et ce dernier avait été compréhensif, l'invitant à revenir quand il le désirait. Il n'avait pas vu Gaolang, ce qui l'attristait un peu. Il aurait aimé lui dire au revoir même si cela lui brisait le cœur.
-Quelqu'un s'est chargé de vous... Aider. Expliqua le chauffeur en souriant.
Le jeune homme fit une mine interrogatrice, mais le chauffeur ne dit plus un mot, l'invitant à rentrer dans la voiture.
Le trajet jusqu'à l'aéroport se déroula paisiblement. Saw Paing était resté plongé dans ses pensées, ruminant l'absence de Gaolang. Peut-être lui en voulait-il de partir sans préavis ? Non, Gaolang était une personne compréhensive et à part si on insultait sa Majesté, il y avait peu de chance de le froisser. Alors pourquoi ne l'avait-il pas trouvé ? Aucune idée ne lui vint et il arriva très vite à l'aéroport. Il remercia le chauffeur puis entra dans l'immense bâtiment. Il chercha quelques minutes et finit par trouver les guichets d'enregistrements.
Une fois terminé, le guichetier lui indiqua sa porte d'embarquement qu'il s'empressa de rejoindre. Toutefois, avant d'atteindre le sommet des escaliers, il s'arrêta. Il était là. Gaolang avait enfilé son costard bleu roi qui moulait parfaitement la forme de ces pectoraux et qui envoyait des frissons à Saw Paing. Il se tenait droit, dans une posture similaire à celle d'un garde du corps bien qu'il soit un peu plus détendu. La plupart des voyageurs l'observaient, et Saw Paing remarqua les regards un peu trop insistants de certaines demoiselles. Il se pressa le rejoindre et lança un regard noir aux jeunes filles. Elles passèrent leur chemin en poussant des petits cris aigus.
-Tu en as mis du temps, Saw Paing.
-Désolé Gaolang. La vérification des bagages a prit un temps fou ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
-Je viens pour te dire au revoir, idiot. J'ai déjà vérifié ton vol, ta place et j'ai aussi déjà donné une copie de son passeport aux contrôleurs. Suis moi.
Saw Paing ouvrit et ferma la bouche avant de suivre son rival.
-C'est pour cela que tu n'étais pas au palais ?
-J'avais des choses à régler en dehors, alors j'en ai profité pour faire un saut ici. Pas besoin d'en faire une montagne. A part si je t'ai manqué ? Taquina Gaolang.
Saw Paing rougit sans savoir pourquoi, mais se reprit rapidement.
-Bien sûr ! Je pensais que tu m'en voulais ou quelque chose comme ça.
-T'en vouloir ? Parce que tu pars ?
Saw Paing hocha simplement la tête, attendant que Gaolang développe.
-Tu es un imbécile. Comment pourrais-je t'en vouloir de partir aider ta famille ? Au contraire, j'aurais été bien plus surpris que tu ne partes pas. Et puis c'est en grande partie pour moi que tu es resté en Thaïlande.
Saw Paing aurait voulu le corriger. C'est pour toi que je reste en Thaïlande. Pour être avec toi.
-Et puis, tu comptes me rendre visite je suppose ?
-Bien sûr ! Dès que mon match sera terminé, je reviendrais m'entraîner avec toi !
-Ah la la. Rappelle-moi le nombre de fois que tu as traversé la frontière pour venir me voir ?
Saw Paing rigola et se gratta la tête.
-Ça doit être dans la centaine de fois, au moins.
-Tu as raison.
Les deux hommes continuèrent de discuter paisiblement, Saw Paing menant largement la discussion. Mais cela ne dérangeait pas Gaolang. Il aimait entendre sa voix, et de son côté, il n'avait jamais été très bavard. Son ami comblait l'espace avec sa présence et cela lui allait parfaitement. Pourtant, il semblait mal à l'aise avec les relations, surtout quand elles étaient dans le domaine de l'amour. D'ailleurs, il ne l'avait jamais vu sortir avec qui que ce soit, homme ou femme confondu.
-Gaolang, qu'est-ce que tu faisais en dehors du palais ? Rama t'a demandé d'aller lui chercher quelque chose ?
-Oui. Un colis très précieux qu'il voulait que je récupère.
C'était un mensonge. Évidemment, Gaolang n'avait rien à faire en dehors du palais. Sa vie et ses devoirs s'y trouvaient. Et si Sa Majesté voulait quelque chose, des serviteurs le lui apportaient directement.
Il avait été surpris de voir un soupçon de jalousie et d'inquiétude chez Saw Paing, surtout envers lui. Mais plus que la surprise, il en était heureux. Voir son idiot préféré partir lui faisait mal au cœur, mais il savait qu'il reviendrait. Ils avaient été séparés pendants près de deux ans, mais leur amitié n'avait pas changé. Ils se comprenaient toujours aussi bien et appréciaient à la juste valeur la personnalité de l'autre.
-Il semblerait que nous soyons arrivés.
Les portes étaient juste devant eux. Saw Paing serait le prochain à les passer. Pourtant, il ne voulait pas. Il voulait rester avec Gaolang. Mais il devait avant tout protéger sa famille. Alors pourquoi y avait-il un poids dans son estomac ? Gaolang l'observait, un doux sourire aux lèvres. Saw Paing rougit et tritura ses doigts.
Il devait le faire. Il était un combattant, un vrai guerrier. Et les guerriers ne se défilaient jamais ! Il s'avança d'un pas assuré vers son meilleur ami, se mit sur la pointe des pieds, puis posa délicatement ses lèvres sur celles de Gaolang. Il ferma les yeux, ne voulant pas voir sa réaction et appuya légèrement ses lèvres contre les siennes. Les lèvres de Gaolang étaient douces et son contact léger. Il en profita autant qu'il le pouvait. Il se retira rapidement puis fila vers son avion, ne se retournant pas pour voir Gaolang.
Le Dieu Thaï de la Guerre était resté immobile. Il n'en croyait pas ses yeux. Saw Paing l'avait embrassé. Enfin, c'était à peine une timide caresse, mais cela avait suffi à envoyer des frissons dans tout son corps. Il avait été bien trop choqué pour répondre à son grand désarroi. Il aurait participé à ce baiser. Retenir Saw Paing. Lui attraper le bras et l'enfermer dans son étreinte. A la place, il l'avait laissé partir. Loin de lui.
C'est un Gaolang statufié que Rama retrouva après l'envol de Saw Paing. Il avait soulevé un sourcil mais ne lui avait posé aucune question. Il le regarda se diriger mécaniquement vers le terrain d'entraînement et commençait à s'entraîner. Quelque chose s'était passée. Le Roi sourit, ayant hâte de cuisiner son cher frère.
Bonus :
Kaneda rentre au Japon :
-Kaneda !
Le japonais sourit en voyant Himuro qui l'attendait. Le basané prit une de ses valises malgré les protestations de Kaneda. Ils discutèrent de banalités, attendant de rentrer chez eux pour parler de sujets plus sérieux. A peine eurent-ils passé le pas de la porte que Kaneda se laissa tomber dans les bras de son petit ami.
-J'ai besoin de vacances. De vrais vacances.
Himuro sourit puis déposa un baiser sur ses cheveux.
-C'était si terrible ?
Kaneda hocha la tête vigoureusement.
-Horrible. Je plains Gaolang et Saw Paing de tout mon cœur.
Himuro rigola puis il lui promit que la prochaine fois, ils iraient prendre de vrais vacances, rien que tous les deux.
Lahpet Thoke : Salade de feuille de thé.
Khao Niew Moon : gâteau de riz cuit dans du lait de coco.
Wat Pho : temple bouddhiste.
Chao Phraya : fleuve surnommé Venise de l'Orient.
Chatuchak : le plus grand marché thaïlandais.
Parc Lumpini : un des plus grands parcs de Bangkok.
Et voilà ! Un chapitre bien long qui m'a pris au moins deux mois d'écriture T-T Le prochain est beaucoup plus court et clôtura cette partie de l'histoire. Je compte écrire quelques extras mais je vous en re parlerais au prochain chapitre.
Je n'ai pas de date pour le chapitre cinq. Peut-être en décembre mais je ne vous promets rien.
En tout cas, j'espère que ce chapitre vous a plu ! Prenez soin de vous et à bientôt !
