Chapitre 11 : Blessures
Chat Noir prit tout de suite une position défensive. Mayura restait immobile et continuait de le fixer avec un air intéressé, mais elle n'en était pas pour autant moins dangereuse.
« Mayura, quelle bonne surprise ! On vous a pas vu depuis au moins… quoi ? Trois jours ? »
Son ton était nonchalant, taquin, désinvolte, comme toutes les fois où il croisait Mayura. C'était plus fort que lui : il ne pouvait s'empêcher de la provoquer. Même si c'était plus pour se rassurer lui-même que pour intimider son adversaire…
Il déploya son bâton. Elle pouvait l'attaquer à n'importe quel moment et le mettre hors-jeu en quelques secondes s'il n'était pas prêt à contrer ses coups.
« Si tu es lassé de me voir, donne-moi ton miraculous et tu seras débarrassé de moi. Ça ne fera même pas mal, » lui rétorqua-t-elle sur le même ton.
Elle rangea son éventail. Leur bal habituel allait commencer…
« Je préfère pas, vous nous manqueriez trop.
- J'ai bien peur que ce ne soit pas réciproque… Qu'est-ce que tu faisais par ici, si loin du sentimonstre, Chat Noir ? »
Son cœur loupa un battement. Les avait-elle vus ? Savait-elle que Ladybug se trouvait à quelques mètres sous leurs pieds, plus vulnérable que jamais ?
« Moi ? Rien de particulier, » articula-t-il avec un sourire crispé.
Il s'accroupit au moment où elle se jetait sur lui.
Ses premiers coups furent faciles à esquiver : elle ne faisait que tester ses forces et chercher ses points faibles. Chat Noir restait sur la défensive, tout en cherchant à attirer Mayura aussi loin que possible du bâtiment où se trouvait Ladybug. Sa partenaire avait besoin de temps pour nourrir son kwami et reprendre ses esprits.
Du temps. C'était la seule chose qu'il pouvait lui offrir en ce moment, pour rattraper ses bêtises…
Il se trouvait dans une situation délicate : il devait s'éloigner aussi vite que possible, mais ne pouvait pas le faire trop vite non plus, au risque d'éveiller des soupçons. Mayura ne devait pas se rendre compte qu'il essayait de l'attirer ailleurs.
Malgré la complexité de la tâche, la stratégie semblait fonctionner : constamment sur la défensive, Chat Noir reculait petit à petit et ne se retournait que lorsqu'il voulait sauter sur un autre toit. À deux reprises, il faillit perdre l'équilibre, mais se rattrapa in extremis. Au loin, le combat entre le sentimonstre, Carapace et Rena Rouge continuait de faire rage.
Les coups de Mayura devinrent plus violents : elle semblait exaspérée par son manque d'initiative.
La sueur commençait à perler sur son front et dans ses cheveux. Son cœur battait à la chamade, excité par l'adrénaline. Parer les attaques de son adversaire devenait de plus en plus difficile. Même s'il s'en sortait bien pour l'instant, sa fuite ne pouvait durer éternellement...
Quelque chose se produisit alors dans son esprit, comme un changement de perspective, une prise de conscience, un déclic.
Cela faisait des semaines qu'ils étaient harcelés par ses attaques, des semaines qu'ils devaient être prêts à intervenir à tout moment du jour ou de la nuit, des semaines qu'ils devaient surveiller leurs arrières à chaque apparition de sentimonstre ou d'akuma…
Le moment était venu d'en finir avec Mayura. S'il l'attaquait de toutes ses forces, ne modérait pas ses coups et misait tout sur l'offensive, il était presque sûr de l'amocher suffisamment pour pouvoir lui prendre son miraculous. Bien sûr, cette tactique n'était pas sans risques : un seul faux mouvement, et c'était lui qui se retrouvait à terre et sans miraculous… Mais c'était un risque à prendre. Pour Paris. Pour ses coéquipiers. Pour Ladybug.
Adrien avait poussé cette dernière à bout, mais Chat Noir pouvait l'aider à aller mieux : rayer Mayura de leur liste de soucis quotidiens devrait ôter un gros poids de ses épaules.
Il atterrit sur un toit plat, se retourna pour faire face à Mayura, bâton en main, et expira longuement. Elle atterrit à l'autre bout du toit, à une dizaine de mètres de lui.
« Fatigué de courir ? » le railla-t-elle.
Il ne répondit pas à ses provocations. Son attention était focalisée sur le haut de son corps, où luisait faiblement la broche en forme de paon. Le plus évident serait de lui foncer dessus et de la lui arracher d'un coup, mais c'était beaucoup trop prévisible : Mayura se tenait toujours de façon à protéger son miraculous, et en dehors des combats, elle le cachait derrière son éventail.
Il pouvait essayer de la distraire en l'attaquant aux jambes, mais il se doutait qu'elle ne se laisserait pas tromper par un coup de bluff si évident.
Chat Noir n'avait d'autre choix qu'utiliser la force brute…
Sans crier gare, il se jeta sur elle, brandissant son bâton pour la frapper. Elle l'esquiva sans difficulté, mais il remarqua une courte latence dans sa réaction. Il avait réussi à la surprendre.
Il revint à l'attaque, de dos cette fois-ci : il planta son bâton dans le sol, et s'en servit pour se propulser vers Mayura et lui asséner un violent coup dans le dos avec ses deux jambes. Trop lente, elle bascula en avant et heurta violemment le toit. Chat Noir l'entendit étouffer un juron, mais ne lui laissa pas le temps de reprendre son souffle : il fondit sur elle, s'accroupit à califourchon sur elle, passa son bâton sous son cou et tira violemment dessus, l'immobilisant au sol.
« On dirait bien que c'est moi qui vais prendre votre miraculous, » lui souffla-t-il à l'oreille, non sans une pointe de satisfaction.
Elle tenta de bouger, mais il resserra encore la prise sur son bâton, le pressant contre sa gorge.
« Et tu comptes t'y prendre comment, de là où tu es ? » hoqueta-t-elle.
Chat Noir se rendit alors compte de son erreur : Mayura était couchée sur le ventre, interdisant tout accès à son miraculous. À califourchon sur son dos, il n'avait aucune chance de l'attraper sans la relâcher. Et il était sûr que s'il ne relâchait rien qu'un peu sa prise, leurs rôles s'inverseraient en moins d'une seconde. Mayura était redoutable au corps à corps…
Le héros regarda autour de lui, à la recherche d'un objet, d'un allié, d'une idée, de n'importe quelle aide qui pouvait le sortir de ce pétrin. Au loin, le combat contre le sentimonstre faisait toujours rage. Carapace et Rena Rouge virevoltaient toujours autour du dragon. Queen Bee était toujours absente, tout comme Ladybug.
Chat Noir devrait se débrouiller tout seul...
Il déglutit. Même s'il tentait de rester calme, il se sentait gagné par la panique. Il ne pouvait en aucun cas la lâcher, mais il ne pouvait pas garder cette position éternellement. Sa seule échappatoire, c'était de resserrer sa prise jusqu'à ce que Mayura étouffe...
Le héros se rendit compte qu'il était dans une position qui lui permettait de l'éliminer définitivement.
Il serra ses doigts autour de son bâton. Ses paumes étaient moites. Sa respiration s'était arrêtée. Il y avait si peu à faire : appuyer le métal froid un peu plus fort sur la gorge de son adversaire, ignorer les spasmes qui agiteraient son corps privé d'oxygène, rester sourds à ses halètements à chaque seconde plus désespérés, et attendre que ce soit terminé…
Toute son attention était portée sur ses mains et ses bras : il suffisait de tirer un peu, et tout serait terminé.
Sous lui, Mayura cessa de remuer.
Trois secondes passèrent, mais elles lui parurent comme une éternité. En finir avec elle demandait un si petit effort, et pourtant, Chat Noir restait immobile, incapable de bouger. Incapable de serrer. Incapable de la tuer.
Il poussa un gémissement frustré… et se retrouva sur le dos une seconde plus tard, le souffle coupé. Mayura avait profité de son hésitation pour reprendre de dessus : elle s'était défaite de son emprise, l'avait renversé sur le dos et l'avait plaqué au sol avec son propre bâton, qu'elle pressait maintenant contre sa gorge.
« Tu as cru que ce serait si facile ? demanda-t-elle d'un ton moqueur. Si tu veux vraiment étrangler quelqu'un, il faut appuyer un peu plus fort et un peu plus haut. Comme ça. »
Elle joignit le geste à la parole. La pression sur sa pomme d'Adam augmenta. Chat Noir essaya de repousser le bâton, mais Mayura appuya encore plus fort. Il essaya de la repousser directement, en lui attrapant les épaules, mais elle recula de quelques centimètres, hors de sa portée. Il voulut l'attaquer au visage, mais ses bras étaient trop courts.
L'air commençait à lui manquer, sa vision se troublait, son cœur battait de plus en plus vite, ses poumons brûlaient. Le monde se mit à tourner au-dessus de lui. Dans un dernier geste désespéré, il s'agrippa aux avant-bras de Mayura.
« Cat… Cat… Acly... » croassa-t-il, en vain.
Sans ses pouvoirs, il était perdu. Tout devenait sombre autour de lui, ses forces l'abandonnaient. Sa prise sur son adversaire se relâcha, ses bras tombèrent mollement au sol. Son corps n'avait plus la force de se défendre.
« Navrée de devoir en arriver là, mais ça a assez duré, » fit alors Mayura.
Par réflexe, il chercha son regard. Il avait cru entendre une pointe de regret dans sa voix, comme si elle n'avait pas envie de le tuer...
Son visage bleu était stoïque, mais ses yeux roses, seules lueurs dans monde qui s'assombrissait à chaque seconde, trahissaient ses sentiments : Chat Noir vit sa détermination se muer en hésitation. Ou peut-être que c'était son imagination qui lui jouait des tours ?
Ses oreilles se mirent à siffler. Ça ressemblait vaguement au sifflement du yo-yo de Ladybug.
Et dire qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de s'excuser auprès d'elle. Encore un regret à ajouter une longue liste qu'il emporterait au paradis…
Soudain, le poids sur lui fut brusquement levé. Mayura poussa un cri de surprise avant de disparaître de son champ de vision. Le monde redevint clair au-dessus de lui. L'air s'engouffra dans ses poumons, soulageant les brûlures qu'il sentait dans ses voies respiratoires. Il revivait.
Il inspira à s'en faire exploser la cage thoracique. C'était douloureux, mais cette douleur était un faible prix à payer pour pouvoir respirer librement à nouveau. Ses poumons réclamèrent encore plus d'oxygène, le rythme encore chaotique de sa respiration ne parvenait pas à combler leurs besoins. Chat Noir dut se forcer à inspirer et à expirer pour reprendre le contrôle.
Il se retourna sur le ventre. Sa respiration devenait plus régulière à chaque souffle, mais il était encore loin d'être opérationnel. Sa tête tournait un peu, son cœur cognait dans sa poitrine à un rythme effréné, le sang battait dans ses oreilles.
Il avait conscience de la vulnérabilité de sa position : si Mayura revenait à la charge, il ne la verrait même pas arriver. À cette pensée, il glissa sa main droite sous son corps pour protéger le miraculous, même s'il ne se faisait pas trop d'illusions quant à ses capacités à le défendre.
Lorsque le monde ralentit sa course autour de lui, il réussit tant bien à se mettre à quatre pattes, puis à s'accroupir. Il examina les alentours, mais il n'y avait aucune trace de Mayura sur le toit, à son grand soulagement. Chaque seconde de répit lui permettait de reprendre un peu mieux ses esprits. Il se leva prudemment, s'arrêtant à chaque mouvement pour évaluer son équilibre.
Un cri, suivi d'un choc sourd, le fit se retourner. Quelque chose avait violemment heurté un mur à quelques dizaines de mètres derrière lui, et c'était beaucoup trop proche pour être lié au combat des héros contre le sentimonstre. Il scruta l'horizon, appréhensif de ce qu'il pourrait y trouver.
Sur un toit pentu à quelques bâtiments d'où il se trouvait, Ladybug était aux prises avec Mayura : elle l'avait enroulée dans son yo-yo et tentait de toutes ses forces de la maintenir à terre. La super-vilaine se débattait avec une telle vigueur que Ladybug avait toutes les peines du monde à l'immobiliser, même en s'appuyant sur elle de tout son poids.
Même s'il ne voyait pas tout de si loin, Chat Noir sentit un frisson lui parcourir le dos : les sensations autour de son cou étaient encore fraîches, tout comme le souvenir de la terreur et de la douleur qu'il avait ressenties quand Mayura avait failli le tuer. L'idée qu'elle puisse faire la même chose à sa partenaire lui glaçait le sang.
Il devait absolument intervenir.
Le héros regarda autour de lui, à la recherche de son bâton, mais il ne le voyait nulle-part. Tant pis, il n'avait pas le temps de le chercher… Il se précipita vers elles.
Ladybug tira sur le fil, qui se resserra un peu plus autour de Mayura. Celle-ci se tortillait toujours dans tous les sens, mais sans presque aucune liberté de mouvement, elle ne pouvait rien contre l'héroïne.
Chat Noir sourit : sa partenaire avait repris du poil de la bête.
Elle se pencha au-dessus de la super-vilaine et posa sa main sur son miraculous. L'expression de Mayura passa de furieuse à horrifiée.
« Non, non, surtout… »
Le héros n'entendit pas la fin de sa phrase. Au moment où Ladybug agrippait la broche pour l'arracher, un éclair fusa devant lui et l'aveugla momentanément. Par réflexe, il ferma les yeux. Le flash fut suivi d'un crépitement électrique.
En plein saut, Chat Noir heurta violemment le toit sur lequel il avait prévu d'atterrir. Ses jambes cédèrent sous l'impact, il perdit l'équilibre, roula sur lui-même et s'accroupit, encore aveugle. Il ne pouvait deviner ce qu'il se passait autour de lui que grâce à son ouïe, et celle-ci lui transmettait des informations difficiles à interpréter. Il entendit un glapissement de douleur, des craquements de tissu, le résonnement de bottes sur des tuiles…
Puis le silence retomba sur la ville, un silence peu naturel pour Paris.
Chat Noir entrouvrit les yeux, mais la lumière du jour le força à les refermer.
« Ladybug ? T'es là ? » appela-t-il dans la direction où il l'avait vue pour la dernière fois.
Le silence lui parut interminable. Il décida de s'approcher, et avança à quatre pattes jusqu'au bord du toit. Si son sens de l'orientation ne le trompait pas, Ladybug était sur le bâtiment adjacent.
Enfin, il entendit une voix lui répondre.
« Chat Noir ? Attends, j'arrive. »
D'autres pas sur le toit, cette fois plus légers, un sifflement, un mouvement d'air, et il sentit quelqu'un atterrir devant lui.
Il entrouvrit les yeux et leva la tête. Sa lady était là, à quelques centimètres de lui, et lui souriait faiblement. Il voulut se lever, mais au premier mouvement, elle s'accroupit et posa une main sur son biceps.
« Doucement, on a le temps. Elle est partie, on risque plus rien. »
Il se frotta le visage pour dissiper les formes qui dansaient devant ses yeux. Il sentit la main de Ladybug glisser sur son épaule puis vers son cou. Ses doigts effleurèrent sa gorge et écartèrent avec douceur les pans de son col.
Chat Noir ouvrit les yeux et se retrouva face à l'expression horrifiée de sa partenaire Il comprit que l'attaque de Mayura avait laissé des marques sur son cou.
« T'inquiète, c'est rien. Juste un accident de parcours, » expliqua-t-il d'un ton désinvolte, même si le souvenir de la douleur le hantait encore.
Elle lui lança un regard sceptique : elle le connaissait trop bien pour croire à son mensonge. Pourtant, elle n'insista pas et retira sa main.
Il préféra changer de sujet.
« Toi, ça va ? Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Mayura ? »
Elle haussa les épaules.
« J'en ai aucune idée… Mais ça venait de son miraculous. Quand j'ai essayé de l'arracher, je me suis pris une décharge électrique, et elle a profité de ce moment-là pour s'enfuir. »
Ladybug baissa la tête. Chat Noir suivit son regard et remarqua qu'elle cachait son autre main contre sa cuisse. Il attrapa délicatement son coude et la força à dévoiler son bras, ignorant son cri de protestation.
Du bout de ses phalanges au milieu de son avant-bras, sa tenue d'héroïne avait viré du rouge au noir, comme si elle avait été brûlée. Heureusement, le tissu semblait encore intact en dehors du changement de couleur, ce qui laissait présager que la peau dessous l'était aussi.
Chat Noir chercha le regard de sa partenaire, en quête de réponses : sa tenue avait certes tenu le coup, mais la décharge avait dû être d'une puissance inouïe si elle avait réussi à l'endommager.
Ses yeux remontèrent vers le visage de Ladybug, qui affichait une mine penaude.
« C'est… demanda-t-il, inquiet.
- Juste un accident de parcours. T'en fais pas. »
Elle lui sourit, comme pour le rassurer qu'elle allait bien. Mais Chat Noir sentait qu'elle n'était pas tout à fait sincère avec lui : il y avait quelque chose qui la tracassait, il le lisait sur son visage. Il choisit toutefois de ne pas insister.
« Ravi de voir que mes répliques déteignent sur toi, » remarqua-t-il avec un clin d'œil taquin.
Ladybug pouffa.
« T'es irrécupérable !
- Et tu peux plus te passer de moi, avoue-le.
- Tu t'es pris un coup aux chevilles ? Je crois qu'elles sont en train d'enfler. »
Par réflexe, il regarda ses pieds, comprenant une seconde trop tard qu'il s'agissait d'une expression. Elle en profita pour donner une pichenette à son grelot.
« Hé ! »
Elle éclata de rire. Il voulut attraper son autre main, mais elle lui asséna une petite tape sur les doigts. Puis elle retira sa main blessée de sa poigne et se releva.
Autour d'eux, le monde était redevenu calme. Chat Noir se leva à son tour et s'étira longuement. Les vibrations dans ses genoux s'étaient atténuées, sa respiration était enfin normale, sa vision était à nouveau nette.
En regardant autour d'eux, il remarqua non seulement que Mayura avait disparu, mais aussi que le sentimonstre n'était plus là non plus. Ladybug fixait elle aussi l'horizon, là où s'était trouvé le dragon quelques minutes plus tôt.
« J'imagine qu'il a disparu au moment du flash, commenta-t-il.
- Ou alors Mayura l'a rappelé juste avant ou juste après, pour économiser ses forces. Je sais pas vraiment, il faut dire que j'étais pas focalisée sur le sentimonstre…
- Pareil... »
Un silence s'installa entre eux. Il était presque sûr qu'elle pensait à la même chose que lui : ils avaient vraiment pris cher cette fois-ci…
« D'ailleurs, en parlant de Mayura... reprit-il. Merci, pour avant. Si t'étais pas intervenue, je sais pas si je…
- Chat Noir ? l'interrompit-elle en se retournant vers lui. Évitons d'en parler : je crois que c'est mieux de pas penser au pire qui aurait pu arriver. Soyons contents qu'on soit tous les deux sains et saufs. »
Elle lui sourit faiblement, mais il pouvait voir toute l'ampleur de son inquiétude dans son regard. Il lui rendit son sourire.
« Entendu, ma lady, » fit-il en prenant sa main saine et en y déposant un baiser.
Sans crier gare, elle lui sauta au cou. Sous l'effet de la surprise, il faillit basculer en arrière.
« Tu m'as traité d'irrécupérable, tu voulais pas plutôt dire « irrésistible » ? »
Son rythme cardiaque accéléra de nouveau, pour des raisons positives cette fois-ci. Il passa ses mains autour d'elle et se mit à lui caresser le dos. Accrochée à son cou, elle lui faisait un peu mal, mais il aurait préféré mourir plutôt que le lui dire.
« Merci à toi aussi, pour avant… Avant Mayura, je veux dire… Enfin, pour quand j'ai… »
Elle ne termina pas sa phrase. Elle n'en avait pas besoin.
« Pas de quoi, Bug'. Tu pourras toujours compter sur moi. »
Chat Noir s'étrangla sur ces derniers mots : il avait l'impression de lui mentir. Sa culpabilité lui criait d'avouer qu'il était Adrien, de se détransformer, de se mettre à genoux devant Ladybug et d'implorer son pardon.
Mais il savait pertinemment que ce n'était pas une bonne idée : il trahirait leur secret, perdrait sa confiance et anéantirait sans doute leur amitié.
La meilleure façon d'aider sa partenaire à ce moment-là, c'était d'être là pour elle en tant que Chat Noir, et de s'excuser à la première occasion en tant qu'Adrien.
Sa gorge commençait à lui faire vraiment mal. Il sentit une quinte de toux arriver, la retint aussi longtemps que possible mais finit par craquer.
Ladybug le lâcha instantanément et recula d'un pas, les mains tendues devant elle. Il remarqua que ses yeux étaient humides et un peu rougis.
« Mince, désolée, j'avais oublié que…
- C'est… rien, faut pas… t'en faire, articula-t-il entre quelques toussotements.
- Je fais tout de travers ces jours-ci… Je suis vraiment...
- Pas de ça avec moi. Tu portes le destin de la ville sur tes épaules depuis des années, t'as le droit d'avoir des jours où t'es pas au top. Et encore, tu dis que tu fais tout de travers, mais t'as jamais été aussi proche de démasquer Mayura. Donc je sais pas ce que tu voulais dire après ce « vraiment », mais j'espère que c'était quelque chose comme « extraordinaire » ou « incroyable ». »
Elle rougit, et repoussa un mèche derrière son oreille.
Une sirène de police les fit sursauter tous les deux. Sous leurs pieds, la ville reprenait vie : les Parisiens sortaient prudemment de leurs cachettes, des voitures de police et des ambulances partaient en direction des rues détruites par le dragon. Un hélicoptère de TV1 apparut à l'horizon.
« Je dois y aller. Il faut que j'appelle les coccinelles magiques et que je vérifie si les autres vont bien. Et il faut que je retourne au lycée avant qu'on se rende compte que j'ai disparu.
- Tu vas t'en sortir, sans yo-yo ? » demanda-t-il.
Elle le rassura d'un hochement de tête.
Lui avait perdu son bâton. Il ne se faisait pas trop de souci pour leurs armes, il savait qu'elles réapparaîtraient à leur prochaine transformation, mais se déplacer dans Paris prenait considérablement plus de temps.
Chat Noir ne pouvait pas trop tarder : à l'heure qu'il était, le Gorille avait sûrement déjà des soupçons…
« Alors je te souhaite un bon retour au lycée, ma lady. Et à très bientôt !
- À bientôt, Chaton… »
Ils partirent au même moment, s'élançant dans des directions différentes. Soudain, Chat Noir se souvint d'une promesse. Il s'arrêta net et se tourna vers Ladybug, qui s'apprêtait à sauter du toit.
« Ladybug ! J'ai oublié de te dire… Ma proposition tient toujours : si tu veux me rejoindre ce soir pendant ma patrouille, t'es la bienvenue. Je connais des toits avec une vue magnifique sur la ville, on y sera tranquilles pour parler. De tout ce que tu veux, je suis ouvert à tous les sujets. »
Elle s'était tournée vers lui. Après quelques secondes d'hésitation, elle répondit enfin.
« Je… Je peux rien te promettre, j'ai peur de pas avoir le temps ce soir de…
- Pas besoin de te justifier, je comprends. Je veux juste que tu saches que si t'as besoin de parler, je suis là, et tu sais où et quand me trouver. D'accord ? »
Il espérait qu'elle n'avait pas entendu la déception dans sa voix. Il avait vraiment envie de la voir le soir-là, dans un cadre plus décontracté, mais il ne pouvait pas le lui imposer : c'était lui qui l'avait mise dans cet état, c'était à lui de prendre son mal en patience.
« Bien reçu, Chat Noir. »
Elle semblait vouloir ajouter quelque chose, mais finit par se raviser. Elle se retourna, et disparut entre les toits de Paris.
Le héros se retrouva seul. La culpabilité qu'il avait ressentie s'était un peu tarie, remplacée par une lueur d'espoir : avec un peu de chance, il aurait bientôt l'occasion de se rattraper auprès de Ladybug...
