Chapitre 14 : Passé et présents

Adrien fut réveillé par la sonnerie de son portable : il était six heures et demie, c'était le moment de se lever s'il voulait avoir le temps de se préparer pour aller en cours. Sans même essayer de se lever, il tâtonna quelques secondes sur la table de nuit et désactiva son réveil en deux pressions sur son téléphone.

Il se sentait étrangement détendu, pour quelqu'un qui venait d'être tiré des bras de Morphée par une alarme stridente. L'esprit encore embrumé, il n'arrivait pas à se souvenir de pourquoi il se sentait aussi bien…

« Alors, Roméo ? On se lève plus ? »

Le jeune homme ouvrit les yeux et les referma instantanément, aveuglé par la lumière ambiante. Il avait juste eu le temps d'entr'apercevoir son kwami à quelques centimètres au-dessus de lui, un sourire taquin aux lèvres. Sa question n'avait pas non plus été anodine.

Soudain, tout lui revint en tête. Il se redressa sur son lit, heurtant Plagg au passage.

L'arrivée de Ladybug, leurs excuses, leur baiser…

Son cœur s'emballa au souvenir du soir précédent.

« Plagg… Hier, soir, on… Elle m'a embrassé ! lâcha-t-il en se touchant les lèvres.

- Je sais, j'étais aux premières loges : j'ai dû rester dans ta poche jusqu'à ce qu'elle parte, lui répondit Plagg en réapparaissant devant son visage, nullement perturbé. C'était… intéressant. »

Ladybug était partie seulement vers une heure du matin, quand l'orage s'était calmé. Il lui avait proposé de dormir quelques heures chez lui, lui cédant son lit, mais elle avait refusé… puis s'était endormie quelques minutes plus tard, blottie contre lui sur le canapé. Il aurait aimé qu'elle reste là pour toujours, mais à sa grande déception, elle avait fini par se réveiller et était rentrée chez elle… non sans l'avoir embrassé encore une fois avant de partir.

« J'ai pas rêvé, alors ? Elle et moi, on a vraiment… Enfin… On est vraiment...»

Il ne savait pas comment terminer cette phrase. Que leur relation devienne plus qu'amicale avait toujours été un rêve pour lui, et il avait encore de la peine à croire qu'il soit devenu réel. Et maintenant qu'ils avaient passé le cap, il ne savait pas tout à fait comment définir ce nouveau lien qui s'était créé entre eux. Il n'osait pas trop s'avancer en la considérant comme sa petite amie, mais il ne connaissait aucun autre mot qui lui rendrait justice.

Les relations n'avaient jamais été son point fort.

« Ce qui est sûr, c'est que c'est plus que juste une amie maintenant, remarqua son kwami avec un sourire en coin, comme s'il savait quelque chose qu'Adrien ignorait.

- Tu veux dire quoi par… »

Sa phrase fut interrompue par trois coups à la porte.

« Adrien ? Vous êtes réveillé ? »

Même étouffée par la porte, cette voix était reconnaissable entre mille. C'était celle de Nathalie.

Plagg fila sous le duvet, Adrien se leva et se précipita vers la porte, qu'il ouvrit d'un coup sec après avoir ajusté son col pour cacher au mieux les marques sur son cou.

La secrétaire se tenait devant lui, aussi droite et tirée à quatre épingles que d'habitude. Elle parut surprise de le voir. Il l'examina de la tête au pied, à la recherche d'un quelconque changement qui aurait pu expliquer les raisons de son absence.

« Tout va bien, Adrien ? »

Se rendant compte qu'il la mettait mal à l'aise, il cessa son examen et lui adressa un sourire chaleureux.

« Oui, ça fait juste plaisir de vous revoir, » répondit-il aussi naturellement que possible. Il avait remarqué que ses épaules étaient légèrement affaissées et que son teint était moins lumineux que d'habitude, presque gris autour de ses yeux.

Il s'abstint toutefois de commentaires. Il était déjà content qu'elle fût de retour, même si elle n'était pas au meilleur de sa forme.

« J'ai eu… un moment de faiblesse mercredi, expliqua-t-elle enfin, évasive. Et votre père a eu la gentillesse de m'accorder un jour de repos hier. Mais tout va bien maintenant. »

Elle sourit d'un air qui se voulait sans doute rassurant, mais Adrien remarqua tout de suite qu'il manquait de sincérité. Quelque chose n'allait pas, quelque chose avait changé, mais il n'avait aucune idée de la nature de ce changement… et se doutait qu'elle ne lui répondrait pas s'il lui posait la question.

« Ah, d'accord… J'espère que ça va mieux, » fit-il simplement.

Tout ce qu'il pouvait faire pour l'instant, c'était lui faciliter le travail en se comportant de façon exemplaire. Il découvrirait peut-être lui-même ce qui lui était arrivé, ou pourrait lui poser à un moment plus propice aux discussions.

Il repensa au cadeau qu'il lui avait acheté la veille avec Marinette. C'était le moment de le lui offrir…

« Je vous attends dans la salle à manger dans 15 minutes. L'emploi du temps de votre week-end a changé, je pense qu'il serait judicieux que je vous en parle en détail déjà ce matin. »

… ou peut-être que non. La Nathalie « secrétaire-stricte » était de retour, et elle semblait bien décidée à rattraper le travail qu'elle avait manqué durant son absence. Ce n'était pas le moment d'offrir des cadeaux.

Avant qu'il ne puisse réagir, elle avait déjà tourné les talons et s'éloignait dans le couloir.

Dommage… Il était content qu'elle fût de retour, mais il aurait aimé parler un peu plus longtemps la Nathalie qui se cachait sous le masque de professionnalisme.

« Nathalie ! Attendez ! » l'appela-t-il alors.

Il la vit sursauter, s'arrêter, se retourner et lui lancer un regard surpris.

« En fait, je… J'ai un cadeau pour vous, et j'aimerais vous l'offrir maintenant. Attendez, je vous l'apporte ! »

Il courut jusqu'à son bureau sous lequel était posé son sac d'école, en sortit le coffret de thés, ignora le regard interrogateur de Plagg et se précipita dans le couloir. Nathalie n'avait pas bougé d'un pouce et l'observait avec curiosité.

Adrien s'arrêta droit devant elle, presque haletant.

« C'est pas grand-chose, mais j'ai vu ça hier et je me suis dit que ça vous ferait plaisir… »

Il lui tendit la boîte, un peu penaud.

« J'ai pas eu le temps de l'emballer non plus, désolé pour ça… »

Elle fixait la boîte d'un air indéchiffrable. Son absence de réaction directe le força à continuer.

« J'espère que ça vous plaira. Je… C'est pour vous remercier de… d'en faire tant pour nous. Je sais que c'est votre travail, et que mon père vous paie… Enfin, j'espère, c'est pas moi qui m'occupe de l'administratif… Non, c'est pas le sujet… Bref… Merci d'être là, c'est ce que je voulais dire. Et faites attention à vous, faut pas nous surmener pour vous… Euh, vous surmener pour nous, je veux dire. »

Nathalie attrapa le cadeau d'une main hésitante et passa ses doigts sur les lettres de la boîte. Son visage était toujours aussi stoïque, mais Adrien la connaissait depuis trop longtemps pour ne pas deviner ce qui se passait sous son masque : elle était loin d'être indifférente à cette petite attention.

« Je… Merci, Adrien, c'est vraiment gentil de votre part, vous n'auriez pas dû… »

Elle releva les yeux vers lui, il ne put s'empêcher de détourner les siens. Par réflexe, sa main monta vers sa nuque.

« C'est rien, vraiment, comparé à ce que vous faites pour nous. »

Les mots lui manquaient pour exprimer ce qu'il avait sur le cœur. C'était comme s'il avait oublié comment lui parler à ce moment-là.

La nature de leur relation était trop particulière : il la connaissait trop bien pour qu'il pût la considérer uniquement comme la secrétaire de son père, mais cette dimension professionnelle était bien présente, et avait érigé entre eux une barrière qui avait rendue toute familiarité taboue. Hors de question de lui dire ce qu'elle représentait pour lui, de lui faire une accolade ou même d'échanger une bise.

Nathalie semblait en proie au même trouble que lui. C'était la première fois qu'il la voyait si émue, mais comme lui, elle semblait lutter pour rester professionnelle et garder ses distances.

Une gêne étrange chargée d'émotions s'installa entre eux. Nathalie finit par retourner la boîte pour lire les descriptions qui se trouvaient dans son dos.

« J'ai hâte de tous les goûter. Ça fait longtemps que je me dis que je devrais boire autre chose que du Earl Grey… Merci encore, Adrien, on dirait que vous avez lu dans mes pensées.

- Content que ça vous plaise. Vous m'en direz des nouvelles. Ou on pourrait en déguster un ensemble ce week-end, si vous avez un moment de libre… et si j'en ai un, moi aussi.

- C'est justement de votre planning de ce week-end que je voulais vous parler. Je vous attends en bas dans quelques minutes pour en discuter. »

Adrien fut ramené à la réalité : ces quelques minutes avec Nathalie étaient une parenthèse émotionnelle qu'il devait refermer au plus vite s'il ne voulait pas prendre du retard. La journée qui l'attendait était sans doute chargée, et elle serait d'autant plus pénible qu'il n'avait pas beaucoup dormi.

Nathalie reprit le chemin du rez-de-chaussée, il retourna dans sa chambre. Plagg était affalé sur son lit et mâchouillait un morceau de camembert deux fois plus grand que lui.

« T'en fais une tête. C'était si pénible que ça ? demanda-t-il lorsqu'Adrien eut refermé la porte derrière lui.

- Non… En fait, oui, un peu. C'est compliqué. Je sais pas… C'est difficile de devoir garder mes distances avec Nathalie alors qu'elle est là pour moi depuis des années…

- C'est un peu son boulot, aussi.

- Je sais, mais elle fait plein de choses qu'elle serait pas obligée de faire. Genre on regarde des films quand elle a du temps libre, on mange ensemble parfois, elle essaie de libérer un peu mon emploi du temps quand mon père se laisse convaincre. C'est comme un tata super cool qui veille sur moi, mais j'ai pas le droit de la traiter autrement que d'une façon « professionnelle », et ça devient frustrant… »

Il enleva son pyjama, le jeta négligemment sur le lit et s'habilla avec les premiers vêtements qu'il trouva dans son armoire.

« Je sais même pas si elle a du temps pour elle. Des fois, je me dis qu'elle est rentrée chez elle, et d'un coup, je la vois sortir du bureau de mon père à minuit, quand je descends pour piquer des trucs dans le frigo après une attaque d'akuma…

- Elle est peut-être très proche de ton père, aussi ? Y'a peut-être un truc entre eux… »

Adrien fit volte-face. Son kwami était toujours sur le lit, nullement perturbé par ce qu'il venait de sous-entendre.

« Quoi ?

- Plagg, arrête tout de suite avec tes insinuations. Y'a rien entre eux : mon père est encore amoureux de ma mère, et Nathalie est trop professionnelle pour ça.

- Un peu comme Chat Noir qui voulait respecter les vœux de Ladybug et rester « professionnel » avec elle ?

- C'est pas la même chose… »

Adrien aurait aimé se défendre, mais l'idée de Plagg avait semé le doute dans son esprit. Après tout, il n'y avait rien d'inhabituel à ce que les relations professionnelles évoluent, et c'était peut-être ce qui était arrivé entre Gabriel Agreste et Nathalie Sancoeur…

Des images indésirables assaillirent son esprit, malgré ses efforts pour les repousser. Non pas qu'il n'y avait jamais songé, mais c'était la première fois que quelqu'un lui faisait remarquer cette proximité entre son père et sa secrétaire, la rendant soudain bien plus réelle.

« Accessoirement, ton professionnalisme est pas encore au point, parce que t'as oublié de lui donner le cadeau, à ta Ladybug, reprit Plagg. Sûrement parce que t'avais la tête ailleurs… Et les mains ailleurs, aussi. »

Adrien lui lança un T-shirt dessus, mais le kwami l'esquiva aisément avec un caquètement diabolique.

« Mais qu'est-ce que j'ai fait dans mon ancienne vie pour me retrouver avec un kwami comme ça ? »

xxx

Seule dans le bureau, Émilie ajusta encore une fois son col et roula des épaules pour s'assurer que la robe tenait bien en place. Elle n'arrivait toujours pas à croire que Gabriel avait réussi à la confectionner à partir d'un vieux rideau turquoise trouvé dans une caisse de marché aux puces. Il lui avait suffi de quelques heures de dessin, de couture et d'essayages pour créer une robe aux allures victoriennes, avec quelques finitions plus modernes. Exactement le genre de vêtement que porterait la comtesse de Spitelgrund, le personnage qu'elle interprétait sur scène.

La comédienne se regarda dans la glace et virevolta sur elle-même, fascinée par le vêtement. Le tissu changeait de couleur selon l'angle de la lumière, du bleu au vert en passant par toutes les nuances entre deux, comme les plumes d'un paon.

C'était l'animal qui avait inspiré Gabriel, et Émilie voulait absolument exploiter cette idée. Le styliste avait brodé des motifs de plumes sur ses manches, mais ces détails étaient malheureusement trop petits pour être vus de loin. D'autres accessoires ornés de plumes de paon, comme un éventail ou un chapeau, auraient pu rappeler cet oiseau, mais son metteur en scène le lui avait déconseillé : la robe attirerait déjà tous les regards, inutile d'y ajouter des accessoires qui déconcentreraient les spectateurs.

Quelqu'un frappa à la porte de l'ancien bureau du théâtre, transformé en vestiaire.

« J'arrive dans deux minutes, So', j'ai déjà fait un débrief' avec Jonathan avant, si... »

La porte s'ouvrit doucement, et un visage apparut timidement dans l'entrebâillement.

« Gaby ! Qu'est-ce que tu fais là ? »

Elle se précipita vers lui, alors qu'il se faufilait dans la pièce et fermait la porte derrière lui.

« J'ai plus le droit de venir encourager la star du spectacle avant la grande première ? »

Il se pencha vers elle pour l'embrasser, mais elle posa un doigt sur ses lèvres et le repoussa délicatement. Elle vit dans son regard qu'il avait compris : ce n'était pas le moment pour gâcher une heure de maquillage, de coiffure et d'habillage.

« Tu pourras tout enlever après la représentation, t'en fais pas, » lui murmura-t-elle avec un clin d'œil.

Elle l'entendit inspirer fort et le vit rougir immédiatement, ce qui la fit éclater de rire. Il leva les yeux au ciel et se redressa.

« Je pensais que je te trouverais stressée et paniquée, mais apparemment, t'as même pas l'air d'avoir le trac si tu fais ce genre de vannes, remarqua-t-il, vexé.

- Roooh, ça va ! C'est justement parce que j'ai le trac que je rigole pour tout et n'importe quoi. Le prends pas personnellement. »

Elle attrapa ses mains.

« C'est gentil d'avoir bravé les ruines du théâtre pour venir me souhaiter bonne chance. T'es un amour... »

Il daigna enfin baisser les yeux vers elle. Son regard amusé le trahit tout de suite : il aimait exagérer ses réactions à chaque fois qu'elle le taquinait un peu. Et elle tombait à chaque fois dans le panneau.

« En fait, j'étais aussi venu pour autre chose... J'ai un cadeau pour toi, et je voulais te l'offrir avant le spectacle. »

Gabriel lâcha ses mains, fouilla quelques secondes dans la poche de sa veste, poussa un juron étouffé lorsque ses doigts restèrent coincés dans les plis du tissu, et sortit enfin une petite boîte en bois noir laqué.

Émilie sentit son cœur s'arrêter. Son corps entier se raidit. Est-ce qu'il était en train de... ?

Gabriel se rendit compte de son état, et l'attrapa par l'épaule au cas où elle vacillerait.

« Attends, c'est pas ce que tu crois ! Je veux pas te demander en mariage. Enfin non, si, je dis pas que je serais contre, au contraire, je serai pour, mais c'est encore tôt et... Non, enfin, je... Bref, je suis tombé là-dessus chez un antiquaire asiatique et je me suis dit que ça serait parfait pour toi. Si tu en veux, bien sûr ! »

Encore un peu sonnée, Émilie prit délicatement la boîte, les mains tremblantes. Des symboles chinois étaient peints à l'encre rouge sur le couvercle, disposés en cercle autour d'un idéogramme plus grand. Incapable de les déchiffrer, elle se demandait ce que Gabriel avait bien pu trouver.

Un coup violent contre la porte les fit tous les deux sursauter.

« Milou ! T'as bientôt fini ? Jonathan veut nous voir, y'a eu des changements de dernière minute, grouille-toi !

- Je... J'arrive, Soraya. Je vous rejoins dans une petite minute. Vas-y déjà ! »

Ils entendirent un grognement derrière la porte, suivi d'un long silence. Soraya était-elle partie, était-elle en train de l'attendre ?

Émilie fit signe à Gabriel de rester silencieux, puis s'accroupit et regarda à travers serrure. De l'autre côté, elle ne vit qu'un couloir vide, faiblement éclairé par des lampes de chantier.

« C'est bon, elle est partie, annonça-t-elle à voix basse en se relevant.

- Je devrais peut-être filer avant qu'elle revienne. Je pense pas que tes collègues soient contents s'ils me trouvent ici. »

Émilie regrettait de le voir partir si tôt, au moment où elle sentait le trac monter, mais il avait raison : personne en dehors de la troupe n'était censé venir dans cette partie du théâtre, pour ne pas déranger les comédiens et pour ne pas se blesser dans les couloirs obscurs ou les escaliers à moitié pourris.

Gabriel ouvrit prudemment la porte, mais elle la bloqua avec son pied.

« Attends… »

Elle monta sur la pointe des pieds pour l'embrasser, mais il posa un doigt sur ses lèvres et la repoussa,comme elle l'avait fait quelques secondes plus tôt. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher d'être déçue.

« Ton costume, oublie pas. »

Elle usa de tous ses talents d'actrice pour donner à son visage une moue aussi triste que possible, ce qui lui valut un baiser sur ses cheveux.

« Bonne chance, tout va bien se passer. Je t'attendrai au bar en face après le spectacle. À tout à l'heure ! » murmura-t-il avant de se faufiler dans l'entrebâillement de la porte et de disparaître dans le couloir.

Émilie se retrouva seule dans le bureau-vestiaire. La présence de Gabriel lui manquait déjà, et elle avait mille envies de courir le rejoindre. Mais on l'attendait pour un dernier débriefing, et ce n'était pas le moment de laisser tomber sa troupe.

Elle se rendit compte qu'elle tenait toujours la boîte que lui avait offerte Gabriel. Il n'était même pas resté pour voir sa réaction en l'ouvrant.

Il valait sans doute mieux attendre, elle pourrait l'ouvrir en sa présence juste après le spectacle. Mais la boîte n'était fermée que par un loquet, on n'y verrait que du feu si elle l'ouvrait juste pour regarder ce qui se trouvait dedans…

Sa curiosité fut plus forte que sa patience. Elle glissa ses ongles dans l'interstice sous le couvercle et fit pivoter le fermoir.

Un bijou se trouvait...

xxx

Le moment tant redouté était arrivé : c'était la dernière page du journal.

Adrien tint le carnet sur ses genoux pendant quelques minutes, encore groggy, tiré violemment d'un long rêve éveillé. Ses yeux fixaient les dernières phrases, comme si elles allaient soudainement se transformer en nouvelles pages dévoilant la suite de l'histoire.

Sa patrouille commençait à 22 heures, il profitait donc de son heure de libre pour continuer sa lecture. Plagg somnolait contre sa nuque, lové dans la capuche de son pull.

Le jeune homme dut se rendre à l'évidence : le carnet était bel et bien terminé, aucune suite n'allait y apparaître. Il lui restait bien le carnet de 2004, mais il savait qu'un tel bond dans le temps ne ferait que le frustrer.

Par dépit, il referma le cahier. Il remarqua alors que la couverture arrière était plus épaisse que la couverture avant. Il glissa son ongle le long de l'arête cartonnée, qui s'ouvrit devant lui comme un nouveau livre.

La couverture avait une doublure dans laquelle étaient rangées quelques photos, dessins et pense-bêtes. Adrien les retourna délicatement les unes après les autres, comme s'il avait peur qu'elles se désintègrent sous ses doigts.

Il reconnut sa mère, en compagnie d'une amie au look punk-rock, sans doute Patricia. Sur une autre photo, il découvrit son père, endormi sur une table de travail et entouré de croquis. Sur une autre, sa mère accroupie dans un parc, les bras tendus vers un chat errant. Un pense-bête avec une caricature de poisson et une bulle « Fish moi la paix ». Un billet de cinéma pour le Roi Lion…

Des souvenirs de tout ce qu'il avait lu, de tout ce que sa mère avait vécu. Voir ces preuves tangibles lui fit monter les larmes aux yeux. Il ne s'était jamais senti aussi proche de sa mère depuis sa disparition, et elle ne lui avait jamais autant manqué.

Il déployait des efforts surhumains pour ne pas pleurer. Le moindre tremblement de ses épaules réveillerait Plagg, et il ne voulait pas que son kwami le surprenne dans un tel état.

Il remarqua alors un papier plié en deux dans un coin, sur lequel était inscrit « Cadeau Gabriel premier spectacle ». La réponse à une des nombreuses questions qu'il se posait. Curieux, il le prit délicatement et l'ouvrit.

Il s'agissait d'un croquis détaillé, bien qu'un peu maladroit, qui représentait un paon… Ou plutôt la roue d'un paon, car Adrien n'en voyait que les plumes disposées en demi-cercle. Une forme qui lui était extrêmement familière…

Dehors, il avait commencé à pleuvoir.

Ses mains se mirent à trembler. Il savait où il avait vu cet objet auparavant, et pourtant, il ne voulait pas y croire. Il ne pouvait pas y croire.

« Plagg ? Tu peux venir voir deux secondes ? » fit-il d'une voix tremblotante.

Il entendit un grommellement agacé, suivi d'un long bâillement, puis sentit le petit corps bouger dans son capuchon et grimper sur son épaule.

« J'ai trouvé ça dans le carnet, c'est un cadeau que ma mère a reçu de mon père… »

Il sentit les griffes de Plagg s'enfoncer dans son pull. Il lui avait fallu quelques secondes à peine pour arriver à la même conclusion.

C'était le miraculous du paon qui se trouvait sur le croquis.