Moitié de chapitre, parce que je me disais que j'allais vous partager cette partie en avant première ;)


Chapitre 16 : Magnétique

Bella ne pouvait pas savoir que ce qu'avait chuchoté Edward hier soir venait de sa grand-mère, et elle avait seulement retenu les deux premières phrases et le début de la troisième avant de se perdre dans ses pensées. Bien qu'elle ait été attendrie, entendre que l'amour est inconditionnel lui avait blessé le cœur, une épine était rentrée à l'intérieur et la sensation ne partait plus. Son cœur lui faisait mal, mais un petit sourire se dessinait tout de même sur ses lèvres.

Ce sourire s'affaissa rapidement en une grimace, qu'elle cacha sous la couverture. Ses yeux voulaient pleurer, mais elle résistait. Comment Edward pouvait penser ça ? L'amour n'est pas inconditionnel, rien ne l'est dans la vie. Avec tout ce qu'il a vécu, tout ce qu'elle a vu, il pensait encore avoir de l'espoir ?

Qui avait bien pu lui donner une idée aussi stupide, croire que le destin existe et qu'il y a des gens qui t'accepteront tel que tu es. Peut-être que c'est cette seule idée, que Bella trouve incroyablement ridicule, qui le maintien en vie.

Parce que tu ne peux pas voir les étoiles partout. Parce que l'espoir n'est qu'un concept que seuls les gens peu éclairés sur la vie ne peuvent croire.

Des moments sombres, pour être totalement honnête, Bella n'en avait que peu vécu. Oui, son père n'est jamais là, sa mère n'a aucune personnalité, son frère… Son frère est trop fragile. Elle avait dû apprendre à vivre seule et rapidement, elle ne pensait pas être autant affectée que ça par ces abandons récurrents. James, en revanche, l'était beaucoup plus et elle avait dû se montrer forte pour deux, très rapidement.

Elle n'avait jamais cru en l'espoir, elle n'avait jamais prié les étoiles pour que quelque chose arrive. Elle ne faisait pas de vœux en voyant une étoile filante.

Non.

L'espoir n'existe pas. Il faut faire des choses, des actes, pour améliorer ses situations. On a beau prier, croire en ce qu'on veut, si on ne fait rien, rien ne se passe.

Croire en l'espoir, c'est une chose que Bella ne comprend pas. Mais alors, croire en l'amour ? Un amour inconditionnel, qui plus est ? Bella ne pouvait le concevoir.

Cela n'avait aucun sens.

Pourtant, elle ne dit rien. Elle continue de regarder Edward, souriant, émerveillé par les dernières visites. Ils avaient pris des photos, s'étaient posé en terrasse. Ils avaient beaucoup discuté, comme des vieux amis.

Bella ne pouvait pas lui faire part de ses croyances sur l'espoir et son désintéressement pour le destin, surtout quand cela apporte autant de bonheur à son ami. Elle ne pouvait se dire qu'il n'était qu'un petit oiseau, insouciant et naïf, à la découverte du monde alors qu'elle-même était un aigle prêt à dévorer sa proie.

Elle ne le trouvait pas aussi faible que son frère, mais elle le trouvait assez naïf pour devoir le protéger du monde extérieur. Elle se rend bien compte de l'arrogance de ses pensées mais elle s'en fiche, elle apprécie sa position. Elle aime être la cause de ses sourires, de voir ses yeux émeraudes brillés et s'étinceler devant les petites choses.

Elle ne veut pas qu'il soit comme elle, une coquille vide avec aucun sens.

Dans la voiture, pour le retour, ils avaient chanté sur du rock et discuté du travail. Elle avait demandé pourquoi Edward tenait autant à faire sur le jazz, et il lui avait raconté d'autres histoires avec sa grand-mère et son grand-père, comme quoi ils s'étaient rencontrés grâce à ça. Cette musique le rendait plus proche d'elle, elle était encore en vie par cette musique.

Edward ne s'était plus senti aussi vivant depuis longtemps. Il lui explique aussi parfois parler aux étoiles comme si c'était elle, comme si quelqu'un allait répondre à ses attentes et changer quelque chose.

Bella n'aurait jamais pensé être un jour attendrie par tant de naïveté, et pourtant.

Une fois arrivés au niveau de Eastchester, une ville de New York en périphérie, Edward souffla et triturait ses mains. Bella pouvait reconnaitre facilement ce signe d'anxiété et lui demanda ce qu'il avait. Il restait un peu plus de trente minutes de route, Edward allait arriver à l'heure pour son service de ce soir. Elle ne comprenait pas sa réaction.

« Je me demande ce qu'il va m'arriver en rentrant, » articula-t-il finalement.

Il fallut une seconde de trop à Bella pour comprendre ce qu'il voulait dire. Il craint sa mère, de ce qu'elle va lui dire après avoir disparu un week-end entier sans donner de nouvelles. Il avait déjà exprimé son inquiétude, surtout parce qu'elle n'avait pas cherché à le contacter.

« Tu peux toujours venir chez moi, tu le sais. »

Edward prit une grande inspiration avant de répondre que oui, il sait et il en est reconnaissant.

« Comment va James ? »

« Il n'est plus jamais revenu avec des coups, je pense qu'on a réussi à les calmer. »

« Et… vos parents ? Ils savent ? »

« Non, » répondit froidement Bella. « Ils ne doivent pas savoir. »

Ils ne doivent pas savoir que James est fort probablement homosexuel et qu'il se fait battre à l'école à cause de ça. Il ne doit pas savoir, il pourrait le battre pour ça aussi et Bella ne le permettrait pas. Elle connait assez bien l'avis politique de son père. C'est un homme bien dans biens des domaines mais la tolérance n'est pas quelque chose qu'il applique à sa famille. Bella se dit qu'il a probablement plus de compassion pour ses patients que pour sa famille, et cela ne l'étonnerait même pas.

Edward ne pouvait que comprendre cette peur, le harcèlement que subissait James pour quelque chose dont il a aucun impact. Ce n'est pas sa faute, il n'a pas choisi. Personne ne devrait subir ça.

Il pense alors à Felix. Sa relation avec Bella, la manière dont il l'a empêché de la voir et pourtant, il vient de passer un week-end entier avec elle. Il ne peut s'empêcher d'imaginer qu'Bella le considère plus, l'apprécie plus que lui.

Pourtant, il ne va jamais lui dire ce que Felix lui a dit, et jamais il ne va lui dire que c'est Felix qui le maltraite le plus dans l'enceinte du lycée.

Il ne supporte pas le conflit, il ne veut pas perdre Bella. Il pense encore que c'est de sa faute, que Felix a raison et qu'il ne mérite pas Bella. Edward veut profiter du temps qu'il passe avec elle, il sait que ce temps est compté et qu'un jour, elle l'abandonnera. Comme tout le monde.

Au moment de se dire au revoir, Edward ne pouvait imaginer par lui-même la tension dans la voiture. Bella avait l'avait déposé devant le supermarché et attendu.

Elle voulait lui dire des tonnes de choses, à quel point elle avait apprécié ce week-end, amusant, excitant, nouveau mais aucun son ne pouvait sortir de sa bouche. Elle observa Edward, ses yeux verts, ses lèvres entre-ouvertes.

Sa respiration s'est coupée, et le sourire qu'il lui fit avant d'ouvrir la porte n'avait fait qu'accélérer les battements de son cœur.

Ses cheveux châtains en bataille, ses joues creuses, elle observait chaque partie de lui. Et trois secondes plus tard, il n'y avait plus personne à ses côtés. Elle reprit alors ses esprits, imaginant ce qui a bien pu lui arriver.

Elle savait ce qu'elle devait faire. Elle avait un plan, et elle ne voulait pas qu'il fonctionne et confirme ses craintes.