Je vous retrouve pour le chapitre 3, le début de la longue (et dangereuse) aventure des trois protagonistes !
Je prends mon temps (oui oui) comme à chaque fois. L'inspiration n'est pas toujours au rendez-vous malheureusement, et la fac me tue à petit feu (LOL :'D) mais je suis là !
Personnages principaux:
- Bosnie-Herzégovine: Boro Mushanovic
- Ingouchie: Ali Chamilev
- Géorgie: Zaal Thamarchvilli
- Kabardino-Balkarie: Dahe Valii (Ueliikher) Inal
- Tchétchénie: Nej Chamilev
- Abkhazie: Mizan Gulia
Bonne lecture !
– Laissez moi vous accompagner.
L'arrivée inattendu de l'élève avait surpris les caucasiens et ils mirent un petit moment avant d'assimiler sa demande. C'est Gagik, le garçon à la chevelure rousse, qui réagit en premier, agacé mais également inquiet par leur envie soudaine de se rendre dans le Caucase.
- Je ne sais pas si vous vous rendez compte d'à quel point vous êtes irresponsables mais je vais vous le dire une bonne fois pour toute: vous êtes irresponsables et idiots en plus. Je peux comprendre que les dernières nouvelles vous inquiètent et je ne connais pas les raisons qui vous poussent à vous mettre bêtement en danger, mais ça n'en reste pas moins débile et suicidaire.
- Ça ne nous regarde pas, laisse tomber, dit son camarade qui était resté silencieux jusque là.
- Non, je ne laisse pas tomber ! Rétorqua Gagik. L'Arménie est en guerre aussi, mes parents sont là-bas depuis cinq ans et je n'ai aucune nouvelle d'eux. C'est pas pour autant que je vais mettre ma vie en danger en m'y rendant !
Face à la colère et l'inquiétude de son ami, Zaal ne pouvait que se sentir honteux et désolé. Il savait très bien que l'Arménien était tout aussi effrayé que lui mais qu'il essayait malgré tout de contenir son envie de rassembler ses affaires et partir pour Erevan à la recherche de ses parents. Mais lui n'avait ni la force ni la patience d'attendre que les choses se tassent pour savoir si son frère était toujours en vie ou non. Gagik avait une sœur pour le rassurer au moins. Zaal n'avait personne.
Boro se sentait également honteux face à la colère du roux, colère totalement légitime d'ailleurs. Il n'avait pour sa part, aucun lien avec le Caucase si ce n'est Naltchik. Et en y réfléchissant, il se sentait un peu idiot de vouloir risquer sa vie pour quelqu'un qu'il n'a rencontré qu'une seule fois dans sa misérable existence et dont il ne connait même pas le nom.
Mais contrairement à eux, Ali n'était absolument pas ému par la réaction du sud Caucasien, au contraire. Il avait une idée fixe en tête; celle de retrouver son frère aîné, mort ou vivant. Et ce n'est pas le premier inconnu tombé sur son chemin qui lui fera changer d'avis.
Il ignora complètement le petit groupe qui s'était formé et contourna le Balkan pour sortir de la pièce.
– Je serais devant le lycée dans trois jours.
Puis il quitta la salle, laissant derrière lui un silence plus que pesant qui mit rapidement le bosniaque mal à l'aise.
– Faites ce que vous voulez, lâcha finalement l'Arménien qui quitta à son tour la pièce.
Eldar le suivit aussitôt, ne laissant derrière eux que Boro et Zaal.
Le slave, plus que mal à l'aise d'être seul en compagnie d'un parfait inconnu, s'apprêtait à partir également, mais il fut arrêter par le Géorgien qui avait quelques questions à lui poser.
— Tu sais où tu vas, n'est-ce pas ?
Boro hésita, réfléchissant à la réponse la plus correcte qu'il pouvait fournir. Non, il ne savait pas du tout où il allait, il ne savait même pas pourquoi il voulait y aller. La seule chose qui l'a poussé à prendre cette décision était une stupide fixette sur un parfait inconnu qui lui avait tenu compagnie pendant deux heures à l'aéroport de Sarajevo. C'était risible comme raison, et il ne pouvait se résoudre à l'expliquer au géorgien de peur qu'il ne refuse de l'emmener. Il voulait vraiment partir le plus loin possible de sa famille.
- Bon écoute, je sais pas ce qui te pousse à y aller mais comme je l'ai dis, je pars dans trois jours. Soit prêt d'ici-là et pense à prendre tes papiers importants, il décida finalement de quitter la salle sans manquer d'ajouter un "Ne sois pas en retard" à l'égard du slave.
Boro se retrouva seul, hésitant toujours sur ce qu'il devrait faire. Il ne voulait pas aller dans une région en guerre, il ne voulait pas rester en Europe, mais il ne voulait pas trop s'éloigner non plus. Risquer sa vie n'était pas ce qui le retenait, il n'en avait en réalité rien faire de son futur face-à-face avec la faucheuse. Non, il pense seulement à ses amis et sa famille. Il pense à Noyemie et Lazar qui ne sauront pas où il va. Il pense à Dragan et Aleksia qui ne passeront pas une minute sans s'inquiéter. Il n'a pas besoin de se demander quelle sera la réaction de Zdenka, la serbe n'a jamais caché son mépris pour le bosniaque. Il ne se soucie pas non plus de ce que penseront Hanka, Branko et Aleksandar, ils ne se sont jamais vraiment préoccupés de son existence.
Savoir qu'il ne manquerait pas à grand monde lui serre le cœur. Il pensait pouvoir supporter la déception à force de s'être répété que non, il n'avait personne sur qui compter. Ça fait quand même mal.
Lorsqu'il rentra chez lui, il ne passa ni par la cuisine, ni par le salon, et se rendit directement dans la chambre qu'il partage avec les deux jumeaux. Sans surprise, Branko et Aleksandar s'y trouvaient aussi, et ils ne lui jetèrent qu'un bref coup d'œil avant de l'ignorer et reprendre leur conversation. Il ne leur prêta pas attention et se laissa tomber sur son lit. Il s'apprêtait à s'endormir, écouteurs dans les oreilles, lorsque la porte s'ouvrit brusquement sur l'ainée de la famille qui n'avait pas l'air ravi du tout.
- Franchement, je sais pas ce qui me retient de te renvoyer en Bosnie, siffla la brune. Je t'ai déjà dis d'arrêter de fréquenter ces putains de turques !
- Ils sont albanais...
- C'est du pareil au même ! J'en ai ras-le-cul de recevoir des appels de cette salope rousse parce que tu veux faire ton intéressant ! Si t'es pas content, tu peux te casser, personne te retiens !
Elle n'ajouta rien de plus et s'éloigna, ses pas résonnant dans la maison désormais silencieuse. Boro avait envie de pleurer, de crier, de l'insulter de tous les noms possibles et imaginables. Mais il se retient. Car il s'est toujours retenu, car il n'a ni le courage ni la patience de la contredire.
Dragan avait assisté à la scène en silence. Il s'assit sur le lit de son cadet qui refusait de le regarder ou de lui accorder une quelconque attention. Les jumeaux avaient quitté la pièce pour aller manger. Ils n'étaient que deux dans la chambre, et aucun n'osait prendre la parole. Ce n'est qu'en sentant les tremblements pitoyables de son jeune frère pleurant silencieusement qu'il se résout à lui parler, à essayer de le réconforter.
- Aleksia a appelé, commença le croate. Elle était en colère, je me suis fait hurlé dessus. Zdenka a entendu et elles se sont disputées au téléphone.
Boro resta toujours silencieux, reniflant de temps en temps pour ne pas laisser sa morve couler sur le coussin blanc, et Dragan continua de parler.
- Lazar lui a dit que tu ne te sentais pas bien aujourd'hui. Est-ce que tu veux en parler ?
Il ne répondit pas pendant un instant, puis finit par secouer la tête. Il n'avait pas envie d'en parler, encore moins avec lui.
Le croate n'insista pas. Il caressa doucement le dos de son frère pour le réconforter, avant de se lever et de quitter la pièce pour lui donner un peu plus d'espace. Mais il ne voulait pas d'espace. Il ne voulait pas parler de ses problèmes non plus. Il aimerait juste ne pas en avoir, arrêter de s'inquiéter pour tout et n'importe quoi, se sentir à sa place quelque part. Mais sa propre famille ne voulait pas de lui, il se sentait toujours de trop avec les deux albanais et il n'avait aucune affinité avec le frère de Noyemie. Peu importe où il se trouvait, peu importe avec qui, il n'était jamais à l'aise ni heureux. Et Zdenka n'arrangeait rien.
Au bout d'un moment, les jumeaux entrèrent à nouveaux dans la chambre. Boro dormait déjà, les yeux rouges et gonflés. Aleksandar s'approcha doucement du bosniaque pour retirer les écouteurs qu'il avait gardé. Il les posa sur la seule commode de la chambre et retourna sur son propre lit.
À minuit, tout le monde dormait déjà, sans se douter que dans trois jours, un lit sera vide et froid.
