Bonjour à tous ! Je sais que ça fait exceptionnellement longtemps que je n'ai pas posté mais malheureusement, la vraie vie est plutôt compliquée pour le moment. Je fais construire une maison et ça prend beaucoup de temps et de préparation. Je ne peux pas écrire autant que je le voudrais, pour une question de temps mais aussi d'énergie.

J'espère néanmoins que tout le monde n'a pas mis les voiles vers un autre fandom et que vous apprécierez ce chapitre. :)

N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me signaler qu'il y a toujours des gens qui lisent cette fanfic et que je ne parle pas dans une pièce vie. ;)

Aussi, dans le prochain chapitre * roulement de tambours * ... Katsuki va enfin faire son entrée !

Comme d'habitude, un graaaaand merci à ma pauvre bêta-lectrice, sans qui vous n'auriez pas eu ce chapitre aujourd'hui xD

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Le soleil brillait, haut dans le ciel, éclairant le gymnase Gamma d'une lumière qui aurait pu être aveuglante sans la participation des filtres UV adaptatifs sur la verrière du plafond. Assis sur un banc, Izuku avalait goulûment le contenu de sa bouteille d'eau. D'un revers de bras, il essuya la sueur qui avait commencé à perler sur son front quelque part au milieu de la première heure d'entraînement.

Les séances s'organisaient toutes plus ou moins de la même manière maintenant. Une partie combat au corps-à-corps et une partie déplacement rapide. Selon le jour, Aizawa décidait de commencer par l'une ou l'autre. Aujourd'hui, il avait préféré lancer les hostilités en les laissant tous les deux, Todoroki et lui, se battre sans Alter. Il avait disparu pendant tout un moment à l'extérieur pour prendre un appel qui l'avait mis de bonne humeur, à en croire le sourire presque imperceptible sur son visage quand il était revenu s'asseoir dans le gymnase.

— Si il n'y avait pas la clim', je pense que je serais déjà une flaque au sol, soupira Izuku en pointant du doigt le milieu de la salle, sa bouteille presque vide toujours à la main.

— Ah ?

Assis à sa gauche, Todoroki pencha la tête de côté, observant les alentours comme si ça lui permettrait de voir la température ambiante. La vue de son gilet, toujours sur son dos, donnait des chaleurs à Izuku.

Comparé à Todoroki, le T-shirt gris d'Izuku était collé contre sa peau par endroits, rendu plus foncé par la sueur. L'apparence impeccable de Todoroki aurait pu laisser croire qu'il venait seulement d'arriver et qu'il n'avait pas passé la dernière heure à envoyer Izuku au tapis.

— Tu as trop chaud ?

Grimaçant légèrement, Izuku hocha la tête.

— On dirait que tu n'es pas du tout affecté, dit-il sur un ton envieux. C'est à cause de ton Alter ?

Même s'ils n'avaient plus vraiment eu de souci dans leurs dernières discussions, Izuku se tendit légèrement en attendant la réponse de Todoroki. Son Alter avait l'air d'être un sujet sensible, directement lié à son père, alors il ne l'avait pas trop questionné à ce propos. Bien que ce ne soit pas l'envie qui manquait…

Todoroki fronça à peine les sourcils et regarda tour à tour ses deux mains, posées paumes au ciel sur ses cuisses. Le coin de ses lèvres se crispa à peine un instant lorsque ses yeux se posèrent sur sa main gauche, mais suffisamment pour qu'Izuku le remarque.

— Sûrement, répondit-il vaguement.

Izuku se mordit la lèvre, cherchant quoi dire.

— C'est… pratique.

— Je suppose que ça l'est, admit Todoroki après un temps de pause.

— Si vous avez le temps de discuter, vous avez assez d'énergie pour passer à la suite. Fit Aizawa, revenu d'un nouvel appel dehors.

Retenant un soupire, Izuku se releva, suivi de Todoroki. Il avait chaud et ses fesses étaient toujours douloureuses de l'une de ses chutes —si on pouvait compter le fait de se faire plaquer au sol après une rotation à cent quatre-vingt degrés comme une "chute".

La demi-heure qui suivit ressembla fortement à la session d'entraînement au déplacement éclair de la veille. Todoroki avait néanmoins pris le pli de mettre un pied en appui derrière lui pour les empêcher de valser au sol. Cette initiative les avait sauvés plusieurs fois, même si l'impact entre lui et Todoroki restait souvent douloureux. Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait utilisé le corps de Todoroki comme matelas pour ses réceptions, comme à la fin d'une tyrolienne.

Peut-être aussi avait-il commencé à s'attarder plus longtemps que nécessaire avant de s'écarter. Le côté droit de Todoroki était agréablement frais et Izuku éprouvait des difficultés à ne pas en profiter.

Aizawa avait dû les laisser seuls, pour la énième fois, après avoir reçu un message qui lui avait fait froncer les sourcils tellement fort qu'Izuku soupçonnait qu'il devait en avoir mal aux yeux. Il n'avait de toute façon pas raté grand-chose…

— Tu veux faire une pause ?

Penché en avant, les mains sur les genoux et le souffle court, Izuku esquissa un sourire qui ressemblait plus à une grimace.

— Si tu veux bien, je ne dis pas non…

Cette fois, Izuku opta pour s'allonger au sol, profitant ainsi de la fraîcheur de celui-ci, aussi minime soit-elle. Ses vêtements étaient de toute façon bons pour un passage à la machine à laver, comme ceux qu'il avait dû laisser en tas dans un coin de sa chambre.

A sa surprise, Todoroki vint s'asseoir à côté de lui en tailleur, sans même sourciller.

— Tu es plus fatigué que d'habitude, constata-t-il, son regard gris observant la position d'étoile de mer qu'Izuku avait prise.

— Je ne sais pas si c'est dû à la chaleur ou si c'est l'utilisation répétée de mon Alter.

Il y avait déjà songé.

Même si Izuku avait l'habitude de courir tous les matins, ses muscles ne semblaient pas suffisamment entraînés pour supporter les effets de son Alter sur le long terme. Bien qu'il ne fasse "qu'avaler" une distance donnée en un pas, ses cuisses s'en ressentaient fortement.

— Tu n'as vraiment jamais eu d'Alter avant ? C'est bizarre.

Todoroki réfléchit un instant, les bras croisés sur le torse.

— Tu as été entravé ?

Suivant un nuage du regard, Izuku considéra sa question.

— Pas à ma connaissance… En tout cas, si c'est ce qui s'est passé, je ne comprends pas pourquoi la rune ne fonctionnerait plus maintenant.

— Peut-être que celui qui te l'a apposée est mort.

Izuku se redressa sur ses avant-bras, les yeux écarquillés. Malgré l'énormité de ce qu'il venait de dire, le visage de Todoroki était aussi neutre que d'ordinaire, sa posture détendue.

— Seul un dragon peut poser une rune. C'est impossible qu'un d'eux meure, dit Izuku.

Ses mots s'accompagnèrent d'un petit rire hésitant. Todoroki avait l'air si sérieux en proposant cette explication.

— C'est déjà arrivé.

Izuku resta silencieux, ne sachant quoi dire. Todoroki n'avait pas tort : un dragon était déjà mort par le passé. Inazuma avait été tué par Shimo. La seule raison probable pour qu'un autre dragon soit éliminé était que ce dernier ait réussi à réitérer son exploit.

— Ça fait déjà presque deux semaines, dit-il, réfléchissant à voix haute. Les médias en auraient déjà parlé. Si un des Quatre mourait, on aurait dû le remarquer, non ? Il aurait dû se passer quelque chose.

— Comme quoi ?

Se redressant complètement, Izuku imita la position de Todoroki, son corps orienté dans la direction de l'autre garçon.

Il se mit à jouer avec un des fils de la couture de son short qui dépassait. Todoroki tourna la tête vers lui, attendant patiemment une réponse comme si il avait simplement demandé ce qu'Izuku comptait faire de son vendredi soir.

— Les Fondateurs sont des êtres surpuissants. Ils sont à l'origine de tout. Je suppose que si l'un d'eux disparaissait soudainement, ça ferait une différence ? Peut-être qu'on assisterait à des catastrophes naturelles, comme un tsunami.

Todoroki inclina la tête, pensif.

— Ça paraitrait logique, dit-il finalement. Et si Shimo avait été vaincu, ça aurait fait les gros titres depuis longtemps.

Un sourire amusé étira les lèvres d'Izuku, un doigt enroulé dans le fil de son short.

— Pourquoi est-ce que Shimo aurait entravé mon Ascendance ?

— Parce qu'elle est de mutation Foudre.

Ça aurait pu être une piste valable. Personne ne savait exactement pourquoi Shimo avait tué Inazuma. Même si la haine était une raison souvent évoquée, il n'y avait aucune preuve.

Izuku se laissa prendre au jeu, songeant à ce qui pourrait étayer cette hypothèse, bien qu'elle ne soit pas en haut de sa liste.

— Il voudrait étouffer l'existence de personnes ayant un Alter apparenté à Inazuma ? Alors, il n'aurait sûrement pas fait ça qu'avec moi. Ça pourrait expliquer qu'il y ait peu d'Ignae avec mon ascendance. Hmm…

Il croisa les bras, posant une main sous son menton.

— D'après les légendes, Inazuma était de force égale à Shimo. Peut-être qu'il avait peur de se retrouver face à une armée d'Ignae avec un Alter de mutation Foudre. C'est peut-être aussi pour ça que les gens dont m'a parlé Monsieur Aizawa n'ont pas un Alter très fort. A part Kaminari, bien sûr. Peut-être que Shimo ne leur a rien fait parce qu'il ne les a pas jugés assez dangereux- Mais alors, comment est-ce qu'il pourrait les repérer ?

— Tu as raison. Le plus simple pour lui aurait été de te tuer.

Izuku avala de travers, le reste de son monologue se noyant dans un gargouillement incompréhensible. Ses paupières clignotant telle une ampoule défectueuse, il regarda Todoroki, bouche-bée.

Mais… sa théorie, bien que délivrée un peu cavalièrement, était la plus valide. Izuku y avait bien sûr pensé, vaguement, au milieu d'autres réflexions. Shimo avait tué Inazuma. Si le gouvernement tentait de dissimuler les Ignae avec une ascendance de mutation foudre, c'était certainement parce qu'il en ferait de même avec l'un d'eux.

Cependant, Izuku avait déjà failli mourir deux semaines plus tôt, et ça n'était pas à cause de Shimo. Sludge avait juste profité de l'occasion qui se présentait à lui pour s'enfuir incognito ; personne ne lui avait demandé d'attaquer Izuku.

Dans l'enceinte de U.A., l'un des endroits les plus sûrs au monde, entouré de murs immenses et sous la protection d'une rune d'Entrave contre les ascendances givre, Shimo n'était pas la première de ses préoccupations. Ou en tout cas, pas ce qu'il pourrait lui faire à lui.

— J'ai dit quelque chose de travers… ?

Ça ne sonnait pas vraiment comme une question, plutôt une constatation. Les yeux gris de Todoroki semblaient sonder les siens, à la recherche d'une réponse. Il n'avait pas l'air de savoir quoi faire si celle qu'il y trouverait était positive.

— Non, j'ai juste été surpris.

Devant la bonne volonté dont l'autre garçon faisait preuve pour qu'il ne soit pas mal à l'aise, Izuku esquissa un sourire rassurant. Todoroki était du genre direct, comme une autre personne de sa connaissance…

Arrête de les comparer !

Chassant ses pensées parasites, Izuku se remit debout à la hâte, frottant son short frénétiquement pour avoir quelque chose à faire. Todoroki l'imita, plus lentement.

— Il vaut mieux qu'on reprenne, avant que Monsieur Aizawa débarque et nous passe un savon.

Visiblement soulagé par le changement de sujet soudain, Todoroki hocha simplement la tête avant de lui emboîter le pas.

Izuku aurait aimé pouvoir dire qu'il avait été focalisé à cent pour cent sur son entraînement après ça, qu'il avait pu rester détaché de ses inquiétudes pour être concentré sur l'usage de son Alter. Cependant, c'était loin d'être le cas. Son cerveau tournait à vive-allure, ressassant la discussion qui venait d'avoir lieu.

Après avoir entrechoqué ses genoux avec ceux de Todoroki pour la énième fois, Izuku avait fini par calculer sa trajectoire de manière plus stricte. Une bonne idée en soi, si elle ne le faisait pas arriver à un bon mètre de sa cible.

Ce nouveau développement, plus une régression qu'autre chose, en fait, n'échappa pas à son partenaire.

— Tu dis que je n'ai rien dit de mal, mais tu as l'air de vouloir m'éviter. Fit Todoroki, les bras croisés sur le torse.

Sa position était totalement détendue, comme si il ne s'attendait pas à ce qu'Izuku lui rentre dedans de sitôt.

Izuku grimaça, s'en voulant de ne pas avoir considéré comment Todoroki pourrait prendre ce changement de tactique.

— Désolé, j'ai du mal à me concentrer. Je veux juste éviter de te faire trop mal.

Il offrit un sourire penaud à Todoroki, gardant une attitude aussi ouverte que possible. Il s'était encore arrêté avant d'arriver à lui, trop loin comparé aux progrès qu'il avait pu faire jusqu'ici.

Se frottant le bras distraitement, il leva les yeux timidement vers l'autre garçon. Celui-ci le fixait déjà, bouche à peine entrouverte. Si Izuku n'avait pas été proche de lui, il n'aurait sûrement pas pu voir la manière dont ses yeux s'étaient écarquillés, presque imperceptiblement. Difficile de savoir exactement ce qui semblait l'avoir surpris le plus dans sa phrase.

Penchant la tête, Izuku enchaîna :

— Je vais faire des efforts ! Je suis désolé de te faire perdre ton temps-

Les sourcils de son partenaire se froncèrent. Bien que le garçon soit peu expressif, Izuku ressentit une certaine fierté à l'idée de commencer à savoir le lire plus aisément.

— Midoriya-

— Oui, oui, j'arrête de m'excuser. Pardon- Zut !

Il se frotta la nuque —regrettant bien vite son choix au contact de la sueur qui y perlait—, un rire nerveux lui échappant.

Le petit haussement au coin des lèvres de Todoroki le fit se sentir mieux instantanément. C'était toujours un peu difficile de naviguer dans une conversation avec lui, même si, aux yeux d'Izuku, ça en valait toujours la peine. Chaque nouvel échange qui ne se finissait pas avec Todoroki l'ignorant froidement ou quittant la pièce comme si Izuku avait une maladie contagieuse était une petite victoire.

— Je te dirais bien de ne pas hésiter à me rentrer dedans mais si tu pouvais y aller mollo sur la réception, je ne m'en plaindrais pas.

Même si il ne savait pas trop comment, Izuku décela la note d'humour muette qui accompagnait cette phrase.

— Je promets d'essayer de ménager tes genoux, dit-il souriant, se sentant plus léger.

— Je prends.

Ils se remirent en position, tous les deux plus détendus. Secouant ses épaules, ignorant l'échauffement dans ses cuisses, Izuku souffla longuement. Les pensées pour sa mère et Kacchan devraient attendre.

— On y retourne, murmura-t-il, plus pour lui-même que pour son partenaire.

Les essais qui suivirent se passèrent relativement mieux. Après réflexion, Izuku décida de garder sa technique actuelle et de se rapprocher petit à petit de Todoroki. Ce dernier ne fit aucune remarque en le voyant faire, prenant juste soin de mettre un pied derrière lui comme appui, au cas où.

A chaque nouvelle tentative réussie, une vague d'excitation montante ne cessait de s'agiter dans la poitrine d'Izuku. Ses maxillaires lui faisaient mal à force de retenir le sourire extatique qui menaçait de le faire passer pour un fou aux yeux de Todoroki.

Centimètre par centimètre —avec quelques ajustements nécessaires de temps à autre—, l'écart entre les deux garçons ne cessait de se réduire. Tant et si bien que, finalement, après presque une heure, Izuku se retrouva face à Todoroki, le nez frôlant presque le col de son T-shirt.

Il releva la tête si vite que sa nuque craqua, mais il n'y fit pas attention.

— YES ! J'ai-

Les mots moururent avant de passer ses lèvres.

Même si, jusqu'ici, il avait déjà eu de nombreuses occasions de voir Todoroki de près, il n'avait jamais pris le temps de l'observer attentivement. Si il l'avait fait, il aurait peut-être remarqué plus tôt un fait étrange : les yeux de Todoroki étaient de deux nuances de gris différentes. Maintenant, alors que les yeux en question étaient plongés dans les siens, il ne pouvait pas l'ignorer.

Le souffle tiède de Todoroki balaya son visage, provoquant un frisson qui se répercuta dans tout son corps. Il fut suivi d'une onde de chaleur qu'Izuku aurait aimé pouvoir attribuer à l'Alter de Todoroki. Déglutissant difficilement, soudain à court de salive, il évalua la distance presque inexistante entre eux.

Recule…

La pensée fugace lui effleura l'esprit avant de se dissiper comme de la poussière au vent.

Si Todoroki était dérangé par leur proximité, il n'en laissait rien paraître. Il se contentait de fixer Izuku, une étincelle indescriptible au fond du regard. Bien qu'ils ne se touchaient en aucun endroit, l'espace infime qui les séparait semblait chargé d'électricité, faisant se dresser les poils d'Izuku sur ses bras et dans sa nuque.

Sans le vouloir, sa main se crispa, ses phalanges venant frôler le tissu du jogging de Todoroki. Ce mouvement ne passa pas inaperçu puisque ce dernier eut un sursaut, assez bref et discret pour qu'Izuku le remarque, mais pas suffisant pour le faire réagir lui aussi.

Sans comprendre pourquoi, Izuku resta parfaitement immobile, n'osant respirer. Les iris gris —l'un légèrement plus foncé que l'autre— ancrés dans les siens l'avaient happé, éclipsant le reste de la pièce autour d'eux. Il se surprit à penser que dans leur véritable couleur, ils devaient être d'autant plus envoûtants.

Ne sachant pas lui-même ce qu'il allait dire, Izuku ouvrit la bouche-

Avant d'être interrompu par un bruyant raclement de gorge venant de derrière lui.

— Je vous dérange, peut-être…

La voix de leur professeur fit éclater la bulle qui semblait s'être formée autour d'eux. Tel un somnambule se réveillant au bord d'un précipice, Izuku bondit brusquement en arrière, s'éloignant de Todoroki et de ce qui venait de se passer, quoi que ce fut. Il enfouit sa tête derrière son bras, dans l'espoir de cacher l'embarras qui lui brûlait le visage tout entier.

Dos tourné à moitié à Todoroki, le coeur battant la chamade, Izuku tenta de se calmer. Ils n'avaient rien fait de mal.

C'était quoi ça ?!

Une question qui revenait bien trop souvent, ces derniers jours.

— Midoriya a réussi, déclara Todoroki, sur un ton neutre.

Le son de sa voix fit manquer un battement au coeur d'Izuku, sans qu'il ne comprenne pourquoi.

Il remercia mentalement Todoroki car il ne pensait pas être capable de donner une quelconque explication, tout de suite. Il glissa un regard à Monsieur Aizawa, tête baissée, et rencontra celui de leur professeur qui les observait à tour de rôle, peu convaincu.

Se pinçant l'arête du nez, paupières closes, il soupira lourdement :

— Admettons.

Il s'assit sur le banc le plus proche, croisant les bras :

— Montrez-moi ça.

Si, après cet incident, Izuku évita de croiser le regard de Todoroki et prit soin de toujours reculer d'un pas avant de relever la tête pendant l'entraînement, personne ne fit de remarque à ce sujet.

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L'odeur de cuisson du poulet était omniprésente dans la cuisine, même si le repas de midi était déjà terminé depuis un bon moment. Izuku avait pris soin d'aérer la pièce en ouvrant une fenêtre, espérant par la même occasion faire disparaître la nausée persistante qui le suivait depuis son réveil.

Todoroki avait fini par la refermer après un énième éternuement de la part d'Izuku, ce à quoi ce dernier n'avait pas protesté. L'odeur semblait de toute façon être autant imprégnée dans son nez que dans l'arrière de sa gorge. Il avait à peine avalé quelques morceaux de son déjeuner avant de pousser le bol sur le côté, son estomac trop rebelle pour qu'il se force plus.

La veille au matin, il avait mis son état de fatigue et son mal de tête sur le compte de ses cours pratiques. Les crampes musculaires qui s'y ajoutaient collaient aussi à son hypothèse, aussi ne s'en était-il pas soucié davantage.

Après sa nouvelle session d'entraînement, il avait remercié les Quatre que ce soit la dernière de la semaine parce qu'il n'avait qu'une envie et c'était de dormir.

Malheureusement, il avait été réveillé en pleine nuit, couvert de sueur et parcouru de frissons qui faisaient se contracter ses muscles douloureusement.

— Tu es malade ? Demanda Todoroki, assis à l'autre bout du canapé.

Il n'avait pas arrêté de le regarder du coin de l'oeil depuis qu'Izuku était entré dans le salon, tout juste avant midi. Malgré ses efforts pour avoir l'air normal, Todoroki n'avait pas eu l'air dupe bien longtemps.

Se tournant vers lui, Izuku essaya de se racler la gorge avant de parler, pour éviter que sa voix enrouée ne le trahisse.

— Ça va. Tout va bien.

Il sourit, avec autant de sincérité que possible —ce qui devait être très peu.

Haussant un sourcil, Todoroki reprit :

— Ce n'est pas un 'oui' ou un 'non', fit-il remarquer.

Izuku se contenta de sourire davantage, luttant contre ses paupières lourdes et tentant d'ignorer l'impression que quelqu'un s'amusait à compresser sa cage thoracique.

— C'est rien, ça va passer.

— Tu es rouge comme ce coussin (il indiqua un des coussins rouge vif sur lequel il était appuyé) et tu respires fort. Tu n'as pas arrêté d'éternuer et de te racler la gorge depuis que tu es là et ton visage est tout bouffi.

A ces mots, Izuku plaqua ses deux mains sur ses joues, comme si ça allait changer quelque chose. Il ne s'était pas vraiment regardé dans le miroir après avoir pris sa douche mais si il était aussi gonflé qu'il en avait l'impression, ça ne devait pas être beau à voir.

— P-Pardon ! Je ne voulais pas te-

— Ça ne me dérange pas, dit Todoroki, l'interrompant efficacement. Mais tu n'as clairement pas l'air bien.

— Ça va passer, répéta Izuku, ne sachant pas quoi ajouter.

— Tu étais déjà plus lent que d'habitude, hier.

Appuyant son coude sur le bras du canapé, il posa sa joue dans sa paume avant de continuer, songeur :

— J'ai même oublié que tu étais là, par moments.

Izuku était sûr que si elles ne l'avaient pas déjà été préalablement, ses joues se seraient empourprées.

— Toi aussi tu as eu du mal avec les projectiles ! Bougonna-t-il, ne se sentant pas la force d'hausser la voix.

— Et vraiment, juste avec les projectiles…

Contrarié, Izuku gonfla les joues. Todoroki le regarda, une étincelle amusée au fond du regard.

— On dirait qu'elles vont exploser, fit-il en l'observant curieusement.

— Todoroki !

— Quoi ?

Devant son expression sérieuse, Izuku ne put s'empêcher de pouffer doucement, avant de se mettre à tousser.

Todoroki fronça les sourcils, l'amusement disparaissant totalement de ses yeux gris.

— Ma soeur dit toujours qu'il faut se reposer quand on est malade. Tu devrais aller te coucher.

— Je ne peux pas. J'ai des lessives à faire.

Le frisson qui le traversa pouvait tout aussi bien venir de l'image mentale de la tour de vêtements sales qu'il avait à laver que de son état actuel.

Todoroki sembla réfléchir.

— Alors, je vais t'aider.

— Non, non ! Protesta Izuku, se redressant tant bien que mal dans le canapé. Je peux le faire tout seul !

— Tu peux, oui. Mais ce serait stupide parce que je t'ai proposé un coup de main.

Izuku serra les doigts sur son pantalon de jogging, les lèvres pincées.

Il ne voulait pas embêter Todoroki avec ses lessives mais en même temps, la perspective de descendre autant de linge au sous-sol et puis de le trier lui donnait des vertiges. L'offre était plus que tentante. De toute façon, Todoroki ne lui laissa pas beaucoup le choix : il se leva du canapé et éteignit la télévision qu'aucun d'eux ne regardait.

— On y va ?

Ils se fixèrent un instant avant qu'Izuku soupire doucement, ses lèvres s'étirant en un sourire reconnaissant.

— Ok.

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Le sous-sol des dortoirs était loin d'être inhospitalier, même si on n'avait pas pour autant envie d'y passer sa journée. Il n'y avait pas une seule fenêtre donnant sur l'extérieur et le chauffage y était réglé sur une température plus basse que dans les étages.

Malgré son pantalon doublé en molleton et un sweat épais, Izuku ne pouvait pas contrôler les frissons intermittents qui semblaient venir de l'intérieur de son corps. Dans un espoir désespéré —et franchement inutile—, il tira sur ses manches pour y cacher ses doigts.

Assis sur une vieille chaise en plastique plutôt inconfortable, il regardait Todoroki charger son linge par la trappe supérieure d'une des quatre machines à laver alignées contre le mur. L'énergie lui manquait trop pour qu'il fasse plus que rester là, pieds sur le bord de l'assise et genoux calés sous son menton pour garder le peu de chaleur qu'il avait.

Il avait bien commencé la tâche lui-même mais quand il avait senti la pièce tanguer, Todoroki l'avait attrapé doucement par les épaules et l'avait guidé jusqu'à son actuel perchoir en ignorant ses faibles protestations.

— Voilà, déclara ce dernier en appuyant sur le bouton de démarrage. Il y en a pour une heure.

Il se tourna vers Izuku, le visage neutre. Habitué à être fixé depuis le temps, Izuku ne sourcilla pas. Il n'en avait de toute façon pas la force. Derrière la chaise, le mur de béton irradiait de froid. Ca lui donnait à la fois l'envie de s'en éloigner aussi loin que possible et en même temps, il n'avait aucune motivation pour bouger de là.

La tête lourde, il posa sa tempe sur son genou et darda un regard plein de gratitude vers son sauveur.

— Merci, Todoroki. Tu es vraiment gentil.

Celui-ci pencha la tête, surpris, même si ça ne se voyait presque pas sur son visage.

Les paupières à moitié closes, Izuku se demanda si Todoroki avait souvent été remercié pour toujours avoir l'air si étonné lorsque ça arrivait.

— Tu as froid ?

— Hmm… un peu, répondit-il en fermant les yeux, le temps que le marteau-piqueur dans sa tête se calme.

Menteur.

— Tu ferais mieux d'attendre à l'étage.

— Hng, pas envie, marmonna-t-il, cachant sa tête entre ses genoux pour chasser la lumière du néon qui brûlait ses paupières.

Dans son petit cocon de fortune, il avait presque l'impression d'avoir chaud.

— Je vois. Fit Todoroki, réfléchissant à quelque chose. Et si je te promets un thé ?

Comme pour l'encourager, un nouveau frisson remonta le long de sa colonne, hérissant les poils de tout son corps et lui donnant l'impression que sa peau était frottée au papier de verre.

Il soupira en relâchant les épaules.

— D'accord…

Todoroki ne fit aucun commentaire sur son attitude d'enfant de cinq ans et Izuku n'était pas sûr qu'il en aurait eu quelque chose à faire si il l'avait fait.

Dans l'ascenseur, il s'adossa à la paroi, prenant soin de se mettre à gauche de Todoroki comme un papillon attiré par la lumière —ou plutôt comme un chat attiré par la chaleur. Ce n'était que minime, mais l'air de ce côté était à une température suffisamment plus élevée pour qu'Izuku le remarque.

— Midoriya, on y est.

Les yeux toujours presque clos, il suivit la silhouette de Todoroki entre ses cils. En passant dans le salon, Todoroki le dirigea vers le canapé, du côté le plus proche de la ventilation du chauffage. Sans y penser, Izuku ferma les yeux et appuya sa joue contre le coussin du dossier.

Il a raison… dormir, c'est une bonne idée…

Il lui sembla qu'une seule seconde était passée quand Todoroki lui secoua gentiment l'épaule, lui présentant une tasse de thé fumante.

Hmm… merci, Todor'ki.

— C'est chaud. Fais attention de ne pas renverser.

Alors qu'il se redressait dans le canapé, encerclant avidement la céramique brûlante entre ses doigts, Todoroki alluma la télévision et vint s'asseoir juste à sa droite.

L'air se réchauffa nettement dès qu'il fut installé, forçant Izuku à détendre ses muscles. A moitié endormi, il se laissa guider vers la source de chaleur. Il soupira d'aise quand son flanc entra en contact avec une surface délicieusement brûlante par rapport à lui.

Todoroki émit un hoquet de surprise mais Izuku était bien trop occupé à fourrer son visage dans un recoin plus chaud que les autres. Quelque chose lui chatouilla le front mais il décida que ça ne valait pas la peine de bouger. Un soupir d'aise lui échappa alors que son nouveau coussin s'affaissait sous le poids de sa tête.

— Ton thé va refroidir, fit Todoroki à mi-voix.

Izuku nota distraitement qu'il paraissait à la fois plus près et plus loin.

— Juste une minute, marmonna-t-il, enfouissant son visage davantage si possible dans son alcôve bouillante.

Depuis le matin, il avait l'impression que l'air qu'il expirait était si chaud qu'il pourrait sûrement être capable de cracher des flammes comme son père. C'était la première fois de la journée qu'Izuku n'avait pas l'impression que le peu de chaleur en lui s'échappait un peu plus à chacune de ses expirations.

Quelque chose lui prit sa tasse des mains, faisant disparaître la bouillotte improvisée pour ses doigts glacés. Izuku s'empressa de les cacher à nouveau dans ses manches et de les blottir contre son torse.

— Tu devrais peut-être voir Recovery Girl, fit Todoroki, toujours au même volume.

Hmm, pas maintenant.

Elle ne pourra pas utiliser son Alter, de toute façon.

Le reste de sa phrase resta dans sa tête ; c'était trop d'effort de le verbaliser.

Il avait chaud, il était confortablement installé, il ne lui restait plus qu'à dormir un moment et ça irait certainement beaucoup mieux à son réveil.

— Midoriya ?

Déjà trop enlisé dans les sables du sommeil, Izuku choisit de ne pas répondre.

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A son réveil suivant, Izuku n'était plus assis mais couché sur le canapé, seul. La télévision était encore allumée et diffusait une faible lumière dans le salon, l'unique source d'éclairage dans la pièce. En se redressant, le corps endolori, Izuku jeta un oeil à l'obscurité qui régnait dehors par l'une des baies vitrées. Une couverture venue de nulle part glissa de ses épaules.

— Todoroki ? Fit-il, l'esprit encore embrumé par le sommeil —et potentiellement, la fièvre.

Aucune réponse.

La lumière automatique du hall s'alluma, suivie du bruit d'une porte qu'on ouvre et qu'on referme en douceur. Todoroki apparut au coin du mur menant dans cette direction et il fut visiblement surpris de le voir réveillé.

— Déjà debout ?

— Pas entièrement, répondit-il en se frottant les yeux pour essayer de chasser le voile qui rendait sa vision floue. J'ai dormi longtemps ?

— Cinq bonnes heures. Si il n'y avait pas eu les ronflements, j'aurais pu croire que tu étais mort…

Izuku laissa échapper un grognement embarrassé.

— Vraiment ?

— Difficile de les rater à cette distance.

Hu ? … OH, PAR LES QUATRE !

Reliant les points par rapport à ce qui s'était passé plus tôt, Izuku se laissa tomber tête la première dans les coussins. Peut-être que le canapé finirait par l'avaler si il restait assez longtemps dans cette position.

— Désolé de m'être endormi sur toi, dit-il, la voix étouffée par le tissu. C'est un vieux réflexe…

— Hn, ça ne me dérangeait pas.

Le naturel avec lequel il prononça ces mots fit rougir Izuku jusqu'à la racine de ses cheveux.

— Tu devrais boire ton thé, maintenant.

Partagé entre la perspective de boire du thé froid et celle de laisser les efforts de Todoroki finir dans l'évier de la cuisine, Izuku se redressa dans le divan. La pièce tourna un instant avant de se stabiliser et sur ce temps-là, Todoroki était déjà devant lui, tasse en main.

En voyant les volutes de fumée qui s'en échappaient, Izuku cligna lentement des yeux. Est-ce qu'il divaguait ? C'était exactement la même tasse que tout à l'heure —un mug blanc qu'Izuku avait ramené de chez lui sur lequel était écrit 'verre'.

— Merci… ? Fit-il en la prenant, son impression se confirmant quand la céramique chaude toucha sa main.

Si Todoroki avait vidé sa première tasse, comment avait-il pu en préparer une nouvelle avec un timing aussi parfait ?

Soufflant sur le liquide ambré, Izuku se laissa aller contre le dossier du canapé, s'enfonçant dans les coussins. Sa première gorgée lui laissa un arrière-goût de miel auquel il ne s'attendait pas. Cherchant des yeux Todoroki qui avait de nouveau disparu, il aperçut une plaquette de médicaments sur la table. Un sourire étira ses lèvres. Todoroki lui avait préparé du Paracétamol.

Tout en continuant de boire son thé, appréciant chaque millilitre du liquide qui venait réchauffer son corps de l'intérieur, Izuku remonta la couverture sur ses épaules et s'y enroula comme un maki. Une fois la pilule avalée, il posa sa tasse sur la table basse et s'installa confortablement dans son siège, paupières closes.

Quand il les rouvrit, il était allongé dans son lit, draps remontés jusqu'aux épaules. Un verre d'eau et une autre dose de Paracétamol l'attendaient patiemment sur sa table de chevet. Deux mannes de linge fraîchement plié étaient posées près de sa penderie.

Il se rendormit avec une nouvelle impression de chaleur dans la poitrine.

.


.

Ce fut la tête considérablement moins lourde et les idées plus claires qu'Izuku assista à son cours de théorie le lendemain. Il s'était réveillé trop tard pour son jogging habituel et avait opté pour une bonne douche brûlante qui avait aidé à détendre ses muscles assez pour qu'il ne se sente pas courbaturé de partout.

Monsieur Aizawa lui avait néanmoins accordé un regard plus appuyé que d'habitude quand il était entré en classe. Même si il se sentait plus reposé, il restait plutôt pâlot et ça n'avait pas dû échapper à son professeur.

Quand le cours arriva à sa fin, celui-ci interpella Izuku avant qu'il ne passe la porte pour aller déjeuner.

— La rentrée est dans une semaine. Déclara-t-il, rangeant ses documents dans un classeur. Quand les cours commenceront, je te laisserai jusqu'au dimanche pour réviser ce que tu as appris pour cette matière. Tu passeras ton examen écrit ce jour-là.

Timing serré mais il n'allait pas s'en plaindre.

— Est-ce que j'aurai encore des heures d'entraînement en dehors des heures officielles après la rentrée ?

— Ce n'est pas prévu, répondit son professeur, étouffant un bâillement. Mais libre à toi de t'arranger avec Todoroki.

— Quand est-ce que je serai évalué pour la partie pratique ?

— … Bientôt. Je dois encore préparer les derniers détails.

Izuku retint une moue contrariée. S'il visait juste, Aizawa ne comptait pas lui dire quoi que ce soit à propos de cette évaluation avant le jour J.

Durant tout le temps de midi, Izuku cogita sur ce en quoi pourrait bien consister l'exercice pratique qui lui permettrait ou non de rejoindre la classe de deuxième. Il hésita à poser la question à Todoroki, pour voir si lui-même n'aurait pas une idée. Cependant, le temps qu'il débatte si oui ou non ça consisterait à tricher, Todoroki était déjà parti pour sa visite familiale hebdomadaire.

C'était donc seul et d'une démarche peu dynamique qu'il se rendit au cours pratique de l'après-midi. A peine arrivé au gymnase, Monsieur Aizawa lui fit signe de poser ses affaires sur le banc et de le rejoindre sur le terrain. Il avait dans les mains un écrin qu'Izuku ne mit pas longtemps à reconnaître.

— On va laisser de côté l'entraînement de tes déplacements rapides pour aujourd'hui. Annonça le héros, lui tendant le contenu d'un petit boitier noir dès qu'il fut à portée et lui intimant de prendre place sur un tapis de gym à ses pieds d'un hochement de tête.

Ce qui voulait aussi dire, pas de projectiles collants pour cette fois. Génial !

De toute façon, vendredi dernier, il n'avait pas obtenu grand résultat en combinant les deux, alors qu'il n'était pas aussi crevé qu'aujourd'hui. Même chose le samedi, bien que Monsieur Aizawa ait privilégié le corps-à-corps avec Todoroki, tout en évitant les projectiles.

Bien qu'il se soit reposé la veille et qu'il ait pris des anti-douleurs, il n'en restait pas moins fatigué et la possibilité d'un entraînement moins physique n'était pas de refus.

— Essaye de te rappeler la sensation exacte que tu as eue quand tu as utilisé ton Alter contre Sludge.

S'asseyant par terre, jambes croisées, Izuku écouta les consignes pour cette séance. Une nouvelle semaine commençait —la dernière avant la rentrée scolaire— et il n'avait toujours pas réussi à produire volontairement une quelconque forme d'électricité.

Comme quelques jours plus tôt, Izuku se retrouvait à nouveau avec un morceau de Draconite entre les mains à essayer d'invoquer son Alter. Même si il s'était déjà plié à cet exercice dans l'intimité de sa chambre au dortoir, il n'avait encore obtenu aucun résultat substantiel. De minuscules éclairs crépitaient à la surface du cristal, avant de s'éteindre tout aussi rapidement.

— Les enfants utilisent souvent leur Alter pour la première fois sous le coup d'une émotion forte. Etant donné que ta vie était en danger, c'est sûrement ce qui est arrivé pour toi. Continua d'expliquer Monsieur Aizawa, tournant autour d'Izuku. Mais si c'était tout ce qu'il te fallait pour activer le tien, ça ne t'aurait pas pris autant d'années pour y arriver.

La chaleur diffuse qui se dégageait de la Draconite était agréable, un rappel qu'Izuku était bien un Ignae, qu'il avait une Anima avec laquelle l'énergie draconique présente dans le cristal pouvait résonner. Néanmoins, même en imitant l'intention qu'il exprimait pour se déplacer à vitesse éclair, impossible de créer ne serait-ce qu'une petite décharge électrostatique. Il en avait pourtant couramment depuis une bonne semaine en touchant les poignées de portes.

Si il n'avait pas déjà été capable de faire appel à son Alter d'une autre façon, Izuku aurait déjà été frustré plus que de raison à ce stade. Or, cette fois, il arrivait à rester calme malgré l'absence de résultat. C'était déjà ça.

— Et si j'ai été entravé ? Finit-il par dire, repensant à la conversation avec Todoroki.

Les pas du professeur se stoppèrent, quelque part à la droite d'Izuku.

— C'est une possibilité. Déclara-t-il, après une longue pause. Mais ça ne nous donne pas d'explication sur ce qui aurait rendu la rune inefficace. Une émotion, aussi puissante soit-elle, ne peut pas en elle-même suffire à contrer le pouvoir d'un des Quatre.

Izuku n'ajouta rien. Il n'avait pas grand-chose de plus à dire que lorsqu'il en avait parlé avec Todoroki.

Il avait déjà eu des conversations avec Monsieur Aizawa et Recovery Girl où il avait expliqué ne rien avoir noté de particulier dans les jours qui avaient précédé l'éveil de son Alter. Il n'y avait, à l'heure actuelle, aucune explication logique. Un jour, Izuku était un Ignae sans Alter et le lendemain, il en avait un. Aussi simple que ça, bien que ce soit parfaitement improbable.

— Pour le moment, concentre-toi sur tes émotions à ce moment-là. On ne peut pas faire plus.

— D'accord.

On aurait pu croire qu'il était facile de se remémorer précisément un événement aussi récent et avec un tel impact. Pourtant, les souvenirs de l'attaque restaient très flous pour Izuku. Il se rappelait bien avoir eu l'impression de se noyer mais la panique qu'il avait ressentie était juste vaguement présente, retenue derrière un voile opaque qui l'empêchait de l'expérimenter pleinement.

Oui, il avait eu peur de mourir, il avait même cru que c'était inévitable. Cependant, penser qu'on veut survivre alors que quelqu'un est en train de prendre possession de votre corps —vous remplissant les voies respiratoires d'un liquide visqueux— et y penser à l'abri dans un gymnase à U.A. étaient deux choses totalement différentes.

La fois où il l'avait déclenché avec Todoroki était un accident. Son Alter avait juste tenté de le protéger contre une menace extérieure. Ca ne s'était plus reproduit, même lors des entraînements suivants.

L'autre occasion où son Alter s'était manifesté par un courant électrique, c'était alors qu'il était en pleine crise de panique quand il était retourné chez lui et avait trouvé le message de sa mère. Ça ne pouvait pas être une manière fiable d'y faire appel, non plus.

Restait à trouver une situation qui causait un chamboulement émotionnel mais qu'il maîtrisait suffisamment pour ne pas perdre le contrôle.

Un banc grinça non loin, signe que Monsieur Aizawa venait certainement d'aller se poser pour une possible sieste. Ses cernes étaient revenues à la charge ces derniers jours et sa posture s'affaissait de plus en plus chaque matin.

Prenant une profonde inspiration, Izuku redressa le dos, déterminé à avoir quelque chose à montrer à ce dernier quand il se réveillerait.

Un souvenir difficile…

Avant, l'un des premiers qui lui seraient venus à l'esprit aurait été celui de sa visite pour son test d'Alter. Encore âgé de sept ans, le jour suivant son anniversaire, son monde s'était écroulé sous ses pieds. Ne pas avoir d'Alter, même si à l'époque il ne comprenait pas les répercussions sociales que ça entraînerait, c'était une nouvelle horrible. Tout ce qu'il avait espéré un jour avoir lui avait glissé entre les doigts, ses rêves d'héroïsme devenus aussi insaisissables que de l'eau à mains nues.

Maintenant, avec un Alter —aussi peu coopératif soit-il— et sous la tutelle d'Eraserhead, ce souvenir n'avait plus la même prise sur lui.

Autre chose…

La Cave de Cristal.

Sa classe de primaire.

Leurs expressions de pitié.

Les moqueries à peine chuchotées.

Son regard suppliant vers Kacchan.

Kacchan détournant les yeux.

Cette sortie scolaire avait si bien commencé et avait pourtant tourné au cauchemar. Il n'avait jamais voulu que quelqu'un d'autre que Kacchan soit au courant pour son infirmité. Si déjà son meilleur ami ne lui avait apporté aucun réconfort, le reste de sa classe ne l'aurait pas fait non plus. Il aurait voulu garder ça secret, aussi idiot que ça puisse sembler.

La nouvelle s'était répandue dans les autres classes comme un feu de forêt. Deux jours plus tard, toute son école était au courant.

Mais même si ce souvenir était encore douloureux, ce n'était pas suffisant. Même si rien qu'en se remémorant le changement drastique de comportement de ses camarades à son encontre, son coeur se serrait encore dans sa poitrine aujourd'hui. Même si il avait pleuré tous les soirs en rentrant de l'école parce que Kacchan l'ignorait complètement en public.

Le jour où Kacchan l'avait ouvertement repoussé, dans la cour de l'école.

« Barre-toi, Deku. On veut pas d'un boulet. »

Le sourire grimaçant qu'Izuku avait affiché en retour avait trahi son incompréhension. Kacchan n'avait jamais maché ses mots —même avec sa mère, qu'importe qu'elle se mette à lui hurler dessus ensuite. Mais il n'avait jamais repoussé verbalement Izuku avant ce moment.

Il se rappelait encore la manière dont son coeur s'était serré dans sa poitrine, lui nouant la gorge et faisant perler de grosses larmes au coin de ses yeux, quand Kacchan l'avait poussé brutalement à terre.

L'espace d'un instant, toutes les fois où Kacchan l'avait évité ou avait nié son existence pendant les jours précédents lui avaient paru préférables.

« Dégage, Deku. »

Les mots l'avaient transpercé comme une lame en pleine poitrine. Et ce n'était clairement pas la dernière fois qu'il les avait entendus de la bouche de celui qui était son meilleur ami.

Malgré le sentiment de rejet qui aujourd'hui encore lui retournait l'estomac et lui piquait les yeux, le Cristal continua de le narguer, irradiant une lumière chaude et douce, mais rien de plus.

Doucement mais sûrement, la frustration montait en lui. Izuku serra les dents, sa main libre fermée en poing si fort que ses ongles y dessinaient des croissants de lune.

Il n'avait pas énormément de mauvais souvenirs en réserve. Encore moins de ceux qui puissent se mesurer à la réalisation que sa mère s'était volatilisée volontairement ou le fait de passer à deux doigts de la mort.

Quelque chose qui m'a fait pani-

Kacchan lançant son cahier dans la fontaine par la fenêtre.

« Saute du toit et prie pour avoir un Alter dans ta prochaine vie. »

Pas un moment fantastique à vivre mais pas si terrible que ça. Comme beaucoup de choses que Kacchan avait pu dire par le passé, cette phrase n'était pas assez sincère pour être prise au sérieux. Même si ça restait des mots durs à entendre.

Non, ce n'était pas ça qui aiderait. Par contre, ce qui avait suivi…

Kacchan le poussant contre le tableau.

Sa main plaquée dans le haut du dos d'Izuku.

L'odeur de craie emplissant ses narines.

La surface froide du tableau contre sa joue.

« Me fait pas m'répéter. »

Une douleur lancinante.

Sa vision qui se trouble.

L'odeur de la chair brûlée.

Un ouragan dans ses oreilles.

Son coeur tambourinant entre ses côtes.

Une voix lointaine.

C'est celle de-

— MIDORIYA !

Izuku ouvrit brusquement les yeux.

Ceux-ci s'écarquillèrent davantage lorsqu'il reconnut les éclairs verdâtres qui zébraient ses bras, à quelques centimètres à peine de sa peau. Son coeur se débattit dans sa poitrine alors qu'un sourire ravi menaçait de déchirer son visage en deux.

Hiiiiiii ! Ca m-

Les éclairs se scindèrent, comme un vase qui se brise, avant de commencer à disparaître.

Non, non, non, non, non !

« Me fais pas m'répéter. »

Si ce sentiment était celui qui l'aiderait alors s'y accrocherait de toutes ses forces. Izuku s'efforça de rappeler à lui le fourmillement dans ses membres qui caractérisait son Alter. L'odeur d'ozone dans l'air. La chaleur émanant de sa poitrine. Le frisson le long de ses bras. Tout ce qui pouvait lui rappeler l'utilisation de son Alter.

Des éclairs parcoururent ses membres, faibles et discontinus, semblant incertains. En les voyant, Izuku serra les dents, se concentrant d'autant plus.

Reste, reste-

Quelque chose se débattit dans ses tripes, provoquant une nausée aussi soudaine qu'incontrôlable. Surpris par cette réaction, Izuku plaqua une main contre sa bouche.

Non loin, Monsieur Aizawa fit un pas dans sa direction, le visage inquiet.

— Midoriya, qu'est-ce qui se passe ? Si tu te sens mal, arrête. C'est déjà un progrès.

Malgré son ton sévère, Izuku secoua la tête, combattant l'envie de rendre le contenu de son estomac. Pas question d'abandonner ici. Il referma les yeux, au risque de ne plus pouvoir surveiller la manifestation de son Alter. Il ferait confiance aux sensations physiques qui l'accompagnaient.

Son corps tangua, le faisant se courber en avant pour chercher un meilleur équilibre. Dans son dos, sa cicatrice commença à lui faire mal. On aurait dit que quelqu'un était en train d'y enfoncer un pied de biche puis de s'engouffrer dans l'ouverture pour craquer sa peau, ses muscles et son omoplate en deux.

— Midoriya, je vai-

Izuku hurla quand l'entité invisible arriva à ses fins.

Il ne remarqua même pas l'annulation de son Alter. Le haut de son dos était en feu, comme si on y avait plaqué un tisonnier brûlant. Un hoquet de douleur secoua son torse, faisant finalement couler les larmes qui s'étaient accumulées au bord de ses cils. Il serra les dents, assez fort pour qu'un goût métallique se répande dans sa bouche, se mêlant à l'amertume de sa bile.

Quand il rouvrit les yeux, tout autour de lui était trouble. Il ignorait quand et comment il avait fini sur le flanc droit mais sa joue était maintenant pressée sur le béton lisse du gymnase. Il lui aurait été impossible de dire si celui-ci était froid ou non ; la brûlure intense dans son omoplate éclipsant tout le reste.

Monsieur Aizawa s'agenouilla près de lui, à hauteur de son visage. D'une main, il balaya une mèche de cheveux qui cachait les yeux d'Izuku mais sa vision était encore trop embuée par la douleur et les larmes pour qu'il puisse distinguer l'expression de son professeur. Ses lèvres bougeaient mais Izuku ne pouvait entendre que le sifflement continu dans ses oreilles.

Il essaya de cligner des yeux pour y voir plus clair, mais il ne réussit pas à les rouvrir.

.


.

Izuku reprit ses esprits à l'infirmerie.

Avant même d'avoir soulevé ses paupières, il reconnut les draps plus rêches que les siens et la sensation d'avoir mis un plastique sous son couvre-matelas, causé par l'alaise qui s'y trouvait. L'odeur de désinfectant lui fit plisser le nez.

Dehors, le soleil avait disparu derrière les arbres, sa position uniquement trahie par les nuages qui se paraient déjà d'un doux rose à l'horizon. La moitié des néons de l'infirmerie avait été allumés pour y voir un minimum sans trop déranger le seul patient présent.

— Tu es réveillé ? Fit une voix chevrotante, celle de Recovery Girl.

Le geignement qui lui échappa sembla suffire à Recovery Girl.

L'infirmière avança jusqu'à son lit, s'appuyant sur sa canne seringue, et se hissa sur une chaise à proximité pour être à sa hauteur. Ses sourcils grisâtres étaient froncés de mécontentement. Elle croisa les bras, et malgré sa petite stature, Izuku eut l'envie de disparaître dans un trou de souris.

— Tu es bien trop négligent avec ta santé, jeune homme. Le sermonna-t-elle, tapotant de l'index sur son propre bras avec impatience. Ca fait seulement deux semaines que tu es là et je t'ai déjà bien trop vu ici.

— Pardon, murmura-t-il, honteux.

Elle lui lança un regard appuyé par-dessous ses paupières ridées, peu convaincue par ses excuses.

— Redresse-toi, que je vérifie si tout va bien.

S'exécutant, Izuku s'assit péniblement dans le lit. Il était épuisé mais, pour son plus grand bonheur, il n'avait plus aucune douleur dans l'omoplate.

Il se laissa faire, suivant ses consignes lorsqu'elle lui demanda de lever le bras pour utiliser le tensiomètre, d'inspirer fort et d'expirer par la bouche.

— Ta tension est bonne, rythme cardiaque correct, …

Elle appuya sur son épaule pour qu'il se recouche, ce qu'il fit plus par respect de son autorité médicale qu'à cause de la force exercée par sa frêle silhouette.

— Puisque Eraserhead ne savait pas exactement d'où venait le problème, j'ai décidé de faire des radios.

Elle sauta de la chaise, avec une agilité étonnante pour son âge, et alla chercher une télécommande sur son bureau. Dès qu'elle eut pressé l'un des boutons, l'écran mural face à Izuku s'éclaira, révélant une rangée de trois radiographies.

Fronçant les sourcils, Izuku les observa sans trouver de raison particulière de s'inquiéter. Il reconnaissait sa cage thoracique, et à la gauche de celle-ci, une zone craquelée là où se trouvait sa cicatrice.

Elle ne devrait pas se voir sur une radio, pourtant… ?

Il s'assit sur le lit, utilisant le peu d'énergie qu'il avait pour se rapprocher de l'écran.

Ça serait allé jusqu'à l'os ?

Izuku n'avait pas de souvenir précis de ce qui s'était passé après qu'il se soit évanoui ce fameux jour. Tout restait très vague, à part la douleur intense et un sentiment de trahison qu'il avait du mal à associer à Kacchan.

Il s'était réveillé à la maison, dans sa chambre, sa mère en larmes. Elle avait murmuré tout un tas de choses, ses sanglots rendant la plupart de ses mots incompréhensibles.

« C'est trop dangereux pour toi, ici. »

Il avait voulu la consoler mais bouger le faisait souffrir atrocement. C'était difficile de savoir ce qu'elle avait vraiment dit ou non. Il s'était mis à divaguer, la voix de sa mère prenant tantôt des inflexions féminines puis masculines. Izuku avait même vu une ombre dans le coin de sa chambre, qu'il avait fini par associer à un potentiel médecin avec le recul.

« Tu n'as- Tu n'as pas besoin de lui, Izuku. »

Le lendemain matin, ils montaient dans leur voiture, direction Himitsumi pour ne plus jamais revenir. Les camions déménageurs s'étaient occupés de tout ce que lui et sa mère avaient laissé sur place.

Utilisant sa canne comme pointeur, Recovery Girl vint tapoter le bord du cliché le plus à gauche, celui où l'étrange tache était la plus visible.

Izuku accueillit la distraction avec gratitude.

— Cette marque sur ton omoplate, tu as une idée de ce que ça pourrait être ?

Il posa une main sur l'épaule correspondante, ses doigts frôlant le contour de sa cicatrice à travers le tissu de son T-shirt.

Recovery Girl prit ce geste pour la réponse qu'elle attendait car elle continua :

— Elle se trouve exactement sous la zone de ta cicatrice.

— Est-ce que la brûlure a attaqué l'os ? Fit-il, hésitant.

Creuser la question ne l'intéressait qu'à moitié, et beaucoup moins que ce que les réponses d'Izuku pourraient révéler à l'infirmière.

Elle pinça les lèvres, observant avec attention ses réactions, les rides sur son front accentuées.

— Est-ce que c'était réellement une brûlure ?

Izuku grimaça.

— Hum… en quelque sorte ? Dit-il, sa main quittant son épaule pour venir frotter l'arrière de sa nuque alors qu'il baissait la tête pour éviter de croiser le regard de l'ex-héroïne. Ma mère a dit que c'est au second degré et qu'un peu plus et j'aurais dû avoir une greffe de peau.

— Ta mère est infirmière elle aussi, n'est-ce pas ?

— Oui, au service pédiatrie de l'hôpital près de chez nous. Répondit-il, un sourire naissant sur ses lèvres en pensant à sa mère dans sa tenue de travail.

Ce sourire mourut presque aussitôt. Sa mère n'était pas là et ce n'était pas parce qu'elle était en service à l'hôpital. C'était parce qu'elle avait décidé de disparaître sans lui laisser plus d'informations que quelques paroles vagues qui le rassuraient à peine.

— Est-ce qu'elle a dit autre chose ? Tu as consulté un médecin ?

— Je ne sais pas- je crois ? J'étais assommé par la douleur et les médicaments alors je ne suis pas sûr.

Recovery Girl le fixa encore un instant avant de laisser échapper un profond soupir.

— Ça ne nous aide pas beaucoup, grommela-t-elle en croisant les bras sur sa canne.

— Désolé, murmura-t-il, tête baissée.

— Ce n'est rien, je vais bien finir par savoir de quoi il s'agit.

La manière dont elle regarda le cliché, une étincelle au fond des yeux, laissait penser qu'elle avait déjà sa petite idée sur la question.

— Si tu ne veux pas passer la nuit ici, tu devrais rentrer au dortoir. Je ne te mets pas dehors mais je suppose que tu préférerais dormir dans ton lit.

La perspective ne l'enchantant pas, Izuku se traîna jusqu'au bâtiment réservé à la seconde A.

Des voix fortes et des bruits d'explosions, dès qu'il passa les portes coulissantes, lui indiquèrent que Todoroki devait être en train de regarder un film. Seuls des flashs de lumière provenaient de l'intérieur des dortoirs ; la lampe du salon devait être éteinte.

La musique d'ambiance, dynamique et puissante, lui insuffla suffisamment d'énergie pour changer de chaussures et rejoindre le canapé, ses pieds quittant à peine le sol.

Todoroki eut un minuscule sursaut avant de se figer quand Izuku se laissa tomber en arrière à côté de lui, soupirant d'aise dans les coussins. Voyant ça, Izuku se mordit les lèvres pour retenir un sourire amusé alors que Todoroki s'emparait de la télécommande pour diminuer le volume de la télé.

— Il est tard, dit-il, après un coup d'oeil à l'horloge murale.

Izuku cacha un bâillement dans son épaule avant de lui répondre :

— Je suis tombé dans les pommes…

— Ah.

L'absence de réaction ne le surprit pas. Ce n'était pas la première fois qu'il annonçait à Todoroki qu'il s'était évanoui pendant l'entraînement. S'il avait été gêné la première fois, Izuku avait fini par se détendre en ne discernant aucune trace de jugement chez son camarade de classe.

— Mauvaise rencontre avec un mur ?

Izuku pouffa malgré lui alors que ses joues se mettaient à chauffer. Sortant enfin son visage du coussin qu'il avait décidé d'utiliser comme un énorme ours en peluche, il leva les yeux vers Todoroki. Allongé sur le dos, les jambes pendant dans le vide par-dessus le bras du canapé, il observa la lumière de l'écran se refléter sur le visage de l'autre garçon.

Les yeux plongés dans les siens, Todoroki pencha la tête de côté, les ombres jouant sur son visage et accentuant la courbe de sa mâchoire.

Comment est-ce que quelqu'un peut être aussi beau sous tous les angles ?

Le couinement qui lui échappa alors qu'il essayait de rouler sur le ventre, oubliant qu'il était dans un canapé et pas sur son lit, se termina en un petit cri de douleur lorsqu'il atterrit brutalement au sol.

— Midoriya ?!

L'inquiétude perceptible dans le ton de Todoroki l'aurait sûrement fait sourire s'il n'avait pas déjà été bien trop occupé à tenter de s'étouffer dans le coussin qu'il avait toujours dans les bras.

La ferme, la ferme, lafermelaferme !

Rester couché là et ignorer le problème en espérant qu'il disparaisse paraissait être la meilleure idée possible. Si il restait immobile assez longtemps, Todoroki finirait par arrêter de dire son nom sur un ton semi-alarmé. Ses oreilles, sa nuque et tout son visage arrêteraient de brûler comme ils le faisaient. Son coeur cesserait de tambouriner dans sa poitrine et l'envie de crier dans ce foutu coussin disparaîtrait d'elle-même.

— Il n'a pas l'air évanoui, murmura Todoroki, sa voix plus proche à présent.

En s'imaginant Todoroki agenouillé à côté de lui, sur le parquet, Izuku prit une profonde inspiration avant de la bloquer dans ses poumons.

Il releva la tête, juste assez pour que ses yeux et le haut de son nez soit visible.

— Tout va bien. Juste une crampe mélangée à une bonne dose de maladresse, marmonna-t-il, espérant que l'obscurité de la pièce cacherait la rougeur de ses joues.

Todoroki pencha la tête à nouveau, un rideau de mèches rouges et blanches accompagnant son mouvement.

— Tu es vraiment bizarre, Midoriya.

Le sourire qui étira les lèvres d'Izuku resta caché derrière son bouclier de tissu. Cette fois encore, ça ne sonnait pas du tout comme une critique.

.


.

Mercredi matin, Izuku avait enfilé ses baskets de course, un sourire aux lèvres. Debout devant lui, déjà chaussé, Todoroki l'avait regardé curieusement mais n'avait rien dit quand Izuku avait demandé s'ils pouvaient aller courir dans les bois aujourd'hui.

Une pluie fine était tombée pendant une bonne partie de la nuit, pas assez pour rendre le sentier boueux mais des gouttes perlaient encore aux feuilles des arbres, tombant parfois par surprise dans la nuque d'Izuku alors qu'il courait sous l'un d'eux. Une odeur de pétrichor régnait dans l'air, emplissant ses poumons à chaque inspiration.

Il s'était endormi épuisé hier, après son entraînement. Aucun rêve dont il puisse se souvenir n'était venu troubler son sommeil, le laissant pleinement apprécier l'excitation nouvelle causée par sa récente maîtrise de son Alter, le matin venu.

Quasi-maîtrise. En quelque sorte… Bref !

Monsieur Aizawa n'y avait pas été de main morte, la veille. Il l'avait fait activer son Alter plusieurs fois et avait ensuite utilisé diverses techniques pour le distraire et tester si Izuku était capable de le maintenir. Les résultats avaient été… encourageants, même s'il n'avait pas réussi l'exercice à chaque fois.

Izuku émit un petit hoquet de surprise quand une autre goutte vint heurter son front. Alors qu'il l'essuyait d'un revers de bras, stoppant sa course le long de l'arête de son nez, Todoroki rompit le silence qu'ils entretenaient depuis le début de leur jogging.

— Je ne comprends pas pourquoi tu voulais courir ici.

— Ça change de la piste, non ? Répondit-il, souriant.

Il n'arrivait pas à s'empêcher de sourire depuis qu'il s'était levé.

— On n'était pas obligé, si tu n'avais pas envie, continua-t-il.

Todoroki le regarda un instant avant de lever les yeux vers le ciel d'un gris pâle —tout du moins, gris pâle pour Izuku. Le soleil était à peine levé.

— Je cours seulement ici pendant l'été, normalement. Dit-il, la réflexion semblant plus être pour lui-même que pour Izuku. Le soleil est en partie coupé par les arbres.

— Je pensais que la chaleur ne te dérangeait pas ?

— Même si je ne la ressens pas comme tout le monde, je me déshydrate quand même.

— Ah, logique.

Se mordant la lèvre pour ne pas en dire plus, Izuku se promit d'écrire toutes ses questions et hypothèses sur l'Alter de Todoroki dans son carnet, plutôt que d'en faire part à ce dernier maintenant. Peut-être que plus tard, quand ils se connaîtraient mieux, Izuku pourrait aborder le sujet librement, sans craindre de froisser l'autre garçon.

Todoroki ne sembla pas remarquer son intérêt difficilement dissimulé. Du même ton neutre qu'à l'accoutumée, il continua de parler comme si Izuku n'avait rien dit.

— Un jour, en été, je me suis endormi en plein soleil devant la porte du salon alors que le shoji était ouvert. Fuyumi m'a trouvé trois heures plus tard. J'étais si mal que j'ai vomi pendant toute la soirée.

Un rictus de dégoût déforma ses traits un instant alors qu'il devait se remémorer la scène avant de laisser place à sa neutralité habituelle.

— J'ai bu trois litres d'eau, un verre à la fois, avant que ça ne commence à aller mieux.

— Tu n'as pas vu un docteur ?!

La machoîre de Todoroki se crispa, un voile noir tombant sur son expression. Pendant quelques secondes, seul le bruit de leurs pieds heurtant le sol se fit entendre, accompagné du chant des oiseaux aux environs.

Izuku se mordit l'intérieur de la joue.

J'ai dit un truc qu'il fallait pas ?

— J'ai refusé. Finit par répondre Todoroki, définitivement loin d'être neutre cette fois.

— Pourquoi ? Demanda-t-il, à mi-voix.

Oh mais la ferme, Izuku.

— Parce que ça serait retombé sur elle.

La réponse restait toujours assez énigmatique mais vu la manière dont Todoroki serrait les poings, fixant l'horizon sans ciller, mieux valait s'en contenter.

— Fuyumi, c'est… ta soeur ?

Avec un peu de chance, le sujet n'était pas trop sensible ; il venait bien de parler d'elle juste avant de se braquer.

Après un soupir qui se voulait discret, les épaules de Todoroki se détendirent légèrement. Il hocha la tête, un son d'agrément à peine audible accompagnant le mouvement.

Izuku pinça les lèvres. Devait-il pousser davantage ? Todoroki n'était pas très bavard. Quand ils mangeaient ensemble, c'était surtout Izuku qui parlait alors que Todoroki se contentait de répondre par-ci, par-là.

Tant pis…

— C'est elle qui te rend visite les lundis ? Demanda-t-il, utilisant un ton un peu plus joyeux pour relancer une conversation plus agréable.

— Oui.

— Elle vient t'amener à manger pour la semaine ?

Todoroki glissa un regard mi-surpris, mi-interrogateur vers lui.

— Il y a des notes sur les plats dans le frigo, dit Izuku en haussant les épaules. Ça ne ressemble pas à ton écriture.

L'autre jour, Todoroki avait annoté une de ses feuilles de cours pour lui donner un coup de main ; la différence était évidente. Encore plus parce qu'Izuku imaginait mal Todoroki ajouter des petits coeurs à côté de certaines dates.

— Tu es observateur, dit-il finalement.

Observateur…

Un rire nerveux échappa à Izuku.

— On me le dit souvent.

« T'es flippant ! Faut te faire soigner ! »

— Elle vient toujours le lundi ?

— Pendant les congés scolaires, oui.

Ils semblaient assez éloignés de la pente glissante de tout à l'heure.

Sans s'en rendre compte, Izuku s'était tendu lui aussi. En voyant l'expression calme revenir sur le visage de Todoroki, il relâcha les muscles qu'il avait contractés inconsciemment.

— Elle est encore à l'école aussi ? Fit-il, jetant un oeil à la sortie du bois qui se dessinait au loin.

— Institutrice primaire.

— Tu as d'autres frères et soeurs ?

L'hésitation de Todoroki dura quelques secondes. Il regarda Izuku et le sol à tour de rôle, évaluant sa volonté de répondre à cette question.

— Pardon, soupira Izuku. Je recommence à être trop curieux. La famille a l'air d'être un sujet difficile à aborder pour toi. Tu n'es pas obligé de dire quoi que ce soit.

Il se frotta la nuque, profitant de l'occasion pour essuyer les quelques gouttes qui s'y trouvaient avec le col de son T-shirt. Il coula un regard en coin en direction de Todoroki, pour lui montrer qu'il n'y avait pas de souci. Ce dernier considéra son sourire gêné un instant avec insistance avant de détourner la tête.

— J'ai… deux frères, en plus de Fuyumi. Mais je ne les connais pas vraiment ; ils ont quitté la maison il y a longtemps. Il n'y avait que Fuyumi, jusqu'à mon entrée à U.A.

Les mots que Todoroki lui avait dits alors qu'il se sentait mal l'autre jour lui revinrent en mémoire.

« Ma soeur dit toujours qu'il faut se reposer quand on est malade. »

Jusqu'ici, Izuku n'avait encore rien entendu au sujet de la mère de Todoroki en dehors du fait qu'elle était d'Ascendance Givre et qu'Endeavor l'avait mariée —achetée ?— uniquement pour son Alter.

Les articles de presse faisaient souvent référence à ses absences lors des apparitions publiques du Numéro Deux. Izuku n'avait pas vu une seule photo d'elle sur le web, bien qu'il n'ait pas activement cherché à en trouver.

— Tu pourras lui dire que ses plats sont délicieux, en tout cas.

Todoroki hocha la tête et Izuku décida qu'il valait mieux en rester là, achevant ainsi cette discussion sur une note positive.

Ils arrivèrent bientôt à la sortie du bois et décidèrent d'un accord tacite de marcher jusqu'aux dortoirs. La brise fraîche du matin balayant leurs visages fit frissonner Izuku mais laissa Todoroki parfaitement indifférent. Comme il l'avait fait depuis leur départ, Izuku se cala à la gauche de Todoroki, profitant de la température un peu plus élevée de ce côté.

En le voyant frissonner, l'autre garçon se rapprocha d'un pas, continuant de marcher comme si de rien était.

Est-ce qu'il a augmenté la chaleur de son Alter ou c'est juste moi ?

Choisissant de croire à la première option, Izuku esquissa un sourire reconnaissant.

— Merci d'avoir accepté, pour le bois, dit-il, jouant avec le cordon de son sweatshirt. Ça m'a fait du bien.

Todoroki haussa les épaules.

— Pas de problème. Mais si tu aimes tant que ça aller courir là, pourquoi est-ce que tu ne le fais pas d'habitude ?

— Ah ça…

Embarrassé, Izuku fourra les mains dans la poche ventrale de son haut avant de détourner la tête. Heureusement, leur jogging avait déjà rougi ses joues avant.

— C'est parce que la première fois où je l'ai fait, je me suis perdu et je suis arrivé en retard au cours de Monsieur Aizawa.

Il jeta un oeil à la réaction de Todoroki assez vite pour capter le petit sourire en coin que celui-ci s'empressa de faire disparaître.

— Il y a un sentier exprès, avec des panneaux. Fit-il remarquer, avec une touche d'amusement.

— J'ai… été distrait.

Enfonçant la tête dans ses épaules, il entra dans le dortoir le premier, après un mouvement de bras de Todoroki l'y invitant.

— Tu n'auras qu'à me suivre à l'avenir, dit-il, avec une pointe d'amusement.

Izuku sentit ses joues lui piquer davantage.

.


.

Contrairement au cours pratique précédent, Todoroki se joignit à la séance du jour. Elle avait commencé avec les déplacements éclairs —qu'Izuku maîtrisait de mieux en mieux—, sans l'ajout des projectiles. Ensuite, ils s'étaient lancés dans le combat au corps-à-corps.

Et c'était là que les choses se gâtaient, habituellement… mais pas aujourd'hui. Après de nombreuses séances à finir au tapis, sans pour autant avoir réussi à faire plus qu'effleurer Todoroki, Izuku avait bien l'intention de rester sur ses pieds autant que possible. Si en plus, il arrivait à porter un vrai coup à Todoroki à un certain point durant l'entraînement, il serait aux anges.

Il ne pouvait pas se permettre de stagner aussi longtemps dans cet aspect de son apprentissage. La rentrée approchait à grands pas et rien ne disait que Monsieur Aizawa n'avait pas déjà commencé à l'évaluer sans le lui dire —bien que le nombre de fois où il les laissait seuls pour s'entraîner n'étayait pas vraiment cette hypothèse.

La sueur avait déjà commencé à perler sur le front d'Izuku un bon moment auparavant, collant une partie de ses cheveux contre ses tempes. Il essayait tant bien que mal de ne pas haleter comme un chien laissé dans une voiture en plein soleil mais la chaleur dans le gymnase, combinée à celle dégagée par ses muscles, était étouffante.

Ils avaient laissé la grande porte de métal entrouverte, dans l'espoir qu'un courant d'air vienne rafraîchir l'air, mais ce n'était pas très efficace jusqu'ici.

Quand il s'essuya une énième fois le front avec son bracelet en éponge, Todoroki abandonna sa position de combat.

— Tu as l'air déshydraté. On devrait faire une pause.

— Pa- pas la peine, dit Izuku, la bouche sèche comme le désert.

Il s'avança vers Todoroki, poings levés et prêt à continuer, même si il avait l'impression de porter un sac de ciment sur ses épaules.

Ce dernier pencha la tête de côté, avant de reprendre sa position.

— Si tu en es sûr…

Izuku hocha résolument la tête. Il ne ferait pas de pause pendant qu'il n'aurait pas porté un coup à Todoroki.

Les deux reprirent leur combat, Todoroki évitant chaque coup de poing avec aisance et faisant serrer les dents à Izuku.

Ca sert à rien !

Réfléchissant à toute vitesse, il passa en revue les moments-clés des vidéos de combat qu'il avait regardées ces derniers jours, avant d'aller se coucher. Les nuits courtes qu'il avait passées devaient servir à quelque chose.

Il évita une contre-attaque de Todoroki en se baissant au maximum.

Ah !

L'ouverture qui se présenta alors était mince mais Izuku décida de la saisir quand même. Prenant appui sur ses mains, il balança un coup de pied aérien en mettant le plus de force possible dans le mouvement.

Todoroki écarquilla les yeux en attrapant sa cheville. La grimace que ce geste lui arracha fit sourire Izuku malgré lui. Dans le même élan, il joua sa dernière carte : utiliser son autre jambe.

La surprise fut partagée quand le pied d'Izuku vint heurter l'estomac de Todoroki, le poussant à lâcher sa cheville pour pouvoir rattraper sa chute en arrière. Sans soutien, Izuku valsa au sol en un cumulet vaguement acrobatique qui lui vaudrait des douleurs au dos pendant plusieurs jours.

Se redressant, Izuku laissa échapper un geignement tout en se tenant la tête. Autour de lui, la pièce continua de tourner, comme si sa culbute ne s'était jamais terminée. Son regard croisa celui de Todoroki, assis au sol, apparemment choqué de ce qui venait de se passer.

— C'était… bien pensé, dit-il finalement, une fois la surprise passée.

Il se redressa, avec bien plus de grâce qu'Izuku ne s'en sentait capable. Ca devait d'ailleurs être évident car Todoroki s'approcha pour lui tendre la main.

— La réception laissait à désirer, répondit Izuku en l'acceptan.

Le sourire fatigué qui étira ses lèvres provoqua un frémissement au coin de celle de Todoroki, alors qu'il le tirait vers lui pour l'aider à se redresser. Le mouvement rapide lui provoqua un vertige. La pièce tangua, ou plutôt Izuku tangua, et il bascula en arrière quand ses jambes se transformèrent en coton.

Avant qu'il puisse rejoindre le sol à nouveau, un bras s'enroula autour de sa taille pour le ramener contre le torse de Todoroki. Sa nuque lui brûla en réalisant le couinement ridicule qui venait de lui échapper dans la bataille, mais l'autre garçon ne fit aucune remarque.

Connaissant la leçon, Izuku s'éloigna d'un pas avant de relever la tête :

— Merci, soupira-t-il, se sentant déjà un peu plus stable sur ses pieds.

— Y'a pas d'quoi.

La lueur d'inquiétude à peine dissimulée dans le regard de Todoroki fit remonter un frisson dans sa colonne vertébrale. Si il ne s'était pas senti aussi faible, les joues d'Izuku se seraient certainement empourprées devant cette réaction idiote.

Pourquoi était-il content que Todoroki se fasse du souci ?

La pression autour de sa taille s'était amoindrie, mais n'avait pas totalement disparu. Todoroki n'avait pas lâché prise ; il avait juste desserré son étreinte quand Izuku s'était éloigné. Sa main gauche était posée au-dessus de la hanche d'Izuku, diffusant une chaleur qui semblait encore plus ardente que celle qui l'étouffait depuis le début du cours.

A quel moment est-ce qu'il m'a lâché la main ?

— Je- je pense que je devrais boire un peu d'eau, bredouilla-t-il, à voix basse.

Todoroki hocha la tête, sans pour autant bouger.

Une goutte de sueur tiède roula dans la nuque d'Izuku, le faisant frissonner de nouveau. La prise de Todoroki se raffermit en réaction.

— Je pense que ça devrait aller maintenant, continua Izuku, lançant des regards intermittents au point de contact qui subsistait toujours entre eux.

L'autre garçon avait l'air un peu perdu, ses yeux suivant ceux d'Izuku.

— Si tu en es sûr…

Il fronça les sourcils, les lèvres pincées, avant de finalement retirer sa main. L'empreinte que celle-ci laissa derrière elle était curieusement froide à présent, et le corps d'Izuku se tendit vers Todoroki sans vraiment comprendre pourquoi.

S'arrêtant de justesse, Izuku lui offrit un sourire timide empli de reconnaissance. Celui-ci s'élargit d'autant plus quand Todoroki resta à peine un pas derrière lui pour retourner s'asseoir sur le banc où se trouvaient leurs affaires.

Aizawa arriva peu de temps après, alors qu'Izuku venait de finir sa bouteille d'eau. Les poches sous ses yeux et son chignon en bataille étaient de retour et ce fut après un long bâillement qu'il commença à parler.

— On va devoir s'arrêter là pour aujourd'hui, mais vous vous rattraperez demain.

Toujours assis, Izuku jeta un regard rapide à l'énorme horloge murale du gymnase. Derrière le grillage de protection, les aiguilles n'indiquaient pas encore seize heures. A ses côtés, Todoroki fit de même.

— Il reste une bonne demi-heure, dit celui-ci, la question évidente malgré son ton plat.

Aizawa soupira avant de se masser le front d'une main, paupières fermement closes, comme pour chasser un mal de tête persistant.

— Et j'ai un rendez-vous important que je ne peux malheureusement pas décaler. Vous continuerez demain, réitera-t-il, n'ayant visiblement pas envie de continuer à discuter.

C'est pas comme si il nous laissait seuls la plupart du temps, pensa ironiquement Izuku.

Il aurait voulu continuer encore un peu. Peut-être réussir à surprendre Todoroki de nouveau et se montrer qu'il n'avait pas juste eu un coup de chance et qu'il était capable de mettre son adversaire en difficulté une fois de plus.

Les épaules tendues et les poings serrés de frustration, Izuku finit par hocher la tête.

— Dommage, Midoriya avait enfin réussi à me mettre à terre. Déclara Todoroki, avant de pencher la tête en réfléchissant. Même si il s'est mis à terre aussi par la même occasion…

Les joues d'Izuku se mirent à picoter sous la gêne et il n'eut pas le temps de cacher la manière dont elles se gonflèrent comme celles d'un hamster. Todoroki laissa voir un de ses rares sourires amusés - étirant à peine la commissure de ses lèvres - lorsqu'il coula un regard en coin dans sa direction.

Pour toute réponse, Izuku lui envoya léger un coup de coude boudeur.

L'échange n'échappa pas au professeur. Il les regarda attentivement, ses yeux sombres se baladant sur toute la longueur du banc qui restait vide de chaque côté d'eux. Quand ils revinrent sur eux, Monsieur Aizawa souleva un sourcil.

Izuku l'imita, remarquant soudain le peu de distance qui le séparait de Todoroki et tout l'espace libre sur le banc. La chaleur dans son corps monta comme le mercure dans un thermomètre jeté au coeur d'un volcan et il s'empressa de glisser d'une vingtaine de centimètres sur le côté.

Voyant cela, Monsieur Aizawa leva les yeux au ciel, semblant chercher le soutien d'une force supérieure. Todoroki, quant à lui, coula une oeillade interrogative à Izuku à laquelle il ne savait quoi répondre.

— Soit. Je ne veux rien savoir, marmonna-t-il pour lui-même, mais assez fort pour qu'Izuku l'entende. Demain, après dîner, vous me rejoindrez à l'ascenseur du rez-de-chaussée.

— Pourquoi ? Fit Izuku, sautant sur l'occasion de changer de sujet.

Il n'osait pas encore regarder directement en direction de Todoroki mais ce dernier avait baissé la tête, fixant le bois laqué du banc avec attention. Sa posture s'était figée.

Leur professeur ne semblait pas surpris le moins du monde, aussi Izuku décida se concentrer sur sa réponse d'abord.

— Parce qu'à partir de maintenant, les entraînements se feront en salle astrale. Il est temps d'accélerer la cadence.

— SUP-

L'exclamation enthousiaste d'Izuku fut stoppée nette par la manière dont Todoroki bondit sur ses pieds, tête toujours baissée et muscles tendus comme un animal prêt à fuir.

— Ok. Je pars le premier.

Izuku écarquilla les yeux en entendant le froid glaçant des premiers jours imprégner la voix de l'autre garçon.

— Todo-

— A demain, coupa-t-il, sur un ton sans appel.

Il ne les avait toujours pas regardés, ni Izuku, ni Monsieur Aizawa. D'un pas décidé, il traversa le gymnase comme si c'était sa mission divine.

Sentant le même froid envahir sa poitrine, Izuku se leva précipitamment pour le suivre mais le bras de leur professeur tendu devant lui l'arrêta avant qu'il puisse aller bien loin.

— Professeur-

— Laisse-le. Tu ne pourras pas le calmer aujourd'hui.

Jetant un nouveau regard en direction de la porte par laquelle avait disparu Todoroki, Izuku se mordit l'intérieur de la joue. L'envie de partir à sa poursuite le démangeait toujours mais Monsieur Aizawa connaissait Todoroki mieux que lui. Il acquiesça, de mauvaise grâce, avant d'aller récupérer ses affaires et de quitter le gymnase lui aussi.

Quand il arriva aux dortoirs, il ne trouva pas trace de Todoroki à part ses baskets dans son casier habituel. Il passa la soirée seul dans le canapé, regardant plus dans la direction du couloir menant aux ascenseurs que celle du film qu'il avait mis à la télévision. Néanmoins, Todoroki ne descendit jamais dîner, et Izuku finit par aller se coucher l'estomac vide mais lourd comme le plomb.

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(Si il y en a parmi vous qui se sentent plus à l'aise de commenter en anglais, sachez qu'il n'y a aucun souci à ce niveau. Faites-vous plaisir ^^)