Hello !
Nous voici déjà en ce mercredi pour le 12ème chapitre de Disparu. Le temps passe trop vite !
J'espère que vous aimerez ce chapitre. C'est mon cas et je trouve qu'il donne un coup de pouce à l'histoire...
Bonne lecture !
Réponses aux reviews anonymes :
Guest : Et merci à toi pour ta review !
Merci à Lyra Verin, Cailean Charmeleon et Nova Frogster pour tout leur travail et leur soutien.
Avec le froid qui prenait de plus en plus de place, Charlie commençait à se demander s'il n'était pas plus judicieux d'aller courir un peu plus tard.
En effet, à cinq heures et demie, tout était encore gelé dehors et le froid picotait les moindres recoins de son corps.
Ce matin-là, il avait choisi d'aller courir au nord du village, jusqu'au lac Targan. Celui-ci était recouvert d'une fine pellicule de givre qui se fissura lorsque Charlie y appuya sa main. Il faisait froid, mais pas assez pour que la glace soit épaisse. Il abandonna alors l'idée de marcher dessus.
Pour se reposer un peu et faire redescendre sa pression artérielle, il marcha au bord de l'eau. Faire le tour du lac lui prendrait une bonne trentaine de minutes et il serait alors temps pour lui de rentrer.
Il s'arrêta cependant dans sa balade pour observer un élan qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de lui, en train de s'abreuver dans une étendue d'eau plus petite.
Contrairement aux autres cervidés, l'élan était solitaire, ce qui expliquait le fait qu'il ne soit pas accompagné. Lorsque le froid arrivait, il n'était pas rare d'en croiser aux abords des lacs. Les élans s'y installaient pour boire ou se nourrir de plantes aquatiques riches en sodium.
Celui qui se trouvait là était particulièrement beau. Il était grand, plus de deux mètres au garrot, ce qui indiqua à Charlie qu'il s'agissait d'un mâle assez âgé. Ses bois, pas encore détachés, étaient imposants avec de larges empaumures. Charlie en déduisit donc qu'il devait être à la fleur de l'âge, soit environ dix ans. Après, les bois commençaient à rétrécir. Son pelage brun clair tirait par endroits vers le gris, mais il était brillant et lisse.
La bête était calme, ce qui lui permit de l'observer pendant quelques longues minutes.
Charlie adorait la faune mongole. C'était tellement différent de l'Europe, surtout pour lui qui était habitué aux créatures magiques. Ici, pas de sombrals, d'éruptifs, de botrucs ou de grapcornes, mais plutôt des yaks, des léopards des neiges, des lynxs, des loups ou des ours.
Il se souvenait encore d'une fois où, alors qu'il était parti avec Naran faire un trek dans les montagnes, ils avaient croisé un ours du Gobi, petit cousin de l'ours brun. C'était une espèce extrêmement rare, dont il ne restait plus qu'une trentaine à l'état sauvage.
Ils s'étaient sentis extrêmement chanceux sur le moment, avant d'être envahis par la peur de se faire charger et dévorer tout crus. Ils avaient alors fait calmement demi-tour avant de continuer leur périple loin de tout danger.
Charlie observa un moment l'élan avant de prendre la décision de rentrer. Pour ne pas le déranger, il ne poursuivit pas son tour du lac, mais rebroussa chemin et repartit en courant jusqu'à Tsagaan Nuur.
Lorsqu'il poussa la porte d'entrée, il trouva Hermione en train de prendre son petit-déjeuner à la table du salon. Elle semblait encore un peu perdue dans les limbes du sommeil et quand il lui dit bonjour, elle en sortit tout juste.
- Bonjour, Charlie.
- Bien dormi ? demanda-t-il en se servant un grand verre d'eau.
- Je me réveille tout juste, lui apprit-elle. Quel courage tu as d'aller courir tous les matins.
- C'est devenu une habitude, dit-il en haussant les épaules. Je ne me pose plus la question de savoir si je suis motivé ou non. Dès que mon réveil sonne, je me change, j'enfile mes chaussures et je pars.
- C'est ce que je dis, tu es courageux. Ou inconscient, je ne sais pas encore.
Charlie esquissa un faible sourire en secouant la tête.
- Tu as pu jeter un œil aux livres que je t'ai donnés ?
En effet, la veille, Charlie était monté au grenier afin de mettre la main sur les livres dont il lui avait parlé, ceux qu'il utilisait en Roumanie quand il étudiait les dragons. Il les avait trouvés bien rangés dans une malle, qui contenait tout ce qui lui avait servi par le passé. Il devait y avoir une bonne quinzaine d'ouvrages traitant de sujets différents, que ce soit à propos des dragons en général ou sur des thèmes plus précis, comme les différentes propriétés magiques des écailles du Magyar à pointes.
Et, dans le lot, se trouvaient également des livres sur les légendes, sorcières ou moldues, qui parlaient des dragons. Ceux-ci étaient probablement ceux qui intéresseraient le plus Hermione.
- Oui ! J'ai commencé à en lire un hier soir, je pensais y trouver quelque chose, mais finalement non. Et puis je sentais que je m'endormais, alors j'ai tout rangé. Je m'y remets une fois que j'ai terminé mon petit-déjeuner.
- Je n'ai rien de prévu aujourd'hui, si tu veux je peux t'aider.
Hermione le regarda avec de grands yeux.
- Ma proposition semble te surprendre, ajouta Charlie.
- Un peu, oui, je le reconnais. Mais dans le bon sens ! Je serais ravie d'avoir un peu d'aide, je te remercie.
- Pas de quoi.
Il sortit de quoi manger de son placard alors qu'Hermione partait pour la salle de bain.
Il concevait que sa proposition pouvait être étonnante, mais, après tout, elle était là pour ça. Il n'était pas ingrat et sauvage au point de lui donner ses livres sans l'aider. Les dragons, fut un temps, étaient son domaine de prédilection. Il était le seul capable de lui apporter les subtilités nécessaires à une bonne interprétation de certaines informations.
Charlie lui succéda à la douche et, une fois prêt, alluma un feu de cheminée pour réchauffer la maison.
Hermione était déjà installée sur la table, entourée de livres, de dossiers et de parchemins. Elle semblait chercher quelque chose et un sourire se dessina sur son visage lorsqu'elle mit la main dessus. Elle parlait seule, à voix basse, comme si elle commentait tout ce qu'elle faisait.
Sans la déranger dans ses réflexions, Charlie s'assit en bout de table et se saisit d'un livre intitulé Merveilles et légendes du bout du monde. Il le feuilleta rapidement et fut aussitôt envahi d'une drôle de sensation de nostalgie.
Retraçant du bout du doigt les contours d'un dessin de dragon sur une double page, un sourire triste s'empara de lui. C'était un livre moldu, mais cette créature avait toutes les caractéristiques d'un Magyar à pointes. Des yeux jaunes avec des pupilles verticales comme celles d'un chat, des écailles noires et pointues, des cornes de couleur bronze et des épines de couleur similaires qui hérissaient sa longue queue.
Cette espèce avait toujours été la préférée de Charlie. Il trouvait qu'il leur ressemblait un peu. Sauvage, imprévisible, parfois impétueux, mais lorsqu'on savait les apprivoiser, ils étaient bien plus dociles. En Roumanie, il avait plus d'une fois réussi à adoucir un Magyar à pointes. Si bien que, dans la réserve où il était, ils n'avaient jamais réussi à remettre dans son habitat naturel un de ceux qu'ils avaient recueillis blessés. La créature s'était tellement habituée à Charlie, et vice-versa, qu'elle n'avait jamais quitté la réserve.
C'était une femelle qu'il avait baptisé Klárisza.
- Tout va bien ? s'inquiéta Hermione, le sortant de ses pensées.
Charlie papillonna des yeux.
- Ça va, oui. Je repensais à quelque chose.
- Tu veux en parler ? osa-t-elle lui demander, avec une certaine hésitation dans la voix.
Il secoua la tête. Sa proposition semblait bienveillante, mais il n'était pas sûr d'être prêt à verbaliser ce qu'il ressentait.
- Tiens, dit-il en faisant glisser vers elle l'exemplaire de Merveilles et légendes du bout du monde. Peut-être que tu peux trouver quelque chose là-dedans. C'est moldu, mais qui sait.
- Merci. "Depuis la nuit des temps, les dragons nourrissent l'imaginaire des Hommes", lut-elle sur la quatrième de couverture. "Tantôt bêtes sanguinaires, tantôt indomptables cracheurs de feu, découvrez les plus belles légendes qui font la part belle aux dragons". Ça m'a l'air intéressant.
- De mémoire, il est très bien, confirma Charlie. Ce sont surtout des histoires qu'on raconte aux enfants avant qu'ils s'endorment.
- Ça m'en a tout l'air, mais tu sais comme moi que, dans notre monde, les légendes et la réalité s'entremêlent parfois.
- C'est vrai, reconnut-il en se saisissant d'un autre livre.
Le silence s'installa et Charlie se mit à lire en diagonale un chapitre potentiellement intéressant pendant qu'Hermione se concentrait sur ses recherches.
Comme il ne trouvait rien de probant, il regarda plus en détails le papier sur lequel se trouvait le message runique qu'Hermione avait traduit. Il n'y comprenait rien. Ses cours d'études des runes à Poudlard étaient bien loin et d'après ce qu'elle lui avait expliqué, il s'agissait d'un alphabet différent. Raison de plus pour ne pas chercher à comprendre.
Malgré tout, quelque chose attira son attention sur le dessin du dragon. Il l'approcha un peu plus de ses yeux pour vérifier ses pensées.
- Tu as vu que le dragon avait quelque chose dans sa gueule ? lui dit-il.
- Comment ça ?
- Oui, regarde.
De la pointe d'une plume, il lui montra quelque chose sur le dessin. Quelque chose d'ovale, entre les mâchoires du dragon.
- Par Godric, je n'avais pas remarqué… Qu'est-ce que ça peut être ?
- Je n'en sais rien, mais ça peut te donner un indice de plus pour orienter tes recherches.
- Si seulement je savais où chercher, déjà, déplora-t-elle en laissant aller son dos contre le dossier de sa chaise. J'ai l'impression de nager en eaux troubles, que ce que je fais ne mène nulle part. Après tout, je pensais que des gens ne se seraient pas donné la peine de graver ce message si c'était quelque chose de futile, mais... peut-être que si, finalement.
- Ne baisse pas les bras tout de suite. On vient à peine de mettre le nez dans mes bouquins.
Hermione soupira.
- Tu as raison. En plus, Naran doit me prêter des livres mongols que ses parents ont gardés.
Charlie haussa un sourcil, étonné.
- C'est vrai ?
Naran ne lui avait pas du tout parlé de ça. Ils n'étaient pas obligés de tout partager, évidemment, mais il pensait qu'il lui en aurait fait part puisque ça concernait Hermione.
- Oui, je l'ai croisé l'autre jour au lac Tsagaan Morit et quand je lui ai dit que je traduisais des runes, il m'a dit que ses parents avaient sûrement des vieux manuscrits mongols avec des runes utilisées par les anciennes civilisations.
- Tu lui as dit que tu traduisais des runes ?
- Il m'a demandé des précisions sur mon métier de traductrice, alors je lui ai dit que j'étais spécialisée dans les runes et que j'étais ici par rapport à un objet trouvé dans l'Arkhangaï. Rassure-toi, Charlie, j'ai été vague et il n'a pas insisté.
Charlie soupira, un peu agacé. Rester silencieuse aurait été bien plus suspect, évidemment, et, au fond de lui, il savait qu'elle était prudente. Cependant, il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur que Naran découvre la vérité.
Ce n'était pas le fait qu'il sache qui lui posait problème, mais plutôt la réaction qu'il pourrait avoir en l'apprenant. Naran était très différent de sa sœur et il n'aurait pas le même avis que Nyam. Il serait capable de ne pas vouloir le croire, ou de lui en vouloir de lui avoir menti durant toutes ces années.
Et Charlie ne supporterait pas de perdre un ami aussi précieux que Naran.
Il fut coupé dans ses pensées par quelqu'un qui toquait à la porte. Charlie invita la personne à entrer et il reconnut une habitante du village qui paraissait paniquée.
Celle-ci lui expliqua qu'elle avait un problème de fuite d'eau dans sa salle de bain qui menaçait d'inonder toute sa maison. Étant seule et sans aucune notion de plomberie, elle avait besoin d'aide.
- Désolé, Hermione, je vais être obligé de te laisser quelques heures.
- Aucun souci, vas-y ! Tu as besoin d'un coup de main ou ça va aller ?
- Non, ça ira, je pense qu'on s'en sortira à deux.
Il s'éclipsa une minute dans sa chambre le temps d'enfiler des affaires de travail, puis quitta la maison, laissant Hermione seule avec ses runes.
Aider Mashaa n'avait pas été compliqué, mais cela avait été long.
Effectivement, la tuyauterie de sa salle de bain était ancienne et cette vétusté avait causé une fuite. Rien de très grave, en soi, mais Charlie avait pris son temps pour ne pas faire de bêtise. Il avait installé du mastic époxy sur la zone. C'était une solution temporaire, mais relativement efficace en attendant une soudure ou un remplacement de la tuyauterie. Chose qu'il n'avait pas pu faire à l'instant T, car il n'avait pas les outils nécessaires.
Cela avait pris du temps car la manipulation de ce mastic demandait une extrême prudence. Il pouvait être la cause de violentes irritations et Charlie s'en passerait volontiers. Ensuite, il avait attendu deux heures que cela soit bien sec avant de remettre l'eau en route pour s'assurer que la fuite avait été colmatée.
Il avait promis à Mashaa qu'il repasserait en fin de journée pour vérifier que tout allait bien et que dès le lendemain il se rendrait à Oula-Bator pour acheter le nécessaire afin de remplacer le tuyau endommagé.
Il rentra chez lui dans l'après-midi, pressé de prendre une douche pour se réchauffer. En plus, il avait les pieds mouillés du fait d'avoir travaillé dans cette fuite, donc ce serait d'autant plus agréable.
Cependant, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir, en arrivant, Hermione et Naran en pleine conversation sur le canapé du salon.
Charlie haussa un sourcil témoignant son incompréhension. Ils étaient tellement pris dans leur échange qu'aucun des deux ne l'avait entendu entrer. Il dut toussoter pour qu'ils arrêtent de parler et se retournent.
- Oh, Charlie ! lança Hermione. Comment ça s'est passé ?
- Bien…, répondit-il, étrangement sur la réserve. Je dois repasser en fin de journée pour vérifier si mon colmatage de fortune a tenu.
- Super, sourit-elle. Elle paraissait très inquiète !
- Elle l'était. Qu'est-ce que tu fais ici, Naran ? demanda-t-il tout en retirant ses chaussures.
- Je suis passé pour déposer ça à Hermione, dit-il en pointant du doigt deux énormes sacs débordant de livres en tous genres. Je voulais en profiter pour prendre un café avec toi, mais Hermione me l'a très gentiment offert à ta place, puisque tu avais déserté.
- Excuse-moi de travailler. Bref, je vais prendre une douche.
Sans attendre, Charlie s'enferma dans la salle de bain.
Quelque chose clochait. Quelque chose le dérangeait. Ce n'était pas le fait que Naran fasse comme chez lui, ça, il y était habitué. Ce n'était pas non plus le fait qu'Hermione discute avec lui. Ils avaient été assez clairs sur le fait qu'ils faisaient ce qu'ils voulaient, indépendamment l'un de l'autre.
Non, il était perturbé par ce changement dans son quotidien. Lui qui était habitué à une certaine routine, à des jours qui se ressemblaient, voyait tout cela chamboulé. Le simple fait qu'Hermione soit ici était une variante à elle-seule. Tout changeait.
Et il n'était pas sûr que cela lui déplaise.
Là était le problème. Il avait été surpris d'assister à cette scène en rentrant chez lui, mais cela ne l'avait pas dérangé plus que ça.
Il se frotta le visage avant de laisser aller sa tête en arrière contre la porte.
Ce n'était pas comme ça que cela devait se passer. Hermione devait venir travailler ici, c'est tout. Elle ne devait pas prendre tant de place. Il n'aurait pas dû laisser ça se produire, il ne devait pas trouver ça agréable d'avoir une présence chez lui quand il rentrait.
Sa douche fut rapide et pas aussi requinquante qu'il l'aurait souhaité, mais, au moins, il avait chaud maintenant.
Quand il sortit de la salle de bain, propre et en tenue décontractée, Naran était sur le point de partir.
- Ah, tu es là. Dis, on va avoir besoin de toi toute la journée à la ferme demain, c'est bon ?
- Oui, bien sûr, confirma Charlie.
- Super. Hermione, à bientôt ?
- À bientôt, Naran, bonne fin de journée, le salua-t-elle avec un large sourire.
- À vous aussi. Amusez-vous bien ! conclut-il avec un clin d'œil rempli de sous-entendus qui fit lever les yeux au ciel à Charlie.
- Les livres de la mère de Naran ont l'air très intéressants, lui indiqua Hermione.
- Ah oui ?
- Oui, ils appartenaient à sa grand-mère maternelle qui était une passionnée d'Histoire et qui collectionnait tout ce qui parlait de la culture mongole. Sa mère a tout gardé précieusement et elle est, selon les mots de Naran, ravie de me les prêter.
- Uyanga est une femme tellement généreuse, déclara Charlie. Ça ne m'étonne pas qu'elle soit ravie de partager ça avec toi.
- Tu penses que je pourrais aller la remercier de vive voix ?
- Je pense qu'elle apprécierait, oui.
- Super, j'irai dès que possible alors.
Avec des yeux émerveillés, telle une petite fille face à ses cadeaux de Noël tant désirés, Hermione s'agenouilla près des sacs et commença à sortir les livres un à un.
Curieux, Charlie s'installa dans un fauteuil pour l'aider et y jeter un œil lui aussi. Il n'avait, pour le moment, plus envie de penser à ce qui le tourmentait précédemment.
Installé au comptoir du bar de Valya avec Nyam, Charlie commanda une deuxième tournée de bières.
- Je n'en reviens pas que tu me dises ça ! s'exclama-t-il.
- Ça te semble si étonnant ?
- Que tu fréquentes quelqu'un ? Non. En revanche, que tu ne m'en parles que maintenant alors que ça fait presque six mois, oui !
Partagée entre rire et soupir, Nyam le frappa à l'épaule.
- Dit-il alors qu'il m'a caché pendant des années qu'il était… tu sais quoi.
- C'est différent, trouva-t-il à dire comme seule justification.
- M'ouais. Non, j'attendais d'être sûre que ce soit sérieux, expliqua-t-elle. Et je pense que ça l'est.
- Tu comptes me le présenter bientôt ? demanda Charlie tout en remerciant Valya pour les bières.
- Il travaille beaucoup donc, pour le moment, ça va être difficile de le faire venir à Tsagaan Nuur. Alors soit tu patientes, soit tu viens à Oulan-Bator.
- Quel dommage, j'y étais avant-hier pour acheter de la tuyauterie pour Mashaa, déplora-t-il.
- Et tu ne m'as même pas prévenue ?! On aurait pu manger ensemble.
- J'ai fait l'aller-retour, il fallait que je répare son lavabo le plus rapidement possible.
- Hum.
- En tout cas, je suis très heureux pour toi, Nyam. Tu es une femme géniale et tu mérites quelqu'un à ta hauteur. J'espère que ce Maksim l'est.
- Il l'est, lui confirma Nyam avec un sourire. Il est gentil, attentionné, très respectueux et ouvert d'esprit, et il me fait beaucoup rire.
- Il te rend heureuse ?
- Oui, vraiment.
À son sourire lumineux qui ne faisait que s'agrandir, Charlie comprit qu'elle lui disait la vérité.
- Et toi, alors, s'enquit-elle, comment ça se passe avec Hermione ?
- Hermione et moi, nous ne sommes pas ensemble, corrigea-t-il rapidement.
- Je le sais bien, soupira Nyam en levant les yeux au ciel. Je parle de votre cohabitation. Vous ne vous êtes pas encore tapé dessus ?
- Non, on a mis les choses au clair dès le début, comme des adultes, et ça se passe bien.
La scène qui s'était produite il y a quelques jours lui revint comme un flash. Hermione, dans le canapé, avec Naran. Et lui, qui n'avait pas été spécialement dérangé par cela.
- J'ai l'impression qu'il y a quelque chose que tu ne me dis pas, soupçonna Nyam.
Charlie hésita. Il n'était pas certain de vouloir en parler, mais y avait-il quelqu'un d'autre de mieux placé que Nyam pour l'écouter ? Elle qui était si bienveillante et toujours de bons conseils.
- L'autre jour, je suis rentré à la maison et j'ai trouvé Hermione et Naran sur le canapé, en…
- Non ?! En fâcheuse position ?!
Charlie ne put que rire.
- Mais non ! Tu penses bien que si cela avait été le cas, je te l'aurais dit autrement. Non, ils discutaient parce que Naran lui a prêté des livres de votre mère sur l'Histoire et la culture mongoles.
- lls… discutaient ? releva Nyam, sourcils froncés. Je n'arrive pas à voir le problème.
- Le problème, c'était que, justement, il n'y avait pas de problème. Je trouvais ça normal.
- Aide-moi, parce que je n'arrive pas à te comprendre, Charlie.
- Ça m'a fait bizarre de les voir installés dans mon canapé, comme deux amis qui discuteraient autour d'un thé, mais j'étais… content ? Oui, j'étais content de voir un peu de vie dans ma maison.
- Mais c'est une bonne chose, ça !
- Je ne sais pas, Nyam…
- Arrête de te mettre des œillères et autorise-toi à être heureux, bon sang ! le gronda Nyam.
Charlie sursauta presque sous la vindicte, renversant un peu de bière sur son pull au passage.
- Oui, il faut que je sois ferme avec toi de temps en temps, quand tu m'agaces. Charlie, ce n'est pas une mauvaise chose ce qui se passe, bien au contraire. Je trouve que c'est une excellente chose pour toi ! Sans le vouloir, Hermione te permet de t'ouvrir un peu plus et tu as le droit de ressentir autre chose que de la culpabilité ou de la nostalgie. Tu as droit au bonheur, comme tout le monde.
Il considéra un instant les mots de son amie. "Tu as droit au bonheur". C'était une chose dont il avait longtemps douté et dont il doutait encore.
- Faire un peu de place à Hermione ne va pas mettre un désordre immense dans ton quotidien, ajouta-t-elle. Accepter de déjeuner avec elle, l'emmener découvrir la région, ça ne te rendra pas malade, ça ne t'empêchera pas de dormir et ça fera juste de toi un mec sympa. Tu as réussi à nous faire de la place à Naran et moi, alors que quand tu es arrivé ici, tu étais fermé comme une huître. Donc, tu es tout à fait capable de faire la même chose avec Hermione.
- C'est différent avec elle, expliqua Charlie. À elle seule, elle représente tout ce que j'ai fui en Angleterre.
- Fais la part des choses, Charlie. Elle n'est pas venue pour t'arracher au village et te faire rentrer de force dans ton pays, elle est seulement venue te demander de l'aide pour travailler.
- D'accord, mais quand je la vois, je pense à ma sœur, à mes frères, à mes parents…
- Je ne peux pas me mettre à ta place, je n'ai pas la prétention de comprendre ce que tu ressens, mais considère-la comme une alliée. Regarde, elle n'a rien dit à propos du fait qu'elle t'avait retrouvé. Elle a gardé pour elle une information précieuse, au détriment de sa loyauté envers ses amis.
Il devait reconnaître qu'elle n'avait pas tort. Hermione n'était pas une ennemie, loin de là. Par son silence, elle lui prouvait qu'il pouvait avoir confiance en elle. Elle faisait beaucoup d'efforts pour lui, notamment, comme l'avait précisé Nyam, mentir à ses amis. Lui qui redoutait le moment où Naran apprendrait la vérité sur lui, commençait à se dire qu'Hermione s'était mise dans une fâcheuse position pour lui. Si Ron, Ginny, ou quelqu'un d'autre de la famille Weasley, venait à apprendre ce qu'elle leur avait caché, nul doute que cela créerait un sacré bazar.
Charlie devait lui en être plus reconnaissant et il mettrait un point d'honneur à le faire à partir d'aujourd'hui.
Et voilà !
C'est fou comme, dès que Nyam débarque, tout semble plus simple. Non ? En tout cas, Charlie sait qu'il peut toujours compter sur elle. Elle a, à chaque fois, les bons mots pour lui.
À partir de maintenant, la cohabitation sera différente.
J'espère que ça vous a plu ? J'ai hâte de lire vos retours.
Du love pour vous, à mercredi !
