Et voici le Chapitre 3 ! On revient sur Weiss ! Yay ! Et j'en profite tout de suite pour dire que le prochain chapitre ne sortira certainement pas aussi "vite"... Je ferais de mon mieux pour ne pas trop vous faire patienter, promis !
Rendez-vous à la fin du chapitre pour quelques commentaires sur ce dernier, bonne lecture !
Weiss plissa les yeux, relisant la même phrase pour la troisième fois sans parvenir à la retenir. Elle était assise à son bureau, en train de lire les nombreux mails qu'elle recevait chaque jour, et peinait de plus en plus à se concentrer.
Une semaine était passée depuis sa rencontre à la bibliothèque. Le calme que ce moment avait créé n'avait malheureusement été que provisoire : dés l'instant où elle était retournée à ses occupations de PDG, elle avait eu l'impression que les Dieux l'avait maudite, augmentant encore sa charge de travail déjà immense. C'était simple : il y avait tellement à faire qu'il s'agissait de la deuxième nuit blanche consécutive qu'elle faisait, n'ayant tout bonnement pas le temps de dormir. Winter la supportait au maximum, ne dormant elle aussi que très peu et enlevant autant de travail que possible des épaules de sa sœur, mais malgré cela, la jeune PDG s'épuisait à la tâche.
Quelqu'un toqua à la porte, tirant Weiss de l'état de demi-sommeil dans lequel elle avait commencé à sombrer. Elle tenta de se donner un air digne et de cacher les signes évidents de fatigue qu'elle montrait. Elle y arriva pauvrement, ayant l'air d'une femme d'affaire à moitié ivre essayant de paraître sobre.
"Entrez..." dit-elle d'une voix où perçait son épuisement.
La poignée tourna, et Weiss ne put retenir un soupir de soulagement en voyant sa sœur entrer dans le bureau : en toute honnêteté, elle n'était pas sûre qu'elle aurait pu être d'une quelconque utilité à quiconque serait venu lui demander de l'aide dans son état actuel. Quand Winter posa un café sur le bureau, Weiss eu une envie soudaine de bénir sa sœur sur trois générations.
"Winter, tu es vraiment incroyable..." gémit la PDG en prenant immédiatement une gorgée.
Winter fronça les sourcils.
"Bien que le compliment me fasse plaisir, tu ne peux pas continuer comme ça. Cela pourrait nuire à ta santé. Il faut que tu prennes du repos, même quelques heures." dit-elle d'un air sévère.
Weiss se retint de lever les yeux au ciel. Sa sœur pensait-elle sérieusement qu'elle avait le choix ?
" 'Quelques heures' est un luxe que je ne peux pas me permettre. Il y a beaucoup trop à faire, tu le sais bien."
"Il y a effectivement beaucoup à faire, mais le monde -et la société- ne vont pas s'écrouler pour un peu de repos. Surtout que, te connaissant, tu vas travailler jusqu'à t'évanouir d'épuisement. Et ça, ça te ralentira certainement bien plus qu'une sieste." répondit Winter du tac-au-tac. Voyant que Weiss ne répondait pas, elle continua. "Ralentis un peu le rythme, Weiss, la STC n'a pas besoin que son PDG se tue à la tâche. Tu n'es pas un robot, tu as aussi besoin de prendre soin de toi. C'est pour cela que - et refuser n'est pas une option - je vais rester dans cette pièce jusqu'à ce que tu finisses ce que tu est en train de faire, puis je te trainerais jusqu'à la banquette s'il le faut mais tu prendras du repos."
Après sa longue tirade, Winter regarda sa sœur avec attention, prête à couper court à toute protestation. Cependant, la PDG ne répondit rien pendant une longue minute, son cerveau semblant peiner à comprendre ce qui venait d'être dit. Cette réaction ne fit qu'augmenter les inquiétudes de Winter, qui se demanda si elle ne ferait pas mieux d'emmener directement Weiss hors du bureau. Au bout d'un temps qui parut interminable, sa sœur répondit enfin :
"Ok... je suppose."
Loin de rassurer, le manque total de lutte inquiéta davantage Winter, si cela était possible. Weiss semblait avoir renoncé à contredire sa sœur, et juste être passée en mode 'autopilote' en acquiesçant mécaniquement à ce qui venait d'être dit. C'était mauvais signe, étant donné que Weiss n'abandonnait pas si facilement en temps normal. Winter attendit pendant un temps qui lui paru interminable que sa sœur ait fini, anxieuse à l'idée que Weiss s'évanouisse avant de pouvoir se reposer. Finalement, à la seconde où ce fut terminé, Winter tira immédiatement sa chaise à roulettes, l'arrachant de force à son ordinateur. Weiss se leva lentement, trop lentement, ses yeux commençant déjà à se fermer sans son accord. S'entêtant à lutter contre le sommeil qui menaçait de l'envahir, elle s'appuya lourdement sur sa sœur en se dirigeant vers la banquette présente dans le bureau. Ce fut à mi-chemin qu'elle perdit le combat, n'évitant la chute que grâce à Winter.
En voyant l'état de lequel Weiss s'était mise, cette dernière soupira avant de passer un bras sous les jambes de sa sœur et de la porter dans ses bras façon princesse. Ignorant les faibles murmures de protestation de la PDG, elle l'amena à la banquette et l'allongea de la manière la plus confortable qu'elle put trouver. Posant un coussin sous la tête de sa sœur, Winter se mit ensuite en quête d'une couverture, sachant que Weiss en gardait toujours une dans un des placards de son bureau. Un fois qu'elle l'eut trouvée, elle l'étendit sur sa sœur en prenant soin de ne pas laisser une seule partie du corps -autre que la tête- dépasser. Finalement satisfaite de son œuvre, elle vérifia une dernière fois que Weiss était confortablement installée, ne pouvant retenir un sourire triste en la regardant dormir.
Le visage de Weiss était plus apaisé et relaxé qu'il ne l'avait été depuis qu'elle avait dû reprendre la société. Sans ses sourcils froncés et sa moue perpétuelle, la PDG semblait plus jeune, ayant l'air d'avoir facilement cinq ans de moins. D'un geste soudain, la jeune femme se tourna dans son sommeil, s'enroulant un peu plus dans la couverture. Avec un pincement au cœur, Winter se rappela de la petite fille qui venait la voir travailler les soirs où leur père n'était pas à la maison. Lors de ces soirs, Weiss faisait irruption dans le bureau de sa sœur - alors même qu'elle était censée dormir - et s'installait sur le canapé, déterminée à regarder sa sœur toute la nuit s'il le fallait. Invariablement, la petite fille s'endormait au bout d'une vingtaine de minutes, et invariablement Winter s'interrompait quelques secondes dans son travail pour installer confortablement sa sœur et lui mettre une couverture. Ensuite, une fois qu'elle avait fini de travailler, elle portait Weiss jusqu'à sa chambre et la couchait, l'embrassant sur le front avant de repartir vers sa propre chambre. Quelquefois, Weiss se réveillait durant le trajet, et refusait de laisser sa sœur repartir : Winter finissait donc par dormir dans la chambre de sa sœur et repartait très tôt le matin pour éviter tout ennui avec leur père. Cette petite fille avait bien changée, Winter s'en rendait compte. Elle était devenue une femme d'affaires faisant trembler les plus grands, PDG d'une société de renommée mondiale et prête à tout pour défendre ses convictions. La militaire était fière de sa petite sœur et de la femme qu'elle était devenue, et se jurait de la soutenir au maximum.
Et justement, pour la soutenir au maximum, elle devait commencer par lui décharger le plus de travail possible.
Winter se dirigea donc vers son propre bureau pour aller prendre de quoi travailler, prévoyant d'aller travailler dans le bureau de Weiss pour pouvoir veiller sur elle pendant qu'elle dormait, comme au bon vieux temps.
Weiss fut réveillée par l'odeur du café. Les yeux entrouverts, elle se demanda pendant quelques secondes comment elle était arrivée là. Puis, elle se souvint : Winter était venue lui faire prendre du repos forcé, et elle était... tombée de sommeil ?
Se tournant vers l'odeur et encore à moitié endormie, elle manqua de tomber de la banquette sur laquelle elle était allongée. Se rattrapant au dernier moment, elle put regarder la scène se déroulant dans son bureau.
Winter installée sur le bureau de Weiss, assise sur la chaise des invités, et regardait son écran avec attention. À côté d'elle se trouvait une tasse de café fumante à laquelle elle ne semblait même pas prêter attention. L'esprit toujours ensommeillé, la PDG fut confuse pendant quelques secondes : pourquoi sa sœur travaillait-elle dans son bureau ?
"Winter ?" marmonna Weiss d'une voix perplexe.
En entendant l'appel, la militaire finit ce qu'elle était en train de faire avant de se tourner vers sa sœur. Elle eut un petit sourire en la voyant encore à moitié endormie et un air de profonde incompréhension sur le visage.
"Bonjour à toi aussi, Weiss." répondit-elle d'un ton amusé.
"Quesque... quelle heure est-il ?" demanda la PDG.
"10h30, actuellement." répondit Winter en jetant un rapide coup d'œil à l'horloge de son ordinateur. "Tu as presque fais le tour du cadrant." continua-t-elle. Puis, voyant que sa sœur ne semblait même pas l'avoir entendue et paraissait repartir sur le chemin des rêves, elle eut pitié d'elle. "Tiens. Tu peux avoir ma tasse." dit-elle en lui tendant sa tasse de café encore fumante.
Weiss prit la boisson d'un geste robotique. Elle but une gorgée, puis une deuxième. Ce ne fut finalement qu'après la quatrième gorgée que son cerveau sembla enfin démarrer et analyser ce qui avait été dit précédemment.
"... 10h30 ?! Mais pourquoi tu ne m'as pas réveillée ? Winter tu sais bien que-"
"-que tu avais besoin de repos." la coupa son aînée. "Pendant que tu dormais, j'ai pris la liberté de regarder ce que tu avais reçu -autre que personnel ou confidentiel- et j'ai pu un peu trier. La plupart des messages sont justes des demandes de fonds, de validations ou des compte-rendus des différents secteurs. Je t'ai tout classé pour que tu ailles plus vite, et je t'ai mis le plus important à part." enchaina-t-elle avec son expression la plus sérieuse.
Weiss la fixa pendant quelques secondes d'un air à mi-chemin entre l'interrogation et l'étonnement, le temps que l'avalanche d'informations s'enregistre dans son esprit. Puis, les joues rougissant légèrement de honte face au travail que sa sœur avait accompli -elle avait certainement fait une nuit blanche pour l'aider- :
"Me-merci, Winter." répondit-elle d'un air embarrassé. "Et désolée du dérangement." ajouta-t-elle rapidement.
L'expression de Winter s'adoucit en entendant cela.
"Tu ne me déranges jamais, simplement essaye de faire plus attention à ta santé à l'avenir ?"
Une fois que Weiss eut acquiescé d'un hochement de tête, Winter reprit son ton professionnel.
"Dans l'immédiat, le département de Recherche et Développement te demande une solution pour le manque de testeurs sur certains produits en développement."
"Un manque de testeurs ?" demanda Weiss d'un ton interrogatif. Il faut dire que ce n'était pas un problème la plupart du temps, puisque les testeurs recevaient de l'argent en échange de leurs services.
"Je n'ai pas regardé en détail, mais apparemment ils cherchent à développer des prototypes plus puissants pour certains produits, destinés à des populations aisées puisque coûteux. Or, les personnes issues des populations aisées ne voient aucun intérêt à devenir testeurs, préférant attendre la sortie du produit final. À cause de cela, ils sont donc bloqués dans le développement de ces produits."
"... d'accord, je vais regarder. Autre chose ?"
Winter la regarda droit dans les yeux un air d'appréhension perceptible sur son visage.
"Ça ne va pas te plaire..."
"Ah... ?"
"Vraiment pas te plaire..."
"Winter."
L'aînée pris une grande inspiration -Weiss était presque sûre que sa grande sœur s'amusait à ajouter du drame à la situation-, avant de répondre de son air le plus sérieux :
"Tu es conviée à un gala de la Winchester Corporation."
Quelques secondes passèrent, silencieuses. Puis, un gémissement d'horreur se fit entendre tandis que la PDG enfouit sa tête dans ses mains.
"Tout mais pas ça..." gémit-elle.
La Winchester Corporation -WC- était une entreprise spécialisée dans la création d'armes militaires de toutes sortes -projectiles, véhicules de combat, fusils, armes blanches...-. Elle était le leader dans son domaine, vendant à n'importe qui voulait bien payer et alimentant donc ironiquement les stocks de toutes les armées de Remnant. Sa relation avec la STC était des plus étranges : une sorte de mi-chemin entre alliance et rivalité. Du temps de Jacques Schnee, les deux entreprises avaient conclut un partenariat pour le développement de nouvelles armes militaires grâce à l'excellence de la STC dans le domaine technologique. Malgré ce rapprochement, la WC -pour une raison toujours inconnue de Weiss- semblait décidée à mettre le plus de bâtons possible dans les roues de la STC.
Son PDG, Cardin Winchester, était sans conteste l'un des pires -si ce n'est le pire- êtres humains que Weiss ait jamais rencontré. Déjà plusieurs fois impliqué dans des affaires louches -blanchiment d'argent, trafic de substances illicites, agressions-, il n'avait jamais été inquiété grâce à l'argent et au pouvoir qu'il avait accumulés. Escroqueries, misogynie, affaires douteuses, racisme et ego surdimensionné, il était l'incarnation de tout ce que Weiss détestait. Pourtant, malgré son dégoût envers cet... homme, la jeune PDG était obligée de maintenir le partenariat avec son entreprise, sous peine de causer un conflit d'ordre mondial et de grandes pertes pour la STC si elle ne le faisait pas. Ce qui signifiait aussi qu'elle était obligée d'aller à ce gala et de supporter l'attitude plus qu'insupportable de Cardin pendant toute une soirée sans craquer. Il était donc simple de comprendre son peu d'enthousiasme à cette idée.
"...Bien. Et quand se tiendra cet... événement ?" reprit Weiss après un moment avec un sourire forcé sur le visage, un tic nerveux agitant le coin de ses lèvres.
"Dans trois jours."
Évidemment. Bien entendu qu'il allait la prévenir le plus tard possible, en ne lui donnant que trois jours pour se préparer il bousculait toute son organisation, et la STC en pâtirait d'une manière où d'une autre. Weiss eut une soudaine envie de prendre la paire de ciseau qui trainait sur son bureau, de retrouver Cardin et de l'égorger avec. Elle se calma tant bien que mal, réfléchissant à tout ce qui devait être fait pour se préparer à l'événement. Dans le même temps, elle réfléchissait aussi au problème du département de Recherches et Développement auquel elle allait devoir trouver une solution le plus rapidement possible. Elle sentait déjà sa migraine de la veille revenir...
"Weiss." la coupa Winter, interrompant sa réflexion. "Le plus important pour le moment est de préparer ce gala. C'est l'image de la STC qui est en jeu. Le reste peut attendre quelques heures ou même quelques jours." puis, elle continua avec un faible sourire : "N'essaie pas de tout faire en même temps, cela fera plus de mal que de bien."
La PDG acquiesça devant la sagesse de sa grande sœur, et prit une minute pour se concentrer et passer en mode 'femme d'affaires'. Quand elle releva la tête pour croiser le regard de sa sœur, ses yeux étaient emplis d'une détermination nouvelle.
"Winter ? Est-ce que tu pourras me mettre en évidence le message du département de Recherche et Développement ?"
Quand Winter eut acquiescé d'un hochement de tête, Weiss reprit :
"Bien. Maintenant, je suppose qu'il faut que je réfléchisse aux personnes que je vais emmener à ce gala pour représenter la STC. Et que j'aille voir Coco pour une tenue adéquate." marmonna-t-elle. "Winter ? Je vais reprendre mon bureau, je m'en occupe. Va te reposer, je sais que cela fait un moment que tu n'as pas dormi. C'est un ordre." ajouta-t-elle en voyant que sa sœur commençait à ouvrir la bouche, vraisemblablement pour protester.
"... Très bien." répondit finalement Winter. "Et sinon, Weiss, je pense vraiment que tu devrais engager quelqu'un pour t'assister. Cela éviterait à une telle situation de se reproduire."
Weiss fronça les sourcils. Cela faisait plusieurs fois que Winter abordait l'idée, et à chaque fois la PDG avait refusé, préférant tout faire par elle-même. Cette fois, elle contempla l'idée : Winter avait raison, elle ne pouvait pas continuer comme cela. Un assistant lui permettrait de lui alléger le travail et d'être mieux organisée, et donc de gagner du temps. À contrecœur, elle répondit rapidement qu'elle y réfléchirait. Elle posa une dernière question à sa sœur avant qu'elle ne sorte de la pièce, la faisant s'arrêter à la porte.
"Winter... ? Je suppose qu'il n'a pas écrit ?"
En voyant sa sœur secouer la tête d'un air triste en signe de négation, Weiss soupira puis se reconcentra sur son écran d'ordinateur tandis que Winter sortit en prenant soin de fermer la porte derrière elle.
Tout en consultant ses messages, elle établissait une liste des priorités. Pour l'instant, elle devait se concentrer sur le gala à venir, l'image de l'entreprise était en jeu après tout.
Première étape : se renseigner sur l'importance de l'événement. Weiss cliqua sur le message officiel de la WC qu'elle avait reçu et le lut attentivement. Au début, tout lui parut normal : le gala avait pour but de présenter ce que la WC avait à offrir et de rencontrer d'autres entreprises, ce qui pourrait permettre par la suite des contrats ou des collaborations. Présenté comme ça, elle avait tout à y gagner... Sauf si un imbécile tentait de la saboter en ne la prévenant que trois jours à l'avance !
Se rendant compte qu'elle recommençait à s'énerver, Weiss passa rapidement en revue la liste des invités. En fonction des personnes présentes, elle allait pouvoir décider des deux ou trois personnes qui allaient l'accompagner pour représenter l'entreprise. Si elle choisissait mal, c'était l'image de l'entreprise qui en souffrirait : elle devait donc redoubler d'attention. Parmi les invités, elle retrouva la WC - l'hôte -, la STC, d'autres entreprises souvent présentes à ce genre de soirée, le Général Ironwood, une compagnie du pétrol-
Attendez, quoi ?!
Priant que sa vision lui ai joué des tours et qu'elle ait besoin de lunettes, Weiss revint légèrement en arrière... pour se rendre malheureusement compte que non, elle savait très bien lire.
Le Général Ironwood faisait parti des invités.
Le gala venait de passer de 'soirée lambda' à 'événement de l'année' en une seconde.
Les yeux écarquillés, la bouche ouverte et le regard fixé sur son écran Weiss resta figée pendant plusieurs secondes. Puis, au bout d'un temps infini, elle referma la bouche avant de la rouvrir, ayant un trop grand besoin d'extérioriser ce qu'elle ressentait.
"... Et merde."
"Winter... ?"
En entendant son nom, Winter se retourna d'un air étonné. Elle venait de finir de mettre de l'ordre dans ses affaires et se préparait à rentrer pour aller dormir un peu. Elle était donc assez surprise que sa sœur -qui était celle qui lui avait ordonné de prendre du repos, en plus- vienne la voir. Et ce ton de voix signifiait en général que Weiss voulait lui demander un service qu'elle n'allait pas aimer.
"Qu'y-a-t'il ?"
Elle vit Weiss grimacer avant de se mettre ses mains derrière son dos, regardant tout sauf sa sœur. Winter eut presque envie de rire en voyant cela tellement on aurait dit un enfant qui s'apprêtait à confesser une bêtise. Au bout d'un moment de silence, elle haussa un sourcil pour exprimer sa confusion. Finalement, Weiss se décida à parler.
"J'aurais besoin que tu me rendes un service..."
"J'avais compris, quel genre de service ?"
"Quelque chose que tu ne vas pas aimer..."
"Ça je m'en doutais, merci."
"Vraiment pas aimer..."
"Weiss."
"..."
Winter sentait poindre une pointe d'irritation à la conversation qui pour le moment n'allait nulle part. Voyant que sa sœur semblait craindre sa réaction, elle décida de tenter une autre approche.
"Si c'est pour me demander de tuer Cardin, je veux bien le faire mais tu te débrouilles pour faire disparaître le corps."
La phrase prit complètement Weiss au dépourvu, qui la regarda pendant quelques secondes d'un air choqué avant d'émettre un petit bruit amusé. Puis, une fois la surprise passée, elle secoua la tête et reprit une expression plus calme tandis que Winter l'entendit murmurer quelque chose :
"J'aurais bien aimer te demander ça..."
Finalement, la PDG réussit enfin à la regarder dans les yeux. Les mains toujours derrière le dos, elle prit une grande inspiration - Winter aurait pu jurer qu'elle en rajoutait exprès.
"Accompagne moi au gala. S'il-te-plait." rajouta-t-elle après quelques secondes de silence.
Un silence parfait suivit sa demande. Winter n'arrivait plus à bouger un seul muscle ni même à former une pensée cohérente. Il faut dire qu'elle s'attendait à tout sauf à cela. Mince, elle aurait trouvé l'idée de l'assassinat de Cardin plus crédible ! La militaire mit une bonne trentaine de secondes avant de pouvoir réagir. Et même quand elle put finalement reprendre le contrôle de son corps, elle ne put articuler qu'un seul mot.
"... Pardon ?"
Weiss grimaça à nouveau. Mais elle ne dévia pas son regard : elle continua de lui parler, une expression déterminée sur le visage.
"J'aimerais que tu m'accompagnes pour représenter la STC à ce gala - à ta convenance bien sûr."
Winter la regarda avec la même expression que si elle venait de la demander en mariage. Weiss savait pertinemment que sa sœur détestait ce genre d'événements -bon sang, c'était même une des raisons pour lesquelles elle avait renoncé à devenir PDG !-. Elle haïssait l'ambiance, haïssait le fait de devoir maintenir les apparences, se forcer à sympathiser avec des personnalités douteuses et se comporter comme si elle était au-dessus de tout le monde. Habituellement, la militaire était quelqu'un qui apparaissait comme 'froide' tant elle restait de marbre en toutes circonstances. Elle aurait donc dû n'avoir aucune difficulté pour interagir avec les gens qui se trouvaient à ce genre d'événements. Et pourtant, c'était dans ces situations qu'elle avait le plus de mal à contrôler ses émotions... Son père avait même finit par renoncer à l'emmener après qu'elle ait donné un coup de poing à un jeune homme un peu trop insistant, lui fracturant la mâchoire dans le processus - ironiquement, c'était comme cela que le Général Ironwood l'avait repérée et s'était intéressé à son potentiel dans l'armée. Pour cela, Winter ne comprenait absolument pas comment Weiss pouvait ne serait-ce que songer à lui demander. De plus, elle n'était même pas employée à la STC ! La militaire se demanda sérieusement si le manque de sommeil n'avait pas rendu sa sœur complètement folle...
"Tu es tombée sur la tête ?" répondit-elle d'un air incrédule.
"Non. Je suis sérieuse."
"... Weiss, tu sais très bien que je vais ruiner la soirée plus qu'autre chose, qu'est ce qui pourrait te faire croire que je serais d'une quelconque utili-"
La PDG lui montra l'écran de son téléphone sur lequel Winter pouvait voir une liste de noms d'entreprises et de personnes plus ou moins célèbres. Son doigt pointait vers un nom en particulier, qui la stoppa net quand elle l'eut lu.
"-té. Oh." continua Winter après que son cerveau eut redémarré.
Weiss lui lança un regard voulant clairement dire 'tu comprends maintenant ?' avant de prendre une expression à mi-chemin entre la grimace et la supplique. Winter, toujours en regardant l'écran, se mit à réfléchir à toute vitesse. Si le Général était présent, cela compliquait tout : en effet, il était l'un des plus gros clients de l'entreprise, achetant les technologies de la STC pour tenter de toujours plus moderniser la vie des habitants d'Atlas et s'intéressant de très près à tout ce qui pourrait améliorer le domaine militaire. Il n'était pas présent à beaucoup d'événements -étant un homme très occupé- mais quand il y était, le but de la soirée pour la STC était de réussir à le conserver comme client, notamment en envoyant le PDG allant lui parler en personne... Et Weiss dirigeait l'entreprise depuis seulement quelques semaines, elle n'avait pas assez d'expérience dans ce domaine : c'était donc normal qu'elle ne se sente pas prête à gérer des conversations avec des personnes aussi importantes... L'invitation ressemblait de plus en plus à un piège, Cardin était obligé de savoir que Weiss n'avait pas encore suffisamment d'expérience pour un événement de cette taille.
De son côté, Winter connaissait bien le Général, étant son bras droit. Elle était certainement la mieux placée pour discuter avec lui, et Weiss serait plus rassurée si sa grande sœur était là pour rattrapper les potentielles erreurs... Ce qui signifiait qu'elle devait y aller. Bien que cela soit ce qu'elle haïssait le plus au monde, elle ne se voyait pas laisser tomber sa sœur comme cela. Et puis, elle supposait que cela serait bien de revoir le Général après ces quelques semaines loin de l'armée... en espérant qu'il ne tente pas de la faire revenir tout de suite, il y avait encore trop à faire. Sa décision prise, elle se tourna vers Weiss pour lui répondre.
"... oublie ce que j'ai dis, je cacherai moi-même le corps."
"Hein ?" répondit Weiss d'un air interloqué.
"Winchester. Pour me forcer à aller à ce fichu gala."
Weiss la regarda pendant quelques secondes d'un air d'incompréhension, avant de finalement comprendre que sa sœur venait d'accepter. Elle se relaxa immédiatement, avant de répondre en souriant :
"Merci Winter. Vraiment."
"Si tu veux vraiment me remercier, invite-moi au restaurant quand cela sera passé." marmonna Winter, plaisantant à moitié.
"Noté." répondit Weiss, son sourire s'agrandissant.
Il y eu un silence confortable de quelques secondes durant lesquelles aucune des deux femmes ne parla. Puis, Winter finit par reprendre.
"Sinon, tu sais déjà à qui d'autre tu vas demander de venir ?" demanda-t-elle.
Après tout, si elle y allait, autant qu'elle sache avec qui !
"Honnêtement, avant même de lire la liste je pensais demander à Roman." avoua Weiss au bout d'un instant. "Je pense qu'il serait vraiment dans son élément à ce genre de soirée."
"Bon choix." apprécia Winter.
Elle connaissait peu l'homme, mais elle savait qu'il n'aurait aucun problème : il n'était jamais décontenancé, savait manier les mots à son avantage et était très doué pour mener les gens exactement là où il voulait durant une conversation. Le candidat parfait, en somme.
Après cela, les deux sœurs continuèrent de parler pendant quelques minutes avant que Weiss ne retourne à son bureau, et Winter à son sommeil.
De nouveau installée, Weiss passa plusieurs minutes à rédiger un mail pour prévenir Roman du gala. Une fois qu'elle fut satisfaite du résultat, elle lui envoya, et envoya également un double à Neo, l'assistante de l'homme, qui se chargerait de le lui rappeler et qui s'assurerait de sa présence à l'événement.
Décidant de prendre une pause dans la préparation du gala -elle se chargerait de prévenir les chefs de Départements plus tard qu'elle ne serait pas disponible ce jour-là-, son regard fut attiré vers le deuxième problème du jour : le mail du Département de Recherche et Développement. Voulant pouvoir commencer à réfléchir au problème, elle lut le mail pour avoir une explication détaillée de la situation.
De ce qu'elle comprenait, certains produits destinés à des populations précises -en grande partie les dispositifs médicaux comme les prothèses- peinaient à trouver des testeurs. La raison était simple : puisqu'ils seraient vendus à des personnes ayant les moyens financiers de l'acheter, les testeurs étaient surtout cherchés parmi ces derniers -surtout qu'il fallait souvent avoir fait une opération coûteuse au préalable pour pouvoir utiliser les dispositifs médicaux-, mais c'était justement les personnes riches qui ne trouvaient pas l'offre intéressante et préféraient attendre la sortie du produit final... En somme, un vrai casse-tête.
Weiss passa plusieurs longues minutes à réfléchir, espérant qu'une solution lui apparaisse magiquement. Malheureusement, cela n'arriva pas : au bout de vingt minutes, elle n'était pas plus avancée qu'auparavant. Elle ne trouvait aucun moyen de convaincre plus sans devoir drastiquement augmenter la paye des testeurs. Frustrée, elle soupira avant de passer en revue la liste des produits pour la quinzième fois, en tentant de se convaincre que 'la quinzième, c'est la bonne'. Évidemment, elle n'avait rien trouvé quand elle eut fini de relire.
C'était une vraie horreur : les riches étaient trop riches pour que cela soit intéressant, et les populations pauvres n'auraient pas assez d'argent pour une quelconque opération, encore moins pour acheter le dispositif une fois fini ! Weiss était bloquée dans tous les cas, elle ne pouvait rien faire sans que cela ne coûte plus cher. Surtout que, pour les personnes plus pauvres qui tentaient désespérément de gagner leur vie, la phase de test pourrait leur permettre de gagner un peu d'argent, mais une fois les tests finis cela serait retour à la case départ pour eux. En plus sans argent pour acheter les dispositifs, ils auraient toujours autant de mal à-
"-trouver du travail." finit Weiss à voix haute, ses yeux s'écarquillant en réalisation. Pendant un instant, elle fut plongée dans le souvenir d'une mère aux yeux lilas qui n'arrivait pas à trouver de travail à cause de sa condition...
Et soudain, elle eut une illumination.
Une idée jaillissait dans son esprit, si vive et si clair qu'elle détruisit instantanément toutes les autres fausses solutions que la PDG avait trouvé. Le cœur battant, Weiss tenta immédiatement de faire le calcul par rapport au budget initial, et constata que cela dépassait un peu. Cependant, le dépassement était beaucoup moins élevé que pour toutes les idées précédentes : elle pouvait l'autoriser. Sur le papier, cela pouvait fonctionner.
Et si cela fonctionnait aussi en vrai, cela serait certainement la solution la plus durable et la plus profitable, que cela soit pour les testeurs et pour l'entreprise. Bien sûr, il ne s'agissait pas d'une solution parfaite, mais la PDG était sûre que c'était la meilleure possible, et de loin.
Elle se mit à taper de manière frénétique sur son clavier, rédigeant un mail au Département pour exposer son idée et recevoir l'avis du Directeur le plus rapidement possible. Une fois qu'elle eut fini, elle prit un instant pour se calmer et se recomposer. Puis, un petit sourire naquit sur ses lèvres.
Elle savait qu'il allait accepter.
Il ne s'agissait pas d'un acte de prétention, elle savait simplement qu'il serait difficile de trouver mieux, et elle avait confiance en sa proposition. C'était la première fois depuis qu'elle dirigeait l'entreprise que la PDG se sentait... satisfaite d'elle-même. Elle avait le sentiment de faire enfin une différence, de réellement faire ce qu'elle était censée faire, de vraiment pouvoir aider à trouver une solution. À ce moment, Weiss fut emplie de détermination : même si son idée n'était pas acceptée pour une quelconque raison -ce dont elle doutait-, elle continuerait de chercher jusqu'à ce qu'elle y arrive. Elle s'améliorerait, elle n'abandonnerait pas. Elle pouvait le faire.
Et lorsque qu'elle reçut la réponse, positive, quelques heures plus tard...
Pour la première fois, même si ce ne fut que pour un instant, Weiss se sentit de taille à être la PDG de la Schnee Tech Company.
Et voilà ! Chapitre fini ! J'avais peur qu'il soit un peu trop barbant au début, mais pour le résultat final je trouve que ça va.
Sinon, vous me croyez si je vous dis que j'ai écrit "blanquette" à la place de "banquette" au début ? Ce n'est qu'au bout de la troisième fois que j'ai vu l'erreur... Ouaip, je suis un boulet.
Bref, ce chapitre était vraiment centré sur les deux sœurs, au début Winter ne devait pas être autant présente, mais j'ai changé d'avis en cours d'écriture... Comme d'habitude, j'ai tenté de coller le plus possible aux personnages originaux dans les dialogues et les réactions, mais bon sang ce que c'est compliqué !
Enfin, passons aux commentaires :
- Je jure que je n'ai pas fait exprès que l'entreprise de Cardin soit abrégée WC... par contre j'avoue que ça m'a fait rire quand je m'en suis rendu compte.
- Je n'ai aucune idée de ce qu'un PDG est censé faire dans la vraie vie, donc... tant pis si ça ne correspond pas à la réalité, c'est une fiction.
- Et sinon, je pense sincèrement que Roman ferait un bon homme d'affaires. Je ne sais pourquoi, c'est juste une impression que j'ai.
C'est tout pour aujourd'hui ! Prenez soin de vous et à la prochaine !
