Journal d'Alika:

L'enfant medium qui communique avec les morts


Résumé :

Grand-Mère dit que j'ai retenu des facultés chamaniques de Papa. Je pensais que c'était normal de les voir, eux. L'homme était grand et imposant, il portait la même lance que Maman. J'ai compris qu'il était destiné à être mon gardien spirituel et s'appelait Jiguro Musa...


Notes d'Alika-Chan – Update 2022 :

Pour la troisième fois depuis la parution de cette fanfic, j'ai encore modifié la trame de mon histoire. Je n'aurai jamais cru que je réécrirai et corrigerai mes premiers volumes de ma trilogie « no Moribito » en fait... Bref, cette fanfic « en parallèle » explore plus en profondeur la vision qu'Alika possède en tant que médium et sa réalité avec les esprits et le monde spirituel. Donc, les thèmes Paranormal, Spirituel et Ésotérique seront mis à l'honneur.

Cette fanfic révèle des moments clés de l'intrigue et a été conçu pour éclairer certaines parties auxquels je ne m'attardais pas, car j'étais trop centrée sur l'histoire originale. Il n'y aura aucune traduction anglaise avec cette fanfic, car comme le dit le titre c'est un « journal » et personne n'est sensé le lire (LoL, je me trouve très drôle xD). Mais plus sérieusement, je ne pense pas avoir de lecteurs français non plus, donc…

Sur ce, bonne lecture !

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Partie I : Ransa no Moribito

Balsa âgée de 43 ans, faisait du ménage dans la chambre au second étage au refuge, lorsque son balai accrocha un objet. Un livre poussiéreux tomba au sol. Elle le regarda, intriguée, et sur la couverture était écrit :

Journal d'Alika:

L'enfant medium qui communique avec les morts

Le cœur battant, sa curiosité l'emportant, elle osa lire la première page. Elle se sentait nerveuse, car un journal intime n'était pas censé être lu par quiconque à l'exception de son propriétaire. Mais Balsa était trop curieuse et s'abandonna à sa curiosité mal placée.

Elle comprit que sa fille aînée avait mis sur papier toutes ses expériences en tant que personne qui voyait les esprits, avant que son don ne soit volontairement bloqué – ou plutôt – scellé, par Torogai. Balsa laissa tomber ses tâches ménagères, se coucha confortablement sur le futon en plaçant des oreillers dans son dos pour commencer sa lecture.

» À celui ou celle qui trouvera ce journal. Si vous le lisez en ce moment, c'est qu'il est sans doute temps que je vous révèle un de mes plus grands secrets. Je ne crois pas au hasard ni aux coïncidences. Tout arrive pour une raison et il y a sans doute une raison pour laquelle vous tenez mon livre en ce moment dans vos mains. Je peux donc me dévoiler lentement.

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Enfant médium

» Je suis née d'une mère guerrière et d'un père Yakue métissé. Malheureusement, je ne suis pas née avec un livre guide qui dit : « Bonjour, je suis médium, je vois les morts voici comment mon don fonctionne ». Ç'aurait été trop beau, trop magnifique et tellement plus facile pour mes parents.

D'après Maman, la première fois que j'ai vu des esprits, j'étais encore très, très jeune. Je devais avoir dix mois. Je riais seule devant un mur vide. Je semblais parler à des « personnes imaginaires ». À cinq ans, je pensais que c'était normal de les voir, eux. L'homme était grand et imposant, il portait la même lance que Maman. J'ai compris qu'il était destiné à être mon ange gardien, ou tout simplement gardien spirituel, et qu'il s'appelait Jiguro Musa. Il pouvait être sévère mais il était toujours gentil avec moi. Il me protégeait. Je le voyais tout le temps, alors, je n'étais jamais seule. Comme je calquai mon langage sur lui, mes parents trouvaient que j'avais un langage trop « mature » pour mon âge, mais ils pensaient que je devais sans doute être une enfant précoce.

Je me souviens aussi que je voulais que Maman et Papa donnent des portions de leur nourriture à Jiguro. Ce dernier souriait tout le temps et Papa m'ordonnait de continuer à manger.

« Tes amis imaginaires n'ont pas besoin de manger, m'avait dit Papa, chose qui m'avait fâchée.

- Oui, ils ont besoin de manger.

- Alika, contente-toi de finir ton assiette. »

Je boudai un instant et regardai Jiguro.

Je n'ai pas besoin de manger maintenant, petite fleur, m'avait-il répondu alors qu'il s'occupait de nettoyer et polir sa lance. Je mange quand je le veux et quand tu ne le vois pas.

Jiguro ne voulait pas que je dise son nom à qui que ce soit. Alors si j'avais à le faire, il me permit de l'appeler « commandant esprit ». Mon commandant esprit. J'étais aussi dotée de télépathie avec les esprits. Alors ils pouvaient me parler et je recevais leurs paroles dans mes pensées. La voix était différente selon les esprits, femmes ou hommes. Quand je répondais, je n'avais qu'à penser pour leur parler. Cette faculté m'a énormément aidé quand je n'étais pas en mesure de pouvoir discuter avec eux à haute-voix. Si j'étais entourée de personnes, par exemple. Le toucher d'un esprit est aussi très doux, très léger; c'est comme si une personne m'effleurait la peau ou que je tenais quelque chose de très léger comme du coton naturel dans les mains.

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La bouchée mystérieuse du biscuit

» Un jour, alors que Papa avait fait cuir des biscuits, il venait tout juste de les sortir du four en terre cuite. Ses biscuits étaient intacts et encore très chauds. J'étais assise à la table basse, à l'opposé de la pièce. Je faisais une couronne de fleur pour Maman qui s'entrainait dehors. Papa me parlait en même temps qu'il regardait les biscuits. Soudain, je vis Jiguro prendre une bouchée et ne pus m'empêcher de crier pour l'avertir.

« Commandant, attention, c'est CHAUD ! »

Papa s'était retourné, là où je regardai.

« HEIN ?! s'étonna-t-il.

- Qu'est-ce qu'il y a, Papa ? demandai-je, alors que je voyais Jiguro manger rapidement sa bouchée trop chaude comme un dragon enflammé.

- As-tu... non, tu n'as pas pris de bouchée, n'est-ce pas ? questionna-t-il en levant le biscuit qui avait une jolie morsure bien ronde.

- Non, Papa. Tu en as peut-être prise une sans t'en rendre compte, essayai-je avec un petit sourire narquois.

- Je n'ai rien mangé et ta mère est dehors. »

Il se rapprocha de moi avec le biscuit.

« Qui a mangé le biscuit ? répéta-t-il en me regardant comme si je cachais quelque chose.

- Mais c'est pas moi ! continuai-je.

- Ce n'est pas moi non plus. »

Ce fut donc un mystère. Pour le moment. Je me décidai enfin à répondre.

« C'est mon Commandant qui l'a mangé...

- J'ai vraiment du mal à te croire. Qu'un de tes amis imaginaires puissent arriver à manger un biscuit... mais il est vrai que tu as crié que c'était encore chaud. Serre les dents, m'ordonna-t-il.

- Pourquoi ?

- Fais juste serrer les dents, s'il te plait, ma puce. »

Je souris forcé et serrai les dents. Il plaça la morsure du biscuit à demi mangé sur mes dents et déclara :

« Ce n'est pas ta bouche... ni la mienne... quel était le nom que tu as crié quand c'est arrivé ?

- Hum... Commandant...

- ... Je vois. Bref, est-ce que tu veux que je lui laisse le biscuit ?

- S'il te plait. »

Trouvant ça comique, Jiguro n'avait pas retouché au biscuit. Il avait un plan derrière la tête. Il était vraiment plus espiègle sous forme spirituelle que lors de son vivant. Je crus un moment que Papa commençait à me croire. Lorsque Maman revint de son entrainement et vit le biscuit à moitié mangé, elle étira sa main pour le prendre et le manger. Papa et moi s'étions vivement écriés en même temps :

« Ne le mange pas !

- Eh... »

Elle regarda le biscuit dans sa main.

« Pourquoi ? Il est empoisonné ?

- N-non, balbutia Tanda. Il est pour l'ami imaginaire d'Alika, le "Commandant". »

Maman nous regarda d'un air totalement perdu et confus. Il est clair qu'elle croyait que Papa entrait dans mon jeu; qui n'en était pas un, justement. Elle s'attaqua donc à un autre biscuit complet. Je regardai Papa et retournai vaquer à mes occupations. Le soir venu, alors que Maman était au second étage et que Grand-Mère était dehors en train de communiquer avec des Yona Ro Gaï – le peuple de l'eau – je regardai Jiguro assit à la table devant le biscuit alors que Papa lisait son livre.

« Papa ?

- Oui ?

- Regarde le biscuit. »

Il regarda le biscuit.

« Il n'y a rien de spécial. Commandant ne semble pas vouloir y retoucher.

- Il va le manger.

- Alors, fais-moi signe. »

Papa reposa son attention sur son livre et Jiguro mangea le biscuit avec une grande satisfaction. Je tirai encore sur la manche de mon père.

« Regarde la table... »

Papa leva ses yeux et vit que le biscuit avait disparu de la table. Il me regarda, regarda la table et moi à nouveau.

« L'as-tu mangé ? »

Je n'arrivais pas à le croire. Mon père avait bien été témoin de la bouchée inconnue du biscuit laissé par Jiguro. Malgré le fait que ce dernier l'ait mangé au complet, il continuait de nier le tout alors que je n'avais rien dans la bouche ! Alors je fis la moue et mon visage se crispa.

« Alika ?

- J'ai rien mangé ! éclatai-je en sanglots avant de me lever et de courir dehors rejoindre Grand-Mère. C'est Commandant qui l'a mangé ! »

En arrivant dehors, Grand-Mère me regardait intriguée. Je me jetai dans ses bras en geignant.

« Qu'est-ce qu'il y a, ma belle ? me demanda-t-elle.

- Papa veut pas croire que c'est Commandant qui a terminé de manger le biscuit... j'ai rien mangé... personne me croit quand je dis que je vois des esprits et pas des amis imaginaires...

- Moi, je te crois.

- Vraiment ?... Tu dis pas ça pour me faire plaisir ?

- Pas du tout. »

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Grand-Mère Torogai, Guide Spirituel

» Peu de temps après cet événement, Grand-Mère, qui était l'une des meilleures chamane et magic-weaver de notre époque, continuait de croire en l'existence de mon don. En me posant des questions plus en profondeur sur ce que mes yeux pouvaient voir, elle eut ses confirmations à ce propos. Elle m'expliqua dès lors qu'elle aussi les voyait – pas toujours comme moi, mais qu'il lui était possible de pouvoir le faire.

Elle savait que Jiguro m'accompagnait partout où j'allais. Grand-Mère a été formidable avec moi et mon don et m'a fortement encouragé pour continuer à le développer. En le développant davantage, je lui avouai que je voyais que chaque être humain possédait une étrange couleur qui fluctuait autour d'eux. Dès lors, elle comprit que je ne voyais pas seulement les morts et les esprits, mais également les auras. Chose qu'elle était incapable de faire.

J'étais fière de mon don, mais je ne le disais pas au publique ni aux gens extérieurs qui ne faisaient pas partie de notre famille. Grand-Mère m'avait fortement empêché de le faire. Ça devait rester secret avec moi. Papa avait arrêté ses études en magie pour se concentrer sur la médecine. Il était donc moins connecté, moins ouvert au monde des esprits et au monde spirituel. Quand je posais la question suivante à Grand-Mère : « Pourquoi Papa me croit pas ? Il a peur de moi ? » Elle ne me répondait jamais.

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Vies Antérieures

Je dis à Grand-Mère que j'avais une très grosse peur que la maison prenne en feu ou qu'une bougie ou un foyer soit mal éteint. Elle m'apprit à méditer pour comprendre la source de ce traumatisme. En méditant, j'appris que dans une de mes vies antérieures, j'avais été brûlée sur le bûcher, car on m'accusait d'être une sorcière à cause de mon don; celui de voir les esprits et les entités. Ma peur provenait de là. Dans une autre, j'étais décédée en donnant naissance à mon cinquième enfant. Et dans une autre encore, j'étais morte noyée, ne sachant pas nager. Je m'appelais Iñaki et j'étais un garçon d'environs sept ans. Je n'avais jamais eu peur de l'eau dans ma vie présente. Peut-être parce que, naturellement, en m'apprenant à nager dès l'âge de deux ans et demi, mes parents avaient apaisé cette peur.

« Grand-Mère, demandai-je.

- Oui ?

- Est-ce que nous avons tous des vies antérieures ?

- Bien sûre.

- Tu sais combien tu en as ?

- Hum... je dirai que j'en suis à ma peut-être 789ème.

- Aussi précis ?!

- Oui. J'ai longuement médité et les réponses sont venues d'elles-mêmes.

- Est-ce que c'est parce que tu es une vieille âme réincarnée ? »

Grand-Mère se mit à réfléchir.

« Que l'âme soit jeune ou vieille, cela ne joue pas sur le nombre de vies antérieures. Il peut y avoir de très jeunes âmes qui possèdent au-dessus de 1 000 vies antérieures, et de très vieilles âmes qui n'en possèdent que 300.

- 1 000 vies ?! m'exclamai-je.

- Oui. La réincarnation est, en général, un choix que l'âme fait. Il peut arriver qu'elle soit imposée pour punir, mais c'est du cas par cas.

- Et moi ? Tu sais combien j'en ai ? Tu connais le nombre de Maman et Papa aussi ?

- Hum... je ne sais pas combien Balsa possède de vies antérieures, mais elle en a beaucoup. Peut-être moins que moi. Tanda, quant à lui, doit sûrement en avoir 450. Quant à toi, je tiens à croire que tu dois sûrement me dépasser.

- Comment ça ?

- Tu es une vieille âme, également. »

Je me mis à gribouiller des notes sur du papier parchemin.

« Quand nous nous réincarnons, m'expliqua Grand-Mère, bien sûr que nous oublions majoritairement ce qui s'est passé dans nos vies antérieures, mais nous conservons toujours un petit quelque chose de nos vécus précédents.

- Comme quoi ?

- Par exemple : une personne qui était très bonne en couture pourrait avoir apporté sa connaissance – même inconsciente – dans une vie ultérieure. L'apprentissage lui sera plus facile à assimiler et à appliquer. Ou si elle a une fascination pour, par exemple, les naissances sans nécessairement savoir d'où provient cet intérêt. Ce pourrait être lié à ses facultés antérieures de sage-femme.

- Est-ce que ça peut arriver de se réincarner sans avoir rien en commun avec nos vies passées... nos "réincarnations" si je puis dire ?

- Ça peut arriver, mais il faut que l'âme ait vécu un très gros traumatisme qui la pousse totalement à choisir une voie carrément différente. Il y a toujours une réincarnation qui est plus forte que toutes les autres et t'influencera majoritairement toute ta vie en tant qu'être incarné. C'est elle, qui à la naissance, te donne ta personnalité bien distincte. À moins que cette réincarnation ne s'endorme, aucune autre de tes réincarnations ne peut t'influencer à ce point.

- Endormir ? Comment ma réincarnation principale pourrait s'endormir à jamais ?

- En frôlant la mort... ou en étant déjà morte pour revenir à la vie miraculeusement. Et peu à peu, si tu continues d'avancer dans cette branche qu'est la médiumnité, tu comprendras que chaque comportement pourrait être lié à une réincarnation passé. »

Je penchai la tête de côté, démontrant qu'elle venait de me perdre.

« Par exemple, quand tu combats avec ta Maman, tu pourrais avoir l'impression d'être totalement différente que si tu commences à t'argumenter avec Papa. Quand tu combats, ta réincarnation passée, qui était une guerrière autrefois, refait surface et t'influence. Alors que quand tu te chicanes avec Tanda, ta réincarnation passée qui était une charmeuse prend le dessus. Les charmeuses aiment provoquer, autant sur des sujets qui apportent une tête sur les épaules que par idéalisation et défense de ses points de vue auquel il est impossible de la faire bouger.

- Ah ! je vois... que c'est compliqué tout ça, murmurai-je. »

Grand-Mère éclata de rire.

« Ça se démêlera tout seul au fur et à mesure que tu grandiras, petite fleur. Il te reste encore un long chemin à parcourir en tant que petite future médium. »

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Jiguro, maître lancier incontesté

» Quand j'avais trois ans, Maman a commencé à m'entrainer aux arts martiaux. Elle m'apprit les bases, me montra comment bouger mon corps, me défendre et attaquer. Quand elle se mit en position ouverte, les bras dans les airs, elle me dit de l'attaquer en y mettant toute ma force. Je ne pus m'empêcher de rire en courant vers elle. Elle bloqua tous mes mouvements et me neutralisa.

« Je ferai de toi une petite guerrière, si tu veux, me dit-elle avec un sourire.

- Oui ! »

Maman se levait toujours très tôt, parfois avant que l'aube ne se lève. Et je la regardai parfois s'entraîner. Je voyais aussi mon gardien Jiguro s'entraîner et je voyais qu'ils étaient identiques dans leurs mouvements. Elle avait son style, était aussi fluide que lui.

Un matin, je me réveillai très tôt, avant même Maman, et dénichai un petit bâton en bambou. Je vis mon gardien Jiguro s'entraîner et osai lui demander une faveur.

« ... Tu désires t'entraîner ?

- Oui !

- Au début, je pensais que c'était inutile d'entraîner une femme parce que leur force physique est en général plus faible que les hommes... mais après avoir vu ta mère grandir et progresser, j'ai changé d'idée. Sa taille lui donne plus d'agilité et les femmes sont généralement plus souples que les hommes. Elle a un très gros avantage quand les hommes guerriers la sous-estiment. Donc, tu voudrais que je t'entraîne ?

- Oui ! continuai-je de répondre avec vigueur.

- C'est un entrainement très rigoureux et très demandant. Tu es encore plus jeune que lorsque ta mère a commencé.

- Mais...

- Cependant, j'accepte de t'entrainer. Je sais que tu auras le talent.

- Vraiment ?!

- Oui.

- Tu peux m'avertir quand Papa et Maman vont se réveiller ?

- Bien sûr. Tu ne veux pas qu'ils te voient t'entrainer pour le moment, c'est bien ça ? Comme une surprise ?

- Oui...

- Parfait, je t'avertirai. »

Il commença à me montrer comment bien tenir une lance – enfin, plutôt ma branche de bambou – les positions de défense et le maniement. Nous pûmes s'entraîner une demi-heure avant que Jiguro ne m'arrête et me dise que Maman se réveillait, car il sentait dans son énergie qu'elle sortait du sommeil. Je lâchai mon bâton en bambou et le cachai précieusement avant de vaquer à une autre de mes passions : faire des couronnes de fleurs. Quand Maman me vit dehors, elle pencha la tête sur le côté.

« Tu es très matinale ce matin.

- Oui, répondis-je alors que je regardai Jiguro qui continuait de s'entrainer comme si de rien n'était. »

Maman ne dit rien de plus. Plus tard dans la journée, je m'évadai en douce dans la forêt. Ce fut à cet endroit que je perfectionnai mon maniement de la lance pendant un an.

« J'avais raison, me déclara Jiguro. Tu as également le don des armes.

- Le don des armes ? Je pensais que j'avais un seul don : celui de voir les esprits et les auras.

- En me voyant, tu as aussi pu développer un second talent : les arts martiaux. Tu es très compétente. Je crois que tu feras une excellente lancière tout comme ta Maman plus tard. »

Je souris face aux compliments...


Balsa arrêta sa lecture un petit moment. Un matin, elle s'était réveillée un matin, plus tôt que prévu et avait jeté un coup d'œil à la porte du refuge, car elle entendait des bruits de bâton s'agitant dans le vide.

« Toujours en train de parler avec tes am— allait-elle demandé alors qu'elle se coupa en voyant le spectacle. »

Alika était en train de faire des enchaînements de lance, dans le vide, comme si elle se battait contre une vraie personne. Soudain, sa fille avait tourné les yeux vers Balsa, s'était arrêtée et avait baissé la tête, comme si elle avait commis une faute.

« Eh bin, tu ne m'avais pas dit que tu savais manier une lance, avait dit Balsa en s'approchant. »

Balsa se concentra de nouveau sur son livre et fût surprise de voir que la suite correspondait exactement à ses souvenirs. Elle en pouffa même de rire.

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Début d'un entrainement à la lance

» Je ne savais pas comment réagir. Je ne désirai pas que mes parents me voient me pratiquer avec Jiguro... bien qu'ils ne le voyaient pas. Maman rentra à nouveau dans le refuge et ressortit avec un , un long bâton de bois. Je restai plantée devant ma mère, me demandant ce que je devais faire contre elle.

« À quoi penses-tu ? rit Maman.

- Qu'est-ce que je dois faire ?

- Attaques-moi. Montres-moi tout ce que tu sais.

- Bon… d'accord... »

Je regardai Jiguro un quart de seconde. Il me fit un signe de tête.

« Vas-y, tu es assez compétente. »

Je lui rendis son signe de tête. Je fis le salut des lanciers : plantant mon bâton dans la terre, et le passant à droite, puis à gauche avant de me placer.

« Tu connais déjà le salut, c'est merveilleux ! dit Maman. »

Elle fit le salut à son tour. Soudain, je m'élançai avec confiance vers Maman en l'attaquant dans un grand mouvement ample de haut en bas, qu'elle bloqua avec son sur le côté.

« Bien ! »

Je ramenai mon bambou avant de faire un angle de 90° vers la gauche et me fit encore bloquer. J'arrivai à lui faire bouger son arme et faire légèrement travailler ses réflexes.

« Magnifique coup ! »

Je n'étais, certes, pas aussi puissante qu'un adolescent ou adulte lancier de Kanbal, mais je savais comment l'attaquer. Pourquoi ? Car elle avait exactement le même style que Jiguro, j'avais l'impression de me battre contre mon propre maître, qui avait jadis été son maître !

« Maintenant, attaque là en tournant vers elle et touche ses mollets, tu vas la déstabiliser, me conseilla Jiguro. »

Il me montra comment et je l'imitai. En effet, je déstabilisai Maman. Après quelques attaques, Maman décida de m'attaquer lentement avec des attaques douces, chose que je parai facilement, mais elle sentit que j'en voulais un peu plus.

« Je suis plus un bébé !

- Mais si j'utilise toute ma force, tu ne tiendras pas une seule seconde. Laisse-toi une chance ma chérie, ce n'est pas un examen ou un combat à mort pour tester ta force physique. C'est juste un petit entrainement amical pour voir tes capacités que j'ignorai. Tu n'as que quatre ans. »

Je fis la moue. Maman lâcha son arme et ouvrit ses bras pour un câlin. Je ne voulus pas au départ, comme je boudai, mais je finis par craquer et allai m'y réfugier.

« Je crois que je vais commencer à t'entraîner, annonça-t-elle fièrement. Tu as démontré de jolis réflexes et de belles attaques. Je reste convaincue que tu seras une très grande lancière plus tard.

- Tu crois ?

- Oui. Et douée en plus.

- Je veux pas être médecin comme Papa. Je veux être lancière comme toi ! »

C'est ainsi que je commençai à m'entrainer avec Maman régulièrement, à tous les jours. C'était notre petite routine et habitude quotidienne.

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La vérité dévoilée

» À mes cinq ans, il ne se passa rien de très extraordinaire. J'essayai toujours de convaincre mes parents – surtout Papa – que je voyais les esprits. Mais encore une fois, Papa les prenait encore pour des amis imaginaires.

Il était vrai, par contre, que certains esprits d'enfants venaient jouer avec moi ou m'accompagnaient quand j'avais de l'école à la maison. Certains étaient très beaux, d'autres parfois me faisaient peur ou m'intriguaient puisqu'ils avaient été marqué par leur mort. J'entends par là : défigurés par un chien, brûlés au second degré (ceux-là se cachaient toujours derrière un masque de théâtre Nô pour ne pas que je sois terrifiée), noyés (ceux-là avaient toujours des vêtements trempés tout comme leur cheveux). D'autres encore étaient simplement décédés de maladies.

Ils ne voulaient jamais de mal à moi ou à ma famille, car Jiguro s'occupait de faire les « douanes ». Il pouvait même choisir de les bannir et Jiguro n'était pas un gardien, qui, de prime abord, semblait non menaçant. Au contraire, il avait un physique très imposant et une aura qui rendait un peu mal à l'aise.

Un jour, je tentai ma chance de parler de Jiguro à Maman. Il me permit de le faire. Alors qu'elle polissait sa lance, je la regardai, la tête posée sur la table. Elle sentit mon regard et me questionna.

« Qu'est-ce qu'il y a, mon cœur ?

- Maman ?

- Oui ?

- Tu me crois pas, hein ? Quand je dis que mes amis sont pas imaginaires ?

- Humm... c'est juste que la magie et le monde spirituel ne sont pas dans mon domaine de compétence. J'ai encore un peu de difficulté à tout saisir et comprendre vos thèmes. Mais désires-tu me parler d'eux ? »

Dès qu'elle me posa sa dernière question, je savais qu'elle était ouverte à ce sujet et disposée à m'écouter. Je tentai ma chance. Je redressai la tête et hochai vivement. Elle déposa sa lance à ses côtés alors que je me rapprochai d'elle.

« Alors ? Qu'est-ce ? »

Je regardai Jiguro. Je ne savais pas si je devais dire à Maman qu'il était mon gardien spirituel ou conserver son identité secrète.

« Faisons comme ça, dit-il. Ne dis pas que je suis ton gardien pour le moment et n'utilise pas mon surnom "Commandant". Parle de moi en tant que Jiguro Musa.

- ... Il y a un esprit qui insiste vraiment pour que je te parle de lui.

- Vas-y.

- Il dit... qu'il s'appelle Jiguro Musa. Du clan Musa de Kanbal...

- Jiguro Musa ?! s'exclama-t-elle avec surprise.

- Oui... Maman, ça va ?

- Peux-tu me confirmer mes dires ?

- Hum... oui. »

Je regardai Jiguro, prête à fournir des preuves. Maman commença à me questionner.

« Est-ce qu'il est grand ? demanda-t-elle.

- Oui, confirmai-je.

- Il a une petite barbe et les cheveux courts noirs ?

- Oui.

- Est-il musclé et imposant ?

- Oui.

- Porte-t-il une ceinture Kanbalese et une épaulette gauche et des gants ?

- Oui.

- Dernière chose : est-ce qu'il porte une lance ?

- Oui, tout le temps. Mais son manche est rouge... Oh ! »

Jiguro m'envahit de son énergie, à un tel point que je ne parvenais plus à distinguer mes émotions des siennes.

« ... Il dit qu'il a dû tuer huit autres guerriers comme lui, pour vous protéger des assassins envoyés par le Roi Rogsam. Rogsam a forcé Grand-Père Karuna à empoisonner le Roi Naguru pour le trône...

- Comment tu— »

Maman semblait troublée par ce dernier détail. J'avais tout confirmé et elle resta sans mots un long moment.

« Maman, murmurai-je, timide, c'est aussi lui qui a commencé à m'entrainer à la lance... »

J'avais peur qu'elle se sente trahie, mais à ma plus grande surprise, elle ne me caressa que les cheveux et me sourit tendrement. Le soir même, alors que je venais de fermer les yeux et dormais – du moins j'essayais – dans ma chambre à l'étage du haut, j'entendis Maman parler avec Papa.

« Tanda... j'aimerai te parler de quelque chose...

- Vas-y.

- Ça concerne Alika...

- Qu'est-ce qu'il y a avec elle ?

- Rien... mais est-ce que je lui ai déjà parlé de Jiguro ?

- Non, pas que je me souvienne...

- Elle m'a parlé de ses "amis imaginaires", dont le premier qui se dit être Jiguro Musa...

- Elle a peut-être imaginé le tout ? »

Je vis Maman le dévisager.

« Tu crois ? Et si je te disais qu'elle a répondu à toutes les questions avec exactitude, alors qu'elle ne l'a jamais vu, est-ce que tu croirais plus ?

- Balsa, elle a dû dire ça pour t'impressionner, c'est tout.

- Non, je ne pense pas. Tanda, tu la crois si idiote et si prétentieuse que ça ? me défendit Maman. Je ne pense même pas qu'une enfant de son âge puisse réfléchir à ce point pour blâmer et tromper les gens. Tu as été apprenti chamane, tu devrais pourtant la croire plus que moi-même sur le monde des esprits... les chamanes voient les esprits !

- Les enfants ont une imagination débordante, ils ne savent pas distinguer le vrai du faux, c'est ça le problème avec la spiritualité à un si jeune âge.

- Je ne pense pas que Jiguro Musa fasse partie de son imagination et saches qu'aujourd'hui, elle m'a parlé de lui, et m'a dit des choses que je ne lui ai jamais raconté comme le Roi Rogsam et la mort de mon père. Tanda, elle était d'une exactitude déconcertante ! Tu ne peux pas continuer de nier ça... »

À ce moment, je vis Jiguro s'asseoir sur le coussin qui reposait à leur côté. L'objet se déplaça d'un centimètre suite à son poids. Maman et Papa le virent bouger. Tout en continuant de le fixer, ils se regardèrent. Leur regard passait du coussin à eux, vice-versa pendant de longs instants.

« Tu as vu... la même chose pas vrai ? déclara Tanda.

- Oui... ne le nies pas toi non plus.

- Tu n'as pas déplacé le coussin ?

- Pas du tout. Toi ?

- Non plus.

- J'aimerai bien demander à Alika, mais elle dort... »

Je me levai et descendis lentement les escaliers. Mes parents me regardaient comme si j'avais une pieuvre sur la tête.

« Nous t'avons réveillé, poussin ?

- Non... j'étais déjà réveillée...

- Pouvons-nous te parler d'un truc ?

- Oui, c'est pour ça que je me suis levée...

- Alors assieds-toi, me convia Papa. »

Je pris le coussin sur lequel Jiguro était assis et je m'assis entre ses cuisses. Il était assis en tailleur.

« Pourquoi avoir choisi ce coussin qui a bougé ? demanda Maman.

- Car je me suis assise sur les genoux de Jiguro... ou plutôt, entre ses cuisses...

- Jiguro est donc assis là ?

- Oui...

- Il a fait bouger le coussin ? questionna à son tour Papa.

- Oui, pour vous donner une preuve. Demandez-moi toutes les questions que vous voulez.

- Tout ce que tu sais sur lui.

- ... »

Je réfléchis. J'avais dit la moitié des choses que je connaissais de Jiguro à Maman. Je fouillai un instant dans ma mémoire, mais Jiguro projeta son énergie sur moi et j'eus tous ses souvenirs en mémoire encore une fois.

« Jiguro a été l'un des lanciers les plus jeunes choisis de toute l'histoire de Kanbal. Il a assisté à la "Cérémonie des Remises" en tant que disciple participant alors qu'il n'avait que seize ans. Comme il a été le danseur cette année-là, il a été vu, depuis, comme un héros et un prodige. Il était aussi le plus compétent des neufs lanciers du roi qui ne servent que lui et lui uniquement. Il connaissait bien Grand-Mère. Grâce à ça, vous vous êtes rencontrés, tous les deux... »

Je les regardai avec insistance.

« Je ne t'ai rien dit de tout ça, avoua Maman, troublée.

- Jiguro dit aussi que vous m'avez conçu accidentellement deux ans après sa mort..., sortis-je en regardant Maman. Il dit que c'est parce que tu étais encore en deuil. Et il dit que quand il a senti que je grandissais dans ton ventre, il protégerait l'enfant à venir. »

Mes parents se regardèrent et ne dirent rien de plus. J'allai devoir les convaincre davantage dans les années prochaines... mais Maman commençait à me croire. Grand-Mère, elle, c'était évident : elle me croyait à cent pour cent. Papa, lui, c'était mitigé. Soit il niait ma réalité ou bien, il n'aimait pas ce sujet de conversation...

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Gardiens Spirituels

» Je devais avoir six ans quand je me rendis compte que je voyais aussi d'autres esprits, des ombres ou des formes lumineuses suivre les « vivants » de façon presque permanente. Ces esprits étaient toujours les mêmes. Tout le monde en possédait au moins un. Si je ne le voyais pas, c'est que l'esprit en question se cachait dans l'ombre de la personne. Je demandai plus d'information à Grand-Mère à ce propos.

« Grand-Mère? demandai-je en m'essayant devant le feu, mes parents à l'extérieur du refuge.

- Oui, ma belle ?

- ... pourquoi tout le monde a un esprit qui les suit ? »

Grand-Mère était suivie par une femme du nom de Norugai. Elle avait été son mentor dans la pratique de la magie et la spiritualité. Je la regardai un moment avant de reposer mon attention sur Grand-Mère. Elle expira une bouffée de sa pipe et me regarda. Je connaissais ce regard : elle allait tomber dans un sujet plus que sérieux. À ne pas prendre avec légèreté.

« Quand une âme naît en ce monde, un esprit qui possède un lien antérieur ou spirituel, signe un contrat de protection, expliqua-t-elle. Dès lors, l'esprit devient le gardien permanent de l'âme à venir.

- Alors... on peut pas se réincarner sans gardien ?

- Exactement.

- Alors... le gardien du bébé arrive pendant la grossesse ? Pas après quand le bébé naît ?

- C'est exacte. Il arrive pendant la grossesse pour protéger l'âme à naitre. Un bébé avec un don, surtout comme le tiens, ça arrive trop/très souvent.

- Pourquoi ?

- ... avant de naitre, l'âme d'un bébé n'est toujours pas ancrée correctement dans le corps physique en formation. Des esprits errants, qui trouvent que le corps du bébé est idéal pour eux, peuvent prendre ou voler la place attitrée du nouveau-né.

- Ah...

- Les bébés qui naissent avant neuf mois sont des bébés qui ont été sauvé par leur gardien d'un possible vol de corps. C'est l'unique moyen qu'un gardien peut faire pour protéger leur protégé.

- Et moi ? Je suis née prématurée ?

- Non. Je surveillais et protégeais Balsa quand elle était enceinte de toi. Tu as attiré une tonne d'esprits ici, de toutes sortes et des dangereux aussi pendant sa grossesse... et Balsa ne s'est rendue compte de rien, mais j'étais là pour vous protéger et Jiguro aussi. Ton don est très puissant. »

Je me redressai un moment.

« Est-ce qu'on peut avoir plus d'un gardien ?

- Oui. La limite des gardiens s'arrête à quatre. S'il y a plus d'esprits et qu'ils restent autour du protégé, alors ils forment à eux seuls une horde.

- Tu as déjà vu une horde d'esprit, Grand-Mère ?

- Oui. Quelques fois. Au départ, ça peut être impressionnant, mais s'ils restent humbles à leur leader, alors il ne devrait pas y avoir de soucis. Par contre, même si la personne possède plusieurs gardiens, il y en a qu'un qui soit considérer comme le principal : le gardien primaire. Les trois autres sont des gardiens secondaires.

- Alors... ils sont moins importants que le gardien primaire ?

- Non, ma belle. Ils ont tous une place importante, mais c'est le rôle du gardien primaire de maintenir en vie son protégé le temps de sa réincarnation. Les gardiens secondaires offrent un soutien supplémentaire.

- Ah ! je vois. Jiguro est mon gardien primaire, même si je n'en possède qu'un ?

- Oui, c'est exacte. Avoir plusieurs gardiens n'est pas synonyme de puissance. La force d'un seul gardien pourrait équivaloir à la force de quatre gardiens combinés ensembles.

- AH ! c'est rassurant à entendre. »

Je m'étirai et décidai d'aller rejoindre Maman dehors pour voir ce qu'elle faisait. Jiguro la regardait s'entraîner, assit dans l'herbe.