Partie V.2 – Tamashi no Moribito

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Introspection

Plusieurs années se sont écoulées depuis la dernière mise à jour que j'ai faite dans ce journal. Je l'ai récupéré lors d'un de mes voyages estivaux au Nouvel Empire de Yogo. Je vais beaucoup mieux depuis. Je suis restée en psychothérapie intensive avec Tante Yuka pendant proche de quatre ans, la première année avec Maman ici incluse.

Au début, toute cette guérison me semblait insurmontable – je n'y parviendrai jamais, disais-je souvent. Je ne me reconnaissais plus, je ne savais plus qui j'étais, suis et voulais être. Je trouvais la vie sans but, stupide. J'étais constamment agressive, sur les nerfs, colérique. J'ai trébuché plusieurs fois, je voulais tout arrêter d'un coup et je disais très souvent « Laissez-moi respirer ! ». Mais le sang de guerrier que j'avais hérité de ma mère continuait, et continue, toujours de couler dans mes veines. Et ce dernier, ce sang de guerrier, quand ce n'était pas Jiguro qui me faisait la moral et me tapait sur la tête, me forçait toujours à me donner à fond, à ne jamais lâcher l'ennemi des yeux ni lui tourner le dos.

Je compris bien plus tard au fils des séances que j'étais une guerrière qui voulait aller vite. Trop vite. Une guerrière impatiente qui voulait tout exécuter rapidement : un combat, une décision. Il fallait que j'aille vite, même quand j'étais en colère. J'avais l'impression qu'il fallait que je ne sois plus fâchée dans les minutes suivants ma rage, mais je savais que c'était impossible, dans mon cas. En colère, au lieu de l'exploser naturellement et la faire sortir comme dans mon enfance, je me taisais. Le silence, mon silence, était un signal qui disait aux gens extérieurs de ne pas me parler, de me laisser mon espace vital, que je n'étais pas bien et que je menais un combat intérieur très dur – et aussi pour leur montrer mon agacement, pour qu'ils soient terrifiés par cette rage qui dévastait tout en sortant de moi. Je rendais mon énergie étouffante et lourde à porter mon entourage.

Ceci dit, globalement depuis ce soir-là d'agression et d'abus, j'avais l'impression de mener une course infernale contre la montre. Mais une course de quoi ? Contre qui ? À quel ennemi faisais-je face ? ; Mes réincarnations passées ? Les gardiens de mes amis et famille ? Des énergies malsaines ?

Toutes ces questions sans réponses au fil des années me taraudaient l'esprit comme un moustique assoiffé de sang. Je finis par comprendre que le seul ennemi qui me hantait depuis si longtemps n'était nulle autre que... moi. Autant j'étais prodige à la lance et aux arts martiaux comme Maman, autant j'étais extrêmement sévère et cruelle envers moi-même. Je ne me permettais aucunement l'échec, et si je faisais une erreur, je m'auto-flagellais même quand il n'y avait pas lieu de le faire. J'étais devenue sensible à ce niveau ; ce que l'on pouvait penser de moi, l'impression que je donnais aux gens extérieurs.

Pendant ces années de psychothérapie, je me suis également concentrée sur une partie du corps que la vaste majorité des gens « normaux » n'ont même pas conscience : les chakras et les énergies reliées à ceux-ci. Les chakras sont des centres énergétiques par lesquels l'énergie circule librement, comme des ruisseaux, à travers le corps en entier. Ils sont reliés à toutes les couches d'énergies du corps. Les sept principaux chakras sont, du bas vers le haut : le racine, le sacré, le plexus solaire, le cœur, la gorge, le troisième œil et la couronne. Le corps physique protège les chakras, les chakras protègent l'âme. Et spirituellement, je savais qu'une grande partie de mes souffrances était reliée à ce blocage d'énergie causé par cette tragédie. Ce soir-là et lorsque j'ai perdu Amaya d'une pneumonie : mes chakras furent alors déséquilibrés, fissurés, bloqués et cristallisés. Il me fallait les guérir, les balancer et colmater les brèches par lesquelles mon énergie primaire fuitait.

Et c'est au même moment où j'en ai fait le constat que j'ai rencontré Messiah à la maison de guérison de Tante Yuka... Cette Messiah, qui a été l'élément déclencheur de mon mouvement spirituel mit sur pause depuis trop longtemps...

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Messiah, Maître Reiki et Balancier

Après que Messiah m'eut proposé son aide, nous nous recroisâmes dans le couloir après son dernier client de la journée.

« Quand est-ce que tu aimerais qu'on se voit ? me demanda Messiah.

- Je ne sais pas, je suis assez en mode ermite depuis mon arrivée ici... hum...

- Si tu veux, nous pourrions se voir demain en journée. Tu resterais jusque chez moi en soirée et nous méditerons ensembles. Es-tu capable de méditer ?

- Bien sûr, quelle question ! m'exclamai-je. Je parviens à méditer même les yeux ouverts.

- C'est une bonne chose. Je demandais ça parce qu'une de mes amies ne parvenait pas à méditer ni même à se concentrer. Donc si tu n'avais pas su comment, je t'aurai refilée un coup de main.

- Oh, c'est gentil.

- Bien, je te laisse mes coordonnés. On se voit demain vers treize heures de l'après-midi, ça te convient ?

- Oui.

- Super, alors à demain, Alika-Chan.

- À demain, Messiah-Chan ! »

Elle me salua et referma doucement la porte, s'éloignant avec une grande partie de sa horde. Je ne les voyais plus physiquement, mais je sentais leurs présences. Tante Yuka s'approcha de moi et me demanda comment s'était passé la rencontre avec Messiah. Sans gêne ni peur, je lui dis que ma nouvelle amie allait me donner un coup de main avec mes énergies bloquées et que nous avions prévues de se voir dès le lendemain.

« Oh, c'est une bonne chose. Tu as toujours été dans les énergies Alika-Chan. Tu as dû retenir des facultés médiumniques de ton père, et, avec l'enseignement que ta Grand-Mère t'a légué, ça forgé la puissante médium que tu es maintenant. »

Je dévisageai Tante Yuka avec de grands yeux. Pourquoi avec autant d'étonnement la dévisageai-je ? C'était bien la première fois que je l'entendais me parler ouvertement des énergies et tout.

« Tante Yuka, j'ai une question pour toi...

- Vas-y ? m'invita-t-elle alors que nous allions vers sa cuisine.

- Es-tu une sorte de médium en tant que telle, toi aussi ? »

Le petit sourire en coin qu'elle fit ne laissa planer aucun doute.

« À ton avis, pourquoi je tiens une maison de guérison ? m'interrogea-t-elle avec un sourire, me regardant comme si c'était presqu'une évidence.

- Ne me dis pas que...

- Que fait Messiah comme second métier ?

- Elle fait du Reiki. Tu l'as dit toi-même.

- En effet. Et moi ? Spirituellement, qu'est-ce qui s'allie bien avec le métier que je fais présentement ?

- ... Tu es un magnétiseur, Tante Yuka ?! m'éberluai-je. »

Yuka hocha la tête, fièrement.

« Exactement. Je suis magnétiseur. Mon magnétisme est plus élevé que la moyenne des gens. Je l'utilise pour améliorer la santé et les problèmes physiques, parfois psychiques comme toi, de mes patients.

- Oh...

- Tu pourrais développer ton magnétisme également. Tu as le potentiel pour le faire.

- Oui, sans doute. Mais j'ai toujours préféré le mode de vie de Maman, combattre et tout.

- Ça, qui ne l'avait pas remarqué ? rit-elle. Ce n'est qu'une suggestion. Si ça ne te passionne pas, il ne sert à rien de t'embarquer dans quelque chose qui ne te fera pas plaisir. »

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Méditation

J'allai m'enfermer dans ma chambre et m'assit sur mon lit pour méditer. Quand je n'avais pas de but fixe à atteindre quant à ma méditation, par exemple me calmer, je ne savais jamais à quoi m'attendre. Ferai-je une réminiscence de vie antérieure ? Aurai-je une discussion avec un esprit de passage ? Je ne pouvais pas prédire ce qui arriverait. Je me concentrai sur ma respiration et calmai mon fil de pensées. Le calme avant la tempête, comme lors d'un combat.

Instinctivement, les mots chaînes, contrat, désespoir, double maléfique, gobelin... me vinrent en tête. Je tentai de les tasser de mon esprit pour en recevoir d'autres, mais ceux-ci me revenaient constamment en mémoire. Je m'extirpai de ma légère transe en rouvrant les yeux, puis les refermai afin d'y déceler une nouvelle réponse, de nouveaux mots.

Ma demande fut exaucée, car cette fois, les mots Jiguro, vol, garde du corps, lancier... arrivèrent très rapidement. Je rouvris encore les yeux et soupirai avant de m'étendre dans mon lit. Parfois, il était préférable de ne pas trop creuser la question et de laisser aller les choses. Mon gardien entra dans la pièce en sentant mon esprit tourmenté.

« Que se passe-t-il ? me demanda-t-il.

- ... J'ai médité après avoir rencontré Messiah.

- Qu'as-tu vu ou entendu lors de ta méditation ?

- Je n'ai eu que des mots...

- Lesquels ?

- Chaînes, contrat, désespoir, double maléfique, gobelin, ton nom, lancier, vol et garde du corps. Es-tu concerné, voire même, présent dans la situation actuelle ? »

Il garda le silence.

« Aller, ne fais pas ton taciturne, dis-le-moi, ça m'agace.

- J'en suis concerné, effectivement.

- Gobelin... ces espèces de créatures semblable à des batraciens avec un mélange de têtard et peau de chauve-souris, me revient aussi en tête. Double maléfique...

- Tu vas comprendre plus tard, sans même que j'aie besoin de m'expliquer. »

Je détestais quand Jiguro agissait comme ça. Quand il ne parlait presque pas, mais ça faisait partie de lui. Je soupirai et me préparai pour le lendemain.

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À la rencontre des chakras malades

Ma rencontre en privée avec Messiah se passa très bien, dans la bonne humeur. Elle m'offrit une ou deux séances de Reiki, mais je ne voyais aucune différence entre avant et après. Mon amie aux cheveux rouge avait pourtant décelé de très gros blocages au niveau de mes chakras et ils étaient tous désalignés. Avec les lèvres pincées, Messiah décida de faire une nouvelle approche et se renseigna à mon propos.

« Dis-moi, Alika, quelles sont tes connaissances quant au monde spirituel ?

- Oh, il y en a tellement que je ne peux pas répondre à une question aussi vague.

- Je vais donc les rendre plus clairs et plus précises. À quel degré peux-tu voir les esprits ? En vois-tu quelques-uns, la moitié ou tous ?

- Je les vois tous sans exception. Les gardiens, les âmes perdues... enfin... je les voyais tous avant de bloquer mon don volontairement à la suite du décès de ma petite-amie défunte, Amaya, morte d'une pneumonie...

- Et maintenant, qu'en est-il d'eux ? Les vois-tu encore ?

- Je ne vois que des ombres sombres et lumineuses, ainsi que des silhouettes et c'est périodique. Mon don a été totalement scellé il y a de ça quelques mois... mais Grand-Mère a toujours dit que j'étais une médium trop puissante pour ce monde. En fait, je n'aurai même pas dû naître en tant qu'être vivant...

- Juste depuis quelques mois, alors, répéta-t-elle pensivement. Vois-tu, ou voyais-tu, autres choses ?

- Je voyais aussi les ailes, les auras, les chakras et ressentais les énergies que les pierres fines émanaient. Je pouvais recevoir des informations personnelles sur des personnes que je venais à peine de rencontrer – ou qu'ils étaient juste de passage sans même leur parler. Je peux prédire des tirages et des événements, ainsi que savoir le sexe des enfants à naître. Je vois aussi... l'ombre de la mort sur le visage des gens. Et ça, c'est une capacité héritée par mon père. Elle ne fait pas partie de mes préférées et j'ai réussi à la bloquer. »

Messiah avait tout écrit sur papier.

« Alors si tu es au courant de tes chakras, es-tu au courant quels chakras sont déséquilibrés ?

- ... Tous, avouai-je. Mais je ne sais pas vraiment comment les guérir et les soigner. Je ne sais pas par où commencer. Mais je sais qu'une grande partie de mes souffrances est reliée à ce blocage d'énergie causé par cette tragédie, le soir où j'ai perdu Amaya : mes chakras se sont déséquilibrés, fissurés, bloqués et cristallisés.

- C'est pour ça que je suis là et t'ai proposée mon aide. Il faut les guérir, les balancer et colmater les brèches par lesquelles ton énergie primaire fuite. Tu te sens probablement plus fatiguée qu'avant, même si tu dors toutes les heures de sommeil que tu as besoin.

- Oui, effectivement. Ça va paraître étrange... mais au moment où j'en ai fait le constat, je t'ai rencontré à la maison de guérison de Tante Yuka...

- Rien n'arrive pour rien. »

Elle sourit.

« Commençons par le principal, le racine – l'instinct de survie – qui se trouve entre tes jambes. Ton racine est bloquée. Ton sacré – la vitalité, la capacité de mouvement, l'équilibre et la sexualité – est fissuré et s'est cristallisé en même temps... et, je ne sais pas pourquoi, mais je sens un résidu d'énergie. Dans ma vision, c'était gris très pâle. »

Je me raidis. J'avais érigé une barrière avec ce que j'avais vécu et avais peur de me faire juger. Je détournai légèrement les yeux. Messiah ne poussa pas plus, mais me sentant mal de ne pas lui dire cette importante information, je finis par céder.

« ... J'ai avorté d'urgence après m'être faite violée par viol collectif..., dis-je lâchement. Ce n'était pas le bon moment... et cette âme ne méritait pas que je déplace ma haine sur elle, elle n'avait jamais demandée non plus à se réincarner. On l'a forcée et emprisonnée dans mon ventre... je n'étais pas en mesure de mener à bien une grossesse avec mon état psychologique et élever un enfant dont je ne pouvais même pas savoir qui était le père... je n'ai pas eu le choix, Messiah, je n'ai pas eu le choix... »

Le voile se déchira et je me mis à pleurer. Messiah se leva et posa doucement sa main sur mon dos.

« Hey Alika-Chan. Je ne suis pas là pour te juger et je comprends parfaitement. Tu n'es pas responsable de quoique ce soit.

- Mais mon frère qui est aussi médium dit le contraire..., pleurai-je. Il m'a tellement jeté d'affreuses choses.

- Quel âge a-t-il ? Est-il plus vieux que toi ?

- Non. Il n'avait que dix ou onze ans à l'époque. C'est très étonnant qu'un gamin puisse dire de telles choses. Alors la seule réponse que j'ai pu trouver et ai pu confirmer a été qu'il a utilisé les arguments des esprits pour me rabaisser et m'humilier, me traitant de meurtrière et d'irréfléchie. Qu'à cause des femmes qui avortent comme moi, les orphelinats spirituels débordent d'âmes... il n'a pas réussi à comprendre que je n'avais pas le choix... encore aujourd'hui, je lui en veux, même s'il s'est excusé. Même les esprits savent et comprennent mon choix rendu-là !

- Les esprits ne sont pas des êtres dénudés d'émotions. Nous sommes bien placées pour le savoir. »

Lentement, je me calmai. Messiah lui dit qu'en travaillant avec ses techniques et sur les chakras, l'énergie résiduelle de cette petite âme allait disparaître au fil des séances pour laisser la place purifiée pour de – peut-être – futures âmes à venir. L'âme n'était plus là en tant que telle, mais la trace de son énergie résiduelle restait encore là.

« Continuons. Ton plexus solaire – les énergies émotionnelles, les désirs, le pouvoir personnel, l'instinct de propriété – est palpable avec le niveau de rancœur et de colère que tu possèdes en toi. Il est immobile et dur comme du Crystal.

- Je m'en doutais...

- Ton chakra du cœur est fissurée – l'amour, la compassion, l'altruisme. Lorsqu'il est malade, c'est la dépression, la tristesse et le dégoût de soi. Sa couleur est représentée comme étant verte, mais dans ton cas, quand je le visualise, il ressort de couleur rosée... est-ce que je me trompe ? »

Malgré mes yeux rougit, je fis un petit sourire.

« Non. Le rose est ma couleur préférée, peu importe les tons. C'est une harmonisation entre la couleur rouge du racine, et la couleur blanche du chakra couronne. Ensembles, ça donne le cœur, le rose.

- Quelle belle vision des choses. Ton chakra de la gorge est bloquée – communication, expression et jugement.

- Je n'avais peur de rien, je fonçais et je disais tout spontanément. Maintenant c'est... il y a un blocage, effectivement. J'ai des crises de panique.

- Ton troisième œil – intuition, imagination, intellect, intelligence et clairvoyance... il me donne du fil à retordre. C'est comme si on avait posé quelque chose par-dessus.

- Un sceau, par hasard ? l'aidai-je.

- Oui. Et ça, je ne peux même pas le retirer.

- C'est le sceau que ma grand-mère a apposé... mon frère et moi n'arrêtions pas d'utiliser le monde spirituel pour se foncer dessus et s'attaquer. Nous avons perdu contact avec la réalité, nous étions déconnectés. À un tel point que c'en est devenu dangereux... alors voilà pourquoi.

- Je vois. Et enfin, ton couronne. Il est fermé. La mort de ta petite-amie l'a beaucoup affecté, de même pour ton cœur. Est-ce que ça t'aide à les identifier ?

- Oh oui. En plus des psychothérapies avec Tante Yuka, ça va me permettre de soigner aussi les blessures spirituelles. »

Grâce à l'aide de Messiah, j'étais en mesure d'identifier les faiblesses de mes chakras et reçus la bonne façon de procéder pour les soigner. Mon amie me proposa de commencer par le racine, afin d'avoir une bonne base solide.

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Harmonisation

Doucement, mais à une vitesse toutefois phénoménale, mes chakras se réalignèrent et s'harmonisèrent avec mes émotions ; les fissures se colmatèrent, et les chakras qui étaient cristallisés se liquéfièrent doucement. Bientôt, tous mes centres énergétiques recommençaient à tournoyer en harmonie et luirent de leurs belles couleurs de l'arc-en-ciel.

Messiah vit également une amélioration à propos de mon aura au fils de mes progrès et des efforts : dans nos débuts, il semble que j'avais principalement une aura noire-grise et au fil du temps qu'elle travaillait de concert avec moi au niveau des énergies, ainsi que Tante Yuka avec ses psychothérapies, mon aura blanchissait à vue d'œil. Bientôt, des couleurs firent leurs apparitions dans mon aura. Les gens étaient plus portés à aller vers moi. Je semblais moins intimidante.

« Dis Messiah... as-tu une bague spirituelle autour de ton annulaire gauche ? »

Messiah eut les joues qui se teintèrent de rose. Je pouvais sentir qu'elle était amoureuse et possédait cet aura destinée aux âmes sœurs : blanche, avec un soupçon de vague d'énergie rose.

« Personne... n'est sensé la voir.

- Je sais. Sauf les médiums, la rassurai-je avec un sourire. Maman ne l'a jamais vue alors que je l'ai toujours repérée sur ton doigt.

- Mon mari spirituel... est ma première âme sœur et c'est un faucheur. Son nom est Niran.

- Un fils de La Mort également, donc, compris-je. Est-il parent avec une certaine Nahoko, par hasard ?

- Oh ? Oui. Nahoko est sa petite sœur. C'est la gardienne de Yuka.

- Hé bien, je peux te dire que Niran et moi se sommes déjà rencontrés avant.

- C'est vrai ?

- Oui ! Il me semblait aussi qu'il me disait de quoi... par le fait même, vous êtes trop mignons ensembles.

- Merci... »

Messiah détourna le regard et sourit timidement.

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Mes Ailes

Un matin, je me regardai dans la lame de ma lance alors que je paressais au lit. Le reflet d'une plume attira mon attention. Je regardai au-dessus de mon épaule et remarquai que je pouvais de nouveau voir mes ailes. Mon cœur se gonfla d'une joie immense. Six grosses paires, blanches translucides avec des brillants à l'intérieur, étendues tout le long de ma colonne vertébrale. La guérison prenait du temps, car elles étaient encore un peu abîmées. Mon agression avait fait en sorte qu'elles étaient déchirées, arrachées et trouées avec des plumes manquantes. Mais les voir de nouveau me remplit d'une joie indescriptible. Cependant, un détail attira mon attention : une seule aile était manquante – l'omoplate droite, de la paire principale. Et j'avouai avoir mal de temps en temps à cet endroit. Je retrouvai Messiah et lui en parlai, désirant avoir des réponses et sachant qu'elle était la mieux placée pour y répondre.

« Hum..., réfléchit-elle. Je ne peux pas dire si elle va repousser ou non, il va falloir attendre les années pour le savoir. Il arrive que les ailes soient arrachées si proche du cœur, qu'elles ne peuvent pas repousser et sortir du corps. C'est mon beau-père spirituel, La Mort elle-même, qui m'a dit ça.

- Du cœur ?

- Comment dire ça... nous avons notre cœur physique, l'organe en tant que tel. Même les esprits. Mais à l'intérieur de cet organe de chair, nous en avons un plus petit. C'est le cœur spirituel. Les ailes y sont rattachées, tout comme notre connexion aux autres univers spirituels.

- Peut-on... arracher le cœur spirituel ? déglutis-je, nerveusement.

- Nous ne pouvons pas l'arracher aux humains, mais aux esprits, oui – si on les assassine et leur ouvre le corps. Le changement de l'âme en particule est impossible à éviter. Et encore là, je n'ai connu qu'un esprit ayant reçu ce genre de traitement.

- Qui ? la pressai-je.

- ... La sœur aînée de mon beau-père. Elle a été tuée par leur père, La Mort à l'époque.

- Pour... quoi ?

- ... Elle devenait trop forte et allait le remplacer. La faute à la soif du pouvoir, il ne voulait pas se faire remplacer. Alors il l'a assassinée. Tout ça pour t'expliquer que ce petit cœur spirituel est quand même assez vital pour l'âme... et les ailes.

- J'avoue avoir mal de temps en temps...

- Je pourrai demander à Niran s'il a un produit spirituel qui peut calmer la douleur. Ton gardien spirituel pourrait l'apposer pour toi... ou Nahoko-San.

- D'accord... merci.

- Mais de rien, très chère. »

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Renaissance Spirituelle

Mes énergies équilibrées et soignées, je revis graduellement le monde spirituel qui avait été bloqué et scellé par Grand-Mère. Cela se fit doucement. Telle ne fut pas ma surprise quand je revis clairement Jiguro, en chair et en os, boire et discuter avec ses anciens collègues et amis lanciers de sa génération, à la table de la cuisine de Tante Yuka !

Les auras des personnes qui m'entouraient furent plus concrètes également. Je ressentais l'énergie traverser mes mains de nouveau quand je touchais des objets ou des éléments de la nature comme les fleurs ou les arbres. Je parvenais à lire de nouveau les vies antérieures dans les habitudes et manies des personnes à qui je parlais. Ces « redécouvertes » de facultés innées en moi me firent un bien immense et j'avais la douce impression de m'être enfin retrouvée. J'étais comme une enfant : émerveillée de par l'univers qui m'entourait et faisais mes propres découvertes.

Je comprenais maintenant l'action de Grand-Mère, du pourquoi elle avait choisi de sceller ces pouvoirs. Elle voulait que je me redécouvre, que je fasse la paix avec moi-même et m'offre le pardon, l'amour et le bonheur que je refusais obstinément de m'accorder sans m'appuyer constamment sur le spirituel, que je sois plus indépendante à ce niveau. Que je sois heureuse. Nao et moi avions été submergés dans cette dimension spirituelle, perdant contact avec la réalité, oubliant de vivre notre vie ci-présente en tant qu'être incarné. Et c'est uniquement de cette façon que Grand-Mère ait pu nous permettre de se réveiller à nouveau et de retomber les deux pieds sur terre. La reprise fut brusque et sec, mais honnêtement, avec le recul, ce fut une des meilleures choses qui me soit arrivée. Désormais, je savais que le spirituel – bien que ce soit toujours une partie importante de moi – ne prendrait pas toute la place dans mon quotidien et que je pourrai vivre une vie épanouie dans l'instant présent.

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De merveilleuses personnes

Alors que je mangeais en compagnie de Messiah et de Tante Yuka, je ne pus s'empêcher de faire une introspection. Je me remémorais – comme un film – mon comportement durant l'année qui avait précédé et suivi mon arrivée à Kanbal.

« Tante Yuka, Messiah-Chan, je peux vous poser une question ?

- Oui Alika-Chan ? m'invita gentiment Yuka.

- ... Je me regarde dans le passé... j'étais vraiment différente ! Mon comportement, mes pensées, mon énergie. On ne dirait pas que c'était moi... moi-même j'ai l'impression de voir une autre personne... j'ai été affreuse dans mes paroles et dans mes gestes... je ne comprends pas ce qui s'est passé pendant cette phase sombre... je n'étais plus là, je crois... »

Yuka prit une gorgée de lakalle et sourit.

« Alika, ce que tu as vécu, on appelle ça : avoir eu le nez collé au coin du mur. Tu ne voyais plus rien, tu ne pouvais pas voir quoique ce soit. Ta vision a été noircie comme si on t'avait jeté de l'encre dans les yeux. Ça été une très sombre période de ta vie.

- Tout de même...

- Ne sois pas si dur envers toi, ma chérie. Ça fait partie de ton histoire et tu as réussi à te sortir de ce trou noir sans fond. Tu as réussi à triompher les ténèbres. Tu as touché le fond et as bondi de nouveau. La résilience dont tu fais preuve est exemplaire. Et je ne peux qu'être fière de ton cheminement et de la merveilleuse femme que tu es. Pas vrai, Messiah-Chan ? »

Messiah hocha vivement la tête alors qu'elle avait la bouche pleine et que, malgré tout, elle souriait. Je remerciai la vie de m'avoir permis de rencontrer des personnes merveilleuses qui m'avaient aidé à guérir, plutôt que m'enfoncer dans les méandres de la mélancolie et du regret. Plus jamais je ne me laisserais abattre de cette façon-là. Je ne voulais plus jamais revivre une telle tristesse qui me pousserait à commettre l'irréparable. Maintenant, j'étais armée. Et je savais quoi faire dorénavant pour ne plus permettre à qui que ce soit de gâcher ma paix intérieure.

« Un jour à la fois, petit à petit, cita Yuka. »