CHAPITRE 24


« La peur fait faire aux gens des choses horribles. » R.L.


Hermione avait rejoint Harry devant l'infirmerie. Elle l'avait pressé de s'expliquer et s'était fermée complètement en découvrant que Ron avait failli mourir. Madame Pomfresh les fit patienter jusque huit heures du soir. Harry répétait son histoire encore et encore, la tête entre les mains. Ginny avait passé son bras autour de lui et posé sa tête sur son épaule.

Hermione ne prononça aucun son durant ces heures d'attente. Sa gorge était obstruée par la crainte de ne jamais revoir Ronald vivant. Elle guettait les pas de madame Pomfresh de l'autre côté de la porte. Les dents serrées, elle s'imaginait la scène chez Slughorn, essayant de donner un sens à ce qui venait de se produire.

Bouleversée, elle prit patience en se fermant à ses émotions. Elle respirait calmement, presque mécaniquement. Elle vidait son esprit comme elle l'avait appris. Elle ne pouvait pas penser. Elle ne pouvait pas se laisser envahir par le désespoir.

Lorsqu'ils entrèrent enfin, ils se précipitèrent au chevet de Ron. Il était livide et inconscient. Il avait plus l'air d'un cadavre que d'un être vivant.

Inspire. Contrôle tes émotions. Expire.

Hermione s'était installée près de lui et avait pris sa main gauche alors que Ginny pleurait en tenant sa main droite. Finalement, les jumeaux Weasley les avaient rejoints un peu après dix-heures avant que Hagrid ne pointe le bout de son nez.

Ginny avait souligné que l'attaque visait Dumbledore, puisque la bouteille lui était destinée. Mais aucun d'eux n'aurait pu accuser l'aimable Slughorn de cette tentative de meurtre.

Tous rassemblés autour de Ron, ils débattaient pour comprendre ce qu'il s'était passé. L'attaque n'était pas qu'un malencontreux concours de circonstances. Derrière cette bouteille empoisonnée se cachait un coupable qu'ils devaient démasquer.

Et ce coupable connaissait apparemment bien peu leur professeur de Potions. Slughorn aimait garder les meilleures choses pour lui, avait fait remarquer âprement Hermione, en sortant finalement de son interminable mutisme. Son cerveau tournait à plein régime. Ses émotions étaient profondément contenues lui dégageant un espace pour une réflexion intensive. Ses idées se testaient entre elles, se cherchant une logique, comme on tente de faire correspondre des pièces de puzzles d'une couleur similaire. Elle réfléchissait avec acharnement, fixant les taches de rousseur qui parsemaient les mains de Ron.

Hermione ne put s'empêcher de relier ensemble ce qui était arrivé à Katie Bell et à Ronald. Cette certitude fractura quelque chose en elle, mais elle n'aurait su dire quoi. Le sentiment que quelque chose lui échappait étreignit à nouveau sa gorge. Elle se noyait dans une mer glaciale et agitée, perdue dans une obscurité totale et dévorée par une peur qu'elle ne voulait pas démasquer.

Elle n'avait en cet instant qu'une seule certitude : une personne essayait de s'en prendre à Dumbledore, sans s'inquiéter des dégâts collatéraux. C'était monstrueux.

Monsieur et madame Weasley arrivèrent finalement au chevet de leur fils. Hermione leur fit place, non sans les interroger sur leur rencontre avec le directeur. Mais Dumbledore ne semblait pas savoir qui était l'auteur de ces méfaits. Il ne semblait pas non plus avoir relié les incidents entre eux.

Hagrid craignait pour sa part que ces évènements poussent les parents d'élèves vers une peur irrationnelle et que l'école soit menacée de fermeture. C'est alors qu'il mentionna avoir surpris une conversation animée entre Dumbledore et Rogue durant laquelle leur directeur semblait reprocher à Rogue son refus d'agir. Malgré l'insistance de Harry pour obtenir tous les détails de la conversation, le garde-chasse n'était pas sûr de ce qu'il avait entendu.

Hermione fronça les sourcils en voyant Harry relever la tête. Dans ses yeux, un feu s'était allumé. Elle savait qu'il mettrait tout en œuvre pour trouver le responsable. Elle sût immédiatement vers qui ses soupçons se dirigeraient. Un noeud de honte et de terreur lui noua l'estomac. Et si elle était en train de fraterniser avec l'ennemi ?

Hermione tournait et retournait le problème dans sa tête. Harry en faisait sans doute autant car il ne prononça pas un mot alors qu'ils rejoignirent leur salle commune.

Une fois dépassé le tableau de la Grosse Dame, elle monta à son dortoir en évitant le regard appréciateur de Cormac McLaggen. Il attendait Harry. Ce vautour réclamait déjà la place de Ron dans l'équipe de Quidditch.

oOo

La semaine qui suivit le 1er mars, Hermione traversait l'école et les cours comme un fantôme. Elle était présente sans l'être, toutes ses pensées étaient dirigées vers la même personne. Harry et elle passait beaucoup de temps à l'infirmerie pour tenir compagnie à Ron. Ce dernier - Merlin soit loué - s'était réveillé et semblait en pleine forme.

Hermione peinait à saisir l'attitude éplorée de Lavande qui racontait à qui voulait l'entendre que Ron était toujours inconscient, presque à l'article de la mort. Cette dernière lui jetait des regards acides à la moindre occasion.

« Lavande agit bizarrement. » chuchota Hermione à Harry mardi soir.

Harry eut un sourire énigmatique avant de répondre. « Ron fait semblant de dormir quand Lavande lui rend visite. »

Hermione sentit son cœur palpiter rapidement. « Il va rompre avec elle, tu penses ? » demanda-t-elle en s'empourprant.

« Je pense, mais quelque chose me dit qu'il a peur de sa réaction. » ricana Harry en dépliant la carte du Maraudeur et prononçant la formule à voix basse. « Lavande est en colère de ne pas avoir été appelée à l'infirmerie et elle te reproche de revenir vers Ron car il est devenu si intéressant, maintenant.

Hermione s'esclaffa bien que l'envie de trucider Lavande Brown grondait au fond de son ventre. « Que fais-tu, Harry ? »

« Je… » balbutia le jeune sorcier en cherchant des yeux Malefoy. « Ne t'emballe pas, d'accord ? Je pense que c'est Malefoy. »

« Quoi ? » s'exclama Hermione. « Comment ça, Malefoy ? Je ne te suis pas. »

« Je pense qu'il est responsable pour Katie Bell et pour Ron. Il continue à disparaître de la carte, parfois. »

« Harry ! » s'écria Hermione. « Il faut que tu arrêtes avec Malefoy. Tu ne crois pas que Dumbledore laisserait un élève qui essaie de le tuer vagabonder dans les couloirs ! »

Alors que les mots s'échappaient de ses lèvres, un souvenir frappa Hermione de plein fouet. Soudain, elle n'entendit plus les justifications de Harry, ni la logique qu'il avait établie ou la mention de la dispute entre Rogue et Dumbledore.

Hermione se cachait dans une alcôve our échapper à Cormac McLaggen, le soir de la fête de Slughorn. Elle avait surpris Drago Malefoy dans les couloirs et l'avait suivi jusqu'aux espaces privés de Slug. Collant son œil à la porte, elle avait vu par l'ouverture le Serpentard parcourir les bouteilles du professeur sur une étagère. Il ouvrait plusieurs bouteilles d'alcool à l'aide de sa baguette pour en juger l'aspect. Drago avait fini par s'arrêter sur l'une d'elle, emballée, et Hermione avait vu qu'il esquissait un sourire satisfait. Il avait tapoté trois fois sur le goulot en marmonnant quelque chose.

Serait-il en train de voler de l'alcool ? avait-elle pensé alors qu'elle s'apprêtait à intervenir. Elle l'avait détaillé et remarqué qu'il avait l'air tendu, son teint était plus grisâtre qu'à l'accoutumée et, de profil, elle aperçut des cernes épais sous ses yeux. Malade ou non, il semblait manigancer quelque chose, elle devait intervenir.

La baguette pointée droit devant elle, elle était entrée. « Repose ça et dégage, Malefoy. Tu n'as rien à faire là. »

« Hermione ? » s'enquit Harry face à son manque de réaction, la ramenant dans le présent. « Alors tu me crois ? »

« Quoi ? » balbutia-t-elle, encore ancrée dans son souvenir. « Je… Je pense que le garder à l'œil ne fait pas de mal, mais ne te rend pas malade, Harry… » Elle déglutit péniblement et se leva, chancelante. « Je ne me sens pas très bien, je vais me reposer. »

Hermione monta les escaliers et s'effondra sur son lit. Les yeux fixés au plafond et immobile, elle songeait à tout ce qu'elle savait. Malefoy serait-il au château pour tuer Dumbledore ?

Cela lui semblait impossible. Elle savait déjà quelle était sa mission et cela semblait plus réaliste que d'imaginer Voldemort exiger le meurtre du plus puissant des sorciers à un élève de seize ans.

Oui, il avait appris l'Occlumancie, mais elle ne pouvait songer que ce sorcier imbuvable qu'elle avait appris à connaître pourrait préparer la mort de leur directeur sans se soucier des dommages collatéraux.

Voldemort lui-même craignait Dumbledore, il ne pouvait pas espérer que Drago Malefoy réussisse à le tuer, n'est-ce pas ?

oOo

Mercredi, le 4 mars 1997.

Hermione était en avance dans la Salle sur Demande. Elle tapait du pied nerveusement. Un trou béant semblait arraché à sa poitrine. Elle avait peur de ce qui allait suivre. Elle ne craignait pas de confronter Malefoy, elle craignait de découvrir que Harry avait raison.

Elle entendit enfin la porte s'ouvrir et soupira.

Inspire. Contrôle tes émotions. Expire.

oOo

Malefoy entra en affichant un air lugubre qui ne fit que s'accentuer face au spectacle prévisible qui l'attendait.

La sorcière patientait, rigide, installée dans l'un des fauteuils autour de la petite table basse. La Salle sur Demande était similaire à celle dans laquelle ils se rencontraient habituellement, mais elle paraissait plus sombre, presque sinistre. Le gris ne se mêlait plus au beige, un bordeaux profond l'avait remplacé.

Avec le sentiment d'entrer dans la fosse aux lions, il déglutit péniblement et devina ce qui l'attendait. Bien sûr, la brillante Sang-de-Bourbe avait assemblé les pièces du puzzle. Elle s'était souvenue de leur rencontre chez Slughorn. Il ferma les yeux une seconde, gonfla sa poitrine pour se donner du courage et s'avança.

Il s'installa face à elle et plongea dans ses yeux plein de reproches.

« Est-ce que tu dois tuer Dumbledore ? » lui demanda-t-elle à brûle pour point. « Tu as mis Katie Belle sous l'imperium et tu as empoisonné Ron, mais ta cible était Dumbledore. »

Drago ne s'attendait certainement pas à cela. Il haussa les sourcils, l'étonnement affectant la colère qu'il aurait voulu afficher.

« Si tu es venue ici pour m'accuser de tout et n'importe quoi, tu peux t'en aller. » répondit-il froidement.

« Je t'ai vu chez Slughorn avant Noël. » répliqua Hermione.

« Parce que j'ai été dans le bureau de Slughorn, je suis soudain responsable des attaques contre les élèves de Poudlard ? » s'enquit-il en levant un sourcil. « Je suis étonné que tu ne m'accuses pas aussi de toutes les disparitions hors de ce château. » cracha-t-il. Il eut un hoquet de dégoût, retroussa son nez et détourna les yeux. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle ait raison ?

« Je t'ai vu chez Slughorn, une bouteille entre les mains. » répéta Hermione, inébranlable. Stratège, elle égrainait les faits dans un ordre précis afin de le confondre dans ses mensonges.

« Et c'était cette bouteille qui a empoisonné Weasmoche, peut-être ? »

« Je n'en sais rien mais je me souviens qu'elle était emballée dans du papier cadeau. Or, Slughorn a déballé une bouteille avant de servir Harry et Ron. » continua Hermione en articulant avec emphase, comme elle en avait l'habitude pour donner plus de poids à son discours. Tous les faits correspondaient. Si Harry avait su la moitié de ce qu'elle savait, il aurait déjà pourchassé Malefoy à travers l'école.

« Dans ce cas, je dois te remercier. » Lâcha Drago, amer, en détournant la tête de manière hautaine. « J'ai été chez Slughorn pour lui subtiliser une chrysalide de sphinx tête-de-mort. C'était le dernier ingrédient dont je manquais pour la potion d'Animagus. Je comptais m'emparer de cette bouteille pour la boire, il semble que tu m'aies sauvé la vie en m'interrompant. »

Hermione serra les dents, ignorant s'il disait la vérité ou non. Elle leva sa baguette. « Peut-être pourrais-je vérifier ce que tu dis ? »

Drago ricana en la fixant à nouveau. Les paumes levées dans une invitation à lire en lui. « Tu sais très bien que je suis un Occlumens. Je pourrais te repousser, si je le souhaitais. Soit, tu me fais confiance soit, tu continues à m'insulter. »

Hermione ne répondit pas, mais décida de tenter sa chance. « Legilimens. » Son esprit effleura le sien, mais elle ne parvint pas à le pénétrer. Elle le fusilla du regard.

« Voilà ce qu'il se passe lorsqu'on s'attaque à plus fort que soit. » se moqua Malefoy, débordant de satisfaction. « Tu sais désormais ce que l'on ressent face à un esprit fermé. La leçon est finie. Recommence. » dit-il en soupirant théâtralement.

« Legilimens ! »

L'esprit de Hermione s'écoula lentement en Malefoy. Le souvenir l'attendait, elle y pénétra comme on plonge tête la première dans une pensine.

Elle ressentit une détermination incroyable l'envahir alors qu'il pénétrait dans les appartements de Slughorn en jetant un coup d'œil dans le couloir. Il fouilla la pièce des yeux et s'arrêta devant un meuble étrange aux nombreux tiroirs. Il les ouvrit l'un après l'autre jusqu'à se saisir d'une chrysalide brune et brillante. Elle sentit sa satisfaction intense alors qu'il la glissait dans sa poche, tremblant d'excitation. Il se tourna et se dirigea vers les bouteilles alignées sur l'étagère, avec avidité.

Elle vivait la scène comme si elle était Malefoy et sentit l'amertume de l'alcool fort en même temps qu'il débouchait les bouteilles. Enfin, comme dans son souvenir, il s'arrêta devant une bouteille emballée et tapa trois fois sa baguette dessus. Soudain, une voix l'interrompit.

« Repose ça et dégage, Malefoy. Tu n'as rien à faire là. » Sa voix. Elle vit son visage décidé et sa baguette pointée vers Malefoy avant d'être éjectée de l'esprit du Serpentard.

Reprendre conscience dans son corps lui fit l'effet d'une chute à l'intérieur d'elle-même. Elle reprit rapidement contenance.

Hermione jaugea le futur Mangemort du regard. « Qu'as-tu utilisé comme sortilège sur la bouteille ? »

« Spiritum revelio. » dit Drago en levant les yeux au ciel, faussement lassé. « Je voulais m'assurer de ce que j'allais voler. C'était une bouteille emballée, je ne savais pas ce qu'elle contenait, mais les cadeaux sont souvent meilleurs que ce qu'on achète pour soi-même. C'était de l'hydromel, si tu veux tout savoir. »

Alors qu'elle pesait ses arguments, les croisant avec ses observations et jugeant la probabilité, la véracité, de ses explications… sa dernière phrase fit s'effondrer la pyramide bien nette qu'étaient ses suspicions.

Bouche-bée, Hermione le regarda. « C'était de l'hydromel ? »

« Il me semble que c'est justement ce que je viens de dire. »

« Slughorn comptait offrir cette bouteille à Dumbledore. De l'hydromel, vieilli en fût, d'après lui. Tu… tu aurais pu mourir, Malefoy ! » s'exclama-t-elle. Une part d'elle-même était désormais certaine qu'il était honnête avec elle. Il n'aurait pu altérer un souvenir dont elle avait été témoin, elle s'en serait sans doute rendue compte.

Après ce qu'elle avait lu en lui, elle ne pouvait imaginer qu'il aurait pu prendre de tels risques. Malefoy était certes un sorcier détestable, toutefois il n'était pas un meurtrier. Sans compter qu'il était suffisamment brillant pour se rendre compte des risques collatéraux que comportaient ces vaines tentatives.

L'image fugace d'un Grand Corbeau noir tournoyant au-dessus de la forêt s'invita dans son esprit. C'est ainsi qu'elle voyait Malefoy - un noble oiseau solitaire, perdu au milieu du ciel d'orage qui l'avait vu naître.

Sa voix sarcastique la tira de ses réflexions. « Dans ce cas, je suppose qu'on est quitte pour ta chute en balai, Sang-de-Bourbe. Merci de m'avoir empêché de voler cette bouteille. » ricana-t-il. Il leva sa baguette. « Contrôle tes émotions, Granger. Cette insulte ébranle toutes tes misérables protections. Quand tu seras prête, dis-moi si nous pouvons enfin commencer ton entrainement. »

Les yeux écarquillés et les joues rouges, Hermione sentit tout son corps se relâcher. Elle se sentait à la fois faible et désœuvrée - elle n'était pas prête de trouver le responsable de cet empoisonnement.

Néanmoins, elle se sentait terriblement étrangère de mentir à ses amis. Accuser Malefoy à tort à la moindre occasion lui faisait ressentir la même chose. « Je suis désolée de t'avoir accusé. » bredouilla-t-elle en baissant les yeux. Ce n'était pas la première fois qu'elle prêtait des comportements abominables à Malefoy, sans qu'il l'ait mérité. « Tu n'es pas un monstre, je le sais bien… C'est juste que… »

« Le passé ne joue pas en ma faveur. L'avenir non plus, en soit. » la coupa-t-il. Il était incapable de l'écouter plus longtemps s'excuser ou prétendre qu'il n'était pas un monstre. Il ne pouvait lui en vouloir d'avoir raison à son sujet. La vérité était encore plus noire qu'elle imaginait. Elle paraissait franchement repentante et cela l'agaça autant que cela l'amusa. « Alors, si tu compartimentais ? Tu es un livre ouvert. Je n'ai pas envie de tomber sur les pensées lubriques que tu alimentes envers Weasley. » la nargua-t-il.

Le visage entier de Hermione était rouge quand elle le réprimanda. « Malefoy ! » Il lui adressa un rictus malicieux et haussa les épaules. « Je ne pense pas pouvoir contrôler mes émotions ou compartimenter quoique ce soit aujourd'hui… » avoua-t-elle de mauvaise grâce.

« Je comprends… » commença-t-il d'une voix douce. « Passer du temps avec Weasley alors qu'il est allongé dans son lit… » Les joues de Hermione prirent une teinte cramoisie et alors qu'elle ouvrait la bouche pour répliquer, Drago continua innocemment. « Non… tu as raison, nous pratiquerons l'Occlumancie Samedi, si cela va mieux.

Hermione opina mais ne dit rien, se contentant d'observer ses mains. Le silence dura un court moment, avant que Malefoy ne le rompe en ponctuant ses mots d'une pointe de sarcasme. « Est-ce que le rat de bibliothèque qui se cache en toi sait ce qu'est une fusion magique ? »

« Fusion magique ? Comme une union lors d'un mariage … ? » balbutia la jeune fille, ébranlée par son soudain changement de sujet.

« Non, Sang-de-Bourbe, pas comme un mariage. » reprit Malefoy en laissant un rictus carnassier tordre ses lèvres. Elle le fusilla du regard mais il continua. « Une union magique pour partager, améliorer, voire décupler la magie entre deux individus. »

« Je n'ai jamais entendu parler de cela. » répliqua Hermione, sur la défensive désormais. Le Serpentard face à elle avait soudain l'air enjoué, amusé, impatient. Cela ne lui inspirait rien qui vaille.

Il frappa dans ses mains soudainement, la faisant sursauter et s'avança sur son siège. « On essaie ! Donne-moi tes mains ! »

« Absolument pas ! Je ne pratiquerais pas la magie noire. » dit-elle en s'enfonçant dans son siège.

« Qui a dit qu'il s'agissait de Magie Noire ? » ricana-t-il en tendant ses mains, paume vers le haut, dans une invitation à les saisir.

La sorcière détourna la tête et répondit à travers ses dents serrées. « Je commence à te connaître, Malefoy. Je ne serais pas ton cobaye. »

« Tu te trompes et tu m'accuses à nouveau sans raison valable. » Hermione grimaça alors que le reproche l'atteignit de plein fouet. En effet, elle songeait immédiatement au pire le concernant. À nouveau, elle l'accusait d'office.

« J'ai lu cela dans un vieux livre poussiéreux, je te l'accorde, mais ce n'est absolument pas néfaste comme tu pourrais le décrire. » mentit-il, sans aucun scrupule. Il souhaitait tant la convaincre et lui offrit un visage dénué de moquerie, alors que ses traits se détendaient en une grimace engageante. C'était un besoin qu'il refoulait, mais qu'il souhaitait assouvir depuis de longues semaines. Le lien qu'il avait formé avec Bellatrix durant sa formation pesait sur lui. Il le réprimait au mieux, le repoussait lorsqu'il contrôlait ses émotions mais il sentait son aura autour de lui, comme si elle avait constamment ses deux mains crochetées à ses épaules. Pour briser ce lien, il aurait dû le faire en accord avec Bellatrix. Or, sa charmante tante ne lui laisserait pas ce loisir, elle souhaitait l'arracher à son confort et le plonger dans la noirceur avec elle. Créer un lien avec la jeune fille ne pourrait que remplacer ce qui existait déjà, chassant la magie de Bellatrix au profit d'une autre, mieux intentionnée. Il avait tout à gagner dans cette tentative. « Aller, essayons, cela durera à peine plus longtemps qu'une poignée de main… cela s'évanouit ensuite. »

Hermione le jaugea du regard. Il n'avait pas l'air de lui mentir, mais que savait-elle vraiment des intentions cachées derrière ce regard déterminé ?

« Nous n'avons même pas besoin de baguette. »

Hermione sourcilla et la curiosité prit lentement le dessus sur sa réticence. « Et tu n'as pas peur d'être souillé par mon infâme magie de Moldus ? »

Il s'esclaffa. « Bientôt, tu ne seras même plus vexée par l'insulte. » Hermione cru presque qu'il allait l'applaudir, tellement le ton employé était infantilisant. « Rassure-toi, je ne crains rien : je ne compte pas mélanger mon noble sang avec la mélasse qui coule dans tes veines. »

Hermione le fusilla du regard et tendit ses mains en soupirant. Il les regarda d'une œillade septique et, jugeant qu'ils étaient trop éloignés, Malefoy l'obligea à se lever et s'installer sur le grand divan près de l'âtre.

Une fois installé l'un près de l'autre, il lui tendit les mains à nouveau. « Tu as l'air d'un gamin le jour de Noël. » plaisanta Hermione en saisissant les grandes mains froides qu'il lui offrait dans une poignée timide. Après toutes les accusations dont elle l'avait affublée, elle estima qu'elle pouvait faire cette concession. Que risquait-elle ?

Il fit glisser ses doigts sur ses poignets et leva ses yeux vers elle. Leurs regards s'accrochèrent. Délicatement, il entrelaça leurs doigts, sans la quitter des yeux. Le feu crépitait doucement dans la cheminée et projetait à nouveau des éclats de bronze dans ses yeux bruns.

« Il faut prononcer la formule ensemble, en accentuant l'avant-dernière syllabe. Répète après moi : Promiscuum. » murmura-t-il.

Hermione déglutit péniblement et essaya d'ignorer leur étrange étreinte. « Promiscuum. »

« Tu dois accentuer l'avant-dernière syllabe » répéta-t-il avec une pointe d'agacement professoral, qui rappela à Hermione sa tentative d'apprendre à Ron le sortilège de lévitation en première année. Elle sourit malgré elle à ce souvenir et réitéra l'incantation. « Parfait ! Continue à me regarder. Respire avec moi. Ensemble. »

Ils se regardèrent quelques secondes et ni l'un ni l'autre ne cligna des yeux. Ils respiraient à l'unisson et le même sourire d'anticipation étira leurs lèvres quand ils prononcèrent la formule d'une même voix.

« Promiscuum. »