"Hé, chuchota Harry à l'attention d'Hermione Granbatchev lorsque le préfet républicain Percy les eut menés vers leur sofkhoze attitré (aussi appelé Salle Commune). Pourquoi tout le monde m'a regardé bizarrement, tout à l'heure, quand j'ai été réparti ?"
Hermione se tourna vers lui, surprise par sa question.

"C'est pourtant évident, non ? fit-elle en guise de réponse.

- Non, justement, pas pour moi", rétorqua Harry.

Hermione, étonnée, se gratta la tête. Ron, qui avait assisté à leur conversation, décida d'intervenir et expliqua :

"Au moment où tu as déposé ton bulletin de vote dans l'urne, ta cicatrice sur le front s'est mise à luire en rouge ! Tu as fait de la magie rouge !

- Hein ?! Mais j'ai rien vu ! se défendit Potterevitch.

- C'est pourtant le cas, confirma Hermione. On s'était demandé pourquoi ça t'avait pris autant de temps de choisir ton bulletin... on croyait que ce serait immédiat pour toi, tu es un communiste convaincu !

- Ben oui...mais comment je devais savoir quel bulletin je devais mettre ?" se lamenta Harry.

Ses deux amis éclatèrent de rire.

"Tu es sérieux ? fit Ron. Même moi je m'en suis rendu compte : les bulletins étaient de la couleur des Quatre Maisons : si tu voulais aller à Communor, suffisait de mettre un bulletin rouge dans l'urne !"

Harry ouvrit en grand la bouche, tombant des nues : comment avait-il pu être aussi stupide ?! Maintenant que Ron le disait, c'était pourtant évident !

"Ou alors, autre solution, si tu connaissais le nom des hommes politiques comme moi, il suffisait de mette celui qui venait d'un parti d'extrême gauche, renchérit Hermione avec un petit sourire satisfait.

- Quoi, tu les connaissais ?! s'étonna Ron.

- Bien sûr. J'ai fait Sciences Po avant de venir au CCCP."

Leur conversation fut bientôt interrompue par le raclement de gorge du préfet Percy Weasley, qui tenait à les informer de l'organisation de leur sofkhoze : tout le matériel de cours était mis en commun, les dortoirs des garçons se situait à gauche et celui des filles à l'extrême gauche (personne ne voulait dormir à droite), la machine à café était en panne depuis deux cent ans et pour faire du feu, il fallait aller voler du bois aux Aristaigles dont la Salle Commune se situait à l'autre bout du couloir (eux étaient riches et avaient les moyens d'entretenir les flammes dans leur cheminée jour et nuit). C'est ainsi qu'Harry fut introduit dans ce qui deviendrait bientôt sa nouvelle maison.

La nuit se passa sans aucun incident : le camarade Potterevitch dormait en compagnie de Ron, de Neville, de Seamus et de Dean, tous de braves prolétaires, dans un dortoir exigu doté de couchettes de fer superposées et presque dépourvu de meubles. Mais cela était déjà bien plus luxueux que ce à quoi les cinq garçons, tous issus de la classe pauvre, étaient habitués.

Le lendemain, Harry prit connaissance de son emploi du temps, et fut franchement surpris de voir aussi peu d'heures accordées aux corvées que lui imposaient généralement les Dursley. N'ayant jamais été à l'école auparavant, il ignorait tout du fonctionnement d'un établissement scolaire, et avait imaginé qu'il allait devoir servir ses professeurs comme s'ils étaient ses maîtres. Découvrant que la réalité était toute autre, il s'en montra ravi, et dans un élan de joie, s'écria même "Vive le Vojd !" à travers toute la Grande Salle, ce qui suscita des applaudissements enthousiastes pendant vingt minutes.

Le premier cours des premières années était en compagnie du professeur McDonagal - celle-là même qui déplorait tant la sonorité de son nom de famille, ressemblant beaucoup trop à celle d'une grande firme capitaliste.

"La magie est l'opium du peuple !" déclara le professeur sitôt que les élèves se furent installés à leurs places.

"Euh...madame, mais nous sommes dans une école de magie, non ?... s'étonna Jean-Dracouille De la Mauvayse Foy, assis au premier rang comme tout bon fayot capitaliste.

"SILENCE ! s'écria hystériquement McDonagal. Moins 100000 points pour Capitard ! Sales bâtards de capitalistes !"

Face à cette réaction quelque peu véhémente, les élèves préférèrent se taire et faire le mort. Harry, cependant, ne sut résister longtemps à la curiosité :

"Euh...madame, demanda-t-il le plus humblement qu'il le put, mais nous sommes dans une école de magie, non ?...

- Oh ! Tiens donc, notre cher et bien-aimé camarade Potterevitch ! Plus 100000000 points pour Communor, et applaudissez-le pendant quinze minutes pour sa question pertinente !"

La classe s'exécuta. Quinze minutes plus tard, McDonagal répondit d'une voix mielleuse et bienveillante à Harry :

"Evidemment, je ne parlais pas de tous les types de magie en disant qu'elle est l'opium du peuple, seulement des magies verte, bleue, noire, grise, blanche, violette et jaune. En fait, seule la magie rouge échappe à cette règle : toutes les autres ne sont qu'invention de l'impérialisme américain, destinées à nous faire perdre notre souveraineté !

- Ah, ok.

- Et mon but est de vous débarrasser de toute cette mauvaise influence occidentale pour faire de vous des citoyennes et des citoyens pleinement épanouis et communistes ! A présent, commençons par une petite séance de méditation pour nous débarrasser de toutes ces ondes multicolores nocives."

Le cours se poursuivit et ressembla de plus en plus à une séance d'initiation au yoga. A la fin des deux heures, McDonagal promit aux élèves que la séance suivante sera consacrée à la concoction de thé épuratif anti-capitaliste (et qui faisait mincir, en plus !). Très satisfait de ce premier contact avec le milieu scolaire, ce fut avec un sourire non dissimulé qu'Harry, entouré de Ron et d'Hermione, se dirigea vers la salle où devait avoir lieu le cours suivant, donné par le professeur Rogschild.

Sitôt entré dans la salle, cependant, notre jeune prolétaire comprit immédiatement que ce cours n'allait pas lui plaire du tout.

Les murs étaient décorés de teintures vertes et argentées finement ornementées d'or et de motifs dégoulinant de richesse. Les tables et les encriers étaient sertis de diamants - des faux bien entendu, mais suffisamment réalistes pour donner la nausée à tout Communor, habitué à un mode de vie spartiate. Le tableau était en platine, le bureau du professeur en ébène sculpté, les flacons et tubes à essais en cristal. Quant à l'occupant de la pièce... Serichus Rogschild ressemblait à un nouveau-riche, un héritier ou un jeune banquier venant de faire fortune : autour de son cou pendait une lourde chaine en or terminée par le symbole du dollar ; ses avant-bras cliquetaient sous le poids des bracelets, en or massif également ; une casquette Gucci mise à l'envers couvrait ses cheveux noirs insolemment longs et des lunettes de soleil serties d'émeraudes masquaient ses yeux ; enfin, un joint allumé dépassait de la commissure de ses lèvres pâles, juste en-dessous d'un piercing argenté très laid. Seuls ses simples vêtements noirs semblaient assez sobres.

"'lors, les loosers, démarra d'emblée Rogschild avant même que tous les élèves aient eu le temps de s'asseoir. Jaloux, hein ?"

Et il désigna d'un seul geste son joint, sa casquette Gucci et sa chaîne en or massif, ce qui fit cliqueter ses multiples bracelets et montres aux bras. Certains élèves - pas des Communors - semblèrent réellement impressionnés et hochèrent timidement la tête.

"Tant mieux, reprit le professeur, parce que dans ce cours, j'vais vous apprendre comment devenir aussi riche que moi et gagner plus de trois cent mille euros de salaire brut. Bref, toutes mes p'tites combines."

Il s'interrompit un moment et, relevant un peu ses lunettes de soleil pour mieux voir, balaya la classe du regard.

"Cependant, fit-il en se focalisant sur Harry Potterevitch, je vois que certains ici ne semblent pas emballés par l'idée..."

Harry se fit fureur pour ne pas lui rétorquer de plein fouet : comment cette ordure osait-elle prôner aussi indécemment l'immonde capitalisme ? Et dans une salle de classe, qui plus était ?!

"Hmmm... monsieur...Potterevitch, c'est bien ça ? susurra le professeur. Quel nom ridicule ! Levez-vous un moment."

Il s'approcha d'un pas gracieux de la table de Harry, au fond de la salle. Tout le monde se taisait : les mouches n'osaient même plus voler.

"Puisque ce cours ne semble visiblement pas vous intéresser, monsieur Potterevitch, nous allons voir si vous pouvez vous en passer... Bien, commençons par une question facile : comment calcule-t-on l'élasticité croisée d'un bien x sur un bien y ?"

Harry le regarda avec des yeux ronds : comment était-il censé répondre à ça ? Il n'était jamais allé à l'école de sa vie !

"Je... je ne sais pas, monsieur, répondit-il au bout de quelques secondes.

- Hmmm... Alors, vous saurez peut-être me dire quelle est l'importance de calculer des données C.V.S. dans le cadre d'une étude statistique de données brutes sur le marché ?

- Je ne sais pas, monsieur."

Harry venait de remarquer qu'au premier rang, Jean-Dracouille De la Mauvayse Foy levait haut la main depuis quelques minutes : ce sale bourgeois connaissait les réponses et essayait manifestement de fayotter !

" Quel dommage, reprit Rogschild, ignorant la main levée du Capitard. Mais peut-être saurez-vous au moins me donner la différence entre des biens complémentaires et des biens substituables ?

- Je ne sais pas, monsieur, se résigna Harry à lui répondre.

- Bien ! s'exclama Rogschild, un sourire malveillant aux lèvres. Nos élèves de Communor sont pleins de belles idées, mais n'ont aucune notion en tête !"

Il ricana, bientôt imité de quelques Capitards, dont Jean-Dracouille.

"Mon but cette année est non seulement de vous initier à l'art noble qu'est l'économie du marché, mais également à vous conseiller pour que vous puissiez raisonnablement investir en bourse et peut-être même, pour les plus brillants d'entre vous, vous épauler vers des actions lucratives disons... moins légales ?"

Il alla s'asseoir derrière son bureau en ébène et jeta son joint à la poubelle.

"Pour cette fois, je n'enlèverai que 23 points à Communor pour l'incurie évidente dont vient de faire preuve monsieur Potterevitch... cependant, préparez vous à ce que la prochaine fois, je ne me montre pas aussi indulgent ! Bien, à présent commençons le cours avec des notions élémentaires : l'offre et la demande sur le marché."

Le cours se poursuivit et à chaque seconde qui s'écoulait, Harry rêvait de guillotiner le professeur Rogschild sur la Place de l'école.