Hold my hand : chapitre 2

Disclaimer : bonjour bonjour ! Calliope est venue me visiter alors que j'écoutais Megami No Senshi. Et ça m'a donné l'envie d'ajouter deux autres chapitres au premier.
J'espère qu'il vous plaira !


Il régnait dans le salon et la chambre voisine un bordel innommable : bouteilles sur la table, magazines trainant au sol, chaussettes sous la table basse, des crayons enfoncés entre les coussins… Des miettes jonchaient le sol, sous le canapé résidaient un véritable troupeau de moutons. Ca ne semblait pas gêner le moins du monde un certain chevalier enveloppé dans un fouta vert et blanc, tenant un coussin jaune entre ses mains. Au moins à trois heures il avait réussi à pouvoir pioncer sans problème, alors maintenant tant que rien ne viendrait troubler ce repos… En dépit de la lumière du soleil tamisée par de fins rideaux blancs, le chant des cigales, mais il avait l'habitude !
Tranquillité, détente, éventuelle grasse matinée : un moment rêvé, quand des bips stridents se firent entendre une fois mais cessèrent. Avant de reprendre une seconde puis une troisième fois. « Maudits soient ces réveil matin de merde ! » songea Kanon en se retournant et espérant qu'il n'y aurait pas une quatrième fois, ce fut le cas mais la radio se mit en route pour diffuser du rock.
« Foutus réveils à la con, radio réveil de merde, café trop forts ! Tout pour emmerder le monde ! » marmonna Kanon pour lui-même avant de se lever quelque peu remonté, par ce réveil matinal en fanfare. Ce fût à cet instant précis que Milo fit son apparition vêtu d'un simple caleçon, l'air hagard.
-T'as peur d'hiberner ou quoi ?! T'as vraiment besoin de foutre la radio à sept heures du mat' en plus d'un réveil matin ? Que tu ferais mieux de balancer par la fenêtre à cause de ses foutus bips !

-D'abord, ta gueule deux secondes, ensuite je suis chez moi ! Enfin, bonjour. Oh merde, quel con, j'avais complétement oublié de le déprogrammer, marmonna Milo en éteignant le radio reveil. Fais comme chez toi, poursuivit il avant de chercher des mugs.
Bordel… hors de question de reprendre du café ce matin, avec ce qu'on s'est tapés hier soir ça donne presque l'effet d'une cuite, grommela Milo.
Les événements de la veille revinrent en tête à Kanon qui esquissa un sourire. Passer la nuit autre part, et chez un ami de surcroit, était un truc nouveau mais plutôt cool. D'autant plus que ça lui épargnait de se fader son « très cher frère ». Dans le temple des gémeaux, il avait d'abord cru que leur conversation comblerait un peu le gouffre qui s'était creusé entre eux. Quelle utopie, quelle illusion ! Il aurait du le savoir, rien ne se passait jamais comme il l'avait souhaité une mauvaise action en entrainait deux fois sur trois une autre. Ca avait été le cas avec l'usage de l'Athéna Exclamation, une première fois, puis une seconde, obligeant Mû Milo et Aiolia à l'employer eux aussi. Alors vraiment, ils avaient décidé d'en arriver à cette extrémité et de vendre au diable leur âme, de devenir pire que des renégats ?

Quand quinze ans plus tôt Saga lui avait dit qu'il ne pouvait laisser en liberté quelqu'un comme lui ? Alors qu'il n'avait jamais été dupe là-dessus, que si le mal était en lui il était aussi en Saga…
N'était ce pas un peu se foutre de la gueule du monde entier en revenant au service de Hadès, utilisant l'attaque de l'ombre et tuer celle qu'il avait juré de protéger ?
Il ne parvenait pas à oublier le moment où il lui avait remis la dague… Toute cette dureté, cette froideur, qui lui était si peu familière. Cette amertume et ce mépris qu'il éprouvait à nouveau, avec l'impression que le passé se rejouait une seconde fois…
Puis la déesse qui lui avait pardonné, offert une seconde chance était morte sous ses yeux, sous leurs yeux. Se vidant de son sang, dague à la main, leur offrant le soulagement, à ceux qui se prétendaient chevaliers d'or !
Mais l'heure n'était pas aux lamentations, ou au deuil. Ils étaient en guerre et ne pourraient pas se permettre de rester inactifs, ils répondraient à l'offensive d'Hadès en allant dans les Enfers, lui rendraient la monnaie de sa pièce. Une occasion de faire ses preuves, de prouver qu'il avait vraiment laissé le passé derrière lui…

La voix de Milo le tira de ses pensées.
- Ho, me dis pas que t'allais repiquer du nez ? Tu m'as pas entendu quand je t'ai demandé si tu voudrais des œufs en plus du thé et des toasts ?
-Non, j'étais ailleurs. Ouais pourquoi pas, si tu as aussi du yaourt. Les « Spécial K » aux fruits rouges et du yaourt, ça devait être un peu mieux que les éternelles tranches de pain, avec des jus d'orange.
La théière japonaise posée sur la table où infusait le russian earl grey laissait échapper des arômes inhabituels.
Je repensais à tout ce qui s'était passé. Tant de choses, tant de combats, tant de bouleversements… Crois tu qu'il soit si facile de faire comme si de rien n'était? de réussir à se reconstruire si facilement ?

-Bien sur que non… Parfois je me demande encore pourquoi nous sommes en vie. Dans cette guerre aucun chevalier n'aurait du y survivre. Lors de la précédente guerre sainte, ils ont eu plus de cul que ce qu'on pouvait espérer…. Qui ne nous dit pas qu'une fois de plus, nous nous retrouverons en plein cœur des combats ? Que ceux qui nous ont trahis chercheront à nouveau une occasion de le faire ?
En dépit de sa mine fatiguée et de ses yeux bouffis de sommeil, le chevalier du scorpion arborait un air sérieux inhabituel. Il sirota une gorgée de son thé, en avalant ses œufs brouillés l'air songeur. Pourquoi avaient ils pu revenir à la vie ? et était ce une bonne ou une mauvaise chose ? La réponse la plus simple était oui, vu le peu de temps passé à vivre. Alors si ils avaient une seconde chance, c'était une occasion inespérée, et la preuve qu'ils avaient aussi le droit de vivre comme de simples humains en plus des chevaliers sacrés qu'ils étaient.
-Au moins on est en vie, alors qu'on devrait tenir compagnie aux racines et aux lombrics. Le passé est le passé, on ne peut pas le changer, par contre on peut forger le présent. Prendre un tout autre chemin que celui sur lequel on s'était engagé.
Je n'ai plus envie de rester l'ombre que j'ai été pendant toutes ces années, de n'être personne à cause d'un coup du sort. J'ai fait quelques conneries notables, j'en ai pris conscience. Peut être ne réussirais je jamais à les réparer intégralement, en dépit de ce que j'ai fait… Peut être me faudra il une fois de plus y faire face, mais peu importe.
En plus quand on a la chance d'avoir un ami.
L'ambiance était si différente du repas d'hier soir, c'était le printemps et l'automne, le Yin et le yang, un acide et une base, grosso modo des opposés. Pourtant il s'agissait de deux facettes de ce sentiment appelé l'amitié, que les humains sont capables d'éprouver.

La pendule indiquait 8h45, à l'extérieur, il faisait plus chaud et sec.
-Il serait peut être temps de s'entrainer, constata Milo en achevant le fond de thé.
L'idée n'était pas déplaisante, mais elle dérangeait un peu Kanon. Faire le con avec quelqu'un qui avait testé votre volonté, fini par vous faire confiance et devenir un ami était une chose. Devoir prouver qu'on était quelqu'un de différent de la personne d'antan et se faire accepter ou tolérer d'eux en était une autre. Et en dépit de ce qu'il avait fait dans les enfers, ce ne serait sans doute pas assez concret aux yeux d'Aiolia et des autres.
Mais si il avait survécu à la noyade, aux enfers, à la grande prudence du plus dangereux juge d'Hadès, il pouvait aussi faire face à des regards noirs ou suspicieux de la part des autres golds.


Ce matin, il n'y avait personne dans les gradins des arènes, ni apprenti, ni garde. Juste trois chevaliers d'or : Aiolia, Mû et Shaka.
L'air était déjà chaud et sec, le thermomètre devait être aux alentours de 25°, et le ciel était d'un bleu intense uniforme, pas un seul souffle de vent.
L'entrainement allait être fatigant et difficile, mais tous en avaient vu de pires, un peu de chaleur c'était supportable.

Quand Le chevalier du lion avait vu Milo de loin, il eut un sourire, qui s'effaça instantanément quand il vit qui l'accompagnait. Shaka et Mû ne bougèrent pas d'un pouce observant avec méfiance le nouveau venu.

-Bonjour Milo. Je ne m'attendais pas à ce que tu te mettes à avoir de mauvaises fréquentations. Tu ferais mieux de faire plus attention.
-C'est plus toi qui devrait faire attention à ce que tu dis, répondit Milo d'un ton légèrement menaçant. A moins que tu ne sois pas foutu de savoir réfléchir un peu ?
-Je te retourne la question ! Crois tu vraiment que je sois assez stupide pour faire confiance à quelqu'un qui a déclenché une guerre entre Athéna et Poséidon ? Qui a fait d'un dieu sa marionnette en faisant périr on ne sait combien d'innocents ? ajouta il en désignant Kanon d'un geste de la main.

-Sache que je ne compte pas nier ce que j'ai fait, chevalier, intervînt Kanon en s'avançant, le prenant en considération et lui jetant un regard de défi. Peut être n'ai-je aucune excuse, et je ne suis pas parvenu à laver intégralement mes fautes. Mais j'ai quand même fait le choix de faire tout ce que je pouvais pour mettre en échec les troupes d'Hadès tout comme toi. J'ai choisi de donner ma vie, pour emporter dans la tombe Rhadamanthe, mais avant je me suis interdit de tomber car ce n'était pas le moment, nous avions un ennemi commun à affronter.
Alors peut être serai je toute ma vie indigne de porter une armure d'or, mais comme vous tous j'ai prêté serment à Athèna. Et au vu de la dette que j'ai envers elle, je ne me défilerai pas une fois de plus !

-Deux trois petites choses en plus, chevalier du lion, reprit Milo sèchement. La première : tout le monde a fait des erreurs, nous les premiers, et qu'est ce qui nous donne le droit de juger les autres ? Ensuite, j'ai affronté cet homme dans le temple d'Athéna, je l'ai testé, et je peux te l'affirmer : il a choisi d'endurer l'aiguille écarlate jusqu'au bout pour laver sa faute. Qui s'est retrouvé dans les enfers, affrontant des spectres tandis que nous ne pouvions faire un geste, pétrifiés dans l'enfer glacé du Cocyte ?
Et dernièrement : t'as peut être deux trois raisons d'être méfiant, qui ne le serait pas ? mais Si tu comptes balancer ta colère et ta rancœur, te trompes pas de personne, bordel de merde !

Mû et Shaka avaient écouté ces paroles attentivement, se gardant d'intervenir durant cet échange mouvementé. Pour le premier, il savait quel homme avait été le frère jumeau de Saga, mais qu'il avait choisi d'affronter ses erreurs et de ne pas les esquiver avec le suicide. D'autant que Saga avait aussi à répondre de crimes plus importants comme les avoir manipulés de longues années durant, déclenché une guerre civile au sanctuaire. Sans oublier le plus important, il avait tué son maître.

Pour l'homme le plus proche de Dieu, c'était autre chose. Il n'avait jamais vraiment entendu parler de cet homme, ne découvrant qu'à la fin qui il était. Il avait voulu devenir l'égal d'un dieu de par ses machinations… Même en retournant sa veste et en cherchant à se racheter, il aurait sans aucun doute mérité de mourir à jamais. Alors qu'il avait comme eux tous recouvré la vie, se tenant devant eux assumait ce qu'il avait fait. Peut être par ses actes méritait il cette seconde chance, et il avait vu de ses yeux de nombreuses perles de son rosaire changer de couleur. Alors qu'Athéna et lui cherchaient Hadès, d'autres avaient fait tout leur possible pour que cette guerre soit la dernière, l'ultime que tout chevalier ou spectre ait connue.
Il pouvait lui accorder le bénéfice du doute. Il le savait sinon l'homme à la puissance comparable à celle d'un dieu serait prisonnier d'un des six mondes de la métempsychose, ou ne serait pas avec eux.
Mû vînt se placer à côté d'Aiolia lui posant une main sur l'épaule pour l'inviter à se calmer.
-Aiolia, tu devrais écouter ce qu'on te dit. Ne te trompe pas de personne, Kanon n'est pas responsable du meurtre d'Aioros.
-Mû… Même toi, tu prends le parti de… ce cet inconnu ? Qu'est qui te prend s'écria il en virant son bras violemment.
-Je ne suis pas de son côté, affirma toujours aussi calme le tibétain. Toutefois si Milo se mettait à avoir de « mauvaises fréquentations »il aurait probablement choisi la compagnie d'un renégat.
-Ho hé même pas en rêve ! Je suis pas con à ce point !

-En chaque homme sommeille le bien et le mal. En maitrisant le mal, la raison fait de nous des êtres bons. Mais que peut il se passer quand aux yeux de tous une existence ne devient plus rien et insignifiante ? Qu'on se retrouve condamné à être une ombre pour l'éternité, jeté aux orties par un coup du sort ?
As-tu oublié la douleur que procure une solitude forcée ? Ce qu'on éprouve en la ressentant et en n'ayant plus personne à ses côtés ?
J'ai le sentiment qu'en n'ayant jamais rien fait, nous avons malgré nous une part de responsabilité… Mais il nous est toujours possible d'apprendre de ses erreurs, de ne pas répéter le passé.
Et je crois que nous pouvons toujours essayer de faire confiance à Kanon. Il a eu mille et une occasions de redevenir celui qu'il était ou de nous abandonner. Pourtant tu as choisi de rester parmi nous, pourquoi ? j'ai le sentiment qu'il y a beaucoup de choses là-dessous, Kanon.
Ce dernier eût un air surpris, fronça les sourcils avant de chercher ses mots.
-Je sais pas trop franchement…. Mais ferais tu si facilement confiance à un ancien ennemi, chevalier du bélier ?
-Si Milo l'a fait, je peux le faire. N'oublie pas non plus tout ce que tu as accompli pendant cette guerre. Ca te donne autant que nous le droit de porter une armure d'or.

C'était vraiment bien plus que ce qu'il aurait espéré…. Non seulement il avait pris sa défense, mais acceptait de lui faire confiance. Pour un temps ou pour longtemps ? Là était la question.
-Ne me remercie pas, ajouta Mû comme si il devinait ses pensées. Nous avons fait suffisamment d'erreurs comme ça, sans en commettre une de plus. Peut être es tu devenu l'un des nôtres, ça ne signifie pas que par enchantement nous serons plus complices que jamais.
-Je me range aux paroles de Mû, renchérit calmement Shaka. Si tu veux nous convaincre, tu devras nous le prouver à nouveau par tes choix et tes actes.

-Oh mais j'en ai parfaitement conscience, Shaka. D'ailleurs combien de temps va on rester plantés là ? On avait pas parlé de s'entraîner ?

-Bah, on aurait plutôt du amener de quoi boire un coup, à force de bavasser, ou alors de nous entraîner à Noël, plaisanta Milo qui échangea avec Kanon un regard malicieux et complice.

-Quand tu veux ! Kanon, Aiolia lui adressa à nouveau un regard inquisiteur avant de continuer : peut être as-tu fait ce qu'il fallait, que Milo t'a accordé sa confiance et que je suis peut être dans l'erreur en ce qui te concerne. Mais je garderai un œil sur toi, et ne compte pas sur moi pour te faire de cadeau !

-Bah ça tombe bien, c'est exactement mon intention ! Un sourire arrogant aux lèvres, ce dernier se mit en position de garde. Avant de râler un peu à cause de l'échauffement : quoi de plus chiant que les pompes ? En plus vu le caniard, ça promettait, mais bon… Avec ce qui se passait, ça augurait un moment sympa.


Il y avait toujours autant de merdier que le matin dans le temple du Scorpion. Pour l'heure, l'un était affalé sur le canapé, l'autre sur une chaise qu'il avait ramené de la cuisine.
-Bordel, j'avais oublié le charme des entraînement sous le soleil.
-Bah tu risques sans doute de ressembler à un homard cuit.
-Merde ! Diiiis je peux te demander quelque chose ?
-Si c'est pour se retaper une ou deux cafetières, hors de question ! ça m'a largement suffi comme ça hier. Tout ce que je veux, c'est me prendre une douche et faire une sieste, y a rien d'autre à faire en attendant.

-Bon sang, t'es con ! Non je voudrai savoir si ça t'emmerdera si je reste quelque temps ici ?
-C'est plus simple comme ça hein ? Je peux le comprendre, toutefois…. Tôt ou tard, il nous faudra affronter nos situations respectives, même si c'est pas de la tarte. On peut pas fuir indéfiniment, et les clashes, ça fait aussi partie de la vie.

-Merci Milo. Il ne parvenait toujours pas à croire à cette chance incroyable qu'il avait, ni au fait qu'il se chamaillait avec quelqu'un, qui il n'y a pas si longtemps le considérait comme un ennemi.
-Bon, je crois que j'ai une piaule de disponible, c'est pas le grand luxe mais il y a ce qu'il faut.
Tous deux quittèrent le salon pour se retrouver dans une pièce simple aux murs blancs, avec pour seul mobilier une commode à trois tiroirs, un lit une place, une chaise un petit bureau et une table de nuit. Une fenêtre était en face du lit, avec des rideaux bleus, de la même couleur que les volets.
Effectivement, la pièce était simple mais semblait confortable, même agréable, jusqu'à ce la poussière lui chatouille le nez.
-T'es vraiment plus doué pour l'aiguille écarlate et garder le temple du Scorpion, que pour le ménage on dirait.
-Rien ne t'empêche de t'y coller un peu… Il y a ce qu'il faut pour le lit dans le troisième tiroir du bas.
Je vais quand même aller prendre une douche. Dis moi… ne crois tu pas que tu devrais un peu changer de fringues ?
-Oh comme si j'avais ça à portée de main, ironisa il. Mais l'idée était bonne, depuis combien de temps portait il ces vêtements usés par l'eau le sel, les coups, tachés par le sang ? Bien trop longtemps à son goût, un symbole de tout son passé. Alors qu'avec tout ce qui se passait en ce moment, il était peut être temps de changer non ?

-Il y a toujours des fringues en trop à la buanderie. Pas seulement des tenues d'entrainement, y a aussi des trucs de bases qui traînent sans jamais servir. On devrait bien réussir à dénicher quelque chose pour te dépanner. Et comme on fait à peu de choses près la même taille…
Bon à toute !
Assi sur le lit, Kanon repensait aux évènements de cette matinée. En dépit de la fatigue et de l'intensité de l'entraînement, il avait plutôt passé un bon moment. Plus de commentaire désobligeant, pas de remarque, des échanges de coups, entre compagnons d'armes en y mettant tout son cœur. Encore une chose avec laquelle il commençait à peine à se familiariser et qui pendant si longtemps lui avait été inaccessible. Comme sa petite altercation avec Aiolia, son « engueulade » avec Miilo à cause du réveil… Tant de choses qui pour d'autres semblaient normales, alors que pour lui c'était neuf, mais il le savait tout n'était pas entièrement parfait… Il lui restait bon nombre de problèmes à résoudre, plus personnels, et ce serait sans doute bien plus difficile que tous les combats menés contre les spectres ou l'acceptation de la vérité dans le sanctuaire sous marin de Poséidon.

Et tout ça ne faisait qu'une partie du grand changement qui s'opérait petit à petit en lui et autour de lui. Quoi qu''il en soit, il ne laisserait pas la possibilité de changer, hors de question. Plus question de rester englué dans le passé, l'avenir était devant lui.

Il passa distraitement une main dans ses cheveux trop long, emmêlés, secs et fourchus, son regard s'attarda sur le tissu bleu élimé imbibé de sel et de sueur, qui n'avait plus de vêtement que le nom. Loque était plus approprié, tout comme le terme d'épouvantail pour celui qu'on pouvait considérer comme le second chevalier des Gémeaux.
Pour la seconde fois de la journée, Milo interrompit ses réflexions, habillé d'un jean bleu clair et d'une chemise à manches courte rouge. Il déposa sur la chaise un petit paquet, sa fatigue un peu atténuée par la douche et l'évolution de la situation.

L'eau était à la température idéale, quel plaisir de pouvoir prendre une douche d'eau non salée. Le jet et le savon à l'huile d'olive moussant sur sa peau le débarrassaient du sang et du sel incrusté depuis une éternité. Un second passage ne serait pas de trop, comme pour ses cheveux.
Tout en se séchant, Kanon, observa sa nouvelle tenue (pour le moment) ne prêtant aucune attention aux guenilles qui traînaient dans un panier de linge et auraient plus leur place dans une poubelle.

-Miracle, tu ressembles enfin à un être humain.

-Un peu plus, on est d'accord. Vêtu d'un jean beige foncé et d'une chemisette vert anis, des mocassins bateau marron au pied, il se sentait une toute autre personne. Il ne lui restait plus qu'une chose à faire pour compléter le tout.
Pourrais tu me prêter une paire de ciseaux ?

-Sans problème, d'autant que c'est pas du luxe.
Vingt minutes plus tard, Milo contemplait le résultat final : en plus de ses vêtements propres et presque neufs, Kanon avait raccourci ses cheveux qui lui arrivaient à présent à mi dos. Il n'avait plus grand-chose à voir avec celui à qui il avait ordonné de quitter sur le champ le sanctuaire en bien des points.
Il n'avait pas trop envie de le laisser tomber, à cause de tout ce qui s'était passé et comprenait que trop bien que son nouvel ami n'ait pas vraiment envie de parler avec son frère. Avec toutes ses conneries et les horreurs qu'il avait fait, d'autant qu'il n'avait pas été totalement blanc comme neige ce cake ! Et dire que Shura et Camus avaient assez cons pour croire en ses paroles, comme si il s'agissait d'un texte sacré, utilisant l'Athéna Exclamation contre Shaka. N'ayant aucun regret à l'avoir utilisée, et à s'en servir une seconde fois cherchant coute que coûte à abattre Athéna, celle qu'il avait juré de protéger…
A cet instant, la fatigue eût raison de lui, comme Kanon qui s'était effondré sur la table, le mug menaçant de rouler à terre. Milo se sentit tomber doucement sur le canapé, entre les bras de Morphée.


Ca faisait déjà une semaine que la cohabitation durait que ça semblait se passer bien, en dépit des regards froids que se jetaient les deux frangins. Tôt ou tard ils finiraient par avoir une discussion, qui serait tout sauf paisible et sans dégâts.
Pour l'heure, il observa Kanon ranger deux trois trucs dans le frigo, une bouteille de thé glacé à la main, une expression songeuse sur le visage.
Tous deux se lancèrent dans une discussion, tout en essayant de repêcher tout ce qui traînait : chaussettes, crayons, livres, bouteilles plastiques. Milo eut un sourire amusé : l'idée que lui avait soumis son ami était sympa, mais ils feraient mieux d'en toucher deux ou trois mots à Doko, sinon c'était la porte ouverte sur les emmerdes garantie !

-Y a vraiment que toi pour avoir ce genre d'idées zarbi !

-Ho hé merde, je te signale que tu l'as trouvée bonne l'idée zarbi en question… Qui me dit pas que tu l'as eu aussi en plus ?
Kanon contemplait les 5 petites boules de poils noires et blanches se mordiller, renifler un peu partout, quand l'une d'elle vînt se coller à ses pieds, le flairant et essayant de mordiller sa chaussure.
Au contraire des autres chiots, celui-ci vînt lui réclamer des caresses à coups de petits jappements.

Vraiment mignon avec peu de blanc sur ses pattes arrière, une patte avant avec un peu plus de blanc que sur l'autre, le bout du museau blanc, et une mince collerette de blanc. Il s'était enfin calmé et s'était assis ne le quittant pas des yeux, remuant de la queue.
-Elle vous aime bien, constata le propriétaire. Par bonheur, celui-ci préférait les donner que les vendre. Il y avait quelques bergers dans les environs du sanctuaire et ceux-ci avaient besoin d'auxiliaires canins pour que les bêtes ne se perdent pas.
Attrapant doucement le chiot, Kanon eût droit d'emblée à une lichouille puis une seconde. Il le chatouilla sous le menton ce qui donna envie au petit border collie de lui mordiller la main.
A nouveau à terre, la bestiole alla se planter devant Milo en amenant une corde dans sa gueule. Il n'y avait pas photo, là.
-Bordel de bordel de merde ! Ca suffit, laisse ça tranquille tout de suite ! Si Camus venait récupérer son livre, il allait être ravi : il était mordillé et plein de bave, des trous partout, dus à ce fléau à quatre pattes qui le regardait de ses yeux malheureux. Ca n'avait pas traîné : juste une heure après être arrivé dans le temple, première connerie.
-C'est pas la peine de gueuler pour si peu, Milo. Faut bien que ça fasse des conneries quand c'est petit. Non ! ajouta il en le voyant mordiller le canapé. J'ai dit non ! Viens on sort, allez viens insista il avec un geste de la main.
-Excellente idée !
Le chiot et son maître s'étaient retrouvés sur la plage non loin du cap Sounion. Assis dans le sable, Kanon jeta un coup d'œil à sa gauche : l'endroit n'était pas visible à cause de rochers et de pins, et était quelques kilomètres plus loin mais il était là quand même. Un lieu de mort de cauchemar, insoupçonné, grâce à la violence des marées, des vagues, les rochers coupant comme des rasoirs et absolument rien à manger. Même pas des coquillages, ni d'algues, de crabes, absolument rien ! Un endroit où il avait cru mourir de nombreuses fois, ou toute sa rancœur, sa tristesse, sa colère s'étaient amplifiées. Il leur ferait payer à tous, ce qu'il vivait dans cet enfer d'eau et de roc…
Un temps révolu, se dit il en voyant la petite chienne se mettre à creuser des trous dans le sable et à y fourrer son museau avant de s'intéresser aux vagues.
Elle se mit à aboyer après les vagues qui allaient et venaient avant de se jeter dans la mer, nageant sans le moindre problème sur le bord. Comme lui. Il avait en dépit de toutes ces horreurs aimé la mer, le ressac, y nager pendant de longues heures, peut être pourrait il essayer de le refaire.
Les choses avaient bien changé en peu de temps, restait à espérer que ça dure.
En voyant le chiot sortir et venir s'ébrouer à un mètre de lui, il eût un sourire, il avait enfin déniché un nom : Naïade.

La prochaine fois, peut être arriverait il à convaincre Milo et peut être Aiolia et les autres de profiter de la plage en début de soirée…

A suivre