Hold my hand Chapitre 4
Disclaimer : il y a moins d'action dans ce chapitre, mais c'est fait exprès. Je voulais que ce soit axé sur un rapprochement progressif, et le côté « vie normale de nos héros ».
Il y aura aussi une mention de personnages ou flashes backde ma fic « Décision Divine » (même si ce n'est pas encore en ligne) jLa fic ne prend pas en compte Soul Of Gold, mais il y aura des éléments repris de la mini série dans les chapitres suivants.
Sur ce, bonne lecture ! Vos avis sont les bienvenus!
Ce matin, la sonnerie du réveil fût plus désagréable que d'habitude, rien de très surprenant quand il était six heures du matin ! Et comme si ça ne suffisait pas, Naïade prit le relai, à renfort de lichouilles sur le visage.
- Ça suffit, marmonna Kanon alors qu'elle se rassit en remuant joyeusement la queue devant lui.
Foutue mission diplomatique, reveil ultra matinal ! En se relevant, le gémeaux fût quelque peu surpris par la sensation de légèreté qu'il éprouvait : c'est vrai qu'il s'était coupé les cheveux hier. Encore à moitié ensommeillé, il passa à nouveau la main dans ses cheveux à présent courts. Changer comme ça et s'y habituer n'était pas chose facile. Mais niveau difficulté, il avait vu pire, bien pire, songea il en se levant. Merde, juste cinq heures de sommeil, la journée allait être longue, très longue. Une chance qu'ils se rendent à Asgard avec des moyens normaux, comme l'avion.
- Silence, marmonna il en posant la main sur le museau de la petite chienne pour la faire taire. Kanon laissa échapper un soupir : en plus de commencer à se faire les dents sur le bâton qu'elle avait ramené hier, elle avait essayé le tapis dont un coin était bien mordillé. Toutefois, en dépit de ses bêtises de chiot, le petit border collie était une bouffée d'air frais pour lui : elle ne le jugeait pas, ne se méfiait pas de lui, ne doutant pas de sa loyauté. Elle lui offrait de l'affection des lichouilles, une oreille attentive, parfaitement désintéressée, en échange d'éducation, nourriture jeux et caresses .
Alors qu'elle furetait à l'extérieur du temple, la cuisine était déserte et silencieuse.
Par bonheur, il restait encore assez de pain, de beurre et de confiture d'orange, tandis que la cafetière chantait sur le gaz. Il faudrait bien ça pour affronter cette matinée, même si être loin du sanctuaire pour un bon moment serait bénéfique.
Quand Kanon posa son mug sur la table, un mot griffonné attira son attention : « bonne chance, à bientôt » Ni une ni deux, il déchira le papier en deux, quatre avant de le jeter. Si il avait fait l'effort de se réveiller tôt et d'être le plus discret possible, c'était pour éviter d'avoir à se fader un truc de ce genre, ou plus désagréable : une conversation. La solitude était largement préférable à un échange avec des propos qui sonneraient creux, des regards froids ou accusateurs amenant des moments de tensions intenses.
De toutes façons, cela valait il vraiment la peine de se dire au revoir ? Non songea il pas après tout ce qui s'était passé entre lui et Saga . Après tout, Saga l'avait cru mort pendant toutes ces années, n'avait jamais cherché à avoir confirmation d'une mort supposée, ou ait eu l'idée de revenir au Cap Sounion. Ça en disait long sur sa sollicitude… Il avait fallu attendre que les 108 étoiles maléfiques d'Hadès reviennent à la vie pour qu'ils puissent enfin avoir une discussion. Qui n'avait assurément en rien amélioré les choses, au contraire, elle les avait aggravées au paroxysme quand enfin ils s'étaient retrouvés l'un devant l'autre devant la statue d'Athéna.
Après treize ans l'un sans l'autre, était il encore possible de prendre un nouveau départ ? De réussir à se parler à cœur ouvert et d'essayer d'aller de l'avant ?
Tandis que Naïade terminait ses croquettes, Kanon acheva son rapide petit déjeuner en même temps que ses interrogations inutiles.
Il ferait juste l'effort de ranger la vaisselle et un coup sur la table, rien de plus.
Six heures trente, plus qu'une demie heure. Tout juste le temps de prendre une douche et d'être à l'heure devant l'entrée principale du sanctuaire. Il n'y avait plus grand-chose à faire, l'urne de l'armure, le gros sac de voyage et le sac à dos, ainsi que la laisse avaient été posées à l'entrée du temple. Inutile de s'attarder davantage ici.
Le temple du bélier était le plus proche de l'entrée est, celle qui était la plus utilisée. A seulement un ou deux kilomètres plus loin, il restait des temples anciens et des ruines où seuls de rares touristes s'aventuraient, bien plus intéressés par l'accropole ou le temple d'Athèna et celui dédié à Poséidon.
Seul, Mû attendait, pour une fois habillé d'un jean bleu et d'un t shirt blanc contrastant avec ses vêtements habituels.
Autant venir en avance, même si il n'était que sept heures du matin. Il était préférable de partir de bonne heure, histoire d'éviter les contretemps dus aux voyages normaux, à fortiori avec l'avion. Prendre un avion… voilà bien une chose qui ne faisait pas partie de leur vie de chevaliers songea il en contemplant les douze temples. A force de batailles, de complots, d'usurpations, plus personne ne pouvait vraiment prétendre à une existence simple sans trop de problèmes. Mais même des guerriers, des personnes choisies par les armures dès leur plus jeune âge n'étaient pas seulement des machines. Ils avaient quand même droit à un tant soit peu de répit, ce voyage en était un dont il valait mieux profiter tant qu'ils le pouvaient.
Partir aussi tôt avait été la meilleure solution, inutile de répéter les aux revoir déchirants de la veille. Kiki s'était jeté sur lui en proie à une vraie crise de larmes bien compréhensible : après avoir cru son maître décédé, ils allaient de nouveau être séparés pendant on ne savait combien de temps. Et cette fois, Shion aurait d'autres chats à fouetter que de s'occuper de son apprenti. Encore une chance que le bon cœur d'Aiolia et Aldebaran ait débloqué la situation. Avec un peu de chance, son élève ne se sentirait pas abandonné une fois de plus et aurait bon nombre de choses à lui raconter. Tous deux étaient unis par un lien bien plus fort que maître et élève, comme ça avait été le cas précédemment, il y avait de cela treize ans. Sauf que ce lien entre l'ancien et l'actuel chevalier d'or du bélier semblait s'être abîmé, de part les décisions opposées de l'un et de l'autre lors de la bataille du sanctuaire. Shion ne lui avait pas encore pardonné sa désobéissance, même si le plus jeune estimait que c'était ce qu'il avait à faire. Comme de devoir une fois de plus restaurer les armures puisqu'il était le seul à détenir ces compétences rarissimes, en perdant son humanité. Le chevalier défenseur de cette terre et protecteur de d'Athéna avait il anéanti le jeune tibétain réservé et curieux ? Ou y avait il encore de la place pour le jeune homme de vingt ans qu'il était et qui avait aussi du mal à vivre cet au revoir ?
Un bruit de pas le tira de ses réflexions et le ramena à la réalité. Le bélier leva la tête vers le premier temple et vit une petite boule de poils noire et blanche accourir vers lui ainsi que son maître.
- « A ce que je vois, je ne suis pas le seul à apprécier d'être en avance. Mû.
- Kanon, » répondit sur le même ton calme et poli le concerné.
Essayant de ne pas paraître trop surpris par la nouvelle apparence de son camarade, Mû conserva la même expression impassible et se contenta de poser une question banale.
- « Que penses tu de tout ce qui se passe ? Est ce la bonne décision que de partir dans un endroit où jamais aucun chevalier d'or n'a jamais été ?
- Qu'au vu de l'ambiance si tendue qu'on pourrait la couper au couteau, on peut s'estimer chanceux de ne pas être plus longtemps dans les lieux. Ça risque de prendre un sacré bout de temps avant que ça se calme. Et un peu de normalité ne nous fera pas de mal, ajouta il après un instant de réflexion.
Assis, » ordonna il à Naïade qui avait commencé à faire la fête au nouvel inconnu avant de se détourner vers l'entrée des douze temples et de finalement obéir à l'ordre donné après s'être fait prier.
Mû eût un discret sourire, aussi peu adeptes de l'obéissance absolue, tous les deux !
Il n'y avait rien de plus à ajouter, à dire vrai : ni l'un ni l'autre n'étaient franchement enclins à se lancer dans une discussion futile dans le seul but de tuer le temps. L'attente reprit, dix minutes puis quinze passèrent avant que les deux gold saints distinguent enfin deux silhouettes avancer à grand pas sur les marches.
C'était bel et bien caractéristique du gardien du huitième temple : risquer d'être en retard, à fortiori quand c'était important. Mais Mû ne fit aucun commentaire quand il nota la mine faussement enjouée du Scorpion et le fait qu'Aiolia soit en sa compagnie. Manifestement Milo avait fait son sac à la hâte vu que des manches de pulls pendaient de la valise ainsi qu'un autre bout de tissu.
- « Bonjour, Milo. Aiolia ? Interrogea il quelque peu surpris par sa présence.
- Tu croyais franchement que je resterai dans mon temple sans vous voir une dernière fois ? Si c'est le cas, tu me connaîtrais bien mal, Mû ! Et bon, je comptais pas laisser Milo comme ça, » ajouta il d'un signe de la main. Quand il l'avait vu traverser son temple Aiolia avait été frappé par son allure lente et pesante, son abattement. Il avait encore du se passer quelque chose de blessant entre le scorpion et le verseau, et bien entendu le bon cœur d'Aiolia ne pouvait pas l'empêcher d'avoir un peu de sollicitude pour son ami.
- « Je tenais quand même à vous souhaiter bonne chance de vive voix. Même si il ne s'agit que d'un voyage censé se passer sans encombres, on ne sait jamais trop… Ce qui nous attend : du calme ou des batailles une fois de plus ? Peut être suis je trop inquiet, mais restez quand même sur vos gardes une fois à Asgard.
Les yeux verts d'Aiolia semblaient briller d'inquiétude et de chaleur à la fois. Kanon en retrait l'écoutait sans se sentir vraiment concerné. Bien sûr ! Comme si ce gamin changerait son fusil d'épaule, fallait quand même pas rêver !
-J'espère que le voyage sera agréable, dit Aiolia avec un sourire en leur serrant tour à tour la main.
Désolé, mais je ne peux pas rester plus longtemps, à bientôt ! »
Kanon lui accorda un regard quelque peu déconcerté en le voyant remonter les marches : il n'avait fait aucune différence entre eux trois, au contraire de ce qu'il avait cru. Était il finalement foutu de réfléchir un peu plus que les autres ou était ce de la politesse d'obligation ? Pas de réponse à cette question.
Deux minutes plus tard, un petit car de transport se garait devant eux dans un grand nuage de poussière.
Franchement, de l'avis des trois chevaliers, l'aéroport international d'Athènes était non seulement très grand, mais une vraie fourmilière par dessus le marché. Le trajet avait été assez rapide, en dépit de l'heure matinale ou les nationale du périphérique athénien étaient bondées. Même si il n'était que huit heures vingt quatre, il y avait déjà de nombreux voyageurs dans le hall, des vols de prévus nationaux et internationaux.
Être au beau milieu de ce flux de personnes avait quelque chose de soulageant : ici personne ne se doutait de leur véritable identité, ni de leurs pouvoirs surhumains. Ils étaient de simples touristes, ou des personnes en voyage d'affaires, ou encore une autre possibilité.
Comment la fondation kido avait elle pu intervenir pour demander une autorisation de décollage sur un aéroport public et international ? Mystère, mais c'était vraiment le cadet de leurs soucis.
Mû observa le tableau des vols et trouva rapidement ce qu'ils cherchaient.
- « Manifestement, nous sommes dans le bon terminal, et le vol est prévu à dix heures vingt six.
- Comment peux tu en être aussi sûr ?
- En cherchant la destination et l'heure de départ données sur nos billets, tout simplement.
-Autrement dit, on a deux heures de tranquillité devant nous ? Bon, vu le réveil très tôt de ce matin, ce serait pas du luxe de reprendre un second petit déjeuner, vous ne croyez pas, suggéra Kanon.
- C'est en effet une bonne idée, » approuva Mû.
« D'autant qu'auparavant personne n'a jamais trop songé à ouvrir sa porte aux autres. Est il vraiment nécessaire de répéter le passé, à fortiori quand on devra compter les uns sur les autres ? »
Le manque de proximité hein. Il est vrai que les chevaliers d'or avaient toujours eu du mal à tous s'entendre, que leur foutu devoir n'avait tissé entre eux que des liens de camaraderie. Ils étaient tous restés juste un an au Sanctuaire avant d'être envoyés aux quatre coin du globe s'entraîner.
Milo lâcha un soupir contrarié. Il ne gardait pas de si bons souvenirs de cette époque, hormis l'attente des lettres. C'était son rituel à lui et Camus : chaque mois, ils s'écrivaient une longue lettre se racontant leurs entraînements, corvées quotidiennes, le paysage, leurs rêves d'enfants espérant revenir chevaliers.
Et les conséquences de la Guerre Sainte n'avaient pas vraiment aidé à remédier à cela. Si ils voulaient avoir enfin une chance de réussir à faire face aux risques et de reconstruire quelque chose, autant reprendre tout depuis le début. Et un petit déjeuner pris ensemble, c'était déjà pas si mal pour commencer à se rapprocher.
Ça lui permettrait aussi de penser à autre chose, songea il amèrement et fatigué. Moralement comme physiquement.
Un étage au dessus, ils avaient réussis à trouver une cafétéria, où juste quelques clients étaient attablés.
Il y avait pas mal de choix : des feuilletés aux épinards et à la feta, de grands bols de yaourt au miel et aux fruits secs les petits pains aux olives. Mais d'autres trucs qui n'étaient pas locaux, comme les cornetti fourrés au citron, pistache ou crème de chocolat, les amarettis, ou alors des cookies, des brownies, muffins, chocolatines. Il y avait aussi des bols de fruits frais, une large gamme de boissons chaudes qui offrait différents thés, cafés, chocolats chauds, ou jus de fruits. En face de leur table, il était possible d'admirer le va et vient des avions, hélés par les camions pour prendre leur envol, ou atterrir et se poser sur le tarmac.
Une fois de plus aucun d'entre eux n'avait vraiment envie de parler. Mais le silence qui régnait était un bon silence, agréable. Mû avait préféré prendre un thé assez fort sans lait ni sucre, avec un bol de yaourt parsemé de miel, noix raisins secs et muesli. Milo avait jeté son dévolu sur deux feuilletés avec un café crème et un peu sucré, essayé un cornetto à la fraise. Bref de petits détails anodins mais qui faisaient la différence, qui leur permettaient de connaître un peu plus leurs goûts, habitudes…
Kanon reposa sa tasse de café vide et jeta un coup d'œil à son billet : Eleftherios-Venizelos arrivée à Kramsford-Solleftea, Suède. Vol direct, sept heures et demie de vol.
- « Notre destination se situerait seulement en plein pays suédois ? Ou plutôt au nord ?
- Pour tout te dire, répondit Milo qui reprit le cornetto entamé dans son assiette, l'air un peu plus réveillé qu'il y avait une demie heure avant. Le nord sans aucun doute, mais je serai surpris que le royaume ne se trouve que dans un seul pays. Vous ne voulez rien de plus ? demanda il en se levant pour reprendre un feuilleté.
- Il a raison, nota calmement Mû en faisant un geste de dénégation. Il s'agit d'une civilisation dérivant de l'ancienne époque viking, il est donc possible que ce soit étendu en Suéde, Norvège, peut être même en Finlande.
- Ça ira, merci. Asgard hein, continua Kanon qui laissa son regard errer sur le paysage alors qu'un airbus prenait la direction de la piste.
Se rendre dans un endroit inconnu, à l'opposé de la Grèce, en un nombre énorme de choses. C'était la première fois qu'il serait aussi loin de chez lui, comme Milo sans doute. Bon sang, rien ne serait simple là bas aussi. Sans parler de la bataille précédente qui s'y était déroulée, restait à espérer qu'ils ne soient pas rancuniers, ce serait le bouquet !
« Croisons les doigts pour qu'on ait pas de déclinaisons comme en allemand, ce serait galère. Après tout, le suédois et le norvégien sont des langues germaniques. Ou alors dans le pire des cas, il reste l'anglais. Quoi ?
- C'est quelque peu bizarre que tu sois aussi calé en matière de langues, » admit Mû après un moment de réflexion.
Ça prouvait bien qu'ils ne se connaissaient qu'en surface. Qu'ils ne connaissaient pas grand-chose sur leurs goûts, leurs habitudes de vie, leurs peurs ou leurs loisirs…
- J'ai juste des connaissances, rien de plus, modéra le concerné. Aucun problème sur l'anglais ou l'espagnol, deux trois notions de français, même si c'est une vraie galère, pire sans doute que le japonais !
- Galère surtout à cause des verbes irréguliers des homonymes et des exceptions sur des pluriels, suggéra Milo quelque peu amusé. Franchement, faut que ce soit une langue maternelle pour bien la maîtriser ! »
Devant la mine à nouveau assombrie du scorpion, le silence retomba. La seule mention de son meilleur ami semblait rouvrir perpétuellement une profonde blessure qui mettrait beaucoup de temps à se refermer. Mû savait que ça n'avait pas été évident pour le chevalier du huitième temple après la guerre des douze maisons de faire son deuil. Ça l'était encore plus après tout ce qui s'était passé, tous deux dans des camps opposés tout comme leur motivations. Seules les annonces de vols, de porte d'embarquement faîtes successivement en anglais et en grec, troublaient le silence qui s'était installé entre eux.
Neuf heures vingt… Plus qu'une heure six et une demie heure à attendre avant que le numéro de la porte d'embarquement soit annoncé, sans oublier les contrôles de bagage à main. Juste le temps de flâner un peu dans les boutiques du terminal, par exemple.
Une en particulier, en face de la cafeteria avait retenu leur attention : une grosse maison de la presse qui offrait un large éventail de magazines de tous thèmes dans de nombreuses langues, ainsi qu'un gros rayonnage de livres. Mais aussi des îlots de snacking, des présentoirs avec des articles de papeterie, il y en avait vraiment pour tous les goûts. Si Mû avait été immédiatement au rayon livres, Kanon de son côté observait les différents magazines de mots fléchés et mêlés, entre les sudokus et mots croisés.
Milo pour sa part ne réussissait pas trop à se décider : rien dans les magazines ne le tentait vraiment, ni les revues scientifiques, ni les quotidiens, encore moins les trucs sur l'histoire. Parcourant d'un d'un pas rapide le rayonnage des livres de science fiction il jeta sans trop réfléchir son dévolu sur un roman de Stephen King. Les caisses où il n' y avait pas foule pour le moment étaient juste à côté des friandises et des jeux. Milo nota la présence de son ami, qui paraissait aussi fatigué que lui, tant physiquement que moralement. Il le contempla un court instant, il n'avait vraiment plus rien à voir avec l'ordure égoïste qui avait manipulé les dieux dans son seul intérêt et qui avait osé prétendre venir leur prêter main forte.
Mais ça, c'était avant… Bien des choses s'étaient passées entretemps, et il s'était aperçu que même si il était aussi manipulateur que son frère au moins, il était capable de ne pas fuir et de baisser les bras, de donner sa vie comme eux, ce dont il ne l'aurait pas cru capable.
Incroyable comme un simple changement d'apparence, en plus des choix pouvaient rendre les choses différentes, songea il.
Cette nouvelle coupe de cheveux le changeait beaucoup, comme si ça l'avait lavé une fois de plus de ses fautes passées en plus des quatorze coups du Scarlet Needle, mais aussi des éventuelles suspicions que certains pourraient encore nourrir. Qu'ils restent englués dans leurs conneries, grand bien leur fasse! Pour lui, Kanon était un des leurs, sans le moindre doute, un chevalier d'or, ayant tardivement rejoint leurs rangs, mais un chevalier d'or quand même.
C'était quand même une bonne chose qu'ils se retrouvent ensemble dans cette mission, finalement… Et Kanon était bien le seul à lui avoir foutu la paix sur ses problèmes, ce qui ne lui déplaisait pas. Il était quand même distant et réservé en dépit de son côté moqueur et arrogant, toujours sur de lui, ce qui contrastait assez, il fallait bien le reconnaître.
Ce dernier comparait du regard des magazines de mots fléchés avec un bon nombre de grilles et d'un niveau assez haut. Dans le panier, un cahier de mots mêlés, un petit cahier, un stylo et deux paquets de cookies, un de m&m 's, une chance d'avoir pris de l'argent.
- « Merci Kanon.
- De quoi ?
Il ne leva pas les yeux de la presse et ne se sentait pas prêt à se lancer dans une grande discussion même après un copieux petit déjeuner et deux tasses de café noir. Il lui adressa toutefois un geste de la main, pour l'inviter à continuer.
- Justement, tu es le seul qui ne cherche pas par tous les moyens à me rendre le sourire, ou à compatir à ce qui se passe entre moi et Camus.
Ça, devant la mine défaite qu'il avait tirée en les rejoignant, discutant à peine, ça prouvait bien que malgré la résurrection, tous faisaient face à leurs difficultés personnelles. Et vu comme ces deux là semblaient s'apprécier et ne plus réussir à se comprendre, c'était un truc dur de plus.
-Que veux tu, on a tous nos emmerdes, » commenta il en jetant enfin son dévolu sur un magazine grilles niveau deux/trois, vendu avec un stylo, parfait.
Kanon leva enfin son regard des magazine et se tourna vers son ami avant de reprendre :
« L'amitié, c'est franchement pas quelque chose que je connaisse bien, au contraire… Toutefois, on a le droit de rester tristes quand on l'est, pareil quand on est remontés, on est pas des machines ! Pourquoi devrait on toujours prétendre comme des cons que tout va bien quand ça ne va pas ? On a encore le droit d'éprouver pleinement ce qu'on ressent, d'être vraiment mal si c'est le cas et de pas cacher ça derrière un pauvre sourire figé de façade.
Son visage se détendit quelque peu, toutefois après un soupir d'agacement il reprit :
-Très franchement, t'as le droit de parler ou de garder ça pour toi, y a que toi que ça concerne. Mais sache que t'es pas le seul à avoir ce genre de problèmes, on est deux. Et bon… au cas où, je suis là, tu n'es pas seul, ne l'oublie pas.
Milo l'observa un long moment avec attention, plutôt intéressé et détendu. Pour la première fois, il esquissa un vrai sourire et lui posa une main sur l'épaule.
- Tu sais quoi ? Tu es beaucoup mieux avec les cheveux courts. Petit à petit et ce depuis qu'on se connaît, Kanon tu es différent. Tu arrives à t'ouvrir un peu aux autres, c'est plutôt une bonne chose, tu ne crois pas ?
- Merci. Mais compte pas sur moi pour me montrer gentil avec tout le monde de sitôt, faudrait quand même pas exagérer !
Pour une fois, Kanon appréciait vraiment ce geste de réconfort et ces paroles d'autant plus sincères, qui lui mirent un peu de baume au cœur.
- Vous feriez peut être mieux de régler vos achats, l'heure tourne », les interrompit Mû avec un petit sourire. Ce dernier avait trouvé un magazine de sciences hors série dédié à la découverte de l'univers et des exo planètes, ainsi que quelques paquets d'images à coller, qu'il offrirait à son élève retour au Sanctuaire.
Comme pour souligner qu'il était temps de se concentrer pour de bon sur le départ, une première annonce pour le vol de dix heures vingt six retentit dans les hauts parleurs.
Quel bordel, les contrôles d'embarquement ! Entre les pièces d'identité demandées, les billets et les cartes d'embarquement, ça ne suffisait pas ? Bah non, ça aurait été trop facile : vider ses poches, déposer les ceintures ou vestes, et tout objet métallique. Sacs scannés, comme si ils allaient emmener un flingue ou un truc dans le genre, franchement !
Sans parler de la difficulté à trouver la porte d'embarquement 17, des escalators bondés, parce qu'au même moment il y avait un vol pour Rome à la porte d'à côté !
Une chance de n'être que trois passagers. A travers la vitre, d'ailleurs, on apercevait un petit avion privé, coincé entre deux airbus, dont un d'Air France, qui venait de se poser.
Pas besoin non plus de courir sur le tarmac, il y avait une heureuse invention du nom de chenillettes.
Au moins, ça avait le mérite d'être confortable ! Sièges en cuir matelassés, larges tablettes, dix places en cabine, donc la possibilité d'aller d'un endroit à un autre si ça vous chantait…
Encore dix minutes avant de recevoir l'autorisation de décoller, on y était enfin.
Cet endroit était franchement déplaisant et à l'opposé de tout ce qu'ils connaissaient : gris, Vivement le retour à Asgard ! Hagen ne pût s'empêcher d'être amusée par l'expression mi contrariée mi amusée de Mime. Effectivement ce dernier balayait du regard avec curiosité les tableaux de vols, les guichets, les files d'enregistrement pour le moment désertes. Habillés de jeans et t shirts, avec quand même au cas où un blouson, à l'opposé de leurs vêtements habituels, cette nouveauté était à la fois perturbante et excitante.
Toutefois en cette mi septembre, il restait un peu de l'ambiance estivale pour remonter le moral : les jours duraient encore seize heures au lieu de dix huit, un grand ensoleillement, des températures supérieures à quinze degrés. Un vrai luxe pour eux qui avaient l'habitude de froids bien plus forts et mordants.
Dire qu'à un peu plus de six cent kilomètres au sud d'Asgard, ils étaient soit en plein nord de la Suède ou de la Norvège et n'avaient jamais pris le temps de sortir vraiment de leur contrée.
- "On dirait que cette mission te réjouit au plus haut point.
- En effet, répondit Mime sur le même ton ironique.
Bon sang, pourquoi avait il fallu qu'Hilda lui demande de venir à la rencontre de ceux qu'on appelait les Chevaliers d'Or, l'élite du Sanctuaire d'Athéna ? Ah oui, parce que soit- disant il était le plus diplomate et poli des sept Gods Warriors.
Il aurait quand même préféré agir avec Siegfried, après tout tous deux se connaissaient bien et avaient affronté quelques Valraven, il n'y a pas si longtemps. Cependant, Siegfried répondait d'Hagen comme de lui alors…
Distraitement, il regratta les cordes de sa lyre, essayant de mémoire de rejouer les premières notes de cette chanson, comment s'appelait elle déjà ? Ah oui, Hall om mig nü bien évidemment le faire en paix aurait été trop beau.
- C'est le fait d'avoir laissé Niorün seule, ou de devoir jouer les hôtes modèles qui te contrarie à ce point ?
- N'as tu pas assez de déduction pour le comprendre par toi même, Hagen, répondit doucement Mime avec un petit sourire.
Tu dois te souvenir de ce qui s'est passé quand nous nous sommes retrouvés à affronter la garde d'Athéna, non ?
Un marmonnement incompréhensible lui répondit, bien sûr qu'il s'en souvenait.
- Ils ont quand même d'étranges idées, aussi bien Hilda que ce type, le Grand Pope, finit par lâcher avec mauvaise humeur le GodWarrior de Beta. Jouer avec le feu, n'a jamais été la meilleure façon de créer quelque chose.
- Surtout quand il est question de l'élite de la chevalerie, dont pendant de longs siècles on a loué les fantastiques mérites… Sauf que ça ne signifie rien à mes yeux.
- Là dessus, nous sommes d'accord. Crois tu que tu arriveras à mener à bien cette mission diplomatique ?"
Un sourire suffisant fût sa réponse.
Mime interrompit son discours, nul besoin de paroles supplémentaires vu que l'un comme l'autre partageaient la même opinion : hors de question de faire confiance à de parfaits étrangers. Totalement exclus.
Ils auraient juste droit à de la politesse et du respect dus à des invités, mais rien de plus.
Après tout, pendant des siècles, le royaume d'Asgard avait toujours réussi à faire face aux situations sans aide extérieure, nul dieu tel qu'Arès avait tenté de leur chercher des noises. Pour quelle raison auraient ils maintenant besoin de nouer une alliance contrainte ? Surtout quand tous y avaient laissé la vie, laissant Asgard sans protecteur.
Bon, c'était aussi en grande partie sa faute, et celle de ses compagnons d'armes, Mime le reconnaissait volontiers. Personne avait osé remettre en question les ordres d'Hilda à ce moment, ils pensaient vraiment que le bon moment était arrivé, sans se douter du sortilège, ou ils avaient préféré se voiler la face.
De retour dans le monde des vivants, par on ne sait quel miracle comme ses compagnons (mais il l'ignorait), Mime n'avait pu s'empêcher d'avoir des regrets : il avait obéi aveuglément à des ordres contradictoires, mettant en péril le royaume qu'il s'était juré de protéger autrefois… De ne pas essayer de parler avec Siegfried ou Hagen, ces deux là au moins auraient été enclins plus que les autres à constater que quelque chose clochait.
Mais bon, tout cela était le passé, inutile de revenir là dessus. Il posa son regard sur l'horloge : dix sept heures trente, une annonce vocale d'arrivée.
Bon sang, comment donc faisaient certaines personnes pour utiliser avec la plus grande facilité du monde ce système foutrement tarabiscoté ? Et privilégier la voie aérienne qui était peut être dangereuse ? Ça le dépassait, et à voir la tête blasée de Hagen, ils étaient sur la même longueur d'ondes sur ce sujet. Peut être finiraient ils par s'apprécier un peu plus, ou non, seul le temps le leur dirait.
La première impression de Kanon et Milo sur ce pays scandinave ? Rien de bien : Il faisait dix huit degrés alors qu'ils étaient partis d'Athènes sous trente degrés et un soleil de plomb. Le ciel était nuageux, les bâtiments qu'on apercevait au lointain, constitués de briques, quelques bosquets de hêtres bouleaux.
Devoir attendre un bon quart d'heure que les bagages soient déchargés de la soute et envoyés sur le bon tapis…
Au moins, le voyage leur avait permis de se reposer un peu, tous les trois. Le vol avait quand même était en dehors du décollage et de l'atterrissage agréable : gâteaux et boissons chaudes proposés, un repas plus que correct. Juste un gros passage de turbulences entre Berlin et Copenhague, mais dans l'ensemble profiter de la vue des villes, des montagnes des mers était quand même une bonne expérience.
- Elle est complètement apeurée, ça a dû être dur à supporter, surtout pour un chiot.
Mû avait raison. Naïade n'avait même pas voulu se jeter dans leur pieds et était resté assise la queue entre les jambes en poussant de petits gémissements. Même avec quelques caresses de la part de son maître, ça ne passait pas facilement. Qu'elle ne cherche pas à tirer sur sa laisse en disait long, toutefois, dix minutes plus tard, elle observait sous toutes les coutures le nouvel endroit.
Bon, encore une porte à pousser, vu l'heure il était quand même surprenant de voir si peu de monde dans le hall. Encore une chance, avec les urnes des armures, deux grosses caisses de bois en plus des sacs de voyage sur les chariots, c'était dur de passer inaperçu !
Une mélodie jouée sur un instrument à cordes les tira de leurs recherches. A côté d'un escalier, deux hommes ne les quittaient pas du regard, et l'un d'eux jouait distraitement sur sa lyre.
- « Jolie musique, c'est bien la première fois que j'entends quelqu'un jouer aussi bien de la lyre, commenta Milo en anglaos.
- C'est agréable de savoir qu'il y a des mélomanes et que cette mélodie vous plaise, même si ce n'est pas une de mes compositions.
La voix était agréable, calme polie avec un accent. Ah, heureusement que l'anglais aidait pour les communications ! A présent, les deux groupes étaient juste à cinq mètres l'un de l'autre s'étudiant attentivement du regard.
- Vous nous attendiez, il me semble ? J'espère que nous ne vous avons pas trop fait attendre.
- Non, ne vous en faîtes pas, il n'y a aucun problème, nous sommes là depuis juste une heure.
Hagen eût un léger sourire. Ça ne se passait pas trop mal pour le moment, surtout de la part du jeune homme aux longs cheveux parmes attachés en queue de cheval et dont les yeux fins paraissaient aimables. Tout comme le grand aux longs cheveux violets indisciplinés même si il n'avait rien ajouté de plus.
- J'espère que le voyage s'est déroulé sans encombre et que vous n'êtes pas trop fatigués ou dépaysés. Il est vrai que cet endroit diffère beaucoup de celui que vous connaissiez, poursuivit Mime du même ton aimable et posé.
- Tout va très bien merci. Vous êtes les envoyés d'Asgard n'est ce pas ? »
- En effet, confirma calmement Mime, qui leva un regard surpris à son interlocuteur. Ce dernier était resté en retrait avec un chiot en laisse, qui semblait lui aussi méfiant. Sauf que la boule de poils n'avait pas ce regard et ce ton froid. Fort bien, si cet inconnu voulait jouer à ce petit jeu, à deux c'était tout à fait possible.
Et vous, les Golds Saints, au service d'Athéna, de même que les Bronze Saints que mon ami et moi connaissons déjà. Les envoyés du Grand Pope, serviteur de la déesse.
« Quant à moi, je suis Mime de Benetasch, GodWarrior d'Eta. Et vous ? » Il lança un regard appuyé à l'homme aux cheveux bleus et courts, avant de s'intéresser à ses compagnons son regard quelque peu radouci.
Kanon brûlait d'envie de lui cracher son nom de façon cinglante, de le rembarrer. Ce type, ce Mime avait quelque chose de déplaisant, très déplaisant. Surtout son petit sourire aimable et son ton presque charmeur. Sans trop comprendre pourquoi mais c'était déjà sûr et certain, il le trouvait franchement antipathique.
Sur le point de répondre, il se prit un discret coup de coude dans les côtes accompagné d'un regard noir de Milo.
- « Pardonnez moi, mais… L'endroit est peut être mal choisi pour des présentations, ne croyez vous pas ? Et il y a sans doute encore pas mal de route devant nous.
- C'est vrai », admit Hagen.
Ouf, un incident d'évité ! Bordel, mais qu'est ce qui lui avait pris à l'autre ? Ah, ça commençait bien l'accueil, un coup de pot qu'il réussisse à rattraper la situation.
Fort heureusement, après des présentations en toute simplicité, la seconde étape du voyage se passait mieux. Il n'avait pas fallu longtemps aux cinq chevaliers pour récupérer sur le parking deux volvos marquées par le temps, dont une 244 berline d'un bleu ciel, et une seconde 240 break gris métallisé. Assez de place pour loger tout ce fourbi et du monde.
Personne ne se sentait d'avis à discuter, d'ailleurs la beauté du paysage et des forêts, les villes, attiraient plus leur attention, comme les panneaux indicateurs.
Quand finalement, ils étaient arrivés après deux heures et demie de route aux environs d'un port, assez grand pour qu'il y ait des liaisons par ferries.
Mû était quelque peu étonné que même sur le coup de vingt heures du soir, le soleil ne se soit pas encore couché.
- « Nous ne sommes pas loin du cercle polaire, en été, les jours sont bien plus longs : jusqu'à dix huit heures d'ensoleillement. Et dans l'extrême nord, il y a les nuits polaires, expliqua Mime.
- C'est quand même pas mal comme coin, sur un point ça ressemble un peu à la Grèce. »
Les yeux rivés sur la mer, Kanon s'était mêlé de l'échange, avec une observation toute simple.
Dingue, comme la mer l'attirait et l'angoissait en même temps. Quoique avec les violences des marées du Cap Sounion, les vagues dignes de celles d'Hawaii, le temps passé dans cette cellule, fallait pas chercher plus loin.
Ici l'eau était d'une couleur bleu sombre, presque noire, calme et sans doute aussi froide que leur escorte.
La traversée prendrait la nuit : pas loin de sept heures, et le départ était pour vingt deux heures.
Juste le temps de trouver un restaurant à côté et de revenir.
Comme prévu, le soleil ne s'était pas encore couché, mais ils venaient de quitter le port, il n'y avait pas dix minutes de cela. Le ferry était assez grand et comportait deux étages composé de cabines, tandis que les deux niveau d'en dessous abritaient les véhicules.
En dépit du froid du soir et du vent, l'ancien dragon des mers avait décidé de monter sur le pont supérieur, pour trouver un moment de calme et de solitude. Fidèle à elle même, Naïade tirait sur sa laisse sans cesser de mordiller la corde qu'elle avait dans la gueule.
Il n'y avait presque personne, bien. Seul avec la mer, le vent et le paysage visible sur la gauche. Un endroit idéal, pour laisser libre court à ses réflexions, ses ressentis, trouver un peu de paix et parvenir à se poser. C'était quand même pas trop demander, non ?
S'était il écoulé une minute, dix ou plus ? Toujours est il qu'une longue ombre au sol et des notes de musique vinrent combler le silence.
Toutefois, sans aucune parole échangée, Mime s'était installé au bastingage, du côté droit. Complètement absorbé par la mélodie, les accords et les éventuelles fausses notes, l'asgardien essayait de rejouer de mémoire l'air qu'il avait déjà entendu. Le dos tourné au chevalier d'or il ne lui accordait pas un regard, l'un comme l'autre s'ignoraient résolument.
De son côté, Kanon devait admettre qu'il se démerdait quand même bien, aussi bien peut être que Sorrente. Même si pour lui la musique n'avait jamais été sa tasse de thé, il savait apprécier des morceaux bien joués. Et au moins, le Godwarior aux cheveux blond vénitien qui avait négligemment posé un pull bleu sur ses épaules lui foutait la paix ce qui lui convenait parfaitement.
Alors que l'étoile du berger apparaissait dans le ciel, et qu'il était peut être temps de rentrer, Naïade n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'aller vers ce type. Pourquoi, mais pourquoi, fallait il que ça soit à lui que ça arrive ?
- « Qu'est ce que tu me veux toi , hein ? Jouer ?
Le chiot était quand même mignon et grognait amicalement quand il essaya de lui prendre la corde de la gueule avant de le flairer avec avidité.
Tu ferais mieux de retourner voir ton maître, tu ne crois pas ? Mime se retourna, faisant face au chevalier des gémeaux, sans se départir de son sourire froid.
Un besoin de solitude ? Suggéra il méfiant, sans attendre de réponse.
- Je peux te renvoyer la question, Mime.
- Il vaudrait mieux pour toi, Gemini no Kanon que ta présence ici ne soit qu'une simple coïncidence, continua Mime d'un ton froid et sans réplique.
Pendant un bref instant tous deux s'affrontèrent du regard, avant que le musicien n'achève ce qu'il avait à dire.
Autant mettre les choses au clair tout de suite : j'ignore ce qui te dérange chez moi, mais sache que toi aussi, tu m'es antipathique. Je te tolère, rien de plus, c'est déjà pas mal, ne crois tu pas ? »
Et en plus il se permettait de lui dire ça avec un sourire froid ! Inutile de rester ici plus longtemps, ça n'en valait vraiment pas le coup.
- « T'es d'une humeur massacrante, cette ballade était pas censée être sympa ?
- Jusqu'à l'arrivée d'un indésirable, grommela Kanon qui s'assit sur sa couchette tandis que Naïade s'était étalée sur le tapis.
- Qu'est ce qui coince avec ce type, au nom du ciel ? Faut vraiment risquer de tout foutre en l'air pour une simple animosité réciproque ? Milo leva les yeux au plafond, juste à côté on entendait le bruit de l'eau.
D'accord, je ne les apprécie pas non plus des masses, mais vaudrait mieux faire un effort.
- Vas lui dire ça à lui.
- Est ce juste dû au fait que tu ne leur fasses pas confiance ? Parce qu'on les connaît à peine et que nous ne serons pas au Sanctuaire ? Milo lui chipa un cookie en attendant la réponse.
Bon quand on se connaît à peine, un peu de politesse et un minimum de confiance, à fortiori quand il y a quelque chose d'important, c'est essentiel, tu ne crois pas ?
- La dernière fois que j'ai fait confiance à quelqu'un que pourtant je croyais parfaitement connaître, ça m'a mené dans la prison du Cap Sounion. J'ai failli crever à de nombreuses reprises dans cette foutue cellule ! » Répondit d'un ton très sec Kanon.
Le ton était tout de suite monté et ses yeux brillaient de colère, poings serrés, il poursuivit :
Je l'ai sans doute bien cherché, je l'avais poussé dans ses retranchements, une fois de trop. Et de lui avoir dit la vérité, n'a pas aidé non plus. Cette fois, il n'avait pas envie d'esquiver sa responsabilité dans cette sombre histoire, après tout entre amis, il était important d'être franc paraît il, autant le faire.
« J'aurais pu crever qu'il n'en aurait eu strictement rien à foutre. Alors excuse moi, mais faire confiance… Kanon eut un rire mauvais. Sur ce, bonne nuit ! »
Aïe, la bonne grosse bourde ! Ou comment foutre les pieds dans le plat en beauté.
Milo affichait une expression désolée et embarrassée, comment pouvait il le deviner qu'il avait appuyé là où ça faisait mal ?
- Je ne pouvais pas savoir, répondit il mal à l'aise. Pas de réponse.
Bon, au moins avec ce qu'il avait entendu, ça avait le mérite d'être clair. Et Kanon avait quand même une sacrée bonne raison pour être aussi peu confiant, une excellente raison même. Qui pouvait se permettre d'utiliser une telle issue pour régler un problème ?
Même si il y a treize ans de cela, Kanon était plus un manipulateur égoïste dangereux doublé d'un connard fou de pouvoir, y aurait quand même eu la possibilité de trouver une autre solution. Dans le pire des cas, en aviser le Grand Pope, mais ça…
Il pourrait pas exiger plus de sa part. Si l'un comme l'autre avaient réussi à se lier d'amitié à commencer à savoir partager des choses ensemble, il pouvait pas tout exiger de sa part le plus rapidement qu'il soit.
Même si il avait envie de lui dire qu'il n'était pas du même genre que d'autre chevaliers d'or bon il lui en avait quand même salement voulu, et le fait d'endurer son attaque l'avait fait changer d'avis. De plus, vu ce qui se passait, ils auraient besoin de toute l'aide nécessaire et celle de Kanon était la bienvenue. Après tout, même si il avait changé à cette époque, ce n'était qu'un simple sursis pour tous les deux.
Si depuis leur résurrection, entre eux deux, il y avait de l'amitié, la confiance finirait par venir. Il fallait seulement laisser aux choses le temps de se faire.
Étalé sur son lit, Milo ouvrit le bouquin qu'il avait acheté. La nuit portait conseil et demain serait une autre journée.
A suivre...
