Salut,

Ça fait pas encore six mois donc c'est une update rapide vmvc. Ce chapitre est ultra long et oui je regrette tout oui.

Bonne lecture ! On se retrouve... un jour... dans un moment...


Une main serrée autour de son poignet. Elle le tire vers l'arrière, mais il ne bouge pas. Il ne bouge pas.

Il observe.

Keiji, ce n'est pas le moment. Viens.

Sa mère commence à perdre patience. Elle ne comprend rien. Elle le tire à nouveau, fermement cette fois, mais il reste immobile, les yeux rivés sur le mur d'en face, à attendre que l'ombre qui s'y est déposée daigne enfin l'ignorer.

L'ombre ne le quitte pas des yeux. Elle lui offre un sourire trop large, trop lent.

Il me regarde, murmure Keiji.

Sa mère sourcille, puis laisse échapper un soupir.

Alors ne le regarde pas, dit-elle. Allez, viens. Je demanderai à ton frère de s'en occuper.

L'ombre lui fait au revoir de la main. Avec un frisson, il obéit.

xxxxx

Le petit café était quasiment vide au moment où Akaashi s'y installa. Il avait choisi une table bancale, quelque part au fond, à l'abri du regard indifférent des passants. Il savait que c'était absurde. Personne ici ne le connaissait, et il n'était plus assez jeune pour qu'on s'inquiète de le voir sans compagnie.

Il commanda un verre d'eau, mais n'y toucha pas. Les employés faisaient à peine attention à lui. Ils devaient avoir l'habitude.

Il leva les yeux quand la porte s'ouvrit avec un tintement de clochettes. Kiyoko ne ressemblait en rien à ce qu'il avait vu d'elle lors de l'été précédent : ses cheveux attachés retombaient lâchement sur un t-shirt de sport clair, et elle portait une paire de lunettes rectangulaires qu'elle n'avait pas avant. Il lui fit un signe de la main, et elle le rejoignit avec un sourire timide.

— Bonjour, Akaashi-kun. Tu es en avance.

Il haussa les épaules.

— Toi aussi, fit-il remarquer.

Elle s'assit face à lui. Un serveur vint prendre sa commande puis repartit aussi vite.

— Tu as l'air différent, dit-elle après un moment de silence. Je ne t'ai pas reconnu tout de suite.

Il doutait d'avoir changé de quelque manière que ce soit. Huit mois avaient passé depuis cette semaine estivale, mais Akaashi était toujours le même.

— Je suppose que c'est une question de contexte, hasarda-t-il.

— J'imagine.

Le serveur lui apporta un jus de fruit qu'elle mélangea d'un air absent.

— Je me suis souvent demandé comment tu allais, finit-elle par dire d'un ton hésitant. Je pensais qu'ils nous permettraient de garder contact. J'ai demandé à mes parents, mais ils sont restés très évasifs sur la question. Ils disent que ce n'est pas aussi simple.

— Les miens n'en parlent quasiment pas.

— Ce n'est pas étonnant, dit-elle. Mais je ne vois pas en quoi nous permettre de nous voir changerait quelque chose à leur existence.

— Ils ont simplement peur que notre bon Keiji perde de vue sa grande mission, déclara une voix derrière eux. Vous avez appris à lire l'heure ? Vous me donnez l'impression d'être en retard. J'espère que je n'ai rien raté d'important.

— Bonjour à toi aussi, Kuroo-kun, dit Kiyoko.

Il les salua d'un signe de tête, puis prit place à côté d'elle. Il vérifia l'heure sur son portable, avant de pousser un profond soupir.

— Si tôt, commenta-t-il. Enfin, ça nous fait au moins un point commun. Tu as changé, Keiji. Je ne t'avais presque pas reconnu.

— C'est Akaashi, pour toi, répliqua celui-ci avec agacement.

Et je n'ai pas changé.

Kuroo leva les mains en guise d'excuses.

— Très bien, Akaashi, comme tu le sens.

Il se tourna vers Kiyoko.

— Jolie tenue, commenta-t-il. Quel sport ?

— Athlétisme. Il y avait une compétition ce matin.

— Tu aurais dû nous le dire plus tôt, on serait venus voir.

— Avec ma famille dans les gradins ? Mauvaise idée.

Kuroo croisa les bras derrière la tête.

— J'étais occupé, de toute façon. J'avais entraînement.

Personne ne lui demanda de quoi. Il leva les yeux au ciel.

— De volley, précisa-t-il quand même. Vous n'êtes vraiment pas très sympa, vous le savez ?

Akaashi laissa échapper un bâillement. Kiyoko afficha un sourire.

— Je ne me sens pas respecté, ici, se plaignit Kuroo. J'aurais dû rester chez moi. Moi qui me faisais une joie de partager mes récentes et incroyables découvertes avec vous...

— On t'écoute, dit Akaashi.

Kuroo secoua la tête.

— Laisse-moi manger quelque chose avant. J'ai passé une heure et demie assis dans un train.

— Quel rapport ?

— Aucun, mais personne ne devrait révéler de grand secret le ventre vide. Cela dit, ajouta-t-il, je suis très curieux de connaître les vôtres, en attendant.

Akaashi se tourna vers Kiyoko. Elle secoua doucement la tête.

— Malheureusement, je n'ai pas trouvé grand-chose, soupira-t-elle. La majorité de notre bibliothèque est entreposée chez ma grand-mère, mais je ne la vois qu'une ou deux fois par an. Mes parents ne veulent rien me dire. Wakatoshi m'a aidé à fouiller sa propre bibliothèque, mais il n'y reste rien d'intéressant.

Kuroo sourcilla.

— Comment ça, il n'y reste rien ?

— Je croyais qu'on t'en avait parlé, dit-elle avec étonnement. Les documents relatifs au rituel et au village en général ont été déplacés par le grand maître il y a une bonne vingtaine d'années. Je doute qu'il reste quoi que ce soit chez ma grand-mère, d'ailleurs.

Kuroo laissa échapper un léger sifflement.

— Eh bah.

— « Moins ils en savent, mieux ils se portent », lâcha Akaashi. C'est comme ça qu'Ukai-sama fonctionne.

— À l'ancienne, commenta Kuroo. Je suppose qu'il ne veut pas de changement d'avis intempestif. Les vieilles familles sont vraiment toutes pareilles. Si leur rituel implique des tortures corporelles ou d'autres horreurs, on a quand même le droit de savoir.

Le serveur posa sur la table trois coupes de glace bien trop grandes pour un estomac humain. Kuroo les distribua avec un large sourire.

— Enfin, mangez, dit-il, puis on parlera.

— Tu n'étais pas obligé, s'étonna Kiyoko.

— Rien de tel qu'une bonne glace pour lancer une conversation.

Ils le remercièrent puis mangèrent dans un silence pensif.

— Comment t'as eu accès à la bibliothèque des Ushijima ? demanda finalement Kuroo, les sourcils froncés comme s'il venait d'y penser.

Kiyoko lui lança un regard indéchiffrable, puis elle sourit.

— J'y suis souvent invitée, expliqua-t-elle. Wakatoshi n'y passe pas autant de temps qu'ils le souhaiteraient, alors ils comptent sur moi pour me cultiver à sa place.

— Et quoi, vous êtes mariés ?

Elle eut un rire.

— Je suppose que c'est leur objectif à long terme, dit Kiyoko.

— Sérieusement ?

— Qu'est-ce que tu croyais ? intervint Akaashi. Si Ushijima-san ne voit pas, sa famille est finie.

— Et alors ?

Akaashi et Kiyoko échangèrent un regard éloquent.

— On ne laisse pas s'éteindre une lignée d'exorciste comme celle-là, dit Akaashi. Ses parents n'accepteraient jamais qu'il se trouve une exorciste ordinaire, sans vouloir t'offenser, Kuroo. Et comme Reiko est déjà prise, il ne reste plus que...

— Ça va, j'ai compris, le coupa Kuroo en plissant du nez. Je rêve. Qui est Reiko ?

— Ma sœur, dit Akaashi.

— Ta sœur ! s'exclama Kuroo. Quel âge elle a ?

— Vingt-trois ans. Elle a eu un enfant il y a quelques mois.

Il y eut un silence étrange, un peu trop long, puis Kuroo hocha la tête avec un sourire.

— T'es tonton, alors ? Félicitations.

Kiyoko faisait tourner sa cuillère dans le fond de la coupe, l'air songeur. Akaashi éloigna la sienne pour croiser les bras sur la table.

— Alors ? demanda-t-il enfin. Tu vas nous parler de tes récentes et incroyables découvertes ?

— Je vois que tu es un bon auditeur, remarqua Kuroo. Qu'en est-il de tes découvertes ?

Akaashi sourcilla.

— Je n'ai rien à vous dire. Ma mère évite le sujet et mon père ne veut pas en entendre parler. Je n'ai pas de bibliothèque à fouiller ni de conversations à espionner.

— Je croyais que tu venais d'une famille importante, nota Kuroo.

— Plus ou moins. Ma mère est issue d'une deuxième union.

— Je suppose que ce n'est pas très bien vu.

— Ils s'en fichent. Ceux qui voient ne sont plus si nombreux, aujourd'hui.

Contrairement à ses demi-frères et sœurs, sa mère avait réussi à en mettre trois au monde, ce qui lui valait plus de considération que n'importe quel autre membre de la famille. Ça n'avait pas empêché ces derniers de conserver la majorité de leur héritage, et Akaashi n'était certainement pas assez versé sur le sujet que pour en réclamer un quelconque accès.

— De toute façon, poursuivit-il, je ne pense pas qu'on ait quoi que ce soit d'intéressant. Ma famille n'a jamais été très haut placée. Elle remonte à loin, c'est son seul avantage. Les Ushijima ont toujours été les meilleurs d'entre nous ; s'ils n'ont rien, c'est terminé. À moins que l'un d'entre vous ait un accès privilégié au domaine des Ukai, bien entendu...

— Tu n'as pas un frère qui travaille pour le grand maître ? demanda Kuroo.

Akaashi ferma les yeux un instant. Son cœur s'était emballé sans qu'il comprenne pourquoi. Après tout, la question était légitime. D'eux trois, il était sans doute le plus à même de pouvoir s'y rendre.

En théorie.

— Si, dit-il finalement.

— Il pourrait avoir entendu des informations, non ?

Akaashi s'éclaircit la gorge, puis but un peu d'eau. Il ne répondit pas. Kuroo lança à Kiyoko un regard interrogateur auquel elle réagit par une moue indécise.

— Akaashi ?

— Je ne peux pas le lui demander. Il est probablement déjà au courant de tout, de toute façon.

— Ça facilite les choses, non ?

— Non.

Il n'ajouta rien. Sentant qu'il valait mieux ne pas s'aventurer plus avant sur ce terrain, Kuroo se redressa sur sa chaise et tapota des doigts sur la table.

— Bon, eh bien, à mon tour. Je viens peut-être d'une famille d'exorcistes de bas étage, mais vous savez ce que j'ai et que vous n'avez apparemment pas ?

Comme il semblait attendre une réponse, Kiyoko fit non de la tête.

— Bien deviné, dit Kuroo. Une connexion internet. Eh oui ! Même le grand maître Ukai ne peut pas cacher ce que recèlent les meilleurs sites d'informations paranormales du pays. Aucune rumeur ne peut échapper à ceux qui savent où...

— Viens-en aux faits, l'interrompit Akaashi.

Kuroo lui tira la langue.

— Préparez-vous à être époustouflés, l'avertit Kuroo. Je n'ai pas trouvé énormément plus que ce que nous savons déjà, et presque rien sur ce qu'il s'est passé ces dernières années, mais les rumeurs sur le village coulent à flots.

— Que disent-elles ? demanda Kiyoko.

— Eh bien, beaucoup de choses plus ou moins vraies, répondit Kuroo avec un enthousiasme manifeste. Ils disent que le village est maudit, ce qui était peut-être discutable à une époque mais indéniablement vrai aujourd'hui. Ils disent que la région a été longtemps épargnée par les épidémies, mais qu'elle a été plus durement touchée que n'importe quelle autre par la grippe et ses copains depuis le début des années septante. Une partie des habitants sont partis vivre ailleurs, mais ça n'a rien changé. La malédiction les suit partout. La plupart d'entre eux n'auront pas le loisir de mourir de vieillesse, si vous voyez ce que je veux dire.

— C'est pour cette raison qu'ils nous ont appelés, souligna Kiyoko. On est déjà au courant.

— Bien sûr, bien sûr, mais savais-tu que la majorité des exorcistes de l'époque ne sont plus sur le circuit ? Ceux qui ne sont pas malades ou morts n'ont eu aucune descendance, et quand ça arrive par miracle, les enfants « ne voient pas », comme vous le dites si bien.

— Et tu as lu ça sur internet, dit Akaashi, la mine dubitative.

— Bon, non, pas ça. J'ai pris contact avec quelqu'un qui prétendait venir de la région, sur un forum. Je l'ai rencontré en janvier, et il m'a raconté un tas de trucs.

— Tu l'as rencontré ? répéta Kiyoko. Je te croyais plus prudent.

— Et alors ? Je n'y suis pas allé tout seul. Mon meilleur pote est venu avec moi. Bref, ce mec avait le même âge que moi, et sa famille a quitté la profession depuis longtemps. Ils sont moins secrets que chez nous, c'est sûr.

Akaashi avait ses doutes, mais il ne dit rien.

— Comment il s'appelle ? demanda-t-il.

— Sakusa Kiyoomi.

— Ça ne me dit rien, fit Kiyoko.

— Pas étonnant, vu ce qu'on sait sur les personnes présentes à cette époque, c'est-à-dire rien. Il n'était pas très sympathique, ajouta-t-il en plissant les yeux, mais je ne suis pas étonné que sa branche ait survécu, vu son obsession malsaine pour l'hygiène. Bref. Selon lui, un de ses cousins à je ne sais quel degré aurait été le premier à tenter la grande aventure. Il ne savait pas très bien de quoi il s'agissait, cela dit, et je ne lui ai rien dit. Je suis sûr qu'Ukai le saurait.

Mal à l'aise, Akaashi détourna les yeux.

— Quoi qu'il en soit, reprit Kuroo d'une voix mystérieuse, il a entendu beaucoup de choses sur ce soir-là.

— Comme ? dit Akaashi.

— Des histoires d'horreur stupides, pour la plupart. Et la manière dont Oikawa-san est mort.

Il y eut un silence. Kiyoko lui fit signe de continuer.

— Apparemment, poursuivit donc Kuroo, il se serait suicidé.

— Impossible, répliqua Akaashi derechef. Il avait l'air vivant. Les suicidés ne ressemblent pas à ça.

— Je sais, je sais. Je le lui ai dit. Il a dit que d'après les rumeurs, il se serait, comment dire, tiré une balle. J'imagine que l'histoire a été déformée pour ne pas nuire aux témoins.

— Une arme à feu ? répéta Kiyoko avec un hoquet de stupeur.

— Quoi ?

— Ça ne colle pas, dit Akaashi. C'est trop...

— Brutal ? termina Kuroo.

Violent, pensa Akaashi. Absurde.

— Vous avez l'air sceptiques. Vous savez, les armes à feu existent depuis plus longtemps que ça. J'en ai discuté avec Kenma — mon meilleur ami, précisa-t-il en constatant que les autres fronçaient les sourcils — et c'est beaucoup plus logique. Si le rituel a échoué, c'est qu'il y a une raison.

Comme les deux autres ne réagissaient pas, Kuroo émit un profond soupir.

— Je ne vais pas vous faire un dessin, si ? Oikawa a dû refuser de réaliser le rituel, ça, on s'en doute — mais je ne pense pas qu'il l'ait fait contre sa volonté ; à mon humble avis, il ne l'a pas fait du tout.

— Parce qu'il était mort avant, murmura Akaashi. On lui a tiré dessus ?

— Ils ont dû balancer son corps dans la fosse en croyant que ce serait suffisant. Pas très malin de leur part. On ne rigole pas avec les rituels comme ceux-là, surtout s'ils impliquent à un moment ou à un autre un sacrifice humain.

— Quelle horreur, dit Kiyoko.

— Mais ils ne peuvent pas... commença Akaashi, mais Kuroo l'arrêta d'une main.

— Vous trouvez ça horrible ? Je doute que les participants aient toujours été heureux de se jeter dans la fosse, même pour le bien de la communauté, dit-il lentement. Ils ont dû prévoir le coup, au bout d'un moment. Oikawa refuse d'entendre parler du rituel, pas vrai ? Pourquoi agirait-il autrement qu'à l'époque ? Ils ont essayé de le forcer à le faire, et ça n'a pas marché. C'est aussi simple que ça. Après toutes les années passées à le préparer, ils ont certainement perdu patience.

Pour le bien de la communauté, songea Akaashi. Il se sentit soudain pris de vertiges. Il vida son verre d'eau d'un trait et le reposa d'une main tremblante.

— Tu vas bien ? s'inquiéta Kiyoko. Tu as l'air pâle.

Ça va, voulut-il répondre, mais quelque chose s'agita dans un coin de sa vision, et soudain —

L'ombre souriait.

Akaashi retint son souffle, les yeux rivés sur la fenêtre qui donnait sur la rue. L'ombre n'était pas entrée. Immobile, ce qui lui servait de tête collé contre la vitre, elle souriait.

Son cœur s'emballa.

— Akaashi ?

Kuroo et Kiyoko suivirent son regard.

— Tu vois quelque chose ? demanda Kuroo à voix basse.

— Vaguement, répondit Kiyoko. Ça n'a pas l'air bon. Akaashi, qu'est-ce que c'est ?

L'ombre leva lentement un bras dans une parodie de salut, puis elle disparut.

Il relâcha sa respiration, puis passa une main sur son visage blême.

— Mon frère est rentré, déclara-t-il dans un souffle. Il faut que j'y aille.

Kuroo ouvrit la bouche pour protester, mais Akaashi le fit taire d'un geste.

— Il faut que j'y aille, répéta-t-il plus calmement.

— Laisse-nous au moins ton numéro de téléphone, soupira Kuroo. Je ne vais pas pouvoir me contenter d'un rendez-vous illégal par an, vous savez. Vous n'êtes pas si nuls, au final.

Le visage d'Akaashi s'adoucit légèrement. Tous les trois échangèrent leurs informations de contact, puis Akaashi les remercia et s'en alla.

L'ombre n'était plus dans la rue quand il la traversa pour rejoindre l'arrêt de bus le plus proche, mais il la vit, debout au milieu des voitures, lorsque le bus démarra pour le ramener chez lui.

xxxxx

Son frère n'était nulle part en vue lorsque Akaashi arriva chez lui. Le couloir sombre de l'entrée ne l'invitait guère à espérer, cependant, et c'est sur ses gardes qu'il retira ses chaussures et son manteau avant de se rendre dans le salon.

Sa mère, une tasse de thé à la main, pianotait sur un ordinateur portable, tandis que son père paraissait plongé dans la lecture d'un livre plus ancien que la maison elle-même.

Akaashi regarda autour de lui. L'ombre le dévisageait à travers la vitre du salon, plus tangible que jamais, la bouche ouverte sur un amas de ténèbres grouillantes. Akaashi suivit le mouvement de sa main qui se tendait lentement vers le ciel.

— Où est Yū ? demanda Akaashi, faisant de la sorte sursauter ses deux parents.

— Keiji ! Où étais-tu passé ? demanda sa mère en posant une main contre sa poitrine. Tu m'as fait une peur...

— Comment fais-tu pour toujours savoir que ton frère est ici ? l'interrompit son père.

Akaashi conserva un silence obstiné.

— Il a dû voir ses chaussures, intervint sa mère. Tu veux que je l'appelle ?

— Non. Où est-il ?

— En haut, répondit-elle. Il purifie la maison.

— De quoi ?

— Il va falloir le lui demander.

Il ne préférait pas. Il sortit de la pièce et se dirigea d'un pas silencieux jusqu'à la salle de bain.

Il s'arrêta quelques secondes devant le miroir. Il n'avait pas changé. Rien n'avait changé. Il était toujours trop jeune, trop pâle, le regard trop vide. Il plaqua une main sur les yeux de son reflet.

Puis il sourit, et il oublia un peu qu'il avait peur, juste assez pour pouvoir se laver en se frottant la peau jusqu'à ce qu'elle prenne une teinte rouge vif, pour pouvoir plonger la tête dans l'eau sans avoir envie de s'y noyer.

Il se rhabilla dans le plus grand silence. Quand il ouvrit la porte, son frère l'attendait derrière, le dos droit, le regard posé sur lui comme on posait les yeux sur un oiseau mort au milieu d'un trottoir.

— Keiji, dit-il en guise de salutations.

— Yū, le singea Akaashi sur le même ton.

Il regretta immédiatement d'avoir ouvert la bouche. Les yeux de son frère se plissèrent dangereusement. Ignorant les battements douloureux de son cœur, Akaashi fit mine de retourner dans le salon. Yū l'arrêta d'une main sur l'épaule.

— Où crois-tu aller ? siffla-t-il à voix basse.

— Dans le salon, répondit-il sans pouvoir s'en empêcher.

Son frère secoua la tête.

— Voyons, Keiji. Tu ne comptes quand même pas te présenter devant ta famille comme ça ? Tu peux te laver jusqu'à t'arracher la peau, si ça t'amuse, mais ça ne te débarrassera pas de la puanteur que tu laisses partout sur ton sillage.

— J'ai été purifié, marmonna Akaashi en serrant les dents.

— Pas suffisamment, on dirait.

Akaashi expira longuement.

— C'est peut-être toi qui répands cette odeur, alors, souffla-t-il.

Yū pencha légèrement la tête. Après un moment, il lui sourit.

— Keiji, Keiji, soupira-t-il.

Il lui posa une main sur la joue et ferma les yeux un instant. Akaashi se figea d'instinct.

— Qui a bien pu te donner l'idée que tu étais assez important pour pouvoir me parler comme ça ? Le vieil Ukai ? Il ne faut pas croire tout ce qu'il dit. Crois-tu avoir la moindre utilité à ses yeux ? À ceux de la communauté ?

La main de Yū glissa jusqu'à sa nuque où elle agrippa violemment ses cheveux pour tirer sa tête en arrière. Il ne souriait plus.

— Tu te crois en sécurité ? demanda-t-il d'une voix d'autant plus menaçante que son sourire s'était agrandi. Invincible ? Ah, Keiji. Tu ne t'es jamais montré très malin, mais je ne te pensais pas aussi naïf. Regarde-moi.

Akaashi garda les yeux résolument fixés sur le plafond.

— Tu ne vaux rien, Keiji, tu le sais. Tu ne vaudras jamais rien, quoi que le « grand maître » puisse murmurer à tes tendres petites oreilles. Ne commets pas l'erreur d'oublier qu'il dispose de deux substituts. Au fond, il devait savoir que tu serais incapable d'y arriver.

— Il a confiance en moi, articula Akaashi.

Peu enclin à admirer son obstination, Yū le plaqua violemment contre le mur et attrapa sa mâchoire pour le forcer à le regarder dans les yeux.

— Je t'interdis d'ouvrir la bouche, cracha-t-il.

Akaashi tenta de le repousser, mais ses mouvements lui parurent lents et ses membres flasques, ce qui arracha à Yū un nouveau sourire sans joie.

— Je vois, dit-il. Je vois.

Il le relâcha doucement puis posa les mains sur ses joues.

— Tu vas payer, promit-il, et Akaashi n'en douta pas un instant. Va manger quelque chose. Maman a laissé une assiette pour toi dans le frigo. Et ne t'en fais pas, ajouta-t-il en lui tapotant la joue droite. Je ne t'oublie pas.

Yū lui ébouriffa les cheveux puis se dirigea vers le salon.

Akaashi ne se détacha du mur qu'après une dizaine de minutes. La sueur avait collé son t-shirt dans son dos tant et si bien qu'il préféra se changer avant de rencontrer l'un de ses parents au détour d'un couloir. Il n'alluma pas la lumière de sa chambre, de peur de croiser son reflet dans le grand miroir installé sur le mur. Il revêtit un nouveau t-shirt, attendit, le retira, en enfila un autre. Celui-là ne lui plaisait plus tellement. Il aurait peut-être moins de peine à s'en débarrasser.

Il était près de huit heures quand il descendit dans la cuisine. Alors qu'il mangeait sans appétit, il entendit des voix s'élever dans le hall d'entrée.

— Tu es sûr que ça ira ? demandait sa mère, et le cœur d'Akaashi se serra.

— Bien sûr, fit Yū.

— On peut emmener Keiji, si tu préfères. Tu serais plus tranquille.

Yū éclata de rire.

— Il fait partie des grands, désormais, pas vrai ? Il doit voir ce qu'un véritable exorciste peut faire. J'aurai besoin d'un assistant, de toute façon. Je ferai attention à lui, ne vous inquiétez pas.

— Pas de bêtises en notre absence, plaisanta son père. Quand pouvons-nous revenir ?

— Lundi soir, répondit Yū. La maison ne sera pas sûre avant ça. Tu sais ce que c'est.

— Très bien. À lundi, dans ce cas. N'hésite pas à nous contacter s'il y a un problème.

Ils échangèrent encore quelques politesses, puis la porte d'entrée s'ouvrit et se referma, plongeant la maison dans un silence malveillant.

Yū apparut dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Il regarda Akaashi manger pendant ce qui lui parut une éternité, puis il soupira.

— Keiji, Keiji. Pourquoi pleures-tu ? Il ne s'est encore rien passé.

Mais il ne pleurait pas. Il serra les poings. Il essaya, tout du moins, mais il était incapable de dire s'il était ou non arrivé à ses fins.

— Toujours à faire des histoires, continua Yū, mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave, Keiji. Tout va bien se passer. Tu sais comment ça marche. Ce n'est pas comme si j'avais le choix. Ukai aurait dû s'en charger lui-même, mais en plus d'être un lâche, c'est aussi un profond ignorant, comme tu l'as sans doute remarqué. Pose tes couverts. Je me chargerai de la vaisselle.

Akaashi obéit sans protester. Ses mains étaient couvertes de sueur.

— Combien penses-tu pouvoir encaisser ? demanda Yū en s'asseyant face à lui. Deux heures ? Six ? Vingt-quatre ? Papa et maman ne reviennent qu'après-demain. Tu vas devoir te montrer plus fort que ça.

Il secoua la tête.

— Mais je me sens clément, aujourd'hui. Ton petit numéro d'adolescent rebelle n'a même pas réussi à me mettre de mauvaise humeur. C'est trop important, tu comprends ?

Il sortit son téléphone de sa poche et le tendit à Akaashi.

— Tu as deux minutes. Fais attention à ne pas réveiller le petit.

Ses mains tremblaient tellement qu'il eut du mal à taper le numéro qu'il connaissait pourtant par cœur. Il colla l'appareil à son oreille, le souffle court. Chaque sonnerie semblait être séparée de la précédente par une année entière. Il faillit hurler lorsqu'il tomba sur le répondeur, puis il raccrocha et rappela directement, trop conscient du regard de son frère qui, le menton posé entre ses mains en coupe, comptait les secondes à voix haute.

Akaashi laissa échapper un hoquet de terreur quand la voix de sa sœur retentit à l'autre bout de la ligne.

— Qu'est-ce que tu veux, Yū ? demanda-t-elle avec une hostilité évidente.

— Reiko, réussit à prononcer Akaashi.

— Keiji ? s'exclama-t-elle. Où es-tu ?

— À la maison, articula-t-il précipitamment. Reiko, viens me chercher, s'il te plaît. Il est... Je ne peux pas...

— Où est-il ?

— En face de moi.

— Mets le haut-parleur.

Il s'exécuta et fit glisser le téléphone au milieu de la table.

— Yū, dit-elle à travers l'appareil, s'il lui arrive quoi que ce soit, je te jure que...

— Ah, Reiko ? Je ne t'entends pas bien. Keiji est un peu malade, il a dû t'appeler par erreur.

— Tu n'as pas intérêt à...

Il coupa la communication, l'air fatigué.

— Bien. La purification. Allons-y, et sois sage, pour une fois. Tu ne voudrais pas que ça tourne mal.

Yū le saisit par le bras et l'emmena à l'étage. Akaashi ne résista pas lorsqu'il le fit entrer à l'intérieur du grenier, pas non plus quand il l'obligea à s'agenouiller au centre de la pièce, comme il l'avait fait des dizaines de fois depuis qu'il avait aperçu son premier esprit — l'ombre que son frère pensait avoir exorcisée mais qui flottait encore dans les recoins les plus sombres, accroupie face à lui, un sourire trop large sur un visage dévasté.

Yū alluma les bougies qu'il avait placées là des années plus tôt. Il partit chercher trois bols en terre cuite qu'il posa au sol devant son frère, puis les remplit d'eau.

— Tu connais la chanson, dit-il. Ne parle pas. Ne résiste pas. Tout va bien. Ça ne fait pas mal.

Akaashi dodelina de la tête. Les limites de la pièce s'évanouissaient dans un océan de ténèbres.

Yū s'assit face à lui et claqua des doigts.

— Ce n'est pas le moment de partir. Réveille-toi.

Il leva les yeux sans conviction. Aucune forme de volonté ne résistait à l'épaisseur suffocante de la nuit.

— Un bol pour purifier le corps, dit Yū en laissant tomber quelques gouttes d'un liquide sombre dans le premier bol.

Il plaça les mains au-dessus du deuxième bol, nettement plus large, dont l'eau étrangement sinistre absorbait jusqu'à la lumière vacillante des bougies.

— Un pour purifier le cœur, continua Yū. Et le dernier...

Il déposa trois feuilles vertes parfaitement identiques dans le troisième bol.

— Pour purifier les yeux. Je compte sur toi, Keiji. Ne parle pas. Ne crie pas. Bois.

Akaashi prit le premier récipient et le porta à sa bouche. L'eau était un peu plus amère que d'habitude, mais il ne le remarqua qu'à peine.

La réaction fut immédiate : il ne fallut pas une minute pour qu'il soit saisi de haut-le-cœur violents, et le contenu de son estomac se répandit au sol, ne laissant dans sa gorge qu'une douleur enflammée et acide. Il ferma les yeux pour ne pas le voir. Son frère le nettoya sans un commentaire, puis il poussa le deuxième bol jusqu'à lui.

— Le cœur, répéta-t-il à voix basse. N'aie pas peur. Regarde-la bien.

L'eau ne reflétait même pas son visage. Elle se mouvait avec lenteur, comme un animal, et Akaashi la regarda jusqu'à ce que sa vision se brouille à nouveau.

Ses larmes ne firent aucun bruit lorsqu'elles tombèrent à l'intérieur.

— Bien, commenta Yū.

Il tendit la main jusqu'à toucher les cheveux d'Akaashi, puis il lui fit baisser doucement la tête, jusqu'à ce que son visage se retrouve entièrement submergé par l'eau glacée.

Il resta immobile une bonne minute. Quand il commença à se débattre, la poigne de Yū le maintint au fond sans état d'âme.

Il sentit quelque chose de froid caresser sa peau, une main désincarnée aux longs doigts visqueux, puis une autre, une autre encore, jusqu'à ce qu'il oublie entièrement la présence de l'eau. Il entrouvrit la bouche. La referma. Quelque chose s'agita dans sa poitrine, sans qu'il sache exactement quoi.

Des voix murmuraient des prières au creux de ses oreilles, tantôt colériques, tantôt implorantes. Il ne comprit pas ce qu'elles disaient, mais il n'aimait pas ça. Il tenta à nouveau de se dégager, en vain.

Tout va bien.

Au moment où il se sentit perdre connaissance, Yū le tira en arrière et le contenu du bol se déversa devant lui.

— J'ai entendu, dit Yū comme s'il répondait à une question muette. Ils s'accrochent à toi comme des tiques. Tu ne peux vraiment pas t'en empêcher, pas vrai ? Tu étais censé les envoyer dans l'autre monde. Ce monde n'a pas de place pour le regret.

Mais il ne regrettait rien.

Il n'avait pas crié.

— Ce n'est pas terminé.

Yū souleva le troisième bol et le versa sur la tête de son cadet.

Les lumières furent les premières à disparaître, puis ce fut le tour des bols, puis de Yū lui-même, jusqu'à ce qu'Akaashi se retrouve dans l'obscurité avec l'ombre accroupie pour seule compagnie.

Elle ne souriait plus. Elle se balança d'avant en arrière avant de s'immobiliser comme une odieuse statue de pierre.

N'aie pas peur.

Ça ne fait pas mal.

Akaashi baissa les yeux vers le sol. Malgré l'absence de lumière, l'eau luisait légèrement. Il s'en approcha jusqu'à distinguer ce qui ressemblait à un corps blafard aux contours imprécis dans ses reflets brillants. En dépit de tous ses efforts, il ne parvenait pas à en deviner les traits, que l'eau rendait encore plus incertains.

Il murmura : Je ne vois rien.

Il ne cria pas.

Puis son frère porta le premier bol à ses lèvres, le maintint au fond du deuxième (les voix chuchotaient des secrets intraduisibles, et il se sentit sur le point de comprendre, mais sa conscience lui échappa et il revint trop vite à lui), versa le contenu du troisième sur son crâne et, une fois de plus, il était seul — non — dans les ténèbres.

L'ombre s'était rapprochée. Il ne la regarda pas.

Au fond de l'eau, la forme était couchée, probablement morte, mais Akaashi n'aimait pas les hypothèses et le temps passait trop vite, alors il dit :

— Je ne vois rien.

Il sentit à peine le liquide amer s'écouler dans sa gorge ou l'oxygène lentement retrouver ses poumons.

Le corps paraissait reposer dans une flaque de sang noir. Un frisson glacial lui parcourut l'échine. Il y avait quelque chose à comprendre. Quelque chose à faire.

— Je ne vois pas...

Il ne reconnut Oikawa qu'à la sixième tentative, et c'est la septième qui, le plus, lui retourna l'estomac.

Oikawa paraissait un peu plus âgé, s'il en croyait le peu qu'il pouvait discerner de son visage. Couché sur le ventre, ses deux yeux ouverts sur un vide absolu, il était tiré par des silhouettes indistinctes, laissant sur le sol terreux un sillon de sang frais.

Ça ne fait pas mal.

Soudain, Kuroo se trouvait devant lui, accroupi à la place de l'ombre, et il secouait la tête de dépit.

— Abattu, dit-il. Je te l'avais dit.

— Pas étonnant qu'il soit resté là-bas, soupira Kiyoko dans son dos.

Il fit volte-face. Elle le regarda d'un air grave.

— Mais je ne vois pas... commença-t-il, et Kuroo l'interrompit avec un simple :

— Tu devrais peut-être lui poser la question.

— Il est juste là, ajouta Kiyoko.

Akaashi se pencha vers le reflet, si près qu'il sentit l'eau mouiller son front déjà couvert d'une sueur glacée.

— Comment est-il mort ? chuchota-t-il si bas qu'il douta que quiconque l'ait entendu.

Le corps se redressa soudain avant de disparaître sans avertissement.

— Il ne me dira rien, souffla Akaashi. Je ne veux pas savoir...

Il baissa les yeux vers le sol. Un plant de myosotis avait poussé juste devant lui, une question silencieuse.

— Non, dit Akaashi.

— Il te manque déjà ? demanda Kuroo.

Non. Sans doute.

— Tu lui manques beaucoup, dit Kiyoko. Mais c'est trop tôt.

— Je sais.

Il regarda autour de lui. Le grenier n'était guère plus qu'un lointain souvenir, désormais. Il pouvait sentir l'odeur des bougies, s'il se concentrait assez, l'eau sur sa peau aussi, mais le reste lui paraissait si distant, intangible, comme un rêve qu'il aurait oublié de quitter.

— Comment êtes-vous arrivés ici ? demanda-t-il enfin.

— Je t'ai entendu crier, répondit Kiyoko. (Elle paraissait si déliée, elle aussi, immatérielle, un simple nuage de fumée.)

— Il nous a suffi de te suivre jusqu'ici.

Son cœur se serra à lui en faire mal.

— Vous êtes morts ?

— Les hommes partent, les souvenirs restent, dit Kuroo.

Kiyoko posa les mains sur ses épaules.

— Mais ce n'est pas le moment de partir, déclara-t-elle d'une voix douce. Réveille-toi.

Les bougies réapparurent, et c'est à cet instant seulement qu'il s'arrêta de hurler.

xxxxx

Il ne savait pas ce qui l'avait réveillé. Sa sœur le faisait descendre du grenier en le soutenant du mieux qu'elle le pouvait, tandis que Yū, assis devant la porte, les regardait faire sans réagir.

— Tu..., commença Reiko, je ne sais même pas comment...

Yū croisa les bras.

— Vas-y, parle.

— C'est ton frère. Comment oses-tu... (Elle se mordit la lèvre comme pour s'empêcher de continuer.) Qu'est-ce que tu lui as fait ?

— Une simple purification. Tu sais de quoi je parle.

— Une de tes inventions dangereusement stupides, cracha Reiko. Je ne sais pas qui tu es, Yū, mais tu n'es pas mon frère. Si Keiji ne se réveille pas d'ici deux minutes, je te jure que j'exorciserai moi-même chaque fragment de ce qui te reste d'âme jusqu'à ce que tu...

Akaashi ouvrit les yeux et se redressa lentement.

— Je vais bien, dit-il.

Ça sonnait faux, mais il ne savait pas quoi dire d'autre. Il ne mentait pas vraiment. Il se sentait vide, ni bien ni mal, si ce n'était sa gorge dont irradiait une douleur détachée.

— Keiji !

— Tu vois ? fit Yū. Je sais ce que je fais.

— Et combien de fois l'as-tu fait, exactement ? À quelle profondeur ai-je dû aller le repêcher, à ton avis ?

— Ça aurait pu être pire. Papa et maman ne reviennent que demain soir.

— Tu aurais continué jusque demain soir ?

— Écoute, c'est déjà du passé. Pas vrai, Keiji ?

Il avait eu tort. Il ne se sentait pas très bien.

Il acquiesça sans y penser.

— Pourquoi tu l'as suivi ? le réprimanda sa sœur en l'aidant à se relever. Tu savais très bien...

— Ne lui mets pas de mauvaises idées en tête. Keiji savait que c'était nécessaire.

— Keiji ?

Celui-ci cilla.

— Est-ce qu'on l'a abattu ? demanda-t-il. Oikawa-san.

— De quoi tu parles ? demanda Reiko. Yū ?

Ce dernier haussa les épaules.

— Mais je l'ai vu, insista Akaashi. Dans le dernier bol.

— Tu l'as vu ? répéta Yū. Lui ? Avec toutes les merdes qui te tournent autour ? Quelle blague. Je n'arriverai jamais à rien avec toi. Enfin, quelle importance ? Tu seras mort dans quelques années, de toute façon. Je ne devrais même pas me donner du mal.

— Sors d'ici, lui ordonna sa sœur. Rentre chez toi et pends-toi, ça vaudra mieux pour tout le monde.

Yū éclata de rire.

— Pitié, ce n'est pas moi qui vais mourir jeune. Je n'ai plus rien à faire ici, de toute façon. Vous transmettrez mes excuses à papa et maman. Ah, et au passage, Reiko — Keiji n'est pas mon frère. C'est une offrande. Un bouc émissaire. À ta place, je ne m'y attacherais pas trop.

Il partit sans ajouter un mot. Tremblante de rage, Reiko conduisit Akaashi jusqu'à sa chambre.

— Ils auraient dû l'interner le jour où il a commencé à s'inventer ces « purifications » ridicules, marmonna-t-elle. Je t'ai entendu crier depuis le jardin. Tu es sûr que ça va ? Tu veux quelque chose à manger ?

— J'ai envie de dormir.

Alors qu'il se mettait au lit, elle s'adossa au mur, pensive.

— Je n'ai jamais compris ce que vous faisiez, lui et toi. Sérieusement, à quoi tu pensais, Keiji ? Maman m'a dit que tu n'avais pas voulu partir.

Il ne répondit pas. Le plafond ondulait doucement au-dessus de lui, une mer calme et docile, comme il l'avait été.

Reiko soupira.

— La prochaine fois, fais demi-tour, dit-elle. Ou appelle-moi avant qu'il te tombe dessus. Tu sais que tu peux compter sur moi, pas vrai ?

Un souhait, pas une certitude. Il ne savait pas, parce qu'elle avait tort. Il ne pouvait pas faire demi-tour. Il ne pouvait compter sur personne. Il était seul. Insignifiant. Toujours utile, mais plus pour longtemps, et lorsqu'il aurait échoué comme tous les autres avant lui, alors il...

Le plafond s'illumina d'un millier d'étoiles. Il les regarda briller, apathique.

— Keiji ?

N'obtenant aucune réponse, Reiko se leva pour quitter la pièce.

— Tu t'en vas ? demanda Akaashi.

Sa voix lui parut lointaine, à mille lieues d'où il se trouvait encore.

— Je reste ici jusqu'à demain, lui assura sa sœur. Ne t'en fais pas. Il te laissera tranquille.

— D'accord.

Elle lui sourit.

— Bonne nuit, Keiji. Fais de beaux rêves.

xxxxx

Il s'éveilla au milieu de la nuit, le visage enfoncé dans son oreiller trempé de sueur. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre où il se trouvait ; quelques minutes pour oublier le cauchemar qui se cramponnait encore à son esprit, s'écoulait dans ses veines comme un poison mortel.

Il s'assit sur le lit pour calmer les battements furieux de son cœur, expira lentement, puis se passa une main sur les yeux en espérant effacer les images qui dansaient encore derrière ses paupières.

Dans ses rêves, l'ombre se tenait si proche de lui qu'il pouvait sentir son haleine fétide sur sa peau. Elle levait la main pour le toucher, mais il s'arrachait au sommeil avant qu'elle en ait l'occasion. Il espéra que ça n'irait pas plus loin.

Les cauchemars avaient commencé le jour de la purification. Ils ne s'étaient plus arrêtés depuis. Ce n'était pas tout à fait inhabituel, mais Akaashi ne les conservait d'ordinaire qu'une poignée de semaines, et ils n'avaient jamais été aussi étranges et précis.

Il jeta un coup d'œil au futon installé non loin du sien. Enroulé sur lui-même, Kuroo dormait encore du sommeil du juste ; Akaashi estima préférable de ne pas le déranger.

Il s'approcha discrètement de l'unique fenêtre de la pièce. La maison principale s'élevait au-dessus d'une petite colline sombre, à peine visible dans l'obscurité. Du jardin, on ne distinguait que les murs, ainsi que quelques arbres dont les branches malades tentaient vainement d'échapper à leur destin funeste. Peut-être ressentaient-ils la présence d'Oikawa, eux aussi.

Akaashi se demanda distraitement où ce dernier disparaissait pendant l'année, quand le jardin refusait de l'accueillir — ou qu'il refusait de s'y rendre. La réponse lui resterait probablement pour toujours mystérieuse. Il laissa échapper un soupir.

La perspective de le revoir après un an d'absence l'enthousiasmait autant qu'elle le terrifiait. Rien ne permettait de prédire la réaction d'Oikawa, qui n'avait jamais rencontré le même exorciste deux fois d'affilée. Il ne se souvenait peut-être pas de lui. Il était toujours possible qu'il faille tout recommencer à zéro. Et s'il se souvenait de lui, qu'en était-il de l'accueil qui lui serait réservé ? Akaashi n'avait pas failli à sa promesse, mais un an s'était écoulé depuis. Un an de solitude pouvait faire plus de dommages qu'une promesse trahie, surtout sur un esprit instable comme celui-là.

C'est avec une boule au creux de l'estomac qu'Akaashi attendit l'aube, et lorsque le premier rayon de soleil caressa l'horizon, il s'habilla discrètement et sortit de la chambre à pas de loup.

Le silence qui régnait encore dans les couloirs le mettait mal à l'aise. Le petit salon était vide ; la cuisine, pleine des odeurs endormies de la veille. Sans savoir pourquoi, Akaashi s'était préparé à trouver le grand maître Ukai assis dans un fauteuil à l'attendre, le regard dur et les bras croisés, comme il l'avait souvent vu ces derniers jours. Il était ici depuis une semaine, et l'homme ne l'avait quasiment pas lâché des yeux.

Mais personne ne le surveillait, pour le moment, et le jour était levé.

Akaashi déverrouilla la porte d'entrée et sortit. Le vent transportait jusqu'à lui des effluves fleuris, comme une invitation. Il quitta le domaine sans un regard en arrière. Si « la communauté » tenait tant à ce qu'il se mette au travail, il ne les décevrait pas. Après tout, il était attendu.

xxxxx

Le jardin resplendissait dans la lumière du matin. Akaashi resta un moment immobile, soudain envahi par une vague de tristesse qui, si elle ne lui appartenait pas, lui était familière. Il balaya le jardin des yeux. Des chardons avaient poussé sur une partie des plantations, étouffant un parterre de fleurs autrefois d'un doux bleu d'été.

Au milieu des feuilles mouvantes et des fleurs tournées vers le ciel, Oikawa brillait par son absence. Il était là, pourtant. Akaashi n'avait aucun doute sur la question. Il pouvait sentir sa présence comme un bruissement dans l'air, plus forte encore qu'avant, mais toujours intangible.

Hésitant, il ouvrit la bouche et appela :

— Oikawa-san ?

Puis il entendit quelqu'un chantonner, quelque part à sa droite, et soudain il était là, à genoux dans l'herbe, le bras presque entièrement plongé dans les eaux claires de l'étang. Le soulagement lui donna le tournis. Il s'était à peine rendu compte de l'angoisse qui lui torturait les entrailles.

— Qu'est-ce que tu cherches ? demanda-t-il d'une voix qu'il espérait calme.

Oikawa ne réagit pas. Il fronça les sourcils, puis plongea une deuxième main dans l'eau, troublé.

Akaashi s'approcha prudemment.

— Oikawa-san, répéta-t-il. Est-ce que tout va...

Les quelques plantes aquatiques qui flottaient à la surface frémirent à peine lorsque Oikawa bascula dans l'eau.

Akaashi se précipita vers l'étang. Oikawa n'était nulle part en vue. Il crut apercevoir un mouvement, tout au fond de l'eau, mais il disparut avant qu'il pût investiguer plus longtemps.

— Que cherches-tu, exorciste ? dit une voix dans son dos.

Akaashi s'immobilisa. Soudain las, il ferma les yeux.

— Une issue, répondit-il à voix basse.

— Il n'y en a plus aucune, dit Oikawa.

Alors j'aurais dû rester chez moi.

Akaashi se redressa pour lui faire face, mais le garçon s'était à nouveau évaporé dans les airs.

— Je n'ai pas envie de jouer, le prévint-il. Je m'en vais.

Une contrariété sans fondement le poussa à se diriger vers la porte d'un pas vif. Il posa la main sur la poignée qui, à son grand étonnement, ne lui offrit aucune résistance.

La porte s'ouvrit sur le salon, sombre et inhospitalier.

— Il m'a laissé derrière, murmura Oikawa dans son dos.

Akaashi se retourna. Accroupi au sol, les bras serrés autour de ses genoux, Oikawa le dévisageait, l'œil vide.

— J'ai tenu ma promesse, rappela Akaashi.

Oikawa cilla, puis enfouit son visage entre ses mains.

— Ne me laisse pas tout seul, marmonna-t-il contre ses paumes.

Akaashi soupira.

— Qu'est-ce que tu veux de moi ?

À sa grande surprise, Oikawa se mit à rire. Akaashi referma la porte.

— Oikawa-san.

Oikawa s'arrêta aussi brutalement qu'il avait commencé. Il leva les yeux vers lui et, cette fois, Akaashi crut y déceler une étincelle de reconnaissance.

— Kei-chan ?

Oikawa se releva d'un bond puis, sans prévenir, il se jeta sur lui.

— Kei-chan ! s'exclama-t-il en le serrant contre lui. Tu es revenu !

Le poids de son corps manqua de le faire basculer. Akaashi sentit une étrange chaleur lui traverser le ventre. Il éloigna Oikawa d'une main sur la poitrine.

— Je t'ai attendu, dit Oikawa en le saisissant par les épaules. Je t'ai attendu encore et encore et –

Il s'interrompit et porta les doigts à ses joues comme pour mieux le regarder.

Je n'ai pas changé, pensa Akaashi.

Oikawa plissa les yeux, puis déclara :

— Tu sens bizarre.

— Super, répliqua Akaashi. Merci.

— La sauge. Le sel. L'ipéca. Ce n'est pas un mélange très agréable. Tu essaies de repousser quelqu'un ?

— Non, répondit Akaashi.

— Alors qui t'a fait ça ?

Son ton nonchalant ne pouvait pas masquer la lueur de colère qui s'était allumée dans ses pupilles. Akaashi estima préférable de ne pas l'échauffer.

— Ton jardin n'a pas l'air en très bon état.

Oikawa le relâcha pour regarder autour de lui.

— Ah, c'est chaque année la même chose. Je devrais peut-être laisser ça comme ça.

— Je peux t'aider, si tu veux.

— Toujours autant de temps à perdre, à ce que je vois. Tu es retourné chez ton oncle ?

Akaashi marqua un temps d'hésitation, puis répondit :

— Quelque chose comme ça. Je reste pour la semaine. Je me suis dit que c'était l'occasion de venir te voir.

— Ah. Eh bien, au travail, puisque ça t'amuse tant que ça.

Ils s'installèrent devant le parterre le plus touché et se mirent au travail.

xxxxx

Le soleil était couché depuis longtemps quand une main se posa sur l'épaule d'Akaashi, lui tirant un sursaut.

— C'est moi, dit Kiyoko. Ukai-sama est très inquiet.

Il supposa qu'il s'était endormi. Il étouffa un bâillement, puis répondit :

— Qu'il vienne.

Elle secoua la tête.

— Il ne veut pas entrer.

Akaashi baissa les yeux vers ses mains sales. Les outils qui s'y trouvaient encore une heure plus tôt s'étaient évanouis avec le reste du jardin.

— J'ai cru qu'il m'avait oublié, souffla-t-il. Kiyoko ?

— Oui ?

— Si je me perds, vous viendrez me chercher ?

— Tu t'es perdu ?

Il fit non de la tête.

— Je ne préfère pas, dit-il.

Il accepta la main qu'elle lui tendait et se releva.

— Je suis toujours là, lui assura-t-elle. Kuroo aussi.

— Merci.

Ukai les attendait à l'intérieur. Son visage sévère n'invitait pas à la discussion, mais Akaashi se força à parler quand même.

— Il a mis un moment à se souvenir de moi.

Ukai haussa les sourcils.

— Le jardin s'est détérioré. Je ne sais rien de plus.

— Tu t'y es rendu sans attendre mon accord.

Il n'y avait rien à répondre à ça. Kuroo lui conseilla d'un geste de ne pas se défendre.

— Les choses auraient pu mal tourner, insista Ukai.

Et alors ? souffla une petite voix à l'intérieur de lui-même.

— Je suis toujours là, dit-il enfin.

— Et pour combien de temps encore ? Ressens-tu la faim, lorsque tu te trouves à l'intérieur ? La fatigue et la soif ? Depuis quand ne t'es-tu plus alimenté ? Ne laisse pas cet enfant manipuler ton esprit. Ta mission est capitale. Elle n'aboutira toutefois à rien si tu continues d'ignorer ce que ton corps exige.

Il se tourna vers son petit-fils, qui observait la scène d'un air désolé.

— Assure-toi qu'il mange correctement, Keishin. Vous passerez tous à la purification plus tard.

Akaashi sentit son cœur accélérer. Il ne montra rien de l'angoisse désagréable qui s'éveillait au fond de sa poitrine et suivit Kuroo et Kiyoko jusqu'à la cuisine.

xxxxx

Les purifications exigées par le grand maître Ukai relevaient plus d'ablutions anecdotiques que d'un rituel particulier. Akaashi en était parfaitement conscient ; l'année précédente, il s'y était prêté sans rechigner, et il était certain que le danger était inexistant.

La vue de la petite bassine d'eau fumante, pourtant, lui retournait l'estomac. À côté de lui, Kuroo se frottait vigoureusement la nuque en sifflotant. L'immobilité d'Akaashi lui tira un haussement de sourcils interrogateur.

— Je ne peux pas, dit Akaashi en guise d'explications.

— Tu ne peux pas quoi ?

Son regard voyagea de la bassine à Akaashi, intrigué.

— C'est juste un peu d'eau, dit Kuroo d'un ton qui se voulait rassurant. Ça ne peut pas te faire de mal.

Ce n'était pas le problème. Sachant qu'il serait incapable de partager ses émotions avec Kuroo, il partit s'asseoir contre le mur plus loin.

— Si c'est ma présence qui te dérange..., commença Kuroo d'une voix incertaine.

— Non. C'est compliqué.

— Je peux t'aider, si tu te sens mal.

— Merci, Kuroo-san. Ça ira.

Kuroo le dévisagea un moment.

— Ukai s'en rendra compte, l'avertit-il. Tu as passé ta journée là-dedans.

— Il n'aura qu'à me laisser ici, répliqua Akaashi.

Kuroo haussa les épaules.

— Si c'est vraiment ce que tu veux. Je t'attends en bas.

Il quitta les lieux. Akaashi resta là un bon moment, puis il souleva la bassine et la vida dans le coin de la pièce prévu à cet effet.

Si Ukai avait remarqué quoi que ce fût, il ne le partagea pas avec eux.

xxxxx

— T'as l'air fatigué, Kei-chan.

Couché par terre, Oikawa prenait le soleil en arrachant les quelques brins d'herbe qui ondoyaient à sa portée.

— Tu aurais l'air aussi fatigué que moi si tu daignais te mettre au travail, rétorqua Akaashi.

— Pour quoi faire ? Tu te débrouilles très bien tout seul. De toute façon, ça ne sert à rien. Quoi qu'on fasse, ils repousseront. Tu devrais dormir plus, tu sais ?

— J'aimerais bien.

— Insomnies ?

— Juste des cauchemars. Ça passera.

— Les cauchemars ne passent jamais. Ils s'oublient, c'est tout.

Il paraissait plus sérieux que d'ordinaire. Akaashi le poussa du pied.

— Merci, dit-il. Ton optimisme embellit vraiment ma journée.

Oikawa l'ignora.

— Ah, j'en ai assez, geignit-il. Je préférerais encore que ce jardin soit infesté de rats.

Akaashi s'autorisa un léger sourire.

— Ne le souhaite pas trop fort, s'il te plaît. Ça pourrait nous causer des problèmes.

Oikawa lui jeta une poignée d'herbe à la figure.

— Tais-toi et travaille, pauvre imbécile.

Akaashi s'arrêta. Oikawa le regardait avec un sourire suffisant aux lèvres, comme une invitation à la vengeance.

— Le gosse de riche prétentieux qui sommeille en toi se montre enfin, dit Akaashi. Moi qui te croyais au-dessus de tout ça.

— Voyons, Kei-chan. Ma famille n'est pas si riche que ça, elle a simplement une certaine importance dans la région.

— Et c'est ce qui te permet de me parler comme ça ?

— Je rigolais. Tu m'en veux ?

Akaashi fit mine de réfléchir.

— Je ne sais pas encore. On verra en fin de journée.

Mais Oikawa ne l'entendait pas de cette oreille. Il s'assit en tailleur, l'air grave.

— Dis-moi la vérité.

Akaashi l'avait suffisamment entendu dire cette phrase pour savoir qu'il ne s'agissait pas d'une prière jetée au hasard du vent.

— Je t'en veux pas, assura Akaashi.

— Si tu le dis, répondit Oikawa sans conviction.

Il laissa son regard vagabonder sur l'étang, puis ses yeux s'arrêtèrent sur un buisson vert pâle qu'Akaashi n'avait jamais remarqué. Ses feuilles étaient identiques à celles que son frère avait placées dans le troisième bol, quelques mois plus tôt. Cette découverte lui laissa un goût amer dans la bouche.

De la sauge. Il se moque de moi.

— J'ai une idée, déclara soudain Oikawa en revenant à son ami. Un petit jeu.

— Non merci.

— Tu vas essayer de deviner le plus d'informations sur moi rien qu'en me regardant.

— J'en sais déjà trop, soupira Akaashi. Ça ne servirait à rien.

— Et je ferai la même chose avec toi.

— Qu'est-ce que j'y gagne ?

— En dehors de mon respect ? Rien. Allez, Kei-chan. C'est juste pour passer le temps.

Leurs regards s'affrontèrent un moment. Vaguement mal à l'aise, Akaashi finit par céder.

— Très bien, dit-il. En dehors du fait que tu sois un gosse de riche...

Oikawa leva les yeux au ciel.

— Je dirais que tu ne sors pas beaucoup, poursuivit Akaashi sans y prêter attention. Né en été, sans doute.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— C'est une saison qui a tendance à rendre les enfants invivables.

Oikawa eut un sourire.

— Continue.

— Tu n'aimes pas jardiner, mais tu aimes suffisamment les fleurs pour t'en occuper correctement. Tu es probablement assez têtu pour revenir d'entre les morts, mais tu manques de courage.

— Merci...

Akaashi le regarda droit dans les yeux.

— Je sais que tu t'ennuies parce que tu te sens seul.

Oikawa n'avait pas arrêté de sourire. Il dodelina de la tête.

— Trop facile, commenta-t-il. C'est tout ce que tu as appris ?

— Tu te crois plus fort que moi, constata Akaashi. Mais je ne crois pas que tu aies toujours une aussi haute opinion de toi-même.

— C'est une façon de le dire. Mais je suis plus fort que toi, Kei-chan.

Ça n'avait pas l'air de le toucher au cœur. Oikawa se remit à arracher des brins d'herbe avec impatience.

— Quoi d'autre ?

Akaashi le considéra un instant.

Ils t'ont abattu comme un animal, songea-t-il. Je me demande s'ils s'en sont voulu. J'en doute. Après tout, ils n'avaient rien perdu. Tu étais mort depuis le début, à leurs yeux.

Personne ne t'a jamais pleuré. Ça ne m'étonne pas.

— Tu es bien silencieux.

— Je réfléchissais.

— Tes intenses réflexions ont-elles porté leurs fruits ?

— Pas vraiment.

— Alors je suppose que c'est mon tour.

Akaashi lui lança un regard désabusé.

— Ne me regarde pas comme ça, dit Oikawa d'une voix tranquille. Tu sais que tu n'as pas le choix. Tu ne l'as jamais eu, de toute façon. Ni avec moi, ni avec personne d'autre.

Ça commence bien.

— Je suis déjà au courant, répondit-il.

— Je sais. Regarde-moi, Kei-chan.

Il obéit. Oikawa cueillit son visage entre ses mains, comme il l'avait fait la veille, mais le mouvement n'avait rien d'heureux, cette fois ; malgré la légèreté des doigts d'Oikawa sur sa peau, ils lui rappelaient les mains de son frère, lisses, froides, implacables, celles qui disaient : Tu vas payer. Je ne t'oublie pas.

— Il faut que je te le dise. Il le faut. Kei-chan.

— Arrête avec ça. « Kei-chan ». Je déteste ça. Arrête.

Oikawa ouvrit légèrement la bouche, déconcerté, puis il fronça les sourcils et pointa sur sa poitrine un doigt accusateur.

— Ne me mens pas, l'avertit-il. Kei-chan...

— Arrête !

— Tu viens sans doute d'une famille qui se croit importante. Qui l'a été à un moment ou un autre. Mais plus maintenant. Vous n'êtes plus personne. Tu as dit que tu venais de Tokyo, mais ta famille doit venir de la campagne. Ça se voit, précisa-t-il en posant le doigt sur son front. On n'efface pas comme ça des générations à traîner ses pieds dans la boue. Ils se sont peut-être élevés grâce à leurs activités particulières, mais au fond, rien n'a changé. Quelqu'un chez toi le sait. C'est pour ça que tu es ici, pas vrai ? Ils doivent vouloir attirer l'attention de mes parents. C'est ce qu'ils font tous.

Il sourit.

— Mais mes parents s'en fichent, tu sais ? Je pourrais leur chanter tes louanges nuit et jour, ma parole n'a aucune importance à leurs yeux.

— Tu te trompes. Ma famille s'en fiche.

— Tu penses ? Je leur poserais la question, si j'étais toi. Mais je n'ai pas fini de jouer.

Akaashi l'observa sans ciller.

— Tu n'es pas enfant unique. Je l'ai pensé un moment, mais c'est clair, désormais. Qu'est-ce que c'est ? Un grand frère ou une grande sœur ?

— Les deux, répondit Akaashi.

— Quelle chance. Qui est le plus âgé ?

— Mon frère.

— Alors c'est ta sœur qui a de la chance. J'ai une sœur, moi aussi. Et un neveu. Enfin, il parait. Je ne l'ai pas vu souvent.

— Moi aussi, dit Akaashi à l'étourdie.

— Un neveu ? Ça alors.

Il resta un moment immobile, comme en pleine réflexion.

— C'est drôle, tu sais. Que tu sois le benjamin de la famille, je veux dire. C'était pareil pour les autres.

Akaashi tiqua.

— Quels autres ?

— Des amis, répondit distraitement Oikawa. Mais ce n'est pas bon signe, Akaashi.

— Quels amis ?

Les yeux d'Oikawa se perdirent dans le vague.

— Ils sont tous partis, dit-il. Je ne sais pas où ils sont allés. Des petits derniers, chacun d'entre eux, ou presque. C'est étrange, tu ne trouves pas ? Enfin, je suppose que c'est normal. Ils sont si faciles à manipuler.

Sur ces mots, il lui adressa un sourire taquin.

— Faciles à reconnaître, aussi. Tu veux connaître le secret ?

Akaashi supposa qu'il le lui donnerait de toute façon. Il haussa les épaules.

— Quand tu les regardes bien, ils ont tous ce même mélange d'expressions. Un peu de tristesse. Une pincée de colère. Un bon morceau de solitude, le tout sous une grosse couche de renoncement. C'est comme une recette de cuisine. Ils finissent par apprendre ce que nous savons déjà, toi et moi. Il n'y a aucune issue. Juste une attente interminable, et à la fin, on meurt. C'est comme ça que ça se passe, par ici. Personne ne fait de dernier enfant pour le plaisir. On ne le fait que pour protéger ses aînés. Tu sais ce que ça signifie, pas vrai ?

Il sourit à nouveau. Akaashi réprima un frisson.

— Ça signifie que tu n'étais pas assez bien pour qu'ils délèguent la tâche à quelqu'un d'autre. Ils t'ont abandonné dès la conception. On est pareils, toi et moi. Aucune porte de sortie. Juste une attente interminable. Tu ne manqueras à personne, Kei-chan. Surtout pas à tes parents. Avec un peu de chance, ta sœur s'en voudra quelques jours. Puis ils oublieront.

— Tu commences à être insultant, commenta Akaashi.

— Moi ? Jamais. Je te l'ai dit. On a beaucoup de points communs, c'est comme ça. Il n'y a rien à faire.

— Je préférais quand tu ne disais rien. J'aurais dû te laisser dormir.

Oikawa l'ignora.

— Ils ne me laisseront jamais partir. Mais je ne me laisserai pas faire.

Il arracha une poignée d'herbe sans le regarder.

— Je ne me laisserai pas faire, répéta-t-il en serrant les dents. Ce n'est pas terminé.

— Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

— Alors tu verras, Kei-chan. Mais au fond, tu sais que j'ai raison.

À vrai dire, il n'avait pas tellement envie d'y réfléchir. Il se tourna vers le coin du jardin sur lequel il avait travaillé la veille. Certains chardons avaient déjà repoussé, leurs feuilles tranchantes déployées vers la lumière du soleil.

Quand il revint à Oikawa, celui-ci lui tendit une minuscule fleur jaune.

— Laisse-moi tranquille, dit Akaashi en se relevant. Et viens m'aider, cette fois. On n'arrivera à rien sans ça.

— Tu n'aimes rien, commenta Oikawa. Encore un défaut.

— Continue comme ça et je te ferai taire moi-même.

Oikawa gloussa.

— Et qu'est-ce que tu comptes faire, m'exorciser ? J'aimerais beaucoup voir ça.

Akaashi partit vers le coin du jardin, et Oikawa ne tarda pas à le suivre en trottinant.

xxxxx

Il ne savait pas quelle expression il avait affichée, en retournant dans la maison, mais Ukai la prit bien plus au sérieux qu'il ne l'aurait cru. Il le fit sortir du bâtiment sans un mot, puis le conduisit jusqu'à son salon privé. Kiyoko et Kuroo s'installèrent à ses côtés, comme ils le faisaient d'habitude, mais quelque chose dans leur attitude lui parut curieux, un peu décalé. Une boule désagréable se forma au creux de son estomac. Sans savoir pourquoi, il se sentit pris de nausées.

Ukai leur servit de son étrange thé amer, puis s'installa.

— Tu n'as pas l'air bien, commenta-t-il en jaugeant Akaashi du regard. T'es-tu purifié correctement, ces derniers jours ?

— Oui, mentit-il.

Kuroo lui lança un regard en biais. Par chance, il n'ouvrit pas la bouche.

— Alors nous avons un problème. Akaashi, tu vas trop loin. Tu t'enfonces un peu plus chaque jour et à une vitesse affolante. Si nous laissons la situation persister, tu te retrouveras de l'autre côté avant d'avoir pu mener ta mission à bien.

Akaashi soutint son regard mais ne répondit rien.

— Il va falloir arranger ça. Je n'aimerais pas avoir à te remplacer. Tu peux encore faire demi-tour, poursuivit-il d'un ton adouci. Il n'est pas trop tard.

Ils savaient tous les deux que c'était un mensonge. Akaashi baissa la tête.

— J'ai fait tout ce que vous me demandiez, dit-il.

— Mais tu manques de prudence. Je t'avais dit de ne pas te laisser charmer. Continue comme ça, et c'est deux esprits que nous aurons à exorciser. Nous ne pouvons te laisser partir en laissant derrière toi une tâche inachevée.

— Je fais mon possible, marmonna Akaashi. Ce n'est pas...

— Je n'ai pas dit que ce serait facile. Rappelle-toi cependant que personne ne t'a forcé à participer à tout ça.

Akaashi esquissa un sourire.

— Ça te fait rire ?

— Non, dit-il. Je serai plus prudent.

Ukai secoua la tête.

— Ça ne suffira pas. Nous allons diminuer le temps accordé à tes visites. Y passer l'après-midi devrait suffire pour le reste de la semaine.

— Ça ne marchera pas, répondit Akaashi.

Oikawa lui en voudrait à mort. Il l'obligerait à revenir.

— Tu ne perds rien à essayer. Nous sommes toujours prêts à intervenir, si besoin est. Tu dois également accorder plus de temps à la purification, ajouta-t-il avec sévérité. Elle ne sert à rien si elle est réalisée avec indifférence. L'ombre de la mort te colle à la peau, Akaashi. Des hommes plus expérimentés que toi ont fini par y succomber. Débarrasse-t'en le plus vite possible. Quant à vous deux, dit-il à l'intention de Kuroo et Kiyoko, je vous conseille d'y prêter la plus grande attention.

Il s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, l'air satisfait.

— Maintenant que ceci est réglé, parle-nous de ce qu'il t'a dit.

Akaashi hésita. Il avait la bouche sèche.

— Il pense que ma famille vient d'ici, dit-il.

— Il se trompe. Quoi d'autre ?

— Il m'a parlé des autres. Ceux qui sont venus avant moi.

Ukai se frotta le menton, pensif.

— Tu en es sûr ?

— À peu près.

— Et que t'a-t-il dit ?

— Pas grand-chose. Qu'ils lui manquaient.

— Alors il te ment, Akaashi. Rien d'extraordinaire à ça. A-t-il mentionné le rituel ?

Akaashi secoua la tête.

— Il ne tardera pas à le faire, j'espère. Je préférerais qu'il soit au clair avec ça, ou la situation n'avancera à rien. Tu ne peux pas le convaincre s'il ignore de quoi il s'agit.

— Vous pensez que je devrais lui en parler ?

— Pas pour l'instant. Ça lui reviendra à un moment ou un autre. Il est temps d'aller vous purifier, tous les trois. Vous viendrez manger plus tard.

Il les congédia d'un geste. Akaashi crut qu'ils se rendraient à l'étage, mais Kuroo les emmena jusqu'à ce qui leur servait de chambre pour la semaine.

— Pourquoi tu lui mens comme ça ? lâcha-t-il dès la porte fermée derrière eux. Il essaie de t'aider, c'est tout.

— Je ne lui fais pas confiance, prétexta Akaashi.

La vérité était qu'il n'en savait rien. Ukai le mettait mal à l'aise, mais l'explication n'était pas là.

Kuroo leva les yeux au ciel et croisa les bras.

— Si c'est Oikawa qui t'en empêche...

— Ce n'est pas ça.

— Quoi, alors ?

Akaashi ne sut pas quoi répondre.

— Cet esprit t'influence plus que tu ne veux bien l'admettre, intervint Kiyoko.

Il se tourna vers elle.

— Je sais comment gérer ça.

— Mais ça ne fait que trois jours et regarde-toi, tu...

— Je vais bien, l'interrompit-il d'un ton irrité.

— Tu n'en as pas l'air, si tu veux mon avis, dit Kuroo. T'as l'air malade, Akaashi. Et quand on est là-haut, tu as surtout l'air d'avoir...

Akaashi leva une main pour le faire taire.

— Je n'ai pas peur de lui, déclara-t-il d'une voix tranchante.

— Je suis désolée, Akaashi, mais ce n'est pas l'impression que tu donnes, dit Kiyoko.

— Ça n'a rien à voir avec lui, d'accord ? C'est réglé, de toute façon, non ? Alors laissez-moi tranquille.

— Comme tu voudras, répliqua Kuroo. Mais ne compte pas sur moi pour te prendre en pitié.

Il avait l'air aussi exaspéré que déçu. Akaashi détourna les yeux et se dirigea vers la porte.

— Tu ne vas pas nous parler de ce qu'il t'a dit aujourd'hui ? demanda Kiyoko.

— Non.

Il sortit sans rien ajouter.

xxxxx

Kuroo ne lui adressa pas la parole au cours des jours suivants. Akaashi aimait à penser qu'il n'en avait pas grand-chose à faire. Il ne lui parlait pas non plus, pas plus qu'à Kiyoko qui, elle, tentait tout de même de lancer quelques ersatz de conversations.

Étrangement, Oikawa se révéla également plutôt taciturne. Il lui arrivait encore de lui proposer des fleurs au hasard — une jacinthe, un camélia, du chèvrefeuille, aussi, bien qu'il n'en ait pas aperçu dans le jardin au cours de ses pérégrinations —, mais ses paroles se faisaient légères et vides de sens, si bien qu'Akaashi commençait à se dire qu'il avait commis, en changeant si brusquement ses habitudes, une erreur fatale.

Le dernier jour, il dut le chercher pendant près d'un quart d'heure avant qu'il se manifeste, assis sur un banc qu'on avait dû jeter après des années d'abandon. Il regardait l'étang, l'air contrarié, mais il sourit quand Akaashi le rejoignit.

— J'imagine qu'il est temps de nous mettre au travail. Tu t'en vas aujourd'hui, non ?

— C'est ce qui est prévu.

— Dommage, soupira Oikawa. Et dire que je commençais tout juste à bien t'aimer.

Akaashi voulut répondre, mais Oikawa se dirigeait déjà vers le parterre de fleurs le plus proche en lui faisant signe d'aller voir ailleurs. Akaashi pinça les lèvres. Aucun autre mot ne fut échangé pendant les heures qui suivirent.

Le soleil rejoignait l'horizon quand, en arrachant une mauvaise herbe particulièrement tenace, les doigts d'Akaashi entrèrent en contact avec un objet dur et lisse. Il creusa jusqu'à pouvoir l'extraire et le nettoya rapidement de la main.

Outre sa noirceur brillante, il s'agissait d'un fragment de poterie ordinaire. Il le posa à côté de lui sans comprendre, puis reprit ses activités.

Il fut à nouveau interrompu une minute plus tard. C'était une pièce plus large, cette fois, courbe et fêlée, et Akaashi sentit un malaise grandissant s'emparer de lui tandis qu'il la posait à côté de la première. Il creusa plus profondément, tomba sur un troisième morceau, puis un quatrième, un cinquième, jusqu'à ce que le sol soit recouvert de débris de différentes formes et tailles. Il les observa, paralysé. Leur origine ne faisait aucun doute. Il les avait suffisamment détaillés, dans le grenier, pour ne pas les reconnaître au premier regard.

Il sursauta lorsque Oikawa se retrouva à côté de lui, le visage inexpressif. Akaashi ouvrit la bouche pour parler, mais sa voix lui fit défaut.

— Tu pleures, constata Oikawa d'un ton sans émotion.

Akaashi releva la tête vers lui. Dans son cœur, l'angoisse se disputait à la colère, et il ne sut rien dire d'autre que :

— Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?

Oikawa ne lui répondit pas. Il posa une main sur ses cheveux.

— Tu m'as beaucoup manqué, dit-il. Kei-chan.

Il marcha sur un morceau de bol qui se brisa un peu plus sous son poids.

— Tu n'as plus besoin de t'inquiéter. Tout ça n'a plus d'importance. Tu t'étais laissé faire. Je m'étais laissé faire. Mais plus jamais.

Il prit le visage d'Akaashi entre ses mains.

— Je m'en irai avant qu'ils s'en rendent compte, continua-t-il à voix basse. Et tu viendras avec moi.

Akaashi tenta de se dégager, mais Oikawa resserra sa prise.

— Tu viendras avec moi, d'accord ? Promets-le.

— Non, murmura Akaashi.

— Il le faut. Promets-le-moi. Je ne mettrai pas les pieds dans cette caverne. Je ne peux pas m'en sortir tout seul. Tu es le seul à pouvoir comprendre. Aide-moi.

— Je ne peux pas, hoqueta Akaashi.

— S'il te plaît. Il est parti, et je ne peux pas y arriver tout seul. Regarde-moi.

Il le regarda et sentit sa volonté vaciller.

— Le monde change constamment, mais pas toi. Tu es comme moi. Immuable. Tu ne changeras jamais. Je te connais, Kei-chan. J'ai besoin de toi. Il faut que tu m'aides.

Il fit glisser ses pouces sur les joues d'Akaashi, comme pour les débarrasser de ses larmes inutiles.

— Tu reviendras l'année prochaine ?

— Non, répondit Akaashi.

— Menteur, répliqua Oikawa avec un sourire. Au revoir, Kei-chan. Je t'attendrai. Tu vas beaucoup me manquer.

Puis il se pencha vers lui et posa les lèvres sur son front.

Le jardin s'évanouit.

xxxxx

Kuroo le retrouva dans la salle de purification, la peau rouge vif à force de la frotter sans délicatesse. Il l'arrêta d'une main sur l'épaule.

— Ça suffit. Je sais ce que je t'ai dit, mais tu en fais trop. Viens, on descend.

Akaashi abandonna l'éponge dans la bassine, mais il ne bougea pas.

— Je ne veux pas mourir, murmura-t-il.

Puis, comme il se remettait à pleurer, il récupéra l'éponge et se frotta l'avant-bras comme s'il espérait le voir disparaître à jamais. Après un moment, Kuroo la lui retira calmement des mains et la posa hors de portée. Il exhala avant de le prendre dans ses bras d'un geste maladroit.

— Tu ne vas pas mourir, le rassura-t-il. On ne le laisserait pas faire.

Il s'écarta un peu.

— Je suis sûr que tu peux y arriver. Allez, on s'en va.

Il l'aida à se relever, et quand ils sortirent de la pièce, Akaashi ne pleurait plus.


N'oubliez pas la règle : ne pas attendre la suite ne pourra que vous faire du bien quand le chapitre suivant sortira, dans dix jours ou dix ans lol.

Merci pour la lecture, n'oubliez pas que les reviews c'est gratuit et que ça fait plaisir, gros kiss