Égarée en Terre du Milieu

Bonjour à tous. Ceci est une fanfiction en gestation depuis plusieurs années. Je l'ai écrite en réaction à une très ancienne et courte fanfiction. J'ai voulu en prendre le contrepied. Ce point de départ ne constitue pas une bonne base mais a été ma principale source d'inspiration. Au fil des années, mon histoire a évolué pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui. J'ose espérer que sa lecture vous amusera autant que j'ai pris plaisir à l'écrire.

A chaque chapitre qui paraîtra correspondra une illustration que vous pourrez trouver sur au nom d'Iddyline.

Bonne lecture.

Disclaimer : Tous les personnages présentés dans cette histoire et l'univers dans lequel ils évoluent sont la propriété exclusive de J.R.R. Tolkien (et/ou ses héritiers), sauf ceux sortant de mon imagination.

1 - Prisonnière

Un battement de cil, une fois, une seule fois… et tout son environnement urbain autour d'elle avait été remplacé instantanément par un paysage bucolique totalement inconnu. Océane aurait donné n'importe quoi pour revenir en arrière. « Mon Dieu, rien qu'une fraction de seconde, une milliseconde à reprendre au passé, supplia-t-elle. Faites que je revienne où j'étais dans le temps, ou remettez-moi où je me trouvais avant d'arriver ici. Vous pouvez au moins faire ça ! » Elle ferma les yeux fortement et les entrouvrit après une supplication désespérée. Toujours le paysage forestier !

Elle ne comprenait pas. Elle était en ville quelques minutes plus tôt, du moins il lui semblait, et… Elle se rendait à pied à sa séance de sport et puis… elle ne savait plus… elle avait un trou noir. Ses souvenirs allaient de la ville à cette forêt, en passant par ce trou de mémoire, seule transition entre les deux et qui ne lui expliquait rien. Dieu sait comment elle était parvenue jusqu'ici au beau milieu de cette forêt. Mais qu'est-ce qu'elle fichait là ? Elle tentait de reprendre le contrôle d'une situation qu'elle espérait ardemment temporaire. Elle tourna sur elle-même mais les bois s'étendaient à perte de vue là aussi : pas un chemin pour guider son regard et l'aider sur la direction à suivre. Pas un panneau indicateur. Où qu'elle se tourne, elle ne voyait que la forêt qui semblait sans fin. Le sol était recouvert d'une végétation dense, haute ou basse.

— Suis-je vivante ? risqua-t-elle à haute voix en se touchant le visage comme pour s'assurer de sa présence réelle. Elle jugea que sa voix était trop forte et déplacée, lui donnant la sensation d'avoir chanté à tue-tête dans un moment de recueillement. « Y a-t-il quelqu'un ici ? » pensa-t-elle. Non pas qu'elle s'attendait à voir surgir qui que ce soit, mais la possibilité d'une rencontre la réconfortait. Peut-être rêvait-elle ?

Elle essayait de percevoir un des bruits familiers de la ville comme le vrombissement des voitures ou le bourdonnement des conversations des piétons, le hurlement des sirènes des véhicules d'urgence ou encore le fracas des engins de chantiers n'importe quoi qui lui assurerait que la ville n'était pas loin, mais le silence forestier ouatait l'atmosphère. Pas un chant d'oiseau, pas de clapotis de rivière ou de vent dans les arbres. Par ses mouvements elle était la seule source de bruit. Elle eut l'impression que la nature l'écoutait attentivement et qu'elle s'était figée pour mieux l'entendre. Un vrai tombeau.

Elle se rappela s'être levée spontanément, sans en avoir conscience. Etait-elle tombée sur le sol de cette forêt ? Elle ne ressentait aucune douleur qui lui aurait confirmé cette hypothèse. Elle s'examina. Elle avait toujours son manteau sur elle mais son sac de sport… Oh non ! Il avait disparu. Ses affaires, son portable étaient dedans ! L'idée qu'elle avait eu de le mettre là d'dans contrairement à ses habitudes ! Comment allait-elle faire pour se sortir de là ? Pourtant, elle portait son sac il y a quelques instants…Enfin, elle croyait… Peut-être qu'il est tombé près d'ici ? Le ciel était blanc, sans la moindre trace du soleil, comme si une sorte de brume recouvrait tout au-dessus de sa tête. Elle tourna encore sur elle-même et choisit, au-jugé, une direction qui lui sembla plus engageante que toutes les autres. Elle se mit en marche, cherchant à quitter cet endroit, gênée dans sa progression par un sol irrégulier et une nature dense. Elle n'allait pas rester ici !

oooOOOooo

Cela faisait deux jours que Galdor patrouillait en forêt, ainsi que ses compagnons elfes. Galweg, leur chef, les avait affectés chacun à un poste de guetteur depuis la dernière alerte le long de la frontière nord. Il était perché à plusieurs mètres dans les arbres lorsqu'arriva l'étrange évènement.

D'un coup, les oiseaux au loin cessèrent de chanter ou s'envolèrent, apeurés par un grand coup de vent. Du regard il en chercha la cause mais ne vit rien. Rien ne venait non plus vers lui : le phénomène s'était arrêté brutalement. Il hésita. Il n'était pas censé quitter son poste à moins d'une menace avérée, or il ne savait pas de quoi il s'agissait. Cependant, l'évènement s'était manifesté près de son secteur de surveillance. Dans cette direction, il savait que se tenait le poste de Gelmir. Il avait été surpris que ce dernier ait été affecté à cet endroit et avait eu une sourde appréhension. Qu'arrivait-il là-bas ? Il se retourna pour voir si d'autres guetteurs le rejoignaient. Rien, ni personne, ne venait encore mais ça ne saurait tarder. Il regarda de nouveau dans la direction de l'incident. Une sorte de fumée montait haut dans le ciel maintenant mais ne ressemblait pas à un feu de forêt avec ses panaches blancs et noirs tourmentés. C'était plutôt une brume d'un blanc sale, quasi immobile, qui s'élevait tranquillement. Au bout de quelques minutes, il se décida.

Avec prudence, toujours perché, il passa silencieusement d'arbres en arbres vers l'endroit d'où était venu le souffle. Cela lui prit un bon moment, car c'était à une bonne distance de son guet. Plus aucune fumée ne s'élevait maintenant. Il lui semblait voir la nature étonnamment muette et paralysée au loin mais il n'était pas assez proche pour en avoir le cœur net. Etait-il arrivé quelque chose à Gelmir ? Il se mit en alerte dès qu'il entendit quelqu'un venir à lui bruyamment. Autant de lourdeur et de maladresse lui indiquait qu'il s'agissait d'une personne humaine. Il attendit, car l'inconnu s'avançait dans sa direction. C'est alors qu'il le vit…, LA vit, car l'être était visiblement de sexe féminin. Il suivit l'intruse des yeux, marchant difficilement entre les buissons et les arbres, à plus d'une dizaine de mètres de lui en contrebas, semblant chercher son chemin. D'où sortait-elle et comment avait-elle fait pour parvenir jusqu'ici sans s'être fait arrêter par les autres guetteurs postés plus en amont ?

Il vit du mouvement sur sa droite à sa hauteur. C'était Iorendel qui se déplaçait rapidement et en souplesse parmi les branches des grands arbres, lui indiquant que ce dernier n'avait rien manqué de la scène. Le lieutenant arrivait aussi, en hâte mais sans faire de bruit, suivi du reste de son groupe et fit un signe à Galdor lui indiquant que ceux-ci allaient intervenir tandis que les autres devaient rester en haut, prêt à couvrir leurs compagnons. Galdor suivit du regard Iorendel qui, avec deux sentinelles, en silence, avaient déjà dépassé celle qu'ils entendaient marmonner au sol. En tant que guetteurs ils allaient s'assurer qu'il n'y avait pas d'autres invités. Cette étrange et soudaine visite était peut-être un piège.

Les compagnons de Iorendel s'arrêtèrent sur un signe de lui tandis que lui-même continuait sa course tout en scrutant le paysage devant lui et alentour. Il se figeait parfois pour mieux écouter les sons de la forêt. Là d'où venait l'humaine, la nature était comme stupéfiée mais rien ne lui indiquait une autre présence inconnue ou menaçante. C'était un spectacle si étrange qu'il aurait voulu descendre pour mieux voir mais il n'en avait pas le temps. D'ailleurs, le phénomène prenait fin, la nature semblant se réveiller de ce soudain sommeil. Il progressa encore un moment jusqu'à enfin apercevoir Gelmir à son poste, le regard tourné vers lui, examinant l'endroit d'où venait l'humaine. Tiens ! C'était lui qui était à cet endroit, s'étonna-t-il à son tour.

Par signes, il lui demanda s'il voyait des ennemis mais celui-ci lui répondit que non. A part l'étrange phénomène, il n'y avait rien à signaler. Iorendel retourna un peu sur ses pas et reçut des signes négatifs des deux autres vigiles. Il le signala à Galdor et se posta en arrière, l'arc au poing, toujours scrutant les environs tout en s'intéressant quelque peu à ce qui se passait au sol.

Le lieutenant s'était placé plus bas avec ses soldats et reçu de Galdor un geste rassurant : aucune autre présence ennemie, du moins pour le moment. Ce dernier pensait que c'était beaucoup de précautions pour, semblait-il, une si légère menace mais bah ! ça leur faisait un exercice et puis cette intrusion aussi loin dans leurs terres valaient bien qu'elle soit arrêtée sur le champ.

Galdor envoya les deux autres éclaireurs armés de leurs arcs se placer l'un à gauche, l'autre à droite. Le lieutenant envoya le signal d'intervention à ceux de son unité.

oooOOOooo

Alors qu'elle cherchait ce qui pouvait l'aider à sortir d'ici, Océane aperçut alors son sac de sport, à quelques mètres de là, presque entièrement caché par un buisson. Elle le reconnut à la petite figurine qu'elle y avait accrochée.

— Mon sac ! cria-t-elle, soulagée, se demandant comment il avait pu arriver là. Elle se précipita pour le sortir du buisson d'où il émergeait en le tirant à elle et le serra comme on serre une bouée de sauvetage. Super, elle était sauvée ! « Que la magie des réseaux me dise où je me trouve ! » souhaita-t-elle. Elle ouvrit son sac et le fouilla frénétiquement pour en retirer son portable gisant au fond, au milieu de son « petit bazar personnel » comme elle disait. Elle sentit sous ses doigts la forme familière et rassurante de l'appareil alors qu'elle le sortait du sac qu'elle laissa retomber à ses pieds comme à son habitude. Savoir réellement comment ce dernier s'était retrouvé là lui parut soudain secondaire.

— D'abord, sortir d'ici ! dit-elle tout en relevant la tête « pourquoi ai-je fait ça » pensa-t-elle en un éclair, « pourquoi je n'ai pas gardé mes yeux rivés sur l'écran de mon portable ? Peut-être que rien d'autre ne serait arrivé ? ».

Elle se trouva alors cernée par des hommes bien plus grands qu'elle et qui se relevaient de leur chute dont le contact avec le sol avait produit un bruit sourd à chaque impact. Ils étaient vêtus à la médiévale, portant sur le côté une épée que deux d'entre eux tirèrent de leur fourreau. Une vague de peur la traversa. Par réflexe, elle leva la tête, car elle savait qu'ils venaient tous d'au-dessus d'elle et vit avec effroi, au bord d'une structure de bois dans les branches d'un arbre, un autre de ces types la viser d'une flèche encochée dans un arc qu'il finissait de bander. Si elle avait scruté les alentours au-dessus d'elle, elle aurait également vu trois autres archers la viser. Mais son attention se reporta sur celui qui se tenait devant elle et qui commença à lui parler dans une langue harmonieuse qu'elle ne reconnut pas. Malgré sa peur, son apparence l'intrigua, ainsi que celle des autres guerriers dont l'évidente beauté l'avait frappée. Ils étaient même plus que beau, presque irréels. Etaient-ils vraiment devant elle ?

Si elle réfléchissait correctement… −qu'elle compte là-dessus avec son délire de forêt jaillie en pleine ville truffée de féeriques guerriers moyenâgeux aux longs cheveux, hein !?− elle pouvait espérer que ce soit des comédiens costumés et perruqués, ou des cosplays un peu frappés, lui jouant un tour –un truc pas drôle, quoi !– qu'on retrouverait sur les réseaux sociaux ou à la télé… quelque chose de plausible selon elle, car elle voulait croire que c'était ça qui lui arrivait, même si sa conscience lui soufflait que toutes ses explications étaient fausses. Car enfin… leur beauté était si surnaturelle, impossible à fabriquer que dans un film, et encore. Et sinon, où étaient les caméras ou les portables ? Et comment avaient-ils fait pour faire surgir instantanément ce décor forestier géant qui remplaçait la ville ? Ce tourbillon de pensées menaçait de la submerger. Elle tenta de l'arrêter par une parole :

— Je ne comprends pas, commença-t-elle, la voix légèrement tremblotante, traduisant le fait que son esprit, incapable d'accepter la situation comme réelle, menaçait de faire grève, à court d'explications logiques qui rendraient acceptable l'impossible étalé devant ses yeux. Celui qui lui avait adressé la parole continuait de lui parler et semblait poser des questions.

Qu'est-ce qu'elle était censée faire ? Répondre ? A cet être sorti droit d'un rêve ? Elle ne comprenait rien. Et pourquoi étaient-ils armés à l'ancienne, habillés à la mode médiévale ou fantasy et que l'un d'eux la menaçait avec son arc, sans parler des épées ?

— Je ne comprends toujours pas, désolée, poursuivit-elle. Et pour les costumes et l'ambiance, c'est réussi mais j'ai mieux à faire, là ! « Mais qu'est-ce que j'bave? » se dit-elle. « Que j'leur demande plutôt par où on sort de cette forêt ! » Et dans son esprit, « forêt » signifiait « délire ».

oooOOOooo

Rúmil soupira de frustration : impossible d'en tirer quoi que ce soit. L'étrangère ne comprenait pas un mot de ce qu'il disait, du moins c'est ce qu'il semblait. Qu'il emploie sa langue maternelle –du sindarin– ou bien la langue commune restait sans effet. En plus de quelques mots utilisés au Rohan, il avait aussi essayé avec la langue proche du rohirique qu'utilisent les hommes de la haute vallée de l'Anduin et dont il savait des rudiments. C'est vraiment parce qu'il y était obligé qu'il prononçait ces mots humains.

Elle ne semblait reconnaître aucun langage. Quant à celui qu'elle venait d'utiliser, il ne l'avait jamais entendu. Tant pis s'il ne parvenait pas à communiquer avec elle. Il avait eu l'espoir qu'elle réponde à ses questions. Il fit signe à deux de ses soldats qui s'approchèrent d'elle : il était temps de procéder à la fouille, complète et en règle.

oooOOOooo

En voyant l'un d'eux venir à elle, Océane les défendit d'avancer, tout en retirant vite fait le mode avion de son portable pour y jeter un œil. Son téléphone lui faisait l'effet d'une corde salvatrice qui la raccrochait au monde réel, le sien, où elle voulait revenir désespérément, car elle était dans un rêve, n'est-ce-pas ? « Aucun signal ! » constata-t-elle. Dans quel trou à rats se trouvait-elle pour qu'elle ne capte pas le réseau ? Peut-être qu'en se déplaçant un peu… Elle recula. Ces salauds, aussi avenants soient-ils n'allaient pas la toucher si on devait en venir là ! Elle allait leur fiche les flics aux fesses, épées ou pas ! D'ailleurs, ils hésitaient. De toute façon, elles étaient sûrement en plastoc ou en faux métal, comme pour les films… d'où leurs costumes. « Au trou, les faux elfes ! » souhaita-t-elle. Elle le voyait bien qu'ils s'étaient mis des oreilles pointues en latex, raisonna-t-elle. Toujours rien ! Océane sentit la panique monter en elle. Ok ! Elle allait leur donner le change. Elle n'eut pas le temps de faire semblant de passer un appel qu'un de ceux qui l'encerclaient l'avait vivement rejointe pour lui prendre son portable et le lancer à un de ses comparses. Il entreprit avec un autre en arme de la fouiller rapidement sans tenir compte de ses cris d'effroi et d'indignation, pendant que quelqu'un avait saisi son sac pour le fouiller consciencieusement.

oooOOOooo

Vu de près, l'humaine paru moins dangereuse qu'au premier abord mais l'expérience avait appris à Rúmil à se méfier. Les évènements lui avaient donné raison. Elle avait cherché à utiliser son curieux petit appareil qui s'était mis à cracher des ondes distordues et qu'on venait de lui remettre après l'avoir arraché des mains de l'étrangère, juste à temps.

Celui-ci examina la chose en métal et en verre de forme plate qui comportait un côté lisse aux images changeantes. Elle continuait d'émettre aussi affreusement tout autour d'elle, cherchant à communiquer avec on ne sait qui. Il fallait la neutraliser, voire la détruire. Tout à coup elle se tut, juste après que Rúmil eut appuyé au hasard sur un bouton et la partie lisse. Celle-ci devint noire en s'éteignant. Bien ! Il remit le rabat sur l'écran, car l'appareil était encastré dans une pochette flexible avec une partie mobile pour couvrir ou dévoiler l'écran. Voilà une prise de guerre intéressante.

— Mais qu'est-ce que vous faites ? Laissez-moi ! avait crié Océane pendant la fouille. Elle s'était écartée rapidement dès qu'ils eurent terminé. Malgré ce qu'ils venaient de faire, elle sentit instinctivement qu'elle n'avait pas à craindre pour sa vertu. D'ailleurs, ceux qui l'avait fouillée s'étaient vite désintéressés d'elle et celui qui avait cherché à lui parler examinait avec un autre ce que contenait son sac.

— Mon sac, mon portable ! réclama-t-elle tandis qu'un elfe la retint par le bras. Lâche-moi, toi ! Tu t'prend pour qui ? explosa-t-elle, cherchant à se dégager.

Comme l'humaine ne portait ni arme, ni message sur elle, Rúmil interrogea ceux qui examinaient le contenu du sac confisqué.

Son inventaire se limitait à des objets intrigants mais à première vue anodins, des chaussures au style et à la matière inédits, plusieurs vêtements sombres et deux linges clairs dont l'un fait dans un tissu mystérieux. Il y avait un petit sac, à l'intérieur du grand, contenant divers petits objets. Pas d'arme ni de de message là non plus mais de quoi en écrire un : il y avait un petit carnet aux pages encore vierge et plusieurs sortes de stylet contenant de l'encre. Ça, c'était intéressant pour tout amoureux de l'écriture ! Par contre, un petit sac plat en cuir comportait de nombreux documents écrits dans un alphabet totalement inconnu, avec un mini portrait d'elle, peu flatteur. Il y avait également une sorte de palette de poudres colorées à l'usage mystérieux. Le son glougloutant que Rúmil avait entendu lorsque l'humaine avait saisi son sac provenait d'une bouteille transparente.

— L'eau est étrange et son contenant l'est plus encore, commenta l'un des elfes. Rúmil inspecta attentivement la bouteille à son tour. La matière de la bouteille était des plus étonnante. Cette dernière était transparente comme le verre mais en moins dur et en moins froid. Une bande de papier de couleur cerclait la bouteille et comportait de nombreuses écritures indéchiffrables au tracé parfait, ainsi que quelques dessins de même facture, plus ou moins élaborés. Il agita la bouteille. Celle-ci était scellée à son embouchure. Quant à l'eau qu'elle contenait, si c'en était… elle ne semblait pas bien vivante. Il cessa son examen et décida qu'elle soit mise de côté pour un examen plus approfondi. Il s'intéressa à un autre artefact.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il au soldat qui avait extirpé du sac un étroit vêtement blanc aux bretelles flexibles. L'elfe haussa les épaules tout en testant la force de résistance d'un élastique. Ils n'avaient jamais tâté cette matière dont était fait l'habit. La fermeture éclair eût leurs faveurs. Océane protesta.

— Aux cris d'indignation qu'elle pousse, répondit l'elfe esquissant un sourire, et en regardant mieux, je dirai que c'est un linge de corps, mon lieutenant... Il illustra son propos en le mettant devant son torse, comme pour l'essayer, laissant les bretelles pendre.

— Mon soutien-gorge ! se débattait Océane en voyant les deux elfes inspecter ce sous-vêtement. Bien que l'elfe qui la retenait ne comprenait pas ce qu'elle disait, l'humour de la situation ne lui échappait pas. Malgré son amusement, il ne lâcha pas prise.

— En plus, vous le tenez à l'envers, abrutis ! reprochait Océane pendant que certains se mirent à glousser devant la nouvelle tenue de leur compagnon. Durant ces jours sombres où la guerre menaçait leurs frontières, toute occasion de s'égayer était à prendre. L'elfe excita les rires de ses camarades avec deux ou trois pas de danse tout en exhibant son torse décoré du sous-vêtement qu'il avait plaqué devant lui, les bretelles pendantes, jusqu'à ce que Rúmil lui intima l'ordre de le remettre où il l'avait pris.

En attendant d'en savoir plus sur leur visiteuse, il choisit de la faire garder : en un mot, elle était leur prisonnière. Il supposa que son capitaine, prévenu des circonstances de cette visite aussi inattendue qu'importune, déciderait de la faire garder jusqu'à ce que les ordres de ses seigneurs à Caras Galadhon lui parviennent. Ce n'est qu'à ce moment que Rúmil prêta de nouveau attention à l'humaine qui n'avait pas cessé ses cris de révoltes et ses tentatives pour se libérer. Elle s'était attirée un ou deux légers coups de genoux de son gardien qui perdait patience. Il fallait amener leur prisonnière en lieu sûr. Le mieux était qu'elle les suive sans faire d'histoires, sinon elle était bonne pour être liée, puis transportée sur l'épaule de l'un d'eux s'il fallait elle avait l'air d'être un poids plume. Le sac pouvait l'aider.

— Emmenez son sac à la Réserve et tout ce qu'il contient avec vous, ordonna-t-il à l'un de ceux qui avait fouillé ce bagage. Ensuite, fit-il en désignant les objets qu'il pensait devoir soustraire, conservez cela à part. Ils méritent un examen plus approfondi ! Nous ne lui rendrons que ceux qui sont inoffensifs lorsqu'on en sera sûrs, finit-il. Le soldat obtempéra et, muni du sac, se dirigea vers l'endroit désigné.

— Imlach, fit Rúmil en notant les grimaces de celui-ci, allez prévenir le capitaine que nous avons appréhendée cette personne et dites-lui que nous l'amenons et la gardons à la Réserve en attendant de recevoir ses instructions, ordonna-t-il.

— A vos ordres, salua Imlach, soulagé de s'éloigner des cris d'Océane qui lui écorchaient les oreilles.

— Vous m'accompagnerez pour la mener à la Réserve. Lâchez-la, ordonna-t-il à l'elfe qui maintenait Océane. Celle-ci bondit aussitôt vers Rúmil qui maintenant prenait la direction de la Réserve.

Il se retourna et d'un geste pria l'étrangère de le suivre. Comme elle hésitait, il lui parla et ce lui sembla être des encouragements.

oooOOOooo

Océane le regarda qui lui souriait, lui montrant le chemin : c'était sa seule chance de récupérer son bien apparemment. Croyait-il vraiment qu'elle allait lui obéir ? Quand est-ce que la séance de la caméra cachée se terminait ?

Elle cherchait à repérer sur eux des signes prouvant qu'ils étaient des imposteurs, des déguisés jouant aux elfes dans la forêt. Elle s'étonnait de la diversité de leur chevelure qui allait du noir au brun profond en passant par le doré foncé pour certains. Ces types n'avaient-ils pas trouvé de perruques blond platine ou au moins harmonisées entre elles ? En fait, l'hypothèse d'avoir affaire à de faux elfes tenait de moins en moins. Leur taille l'intimidait également ils faisaient tous au moins un mètre quatre-vingt-dix ou deux mètres ! D'où sortaient-ils ? D'une famille de géants ?

C'était comme si elle avait autour d'elle tout un catalogue de mannequins à l'aspect angélique et en plus impressionnants. Il lui semblait plus invraisemblable que des hommes parviennent à imiter ceux qu'elle voyait à l'instant que d'avoir réellement affaire à certains d'entre eux. Elle n'avait jamais vu leur équivalent et n'aurait pu les rêver. Même en les concevant en imagination, comment parvenir à imiter leur aspect, leur démarche, la lueur dans leurs yeux, ce qui se dégageait d'eux que son esprit formulait à peine et qui lui fit admettre qu'ils étaient bien des elfes. Cette réflexion ne l'amena pas au bord de la folie comme elle l'avait redoutée. Aucune panique ne venait. Elle sentait bien que cette forêt n'était pas normale. Il y régnait une atmosphère presque enchanteresse qui la calmait. Quant à ceux qui l'avaient interceptée…

Elle regarda celui qui l'invitait patiemment à le suivre. A tout prendre, elle préférait sa compagnie plutôt que celle des autres, toujours armés et potentiellement dangereux si elle se fiait au regard que lui jetaient certains d'entre eux. Elle ne pouvait pas l'expliquer mais il y avait quelque chose de rassurant en lui. De toutes façons, elle ne savait pas où aller pour sortir d'ici… s'il y avait une sortie. Elle finit par se décider. Un des elfes leur emboîta le pas pour fermer la marche. Après un court trajet au milieu de la végétation, ils arrivèrent sur un chemin qu'ils suivirent pendant un bon moment. Jamais elle n'aurait pu le découvrir elle-même à moins d'une chance inespérée.

oooOOOooo

Marchant à côté de leur visiteuse, Rúmil avait eu le temps de l'étudier. Elle était humaine, sans l'ombre d'un doute, mais impossible de savoir d'où elle provenait. Il avait peu rencontré d'être humain, moins de femmes que d'hommes la distinction entre les peuples humains lui était difficile. Mais celle-ci, il en était sûr était d'un type jamais rencontré ici. Plusieurs choses l'intriguaient à son sujet, comme son aspect impeccable, surtout au niveau des pieds si peu couverts de poussière, encore moins de boue. Il n'y avait pas la moindre habitation humaine à grande distance et il savait que si elle provenait d'aussi loin à pied elle n'aurait pu présenter une apparence aussi nette, à part son dos et ses cheveux ornés de bribes de feuilles qui s'y étaient réfugiées. N'était pas elfe qui voulait. En revanche elle n'avait pas l'air parasitée, comme cela arrivait en fréquentant des lieux insalubres, après avoir vécu en longue errance ou bien en fréquentant les « bonnes » personnes. Si elle avait un cheval, où était sa monture ? Elle n'en portait d'ailleurs pas l'odeur sur elle : il percevait l'absence de cette senteur caractéristique d'ici. De près, il trouvait que son odeur corporelle exhalait un mélange de senteurs sucrées et complexes avec un relent qu'il n'identifiait pas mais qui évoquait vaguement la puanteur des orques qu'il avait déjà combattu. Ceux-ci, entre-autre, sentaient la fumée et l'huile de roche 1: cette extrême pourriture de la flore qui devenait liquide, gluante et noire et dégageait une épaisse et âcre fumée noire infecte lorsqu'on y mettait le feu. Bien que l'idée lui semblât incongrue, à cause de l'apparente inhabileté de leur visiteuse, il pensa qu'elle pourrait être, pourquoi pas, une envoyée de Dol Guldur, un des fiefs de l'Ennemi. De simples oiseaux servaient d'éclaireurs et donnaient des informations. Une apparence neutre sans trace de menace n'était nullement la garantie d'avoir affaire à un ami.

Plus choquant : elle n'avait ni arme ni argent sur elle, en pièces de monnaie ou en objets de valeur, pour s'acheter un nécessaire de survie qu'elle ne transportait même pas. Plutôt imprudent lorsque l'on voyage seul, surtout dans des contrées censées inconnues à moins qu'elle soit en compagnie d'autres gens chargés de la protéger et de lui assurer le vivre, mais qui, puisqu'elle semblait seule ? Le sac était inhabituel et son contenu l'était tout autant. De plus, il ne comportait pas les effets indispensables pour voyager loin et en toute autonomie. Quant à ses vêtements, outre leur étrangeté, ils n'offraient certainement pas une protection suffisante en cette saison contre le froid ou la pluie.

Comment se fait-il qu'elle n'ait pas été arrêtée par les premiers guetteurs plus au nord ? Car bien des espions venant de Dol Guldur et d'ailleurs travaillaient pour l'ennemi et sillonnaient les environs, parfois capturés, parfois simplement repérés par les sentinelles. Cependant, ces espions cultivaient une discrétion dont l'humaine avait peu fait preuve jusqu'ici. Et qu'en était-il de ce chambardement inexpliqué qui les avaient tous attirés là où elle se trouvait dans une nature frappée temporairement d'immobilisme et offusquée par une épaisse brume ? C'était tout cela qui incitait Rúmil à agir avec prudence. Cette fille présentait trop d'énigmes à son goût.

oooOOOooo

Océane n'avait aucune notion du temps passé à marcher. La forêt lui semblait devenir plus ordonnée, moins touffue que celle où elle avait… atterri. Celui qui lui avait parlé et semblait être le chef était de grande taille, comme tous les autres en fait. Comme eux, également, il était habillé d'une sorte d'uniforme gris-beige-vert, elle n'aurait su dire, car sa couleur changeait suivant les mouvements de son porteur, se dérobant presque à son regard. « Ça existe vraiment ça ? » s'interrogeait-elle. Il était chaussé de bottes montant jusqu'aux mollets. Elle lui avait trouvé comme un air espiègle sans savoir d'où venait cette impression. Elle l'imaginait bien avoir fait toutes les bêtises possibles durant son enfance. Ses cheveux étaient longs, légèrement ondulés et châtain très clair, avec une natte fine de chaque côté du visage et se rejoignant pour n'en former qu'une à l'arrière de la tête.

Ils arrivèrent devant un fourré qu'ils contournèrent et qui révéla un labyrinthe de végétation qui débouchait sur une place dégagée au sol mais ombragée par des ramures d'arbres qui portaient loin. L'ensemble faisait comme un dôme autour duquel se trouvaient quelques cabanes en bois, ainsi que des structures perchées dans les arbres. Devrait-elle monter là-haut ? Elle entra dans l'un des abris à la suite de Rúmil qui déjà s'adressait à ceux qui se trouvaient à l'intérieur. L'habitation était profonde à l'étonnement d'Océane. La lumière parvenait du plafond percé de fenêtres de toit. Elle fut amenée tout au fond. C'est alors qu'elle vit son sac posé sur le sol et s'en empara. Sur un geste d'un elfe, elle s'assit il se posta un peu plus loin tandis que les autres s'étaient écartés et devisaient entre eux.

Maintenant qu'elle pouvait le faire tranquillement, elle les contemplait avec attention. Elle admirait leur physionomie. Pas de doute c'était tous des elfes, du moins l'illusion était parfaite... Elle n'avait pas encore choisi d'y croire tout à fait ou non. Elle vit combien leur tenue, là aussi, se confondait la plupart du temps avec ce qui les entourait. Au-dessus d'eux, elle remarqua comme des lampes suspendues et éteintes. Océane cessa son examen assez rapidement, constatant qu'elle était aussi l'objet de la curiosité des elfes. L'inventaire de son sac lui offrit un semblant de contenance. Elle poussa un cri de frustration lorsqu'elle découvrit qu'elle s'était fait voler son portable. Ils l'avaient gardé ! Manquait-il autre chose ? Elle fouilla avec frénésie son sac et constata également l'absence de sa bouteille d'eau, de son portefeuille, de ses stylos et calepins, de sa bouteille d'eau et aussi… de son quatre-heure ? « Ils pouvaient pas amener leur propre bouffe ? » s'indigna-t-elle. Et son portable ! Où les elfes l'avait-il mis ? Pourquoi ils le lui avaient volé ?

oooOOOooo

Iorendel entra dans la Réserve cherchant Rúmil pour l'avertir de l'arrivée imminente de leur capitaine : Haldir. Celui-ci avait dû juger l'intrusion de l'étrangère suffisamment importante pour venir ici aussi vite. Il le trouva près du lieu où était détenue la nouvelle visiteuse :

— Haldir arrive, fit-il à l'attention de son lieutenant.

— Haldir ? réagit Océane, dont le nom de l'elfe lui fit oublier sa colère naissante.

Rúmil et Iorendel la considérèrent avec curiosité. Elle semblait réagir au nom de leur supérieur. S'ils ne comprenaient pas ses paroles ils entendaient distinctement le nom d'Haldir revenir plusieurs fois dans sa bouche.

Le capitaine entra à ce moment, en compagnie de deux autres elfes, dont Imlach qui était parti l'avertir. Rúmil lui exposa de nouveau la situation et désigna Océane qui était toujours assise dans un coin. Haldir l'étudia attentivement. Océane avait noté l'arrivée des deux elfes et ne put s'empêcher de sourire l'un d'eux, le plus fier sûrement, devait être Haldir. Il était l'un de ses personnages préférés dans l'œuvre de Tolkien. Il affichait un air altier qu'elle trouva séduisant. Sa taille était plus haute que celles des autres elfes. Il dégageait une aura d'autorité que confirmait le respect qu'on lui manifestait. Il portait le même costume gris changeant que ses compagnons. Sa longue chevelure était blonde, très claire, souple, légèrement ondulée mais sans reflet. Bien que la forme de son visage fût douce, le tranchant de son regard gris clair et l'air qu'il affichait ne laissaient place à aucune complaisance. On n'avait aucune envie de s'en faire un ennemi. Océane était favorablement impressionnée : elle le trouva mieux que dans ses imaginations mais malgré qu'elle lui souriait, l'elfe ne se départit pas de son air sévère et inquisiteur.

Haldir la trouva fort jeune et s'il la comparait avec les ephedyn2 qu'il avait rencontrés parfois, il jugeait qu'elle n'avait pas encore atteint l'âge adulte. Il s'adressa à Rúmil et tenta de comprendre à qui ils avaient affaire et comment elle était parvenue aussi facilement au cœur de la forêt sans se faire repérer par les guetteurs.

Entre temps Iorendel était revenu d'un tour de reconnaissance : il n'y avait personne alentour et aucune sentinelle, pourtant bien à leur poste, n'avait vu qui que ce soit traverser leur ligne. La fille se trouvait bien seule et avait surgi de nulle part. Restait l'étrange phénomène constaté au lieu d'apparition de l'étrangère et qui s'était estompé depuis : un subit coup de vent couplé à une fumée laiteuse et mauvaise, suivi de l'immobilisation de l'air et de la flore dans la même zone. Haldir s'étonna aussi lorsqu'il apprit qu'elle semblait ne connaître aucun langage parlé, pas même un mot de la langue commune du moins c'est ce que son comportement laissait présager. Un autre mystère était qu'elle connaisse son nom à lui.

oooOOOooo

Océane regardait attentivement la scène lorsque tout à coup les mots qu'elle cherchait intensément jaillirent enfin dans son esprit : « Mae govannen ! », mais oui c'était bien l'expression qu'elle cherchait tout à l'heure !

— Mae govannen, se mit elle à dire en se levant.

L'elfe qui la surveillait se mit sur ses gardes. La plupart des elfes se tournèrent vers elle. Haldir et Rúmil s'étaient arrêtés de parler.

— Mae govannen, Haldir, fit-elle de nouveau tout en saluant Haldir, ravie du petit effet qu'elle provoquait. Un bref instant, Rúmil sourit en coin à son frère et sembla s'amuser de ce rebondissement. Aurait-elle joué la comédie de l'étrangère ignorant les langages courants pratiqués en Arda ? Haldir s'adressa directement à elle, l'air toujours sévère, mais Océane n'eut aucune idée de ce qu'il lui disait. L'adolescente trouva une ou deux autres paroles en langage elfe, quelques noms d'elfes mais ne put rien dire d'autre. Haldir se rendit bientôt compte que la jeune fille ne connaissait que quelques bribes de leur langue avec un accent inconnu et une prononciation plutôt déplorable. Quant à son ignorance totale d'au moins une langue pratiquée dans la région, elle lui semblait trop incroyable pour être sincère. Néanmoins, il décida de jouer le jeu de l'adolescente. Elle ne les comprenait pas ? Donc inutile de lui faire part de ce qu'il décidait à son sujet ! Il se détourna d'elle et donna ses instructions.

En attendant d'en savoir plus sur elle et de découvrir combien elle en savait sur eux, il ordonna qu'elle soit gardée étroitement, que son sac lui soit retiré pour qu'il en fasse l'examen complet et que tous ceux qui avaient participé à l'interception de l'humaine lui remettent leur rapport dès que possible. Il ordonna également qu'on relève de leur poste tous ceux dont le guet se trouve dans le secteur des deux incidents et que leurs rapports lui soient transmis par la voie hiérarchique. Comme l'avait prévu Rúmil, il fit envoyer un bref message aux seigneurs de Lorien, en attendant de leur communiquer plus de détails par la suite.

Océane vit Haldir tourner les talons, parler rapidement à un des elfes puis partir avant qu'elle n'ait pu dire autre chose. Elle fut déçue par cette réaction alors qu'un moment, elle avait eu tant d'espoir d'échanger quelques mots avec lui, voire plus. Pire ! Les elfes lui retirèrent de nouveau son sac malgré son opposition. Elle n'avait plus rien ! Les choses lui échappaient et ne tournaient pas du tout comme elle l'avait espéré.

1 Du pétrole

2 Ephedyn : humains (en sindarin)

13