Auteure contributrice : Isa'ralia Faradien


#8 - Le choix

Bucky remballait frénétiquement ses affaires. Même si Shuri et ses assistants étaient parvenus à effacer toute trace de conditionnement dans son esprit, il ne pouvait plus vivre avec lui-même.

Le cœur tambourinant d'angoisse, il allait quitter le Wakanda et repartir en cavale, seul. Il ne lui semblait pas convenable d'être en sécurité, après tout le mal qu'il avait causé, aussi bien dans un lointain passé que très récemment, à son propre meilleur ami.

Le souffle court et les pupilles dilatées, Bucky ouvrit la porte aussi discrètement que possible pour quitter sa hutte. Dehors, il faisait nuit noire dans la brousse wakandienne. Il s'élança dans l'obscurité.

- Sergent Barnes, l'appela une voix féminine au milieu de la nuit.

Il s'arrêta net, les sens aux aguets malgré une nouvelle bouffée d'angoisse.

- Bucky, corrigea-t-il machinalement.

Même si, pour lui, il s'agissait de l'identité d'un homme mort, dont il aurait usurpé le surnom parce que c'était celui-ci que Steve avait employé, éberlué, le jour où il l'avait reconnu et ouvert une brèche dans l'Enfer.

- Bucky, reprit la voix féminine. Ne partez pas, s'il vous plaît.

- Je ne peux plus rester… Je…

L'air commençait à lui manquer alors que celle nouvelle crise d'angoisse s'éternisait.

- Bien sûr sur si, Bucky. Vous êtes à votre place, ici. Nous allons prendre soin de vous. Rentrez donc dans votre hutte, que je puisse vous aider à vous débarrasser de votre crise d'angoisse et de vos pensées négatives.

La pleine Lune apparut soudain d'entre les épais nuages nocturnes, et éclaira Shuri, main tendue vers l'homme en détresse.

- Je ne mérite pas… ni votre attention, ni votre aide, je… JE SUIS UN MONSTRE ! finit-il par hurler au milieu du village paisiblement endormi.

Son cri résonna longuement dans ses oreilles.

- Bucky, continua Shuri sur le même ton apaisant, ce qui a été écrit dans votre histoire personnelle jusqu'à présent est tragique et angoissant, traumatisant même, et c'est entièrement compréhensible que vous y réagissiez de la sorte. Mais, laissez-moi vous dire que… ça n'a pas d'importance, d'une certaine manière. Les rêves remplis de souvenirs doux-amers de votre jeunesse, les cauchemars de vos années chez HYDRA… ils resteront longtemps en vous, malheureusement, mais malgré tout, vous pouvez choisir d'écrire de nouvelles pages plus sereines, plus apaisantes dans le livre de votre histoire personnelle. Vous pouvez y écrire ce que vous voulez, mais ça peut faire la différence sur la perception que vous avez de vous-même.

Bucky, la respiration toujours saccadée, considéra un long moment la main toujours tendue de Shuri, ses paroles tournant en boucle dans sa tête comme une litanie sans fin. Petit à petit, elles remplacèrent les voix qui lui hurlaient qu'il ne valait rien, qu'il devrait plutôt mourir quitte à laisser Steve dévasté - une victime de plus ou de moins…

Il tendit alors à son tour son bras tremblant pour serrer les doigts de la jeune femme, qui laissa échapper un petit sourire rassuré.