Chapitre 9 : Cerbère et Troll des Montagnes

Le temps passa, Harry faisait ses devoirs et apprenait la magie plus rapidement que la plupart des autres élèves, grâce à sa mère. Elle lui donnait sans cesse des astuces pour améliorer ses compétences et elle le guidait dans la bibliothèque, ce qui lui permettait d'éviter les ouvrages inutiles. Il passait le temps seul, se sentant de plus en plus exclu de sa maison. Alors il errait seul et se protégeait du mieux qu'il pouvait des attaques sournoises de Malfoy et autres serpentards qui le suivait, et évitait Weasley dont il ne comprenait pas la haine alors qu'il ne le connaissait même pas.

Le pire c'était juste après le couvre-feu, quand il ne pouvait pas faire autrement que d'être dans la salle commune. Il devait faire attention à ses affaires. Plus d'une fois, Malfoy s'était emparé de l'une d'elles et de l'abîmer juste pour le plaisir de l'humilier et le faire enrager. Le blond avait vraiment une dent contre Harry, surtout depuis qu'il avait été clair pour tout le monde que le Survivant avait de meilleures notes que lui. Drago Malfoy ne supportait pas le fait d'être relégué à la seconde place. Et il le faisait payer à Potter au point qu'il était connu de tous, même par les autres maisons, qu'Harry et Malfoy étaient rivaux.

Malheureusement pour Harry, tout le monde pensait que c'était lui qui cherchait les ennuis. Même le professeur McGonagall. Lily avait explosé de colère face à l'injustice de sa propre directrice de maison pourtant réputée être juste et impartiale. C'est à partir de ce moment-là qu'Harry n'accorda plus aucune confiance aux adultes et n'écouta plus que sa mère et uniquement elle.

Un jour, vers mi-octobre, alors qu'il discutait avec Lily au sujet du prochain essai de sortilèges, un sort le frappa dans le dos et il fut propulsé dans un couloir sombre. Il entendit vaguement une porte se fermer et se verrouiller alors qu'il se relevait en massant son épaule endolorie par le choc. Un grognement de chien se fit entendre. Harry se figea. Il se tourna ensuite très lentement vers la source du bruit. Un énorme chien à trois têtes le regardait avec un œil mauvais, les babines retroussées sur des crocs énormes, jaunes et dégoulinant de bave.

'Maman ?' fit-il alors qu'il commençait à trembler.

'Sors de là tout de suite !' paniqua Lily.

Harry courut vers la porte. Elle était verrouillée.

'Ta baguette ! Harry, ta baguette ! Alohomora. Dépêche-toi !'

Le jeune sorcier le fit rapidement, ouvrit la porte et la referma en soupirant de soulagement. Son cœur battait tellement fort dans sa poitrine qu'il était persuadé qu'il allait sortir de sa cage thoracique.

'C'était quoi ce truc ?'

'Un cerbère.'

'Qu'est-ce que ça fout dans une école ?!'

'Je ne sais pas, mon chéri. Il n'y en avait pas quand j'étais élève ici. Mais m'est avis qu'il garde quelque chose ...'

'…'

'Il était sur une trappe, Harry…'

'Oh.'

'Je me demande ce que c'est ?'

'Ben pas moi ! J'ai un devoir de sortilège à faire !'

Harry repartit dans les couloirs d'un pas rapide, voulant mettre le plus de distance possible entre lui et ce maudit cerbère. Il ne vit pas les yeux gris déçus d'avoir échoué dans l'objectif de transformer Potter en pâté pour chien.

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Un grognement. Une odeur horrible. Un hurlement. Des objets brisés. De l'eau qui s'écoule. Un cri de rage. Du sang. La mort.

Harry se réveilla en sursaut, la respiration hachée, couvert de sueur. Son estomac se tordit douloureusement et le garçon courut vers la salle de bain, réveillant son voisin de chambrée au passage. Théodore Nott s'apprêtait à crier sur lui mais, en voyant son teint verdâtre, il le laissa tranquille et retourna se coucher sans plus s'en préoccuper.

Harry remit le repas de la veille et il tremblait. Il se mit à pleurer silencieusement, à coté de la toilette, sa respiration toujours hachée, mais cette fois-ci par ses sanglots.

'Harry… Shhh…. Ce n'était qu'un cauchemar.'

'Non, maman. Je pense que c'était encore un de ces rêves. Cela semblait si réel !'

'Harry …'

'Maman, je n'ai encore jamais rêvé de voir mourir quelqu'un. Et pourtant plus d'une fois, j'ai souhaité voir les Dursley disparaître ! Là j'ai vu Hermione Granger mourir. Cette … Cette créature lui a fracassé le crâne …. C'était horrible !'

Lily ne répondit pas et enveloppa son fils d'un cocon d'amour pour le réconforter.

« Potter ! »

'Non pas lui ! Pas maintenant !'

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Severus se réveilla en sentant l'alarme du dortoir des garçons se déclencher. Celui des premières.

'Potter !' Il regarda son horloge. 02h37. 'Il va me le payer !'

Il s'habilla en deux coups de baguette et rejoignit le dortoir de ses serpents afin de punir l'insolent qui venait de troubler son précieux sommeil. Déjà qu'il avait du mal à le trouver lui-même….

Il le retrouva une fois encore dans la salle de bain, mais cette fois-ci sur le sol, à côté d'une cuvette, en train de pleurer et de murmurer. Hélas, c'était trop bas pour que cela ait du sens à ses oreilles. Il le voyait juste assis, les bras autour de ses jambes, la tête enfouie dans ses genoux, tremblant comme une feuille sur le carrelage glacé.

« Potter ! » Sa voix claqua, faisant sursauter le garçon.

Ce dernier releva son visage imbibé de larmes. Ses yeux verts étaient habités par un sentiment de peur et de tristesse. D'horreur aussi, remarqua le vieux serpentard. Potter avait le teint gris. Les yeux onyx fixèrent les deux billes émeraude. Pour la première fois, Severus n'y vit aucune défiance, juste de la peur, de l'horreur et de la tristesse. C'était troublant.

« Que faites-vous hors de votre lit ? » demanda-t-il toutefois d'un ton cassant.

Il vit les yeux du garçon se voiler et son visage perdre encore plus de couleur alors qu'il se redressait pour vomir dans les toilettes.

'Génial ! Je me retrouve avec un Potter malade sur les bras,' soupira-t-il intérieurement.

« Venez, Potter. Je vous amène à l'infirmerie. »

Il fut étonné de voir le gamin obéir silencieusement, tout en continuant de pleurer. Que cela pouvait l'agacer ! Il détestait voir les mioches pleurer. Cela prouvait à quel point ils étaient faibles !

Arrivés à destination, Poppy l'examina et ne détecta rien d'alarmant. Potter était juste dans un état de stress intense et que cela s'était répercuté sur son physique. Tout ce qu'elle avait pu tirer de lui était qu'il avait fait un horrible cauchemar. Elle lui avait donné un calmant et une potion de sommeil sans rêve et l'avait gardé en observation. Severus partit, ravi d'en être débarrassé, et retourna dans ses quartiers en espérant pouvoir se rendormir.

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Harry mangeait silencieusement à la table des serpentards, comme à chaque fois. Même en ce jour de fête – Halloween – son mutisme était de rigueur. Pourtant Harry avait une vive discussion avec sa mère. Il ne le laissait juste pas transparaître sur son visage. Elle lui racontait une frasque que James et ses amis avaient faite à toute l'école justement un jour d'Halloween. Il était en train d'en apprécier le souvenir de sa mère quand Quirell entra en courant dans la Grande Salle.

« Un troll dans les cachots ! Je voulais vous prévenir. »

Le professeur s'effondra sur le sol. Après quelques secondes dans un silence pesant, des cris de panique se firent entendre dans toute la salle et les élèves se levèrent pour se précipiter vers la sortie.

« SILENCE ! » cria Dumbledore. « Jeunes gens, s'il vous plaît, pas d'affolement. Les préfets vont raccompagner leurs condisciples à leurs dortoirs, les professeurs vont m'accompagner jusqu'aux cachots. »

Harry suivait les autres serpentards vers les cachots quand une voix derrière lui s'éleva du groupe des gryffondor qui se dirigeait vers le Grand Escalier.

« Eh ! Ron ! Tu sais où est passée Granger ? » fit Dean Thomas.

« Non. Je ne l'ai pas vue depuis le cours de sortilèges. »

« Elle n'était pas au dîner »

« Tu t'inquiètes pour rien. Elle doit sûrement être dans la salle commune. »

Harry s'était figé, les yeux agrandis d'horreur.

'Maman ! Le rêve …'

'Oh Merlin !'

'Où sont ces toilettes ?'

'Ce sont celles de Mimi Geignarde. Au deuxième étage.'

Harry fonça vers les dites toilettes malgré les protestations de sa mère. Il n'avait pas confiance aux adultes, on le prenait toujours pour un menteur. De plus, il avait peur que le temps de trouver quelqu'un, Hermione ne se fasse tuer par le troll. En tournant le coin, il entendit un hurlement strident suivi d'un grognement rageur et du bruit de porcelaine qu'on brise. Il accéléra le pas et arriva dans l'embrasure de la porte. La scène était exactement comme dans son rêve. A l'exception d'une chose : Hermione était toujours en vie et regardait, tétanisée, le troll s'approcher d'elle en levant sa massue.

'Oh non !' fit Lily horrifiée.

« Eh ! Gros tas ! » cria Harry en ramassant un morceau de bois provenant d'une cabine brisée et le lançant sur la tête du troll.

'HARRY !' cria sa mère, paniquée maintenant. 'Tu es fou !'

Le troll se retourna et regarda Harry. Il hésita entre écraser la gamine en face de lui et ce garçon. Puis, dans un cri rageur, il marcha vers Harry en brandissant sa massue au-dessus de sa tête. Le serpentard sortit sa baguette en voyant la créature avancer et hurla, en même temps que sa mère dans sa tête, l'incantation qu'il avait apprise en début de mois à force de se faire agresser par Malfoy et Weasley.

« Expelliarmus ! »

La massue du troll vola hors de la main de ce dernier et atterrit à côté d'Harry. Le monstre regarda sa main, à présent vide, avec surprise.

'Euh…. Maintenant, je ferais un Stupefix mais tu ne sais pas encore le faire,' fit Lily.

« Wingardium Leviosa, » dit plutôt Harry.

La massue du troll s'éleva dans les airs, attirant le regard curieux de son propriétaire. Le serpentard la dirigea au-dessus de la tête de la créature avant de cesser le sort. L'arme tomba lourdement sur la tête du troll, l'assommant au passage. Ce dernier s'effondra sur le sol, le faisant trembler sous son poids et un nuage de poussière s'étendit autour de lui.

'Pas mal non plus,' dit Lily, surprise.

« Est-ce qu'il est … mort ? » demanda Hermione en s'approchant lentement.

« Non, juste assommé, » répondit Harry en se tournant vers elle. « Es-tu blessée ? » demanda-t-il ensuite en répétant la question de sa mère à voix haute.

« Euh … » La jeune fille se regarda quelques secondes. « Je ne crois pas. »

« Allez viens, je t'amène à l'infirmerie. »

« Vous allez d'abord m'expliquer tout cela, jeunes gens ! » fit la voix autoritaire du professeur McGonagall, choquée de voir le troll à terre, à côté de deux premières années, l'un d'eux ayant sa baguette en main.

« La version courte, professeur, » fit Harry d'une voix neutre alors que les professeurs Snape et Quirell arrivaient à leur tour. « J'ai entendu Thomas et Weasley dire que Granger n'était pas là au dîner et, sachant parfaitement ce qui allait arriver, je suis venu la secourir puisqu'apparemment ces camarades de Gryffondor sont trop peureux et couards pour le faire eux-mêmes ! »

« Qu'entendez-vous par le fait que vous sachiez parfaitement ce qui allait se passer, Potter ? » demanda Snape de sa voix dangereusement calme.

« Qu'importe ? » répondit Harry un poil plus glacial envers son père qu'il commençait à détester. « Personne ne me croira. Personne ne me croit jamais. »

Il avait dit cela en passant un bras rassurant autour des épaules d'Hermione et la guidait vers l'extérieur de la pièce. Il l'amenait à l'infirmerie.

« Potter, sur un autre ton ! » claqua la voix de Snape. « J'attends une réponse. »

« Je l'ai vu il y a quelques temps, » fut la seule réponse que les professeurs reçurent tandis qu'Harry s'éloignait avec la Gryffondor.

Après quelques minutes de silence, Hermione avala sa salive et regarda Harry.

« Harry ? »

« Oui, Hermione. »

« Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que tu as vraiment vu ce qui … »

« Oui, » murmura-t-il en réponse. « Je l'ai rêvé. »

« Qu'est-ce qui se serait passé ? »

« En un mot, tu serais morte. »

La jeune fille resta silencieuse jusqu'à l'infirmerie, assimilant la nouvelle. Quand le serpentard s'apprêtait à sortir, enfin libéré par Mme Pomfresh, la gryffondor l'arrêta.

« Harry …. Merci… Merci beaucoup. »

« De rien, Hermione. »

Il lui serra l'épaule avant de repartir pour sa salle commune.

'Je suis fière de toi, Harry,' dit sa mère en diffusant une vague d'amour à son fils.

'Merci, maman,' sourit ce dernier.