Chapitre 11 : Noël
Harry et Hermione profitaient de leur dernière journée ensemble avant que la Gryffondor reparte chez elle pour les fêtes de fin d'années. Ils avaient passés leur temps dans la salle de musique. Harry avait montré à son amie son talent pour les claquettes. Et depuis, la brune avait fait un horaire pour qu'ils puissent profiter de leurs passions respectives sans pour autant négliger leur travail scolaire.
Finalement, Hermione Granger était la première vraie amie qu'Harry se faisait de toute sa vie. Cela lui faisait beaucoup de bien de parler à quelqu'un d'autre que sa mère. De parler d'elle à quelqu'un d'autre et que cette autre personne croit en la présence de Lily au sein de son esprit. Il se sentait plus épanoui, heureux comme jamais il ne l'avait été auparavant. Il ne restait plus qu'une seule ombre au tableau : son père, Severus Snape. Bien que ce dernier avait finalement accepté la qualité de son travail comme étant sienne, il était toujours aussi froid, dur. Il y avait toujours cette haine présente dans son regard. Cela faisait mal au cœur d'Harry. Mais malgré cette petite note triste, le jeune Serpentard était heureux à Poudlard, c'était nettement mieux que chez les Dursley. Beaucoup mieux même.
Harry et Hermione descendaient les marches du Grand Escalier. Ils mouraient de faim après une matinée bien remplie entre déjà faire le gros des devoirs de vacances et beaucoup de musique. Beaucoup de piano, un peu de chant aussi (Harry avait enfin eu le courage de faire écouter sa voix à son amie). En arrivant dans le Grand hall, ils virent entrer le garde-chasse qui tirait derrière lui un immense sapin.
« Bonjour Hagrid ! » s'exclamèrent-ils joyeusement.
« Bonjour Harry ! Hermione ! » répondit le géant. « Comment allez-vous ? »
« Très bien, » fit la brune. « Voulez-vous un coup de main ? »
« Non, merci, c'est gent… »
« Bougez-vous de là ! » fit une voix traînante et insupportable.
Harry et Hermione se regardèrent et échangèrent le regard significatif qu'ils allaient avoir des ennuis sans mêmes les chercher. Encore.
« Vous pouvez pas dégager le passage, vous ?! Vieil imbécile ! » s'exclama Malfoy en fusillant Hagrid du regard tout en passant de justesse entre l'arbre et le mur.
« Malfoy ! » s'indignèrent Harry et Hermione tandis qu'Hagrid se redressait de toute sa hauteur.
« Je vous conseille, jeune homme, de ne plus jamais m'insulter ! »
« Touchez-moi et mon père en entendra parler ! » menaça le blond avec son petit sourire suffisant mais s'éloignant malgré tout de deux pas.
« Malfoy ! Dégage et laisse-nous tranquille, » fit Harry, glacial.
« D'abord les Sangs-de-Bourbes, puis les hybrides, » ricana Malfoy en faisant un mouvement de tête vers Hermione, puis vers Hagrid. « Tu es vraiment la honte des Serpentards. «
« Pourtant, il existe au moins un homme qui l'a fait avant moi ! » cracha Harry.
« Tu mens ! Aucun Serpentard n'oserait faire ça ! Cela va contre … »
« Pourrais-je savoir ce qu'il se passe ici ? » demanda Snape en arrivant juste derrière Harry. « Encore à causer des problèmes, Mr Potter ? »
Prenant le taureau par les cornes, Harry parla.
« Professeur, pourquoi ne pas demander à Hagrid ce qu'il s'est vraiment passé ? Vous accorderez certainement plus de crédits à la parole d'un adulte qu'à celle de trois enfants de onze ans. »
« Eh ! » s'indigna Hermione en lui frappant gentiment l'arrière de la tête. « J'en ai douze ! »
'Bien joué, Harry,' fit Lily en gloussant. 'Il ne pourra pas nier l'évidence si cela vient d'Hagrid. Et Malfoy ne pourra pas mentir.'
« C'est Malfoy qui a ouvert les hostilités, professeur Snape, » répondit Hagrid en jetant un regard noir au blondinet. « Il a employé des propos insultants que je me garderai de répéter et il cherche à faire sortir Harry de ses gonds. Ces deux jeunes gens ne faisaient que discuter avec moi quand tout ceci a commencé. »
« Venez dans mon bureau, Mr Malfoy, » dit Snape en faisant demi-tour en direction des cachots.
'Enfin, Malfoy va se faire redresser les bretelles ! Halleluyah !' s'exclama Lily en faisant une petite danse de la victoire.
Harry sourit et se retint presque de rire. Il échangera un regard entendu avec Hermione en se grattant discrètement la tempe. Elle secoua la tête en souriant à son tour.
« Merci, Hagrid, » fit Harry.
« De rien, Harry. C'est tout à fait normal. Passe un jour me voir, et toi aussi Hermione. Cela me ferait plaisir. »
« Bien sûr, Hagrid, » répondirent joyeusement les deux enfants avant d'aller dans la Grande Salle se restaurer.
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Harry resserra sa cape autour de lui alors qu'il regardait Hermione partir pour le train. Il ne partait pas avec elle. Il ne voulait pas retourner chez les Dursley et ces derniers ne voulaient certainement pas de lui. Mieux valait encore rester seul au château, surtout que la plupart des Serpentards rentraient chez eux pour les fêtes. Malfoy faisait partie du lot. Il fit un dernier signe à sa meilleure amie et, une fois qu'elle fut hors de vue, il rentra à l'intérieur du château, en direction de la salle de musique qui était devenu leur refuge.
Il y passa toute sa journée, ainsi que les jours qui suivirent, n'apparaissant que pour les repas, mais restant toujours silencieux et renfermé en apparence, mais en réalité en pleine discussion encore et toujours avec sa mère. Il cherchait depuis un moment l'idée du siècle : un cadeau pour Hermione mais il ne voyait pas du tout quoi lui offrir, n'ayant lui-même jamais reçu de cadeau sauf sa chouette Hedwige.
Il s'apprêtait à quitter la salle quand une voix se fit entendre derrière lui.
« Eh ! Potter, » appela Weasley. « Cela t'intéresse une partie d'échecs ? »
« Pourquoi tu me demandes ça à moi ? » fit Harry en se retournant.
« Parce qu'il n'y a personne d'autre et qu'on ne joue pas aux échecs tout seul …, » soupira le roux. « Alors ? »
Le Serpentard s'apprêtait à refuser puisqu'il ne savait pas jouer mais sa mère ayant perçu ses pensées, l'arrêta.
'Cela te dérangerait si je joue une partie ? Ou deux ?' demanda-t-elle. 'Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas joué …'
« D'accord, » répondit Harry, tant pour Weasley que pour sa mère.
Il ne pouvait rien refuser à cette dernière. Il s'installa juste en face du roux à la table des Gryffondors et suivit les instructions de sa mère quant aux mouvements à faire. Elle lui enseigna en même temps comment jouer à ce jeu de stratégie.
'J'aimais jouer aux échecs avec ton père de temps en temps,' dit-elle.
'Et tu gagnais souvent ?'
'Disons que je gagnais assez souvent. Mais il est meilleur stratège que moi.'
'Je tâcherai donc d'apprendre ce jeu et de devenir meilleur que lui.'
'Je te souhaite bien du courage. La seule personne qu'il n'a jamais pu battre, c'est McGonagall,' rit Lily.
Lily et Harry jouèrent avec le Gryffondor et gagnèrent deux parties sur cinq, mais c'était des parties serrées et intenses.
« Tu n'es pas un mauvais adversaire, Potter, » avait dit Weasley avant de suivre ses frères dans le parc pour une bataille de boules de neige.
Harry avait décliné l'invitation des jumeaux Weasley pour aller plutôt en bibliothèque terminer ses devoirs de vacances.
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Pour le réveillon de Noël, toutes les tables de la Grande Salle avaient été alignées contre le mur et une table plus petite avait été dressée à proximité d'une cheminée. Il ne restait vraiment plus beaucoup de gens à Poudlard : les professeurs – et encore pas tous –, la famille Weasley, sept Poufsouffles, un Serdaigle et trois Serpentard, dont Harry faisait partie.
Le jeune Serpentard s'installa comme à son habitude en bout de table et se plongea dans ses pensées, à profiter de Noël avec sa mère tout en dégustant pour la première fois un vrai repas de fête. Mais c'était sans compter sur le professeur Dumbledore qui s'était installé en face de lui, McGonagall juste à côté. Harry s'était retrouvé entre Tracey Davis et Daphnée Greengrass, les deux autres Serpentards restant.
« Alors, Harry, » fit le vieil homme. « Comment va la vie à Poudlard ? Tu t'y plais ? »
« Oui, professeur, » répondit simplement le garçon qui ne souhaitait que retourner dans son mutisme apparent. C'était Noël et il voulait le passer avec sa mère, comme chaque année.
« Mais encore ? » Demanda Dumbledore avec une étincelle dans les yeux.
'Tu ferais mieux d'être un peu moins renfermé, ce soir, Harry. Dumbledore n'est pas du genre à abandonner si facilement.'
'Mais moi, je m'en fiche, je veux discuter avec toi ! Et puis, je ne suis pas renfermé ! Je choisis juste bien mes interlocuteurs. Et puis, tu n'as pas oublié ce que Hagrid a dit. C'est lui qui a décidé de me placer chez les Dursley !'
'Donc parce que tu as vécu l'enfer à cause de sa décision, tu ne veux pas être aimable avec Dumbledore ?'
'Un truc dans ce goût-là. Tu es fâchée ?'
'Non. Pas vraiment. J'ai juste accepté cela il y a longtemps. Même si je n'en suis pas ravie. Mais je ne pense pas que Dumbledore pensait à mal en prenant cette décision…'
'N'empêche ! Moi, je veux pas lui parler !'
'Comme tu veux, Harry.'
« Mr Potter ? » fit la voix inquiète de McGonagall, le ramenant à la réalité. « Mr Potter ? »
« Oui, professeur ? »
« Cela fait au moins cinq minutes qu'on vous parle et vous ne réagissiez même pas, » répondit l'animagus. « Vous allez bien ? »
Harry regarda les autres personnes à table, tous le regardaient avec les sourcils froncés. Il vit les yeux noirs de son père qui n'exprimaient rien, insondables.
'Qu'est-ce que je donnerai pour savoir ce qu'il pense ?' dit-il à sa mère.
'Oui, moi aussi.'
« Oui, professeur. Je vais très bien. Désolé de vous avoir inquiétés. »
« Vous avez souvent des absences de ce genre, Mr Potter, » fit Snape de loin en piquant dans son assiette.
'Ah ? Aurait-il remarqué quelque chose ?' se demanda Lily.
« C'est parce que je suis souvent perdu dans mes pensées, professeur. Je m'y sens très à l'aise. »
« Et qu'est ce qui est si intéressant dans ton esprit pour t'éloigner ainsi de la réalité, Harry ? » demanda Dumbledore, curieux.
« Pas vraiment envie d'en parler, » répondit-il.
« T'as la trouille, Potter ? » demanda Ronald Weasley.
« Ron ! » s'indignèrent les plus vieux de la famille.
« Mr Weasley ! » s'exclama McGonagal en même temps que la fratrie mais Harry s'était déjà relevé, les yeux lançant des éclairs.
« Je pensais à ma mère, Weasley ! »
Le silence se fit plus lourd alors que certains visages, surtout ceux des professeurs, se voilèrent par la tristesse. La mâchoire de Snape se crispa.
« Je me demandais ce qu'elle dirait en me voyant ici, ce qu'elle penserait de moi. Est-ce qu'elle serait fière que je sois à Serpentard ? Ou déçue que je ne sois pas à Gryffondor comme elle ? »
'Euh … Tu sais ce que je pense de ça quand même …'
'Oui, je le sais. Mais pas eux …'
« Parce que quand j'entends ce que tout le monde dit à mon sujet, que ce soit élève ou professeur. » Il fixa Snape du regard à ce dernier mot. « Et bien, j'ai l'impression d'être un monstre, une honte à ma famille ! Maintenant, veuillez m'excuser mais je n'ai plus faim ! Joyeux Noël ! »
Harry quitta la salle d'un pas rageur, laissant derrière une salle bien trop silencieuse pour un soir de fête. Il retourna dans sa chambre et se plongea dans son esprit pour passer la fin de la soirée avec sa mère, à jouer du piano et rire avec elle.
Pendant ce temps-là, dans la Grande Salle, les discussions reprirent lentement.
« Severus ? »
« Je suis sûr que le gamin exagère pour attirer l'attention ! S'il commençait déjà par arrêter de chercher les ennuis avec ses camarades, il serait déjà mieux intégré ! »
Personne ne vit le regard qu'échangèrent Tracey Davis et Daphnée Greengrass mais elles ne dirent rien. Elles ne voulaient pas s'attirer les foudres de Malfoy. Elles savaient que c'était à cause du blond qu'Harry n'était pas intégré dans la maison Serpentard. Il faisait tout pour qu'il ait des ennuis. Elles n'étaient pas les seules à l'avoir remarqué mais personne ne parlait. Ceux qui voyaient cela, du moins pour ceux qui ne haïssaient pas Potter, avaient pitié du jeune garçon. Il aurait vraiment dû atterrir dans une autre maison, il n'aurait pas autant de problèmes. Surtout qu'il fréquentait une Gryffondor née-moldue et ne s'en cachait pas. Les deux jeunes filles se doutaient qu'il s'était rapproché d'elle parce qu'elle était jusqu'à présent la seule à s'être bien comportée avec lui. Pas d'insultes, pas de coups dans le dos, rien. Juste de l'amitié.
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Le matin de Noël, Harry fut réveillé par des cris de joie venant de la salle commune.
'Bon sang !' fit-il, irrité, en regardant son réveil. 07h00. 'Même le jour de Noël, ils sont sérieux, là ?! Pas moyen de dormir en paix !'
'Moi aussi, j'aurais préféré ne pas être réveillée en sursaut !' maugréa Lily. 'C'était un chouette rêve que tu faisais là …'
Il se leva et s'habilla rapidement avant d'y aller.
« Ah, c'est pas trop tôt, » s'écria Tracey en le voyant arriver. « Tiens, cadeaux ! »
Harry s'était figé à l'entrée des dortoirs des garçons. Tracey et Daphnée étaient entourées de cadeaux et l'attendaient pour les ouvrir. Snape était assis sur un fauteuil et lisait un livre.
« J'ai … J'ai des cadeaux ? » dit Harry, surpris.
« Bien sûr, » fit Daphnée en levant les yeux au ciel. « Tout le monde reçoit des cadeaux pour Noël ! »
« Pas moi, » murmura Harry si bas que personne ne l'entendit.
'Sauf que cette année, je t'en ai offert un.'
'Hein ?'
'J'ai demandé un coup de main à Hermione. Tu te souviens de ce que je t'ai dicté et que tu n'as rien compris ?'
'Euh … Ouais.'
'J'ai demandé à Hermione de t'acheter un cadeau de ma part en puisant dans le coffre familial.'
'Oh.'
Harry s'était approché de son tas de cadeaux en même temps. Les deux filles se jetèrent sur les leurs avec enthousiasme. Le jeune garçon regarda les siens un moment.
« Tu vas les ouvrir ou pas ? » fit Tracey.
Harry porta lentement la main au premier, inconscient des deux billes onyx posées sur sa nuque.
Le premier cadeau était une flûte qui venait d'Hagrid. Il l'avait certainement façonnée lui-même.
'Bon, ben, faudra que je me mette à la flûte à l'occase,' fit-il en souriant.
'Je ne sais pas t'aider pour ça, désolée.'
'Pas grave. Il doit sûrement avoir des livres à la bibliothèque. Au pire, j'irai en acheter un …'
Il ouvrit le second paquet. Des bonbons sorciers et un livre sur le violon.
'Merci, maman.'
'Pour ?'
'Ben le livre de violon.'
'Ah non, ça c'est d'Hermione aussi.'
'Je la remercierai plus tard. C'est super. Je vais enfin pouvoir apprendre à en jouer !'
Il vit une petite enveloppe. A en voir le timbre, il sut que cela venait des Dursley. Il releva un sourcil en la prenant. Joyeux Noël. Sur la petite carte était collée une pièce de cinquante centimes.
'Charmant,' fit Lily.
'Oh, avec eux, plus rien ne m'étonne,' soupira Harry. 'En fait si, une chose, qu'ils aient pensé à moi pour Noël.'
'Ah. Ah. Ah. …'
Il jeta la pièce sur le côté, ne voulant pas de leur cadeau empoisonné. Le bout de métal roula jusqu'aux pieds de Tracey qui la ramassa.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle en la rendant à Harry.
« De l'argent moldu. Cinquante cents. Un peu moins de trois noises pour vous, » répondit-il en haussant des épaules.
« C'est ce que ta famille t'a envoyé ? »
« Oui. »
Il déballa le paquet suivant. C'était une boîte qui faisait quand même son poids. Il l'ouvrit et s'immobilisa alors que des larmes remplissaient ses yeux.
'JOYEUX NOEL, MON CHERI !' s'écria Lily.
'Merci, maman,' murmura-t-il, ému, en touchant les claquettes toujours dans la boite.
Il vit Tracey, curieuse, s'approcher et il referma la boîte pour cacher ses claquettes et s'attarda sur son dernier cadeau. Il était beaucoup plus léger. Il y avait une enveloppe qui l'accompagnait. Le mot était écrit avec une écriture fine.
James m'a laissé ceci avant de mourir, il est temps que tu en hérites. Fais-en bon usage. Il y a aussi quelque chose qui t'intéressera, je pense. Elle était magnifique tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Un très joyeux Noël à toi.
'Aïe.'
'Quoi ?'
'Dumbledore vient de te donner la cape d'invisibilité de James, je crois.'
'Ah,' dit Harry en ouvrant le paquet.
La cape était aussi légère qu'une plume et glissait comme de l'eau entre ses doigts.
'Mon chéri, n'utilise cette cape que pour les situations d'urgence. Ce n'est pas un jouet. Et, en plus, Severus ne l'aime pas du tout. Elle lui rappellera trop James.'
'Okay, promis,' répondit-il en la pliant soigneusement sous le regard noir et colérique de Snape qui avait tout de suite reconnut l'artefact.
Toutefois l'homme ne comprenait pas pourquoi le gamin avait si peu de réaction face à un objet qui, il devait bien le reconnaître, avait autant de valeur.
Harry trouva également dans le paquet une photo de sa mère.
'Oh Merlin ! Quelle tête affreuse j'avais ce jour-là !' s'écria Lily, faisant pouffer son garçon. 'Bon sang ! Il aurait pu donner n'importe laquelle et il t'offre celle-là !'
'Tu es très jolie sur la photo, maman. Mais je préfère te voir dans ma tête. C'est un peu plus … naturel ... enfin autant que cela puisse l'être.'
Harry prit ses cadeaux et s'installa dans le canapé opposé à celui que Snape occupait. Il commença à feuilleter son livre sur le violon pour s'en faire déjà une idée.
« Qu'est-ce que tu as reçu de beau, Potter ? » demanda Tracey en s'installant à côté de lui. Elle tendait la main vers l'un de ses cadeaux.
« Pas touché, » fit Harry sans même lever les yeux.
« On est curieuses, » répliqua la jeune fille. « Tu as été très silencieux. »
Le garçon soupira et la regarda.
« Un livre pour apprendre le violon, une flûte, des claquettes, une pièce de cinquante cents, des bonbons, une cape et une photo de ma mère. »
Il se replongea dans son livre. Il n'avait pas vu la tête de son père se relever de son propre ouvrage et froncer légèrement les sourcils.
« C'est quoi des claquettes ? » demanda Daphnée en s'approchant à son tour.
« Des chaussures avec un renforcement en métal en dessous, » répondit évasivement Harry
« Ca sert à quoi ? »
'Pitié !'
'Dis tout en une fois, comme ça tu auras la paix.'
« Bonjour, je m'appelle Harry Potter, » fit-il en prenant un ton désagréable en se tournant vers les deux serpentards. Il était prêt à mordre. « J'aime le dessin, jouer du piano et marquer le rythme avec mes pieds. J'aimerais aussi avoir la paix pendant que j'essaie de comprendre les mystères de ce ravissant instrument qu'est le violon ! »
« Pas obligé de le dire comme ça, Harry, » fit Daphnée en posant une main sur son bras.
Il se dégagea.
« Et j'aurais du le dire comment ? Personne ne s'intéresse à moi à Serpentard sauf pour se moquer de moi ou insulter ma meilleure amie et, par la même occasion, ma mère ! »
Severus crispa ses mains sur son livre.
« Sur un autre ton, Potter, » claqua-t-il malgré tout. « Cessez de chercher les ennuis ! »
'Non mais qu'est-ce que j'ai envie de le gifler !' s'exclama Lily.
'Fais la queue …'
« Et si tu nous montrais tes … tes claquettes, » proposa Daphnée pour essayer de détendre l'atmosphère.
« Pourquoi ? Vous montrez une de mes passions pour après les rapporter à Malfoy et qu'il s'en serve contre moi ensuite ? Je préfère garder mes talents pour moi ! »
« S'il te plait, » supplia-t-elle.
« Non. »
Un bruit un brin moqueur s'échappa de la gorge de Snape, attirant le regard d'Harry. Il grogna en voyant les yeux curieux des deux serpentardes.
« Si je vous montre l'un de mes talents, vous me laissez tranquille après ? » demanda-t-il brusquement.
Il voulait en finir au plus vite et se refermer. Il n'avait aucune confiance aux serpentards, quand bien même son père était à présent dans la pièce. Les filles acquiescèrent tandis que les yeux de Snape restaient insondables. Harry se leva et se dirigea vers le coin de la salle commune qu'il n'avait encore jamais approché depuis le début de l'année, ne voulant au départ ne pas attirer l'attention puis, parce qu'il ne voulait pas souffrir de ses talents avec Malfoy dans les parages. Seule Hermione savait. La seule à le connaître. La seule en qui il avait pleinement confiance. En plus de sa mère, bien sûr.
Il choisit de montrer le piano car c'était un don assez commun que les gens finiraient un jour par découvrir s'ils s'aventuraient au cinquième étage quand justement ils s'y trouvaient. Il s'installa devant et ne bougea pas, réfléchissant à quel morceau il allait interpréter.
'Tu veux que je joue avec toi ?' demanda sa mère.
Il sentait le regard des autres serpentards dans son dos, même celui de son père. Il inspira et accepta la proposition de sa mère et à faire courir ses doigts sur les touches blanches et noires.
oO°OoO°Oo
Trois frères autrefois j'ai pu rencontrer
Qui pensaient avec leur magie me contrer
Mais moi, la Mort, j'ai barré leur chemin
Et leur dit : « Frères braves et rusés, voici votre gain
Je vous laisserai passer avec un prix chacun ! »
Le premier frère voulut de moi une baguette
Une qui lui permettrait toutes les conquêtes
J'ai donc cassé pour lui une branche d'un sureau
Et j'ai modelé le bois pour qu'il en soit fier
Et donné la baguette à l'aîné des trois frères
Va, cher frère, va dormir sans peur
J'ai promis qu'à chaque fois tu serais vainqueur
Mais pour ta baguette tu seras tué
Ainsi nous allons nous retrouver.
Le deuxième des frères voulut être malin
Souhaitant le pouvoir de ramener les défunts.
J'ai donc ramassé un caillou sur la rive
Lui disant que ce galet avait la magie
De ramener des morts la femme de sa vie
Va, cher frère, va dormir sans peur
Ta moitié reviendra mais brisera ton cœur
La folie te consumera. Merlin, quel drame !
Et moi je récolterai ton âme.
Le plus jeune des frères me dit plein de défiance
Qu'il voulait vivre en paix sans aucune nuisance
Bien que réticente, c'était le plus avisé
Donc je lui donnai ma cape d'invisibilité
Et laissai le jeune frère s'en aller.
Va, cher frère, va dormir sans peur
Prends ta nouvelle cape et profite du bonheur
Quand tu seras prêt à la fin de ta vie
Je viendrai te chercher en ami.
Voilà donc l'histoire des trois frères Peverell
L'un était plus sage que ses deux autres frères
Ils me prirent une baguette, une cape et une pierre
Et je salue d'Ignotus son humilité
Qui m'appela de plein gré après maintes années
Mais j'avais pris de moi-même les aînés.
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« Si je vous montre l'un de mes talents, vous me laissez tranquille après ? » demanda Potter d'une voix cassante.
Severus voulut le réprimander pour avoir de nouveau agressé ses camarades mais se tut d'une part pour ne pas renfermer le gamin dans sa coquille mais aussi parce qu'il était, au même titre que les deux jeunes filles, curieux des fameux talents du garçon. Surtout après avoir entendu la liste de ses cadeaux, ainsi que ses passions.
Piano. Violon. Claquettes. Ces mots avaient rouvert de vieilles blessures dans son cœur. Il n'en avait plus parlé ni même fait pour ce qui étaient des claquettes et du violon, depuis qu'elle l'avait quitté. Les instruments étaient toujours chez lui, dans son manoir, mais il ne les avait plus jamais touchés. Ils prenaient la poussière. Et plus une fois il n'avait frappé le sol du pied. Son cœur blessé n'en avait plus eu la force, chaque note, chaque pas le faisant pleurer et crier de désespoir.
Il observa le garçon alors qu'il se levait et marchait rapidement vers le piano comme quelqu'un qui voulait rapidement en finir. Potter releva le couvercle qui protégeait les touches de l'instrument et resta immobile une petite minute devant.
'Bon ! Il se décide ! On ne va pas y passer la journée ! A-t-il seulement du talent ce gosse ? Ou est-ce de la fanfaronnade ?'
Puis, il commença à jouer. Et à chanter. Si Potter était tendu au début, Severus put voir ses muscles progressivement se détendre à mesure que ses doigts parcouraient le clavier. Et sa voix, bien qu'un peu hésitante dans les premiers sons, prenait de l'assurance à mesure que le garçon coulait dans sa passion. En le regardant, Severus en était sûr : Harry Potter adorait jouer au piano. Même s'il ne voyait pas son visage, son corps, ses mouvements, son pied qui ne touchait pas la pédale, traduisaient pour lui son amour pour cette activité.
Severus devait l'admettre, le gamin était doué pour son âge. Seulement onze ans et il jouait déjà aussi bien. Il irait loin.
'Lily serait fière de toi, gamin,' pensa-t-il.
Il se retint de pleurer, il en avait envie pour la première fois depuis longtemps. Il éleva donc ses barrières mentales et refoula ses sentiments à l'arrière-plan, comme il le faisait souvent, encore plus depuis que Potter foulait le sol de Poudlard. Il lui rappelait tellement sa mère, surtout avec ses yeux. Ses deux émeraudes si semblables à celles de Lily. Mais cela lui rappelait aussi la trahison de son ex-femme. Ce garçon qui aurait dû être le sien était celui de Potter ! Il se demandait parfois si c'était de sa faute. Jamais il ne pourrait lui poser la question. Le Seigneur des Ténèbres l'avait tuée et il n'aurait jamais de réponse, laissant ainsi son cœur meurtri, incapable d'aimer à nouveau.
Quand Potter eut fini son morceau, il resta immobile un instant devant le piano. Severus se demandait s'il allait en jouer un autre. Mais le gamin finit par se lever rapidement et, sans un regard pour lui ou pour ses camarades qui l'avaient écouté avec émerveillement, il avait pris ses affaires et était parti dans son dortoir. Il en ressortit quelques minutes plus tard avec un sac, le visage fermé.
« Harry, » fit Tracey Davis. « C'était magnifique. Pourquoi tu ne joues jamais ? »
« Je joue tout le temps, » répliqua-t-il froidement. « Mais seulement pour les personnes pour qui j'ai de l'estime. Je vous ai juste joué un morceau pour que vous me foutiez la paix ! je n'en jouerai pas un autre ! Je morfle toute l'année, c'est pas pour vous faire plaisir ensuite ! Je préfère rester dans mon coin avec les gens qui en valent la peine »
« Granger, » dit Daphnée Greengrass avec une pointe de dégoût dans la voix. « Cette née-moldue. »
« Et alors ? »
« Les Serpentards ne devraient pas fréquenter ce genre de personnes, » dit-elle.
« JE SUIS LE FILS D'UNE NEE-MOLDUE ! » hurla Potter. « ET J'EN N'AI PAS HONTE ! MA MÈRE A FAIT LE SACRIFICE ULTIME POUR ME SAUVER LA VIE ! PEU DE GENS AURAIT LE COURAGE D'EN ARRIVER JUSQUE-LÀ ! J'EN AI MARRE D'ENTENDRE LES GENS L'INSULTER OU INSULTER MON UNIQUE AMIE ! SURTOUT AVEC LES TERMES QUE VOUS EMPLOYEZ À L'ABRI DES OREILLES DES ADULTES ! JE VOUS DÉTESTE TOUS POUR ÇA ! TOUS AUTANT QUE VOUS ÊTES ! »
En se mettant à hurler, le garçon avait aussi accidentellement libéré sa magie, faisant vibrer les objets autour de lui, en brisant quelques-uns. Les deux serpentardes s'étaient figées et écrasées sous la pression. Elles étaient effrayées. Severus se leva baguette sortie dans la prévention d'un désastre mais ne dit rien. Pour une fois. Il pouvait comprendre son point de vue. Ses serpents employaient le mot. Sang-de-Bourbe. C'était à prévoir.
« Potter, calmez-vous ! » ordonna-t-il d'une voix neutre.
« Oh ! Vous inquiétez pas, professeur, » fit le gamin d'une voix cinglante. « Je vais me calmer ! Ailleurs ! »
Potter se dirigea vers la sortie, refoulant au mieux sa magie. Severus pouvait le sentir qu'il tentait de la contrôler. Il pouvait le voir aussi à ses poings tellement serrés que sa peau en était blanchie.
« Où allez-vous ? » demanda-t-il. « Le petit déjeuner sera servi dans une demi-heure. »
« Je n'ai pas faim ! »
« Vous avez à peine mangé hier soir. » Severus lui emboîta le pas. « Je ne peux pas vous laisser partir ainsi. Vous devez manger ! »
« Croyez-moi, j'ai l'habitude, » cracha Potter. « Je vais dans mon coin avant de … Comment vous dites déjà ? … Ah oui ! Chercher les ennuis ou … Encore mieux … Attirer l'attention sur ma petite personne ! »
« Sur un autre ton Potter ! » claqua le professeur. « Dix points en moins pour Serpentard ! »
Le gamin grogna et fouilla dans son sac. Il en sortit une fiole avec un liquide rouge semi-transparent et l'avala avant de la donner à son professeur de potions.
« Voilà. Plus besoin de manger le repas du matin. Joyeux Noël, professeur ! A supposé que vous puissiez l'apprécier. »
Severus était immobile, la fiole entre les mains. Il avait immédiatement vérifié le contenu quand Potter avait tourné le coin. Potion nutritive. Pas de la meilleure qualité mais acceptable. Pourquoi le gamin se baladait-il avec une telle potion ? Il voulut le rattraper pour lui poser la question mais Potter avait déjà disparu. Probablement sous cette maudite cape.
'Non mais à quoi pensait Albus en la lui donnant ? Maintenant, il va faire encore plus de bêtises qu'avant !'
Il fit demi-tour pour rassurer les deux serpentardes tétanisées dans la salle commune par la prestation magique de Potter et se jura qu'il allait avoir une sérieuse discussion avec ce dernier rapidement. Après tout, il avait promis sur la tombe de Lily de le protéger et se nourrir à coup de potions nutritives n'était clairement pas une solution.
Pour la chanson, j'ai fait un tour sur youtube et j'ai trouvé ceci : The Peverell Story - The Butterbeer Experience. Elle existence tant en Anglais qu'en Français. Je préfère la version anglophone mais écrivant cette histoire en français, j'ai retranscrit l'autre.
