Chapitre 12 : Miroir du Riséd

Harry erra un moment dans les couloirs, silencieux. Même avec sa mère. Il était de très mauvaise humeur. Comme matin de Noël, lui-même avait vécu mieux, malgré sa vie misérable chez les Dursley. Lily laissa son fils tranquille le temps qu'il se calme et attrapa un livre dans la bibliothèque que représentait l'esprit de son fils.

Le jeune garçon avait quitté son directeur de maison et pour disparaître au plus vite de sa vue, il avait mis la cape d'invisibilité qu'il venait de recevoir dès qu'il avait tourné au coin du couloir. Sa mère n'avait pas été particulièrement contente puisqu'il évitait l'affrontement avec son père. Mais Harry sentait qu'il allait exploser encore plus fort s'il restait auprès de qui que ce soit. Il voulait faire de mal à personne. Alors il avait fui.

Il marchait donc dans les couloirs, toujours sous la cape de James Potter, errant dans le château sans but précis. Il se vida progressivement l'esprit et il finit par se détendre dans le silence environnant. Quand son ventre commença à crier famine, il se rendit compte qu'il marchait depuis plusieurs heures déjà et qu'il avait également raté le repas de midi. Son père allait le tuer. Il soupira.

'Tu as faim ?'

'Oui, maman.'

'Va en cuisine. Les elfes se feront une joie de te donner à manger.'

'Et comment j'y vais ?'

'Retourne vers les cachots mais ne t'y enfonce pas trop. Tu vois le couloir avec tous les tableaux représentant de la nourriture ?'

'Oui.'

'Celui du centre représente une coupe de fruits. C'est l'accès aux cuisines. Il te suffira de chatouiller la poire verte sur la droite du tableau. Elle se transformera en poignée.'

Harry suivit ses instructions et se retrouva dans une pièce aux mêmes proportions que celle de la Grande Salle.

'Elle est juste au-dessus,' expliqua Lily qui suivait son cheminement de pensées.

Le Serpentard y vit de toute façon la ressemblance. Mis-à-part le manque de fenêtres et toutes ces casseroles, fourneaux et autres ustensiles de cuisines, il aurait pu se croire dans la Grande Salle avec les tables qui y étaient disposées à l'identique.

« Est-ce qu'il y a quelqu'un ? » demanda-t-il.

Plusieurs elfes de maison s'approchèrent et lui demandèrent en multipliant révérence, encore plus en voyant qu'il était Harry maudit Potter – ce qui le fit grincer des dents, fichu célébrité à la con ! –, ce qu'il voulait. Il demanda quelques sandwichs et une pomme. Il en reçut une dizaine avec le même nombre de pommes.

« Mais je ne pourrais jamais manger tout cela, » s'était-il exprimé haut et fort dans le couloir alors qu'il sortait des cuisines.

'Ce sont les elfes. Ne t'inquiète pas. Le sort de stase n'est vraiment pas difficile. Je préfère que tu gardes ce qui restera pour plus tard à la place des potions nutritives comme tu as fait ce matin.'

'Je voulais que papa me laisse tranquille.'

'Je sais. C'est pour ça que je n'ai rien dit sur ça. Mais je préfère que tu manges. Tu restes encore trop maigre pour ton âge.'

Harry sortit prendre un peu l'air une dizaine de minutes en avalant un sandwich, évitant au possible toute âme qui vive. Il croisa les fantômes, les salua silencieusement, mais sans méchanceté. Et il envoya bouler Peeves quand il avait voulu un peu le taquiner. L'esprit frappeur n'avait pas apprécié se prendre un rictusempra. Hélas quand le sortilège s'était dissipé, le gamin était parti. Littéralement envolé.

En tournant calmement un couloir, Harry se cacha rapidement dans une alcôve. Un peu plus loin, il vit Ron Weasley sortir d'une salle. Il était un peu troublé. Le serpentard se cacha à nouveau sous sa cape en voyant le roux partir dans sa direction. Il passa juste à coté de lui sans le remarquer et continua sa route. Il disparut au détour du couloir.

Harry, intrigué par l'état dans lequel il avait vu le roux, alla voir ce qu'il y avait dans la salle qu'il venait de quitter. Elle était entièrement vide si ce n'est un immense miroir en son centre. Il referma la porte et ôta sa cape Il se rapprocha de l'objet à l'armature dorée et l'observa attentivement.

'Est-ce que les légendes sont vraies ?' fit Lily.

'Quelles légendes ?'

'Lis l'inscription, Harry.'

Riséd elrueocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej.

'C'est bizarre, je ne comprends pas … Oh ! Attends.'

'Tu as compris.'

'Je ne montre pas ton visage mais de ton cœur le désir. Ce miroir montre nos désirs ?'

'Oui et non. C'est le Miroir du Riséd. Il montre ce que tu désires au plus profond de ton cœur. Du moins, c'est ce que disent les légendes. Je ne l'ai encore jamais vu de mes yeux.'

'Moi, je veux papa. Et toi.' La voix d'Harry était emplie d'un léger doute devant le miroir. 'Est-ce que je peux m'approcher ou est-ce que c'est dangereux ?'

'Non ce n'est pas vraiment dangereux en soi. Pas physiquement en tous cas.' Silence. 'Mais on dit que beaucoup de gens sont devenus fous à force de le regarder.'

'Je peux ?'

'Oui, Harry. Mais promets-moi une chose.'

'Laquelle ?'

'Quand tu quitteras cette pièce, je ne veux plus jamais que tu y reviennes. Je ne veux pas que tu deviennes fou. Je ne veux pas prendre ce risque. Je t'aime trop, Harry.'

Un cocon se fit autour de l'esprit d'Harry et il s'y coula, heureux.

'Moi aussi, je t'aime maman. Je t'en fais la promesse. Je regarde maintenant et je ne reviendrai jamais.'

Harry s'approcha du miroir jusqu'à ne plus être qu'à deux mètres de la surface réfléchissante. Il observait les silhouettes qui étaient apparues. Il se voyait comme au jour d'aujourd'hui. Il arborait un sourire rayonnant. Il voyait sa mère juste derrière lui, tout aussi rayonnante. Mais ce n'était pas vraiment le plus important de sa vision. Non ce qui était important c'était la personne dans les bras de laquelle se tenait sa mère. Severus Snape. Il avait la même apparence qu'Harry lui connaissait. La peau marquée par les années et les malheurs de la guerre mais ce qu'il y avait de changé était tout ce qu'il souhaitait voir par-dessus tout. Son père souriait et avait ses yeux onyx qui pétillaient de joie, de bonheur. De chaleur. Il tenait amoureusement sa femme dans ses bras et avait une main posée sur l'épaule de son fils. Il le regardait fièrement à travers le reflet du Miroir.

'Oh. Harry,' murmura sa mère en diffusant encore plus d'amour à son fils.

« J'aimerais tant que ce soit réel, » murmura-t-il dans le silence de la pièce.

Il s'agenouilla et resta à regarder le miroir, gravant les traits heureux de son père dans sa mémoire, se demandant s'il les reverrait un jour. Il espérait. Et il pleurait.

Lily, impuissante, voulant à tout prix serrer son fils dans ses bras pour le consoler, ne fit que ce qu'elle faisait depuis de nombreuses années : lui murmurer des mots de réconfort à l'oreille en attendant qu'il revienne dans son monde intérieur, sa bibliothèque, ou qu'il se redresse une fois la crise de larmes passée. Elle ne pouvait guère faire plus que cela. Et comme à chaque fois, elle en était malheureuse pour son fils.

oO°OoO°Oo

Severus marchait rapidement dans les couloirs à la recherche de Potter. Le morveux n'était pas venu au dîner ni au souper. Et maintenant, alors que le couvre-feu était passé, le garçon n'était pas dans la salle commune, ni même dans son lit.

'Il rode dans les couloirs, tout comme son père !'

Il avait envoyé le Baron Sanglant et Rusard à sa recherche également. Il allait le punir sévèrement. Foi de Snape. Il maudit le garçon tout en continuant de le chercher.

« Professeur Snape, » fit le Baron derrière lui.

Il sortit précipitamment sa baguette – réflexe gardé de toutes ces années de guerre et d'espionnage auprès du Seigneur des Ténèbres – et la pointa sur le fantôme, un sortilège sur le bout des lèvres. Reconnaissant le spectre, il la baissa directement.

« J'ai retrouvé le garçon. »

« Où est-il ? » demanda Snape avec une pointe de colère.

« Au quatrième étage dans l'aile ouest, » répondit le Baron Sanglant. « Il est devant le Miroir. »

« Le miroir ? Quel mir … » Severus soupira avant de grogner. « Stupide garçon ! »

Il laissa le fantôme derrière lui et envoya un patronus au concierge pour qu'il cesse de chercher Potter inutilement. Bien qu'il savait que cela n'empêcherait en rien le Cracmol de faire ses rondes dans l'espoir d'attraper un élève hors de son dortoir et de le mettre en retenue.

En arrivant dans la salle au quatrième étage, il se figea en voyant le garçon. Il pleurait silencieusement, assis par terre devant le Miroir du Riséd. Il ne détachait pas ses yeux de l'objet. Puis, par moment, il le voyait murmurer quelque chose mais c'était bien trop bas pour qu'il puisse entendre.

Était-il en train de parler à ce qu'il voyait dans le Miroir ? Que voyait-il dans le Miroir ? Qu'est-ce que son cœur désirait ardemment au point d'en pleurer en le voyant ?

« Potter ! »

Sa voix manquait de son côté cassant et cinglant. L'enfant ne réagit même pas, obnubilé par le Miroir. Severus soupira et s'approcha. Le pauvre était perdu dans le pouvoir de l'objet, incapable de sortir de sa contemplation. Quand il arriva dans le champ d'action de l'objet, il vit apparaître Lily dans la surface miroitante. Elle était assise à côté d'Harry et lui frottait le dos tandis qu'elle lui tendait l'autre main à lui, son reflet, pour lui demander de les rejoindre.

« Potter, » dit-il d'une voix calme mais autoritaire.

La réponse prit du temps à venir et à peine plus forte qu'un murmure entre deux sanglots silencieux.

« Oui, professeur ? »

« L'heure du couvre-feu est passée depuis longtemps. »

« Je suis désolé. Je n'ai pas vu le temps passer, » dit-il sans se détacher de l'objet.

« De toute évidence. » Silence. « Que voyez-vous ? »

Le silence dura encore plus longtemps que Severus se demanda si le garçon allait répondre.

« Pourquoi vous le dirais-je ? » fit-il enfin.

« Parce que je vous le demande, » répondit Snape de sa voix basse, sur un ton neutre toutefois.

« Est-ce que je vous demande, à vous, ce que vous voyez ? »

« Ce n'est pas la même chose, Potter ! » claqua le professeur.

« Malheureusement, si. C'est exactement la même chose. Et c'est une question très personnelle ! »

Le garçon ferma les yeux et secoua la tête avant de se lever et de se frotter les jambes. Severus comprit qu'il regardait le miroir depuis un bon moment déjà. Il avait quelque peu du mal à reprendre son équilibre. Potter porta son regard ensuite sur lui, les billes émeraudes dans les yeux onyx.

« De toute façon, je n'ai pas besoin de vous le demander, » murmura-t-il. « Je le sais. Votre visage et vos yeux ont été suffisamment éloquents pendant quelques secondes … »

Severus s'apprêtait à crier sur le garçon mais s'arrêta à mi-chemin en le voyant regarder à nouveau le Miroir. Potter soupira en posant sa main sur la glace réfléchissante.

« Nous voyons la même chose, ou presque. La seule chose qui ne pourra jamais être réelle. Ni pour l'un, ni pour l'autre. »

Avec une larme coulant à nouveau sur sa joue, le garçon se détourna à regret de l'objet et partit vers la sortie.

« Professeur, » dit-il en s'arrêtant dans l'embrasure de la porte. « J'ai déjà fait la promesse à quelqu'un d'autre mais je la fais à vous aussi. Je n'ai pas l'intention de revenir voir le Miroir du Riséd. Bonne nuit, professeur. »

Et il partit, laissant seul Severus dans la contemplation de ce que son cœur désirait mais ne pourrait plus jamais avoir. Une larme solitaire coula sur sa joue pâle et creuse alors qu'il posait à son tour sa mains sur le verre dans l'espérance de pouvoir le traverser et de prendre son ex-épouse dans ses bras.

« Et tu as tellement raison, Potter, » murmura-t-il pour lui-même. « On voit presque la même chose. »

Une autre larme coula et Severus quitta la pièce et referma la porte, la verrouillant d'un puissant sortilège.