Chapitre 14 : Norbert et la Forêt Interdite

Obscurité. Forêt dense. Malfoy. Hurlement. Silhouette encapuchonnée. Un corps d'un blanc lunaire. Frayeur.

Harry se redressa tremblant dans son lit, couvert de sueur. Encore un affreux cauchemar. Il en avait de plus en plus ces derniers temps. Celui d'une silhouette sombre errant dans la forêt comme ce soir. Mais aussi celui de Voldemort dans un décor de flammes et qu'il se voyait tenir la pierre philosophale – car maintenant il en était persuadé – à travers le Miroir du Riséd.

Ils revenaient tellement fréquemment et de plus en plus détaillés qu'il était persuadé du caractère prémonitoire de ces rêves. Et cela l'effrayait au plus haut point. Cela voudrait dire qu'il ferait bientôt face à Voldemort. Il se recoucha en soupirant, un frisson de peur et d'horreur lui parcourant l'échine.

'Tu ne l'affronteras pas seul, Harry,' fit Lily alors qu'il se sentait enveloppé dans son cocon protecteur.

'Je sais, maman.'

'Et sinon ton père va encore te tuer pour l'avoir réveillé.'

'Rien à foutre. Il va peut-être finir par comprendre que je fais des cauchemars. Et puis, je suis toujours dans mon lit cette fois, alors qu'il aille au diable !'

Harry se pencha au-dessus de son lit pour faire glisser la bassine vide et le linge sec qu'il y avait dedans. Il lança un aguamenti pour la remplir et passa ensuite le linge frais sur son visage et son cou pour se rafraîchir. Après s'être fait punir de nombreuses fois pour quelque chose d'aussi futile et naturelle que les cauchemars, il usait dorénavant de ce stratagème. Il se rallongea une fois encore, linge sur son front et se rendormit rapidement, quelques minutes à peine avant que son professeur de potions n'entre dans la chambre.

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Severus se rapprocha du garçon dont il pensait qu'il faisait la comédie mais, en enlevant le linge frais de son front, il vit les traits tirés de Potter. Il remarqua également la bassine à coté du lit ainsi que la baguette du gamin encore dans sa main crispée. Le vieux serpentard soupira et reposa délicatement le linge frais sur le front de l'enfant endormi et quitta la pièce.

Peut-être que Potter n'exagérait pas pour ses cauchemars … Peut-être qu'il était allé trop durement avec lui à ce sujet … Mais c'était très souvent. Trop souvent même. Au minimum une fois par semaine maintenant, si pas plus. C'était impensable ! Mais alors pourquoi une bassine et le linge frais si ce n'était pas la vérité ? A chaque fois qu'il retrouvait Potter la nuit, cela avait toujours été dans la salle de bain. Alors peut-être …

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Avril arriva doucement, amenant la nature à se réveiller avec la venue du printemps. Harry et Hermione faisaient leurs devoirs sur le temps de midi et leur heure de pause à la bibliothèque quand ils virent entrer Hagrid. Le demi-géant faisait tellement … tache dans l'antre de Mme Pince avec son grand manteau de fourrure et les furets morts qui pendaient sur son épaule. Sûrement à manger pour l'une des créatures qui vivaient en bordure de forêt. Bien qu'il ne l'était vraiment pas par sa taille, Hagrid cherchait à se faire discret en allant dans un rayon. Il échoua lamentablement. On ne voyait que lui.

'Qu'est-ce qu'il trafique ?' demanda Lily.

'Sais pas.'

Le géant sortit aussi vite qu'il était venu dans la bibliothèque. Harry, curieux, et aussi un peu poussé par sa mère, alla voir le rayon que le géant avait consulté. Dragons, vouivres et serpents légendaires.

'Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai vraiment un mauvais pressentiment,' dit lentement Lily.

'Okay…. Et si tu me disais ce qui te tracasses, maman ...'

'Disons qu'Hagrid était réputé à mon époque pour aimer les créatures dangereuses et qu'il s'en occupait souvent. Le cerbère en est un parfait exemple. Le fait qu'il vienne ici m'inquiète.'

Le jeune Serpentard convainquit son amie de rendre visite à Hagrid le soir-même pour savoir ce qu'il en était. Ils y allèrent donc dès la fin du dernier cours.

« Bonjour Hagrid, » dirent-ils joyeusement quand le garde-chasse ouvrit la porte.

« Bonjour les enfants, entrez vite. »

Harry et Hermione furent directement assaillis par la chaleur qui régnait dans la cabane. Ils s'installèrent et ôtèrent leur cape et leur pull. Il faisait vraiment étouffant.

« Hagrid vous n'avez pas chaud ? » demanda la Gryffondor. « Vous ne voulez pas que j'ouvre une fenêtre ? »

« Non, surtout pas ! » s'exclama le demi-géant en se plaçant devant le feu.

'Il agit bizarrement. Harry. Qu'est-ce qu'il essaie de cacher ?'

Harry baissa son regard sur la cheminée et vit entre les jambes d'Hagrid une grosse pierre noire ovale sur les braises rougeoyantes, la surface léchée par les flammes ardentes.

'Merlin ! Hagrid est complètement TARE !'

'Merci pour mes oreilles internes, maman… Pourquoi est-il fou ?'

'C'est un œuf de dragon !'

'Ah.'

« Euh … Hagrid, » dit-il un peu mal à l'aise tout d'un coup. « Est-ce que c'est vraiment ce que je crois ? »

Il montra l'œuf. Les yeux d'Hermione s'agrandirent de curiosité.

« Est-ce que c'est un œuf de dragon, Hagrid ? » demanda Harry devant le silence du géant lui aussi très mal à l'aise.

Le garde-chasse soupira et s'assit lourdement sur sa chaise. Il finit par hocher la tête pour confirmer.

« Etes-vous conscient qu'en plus d'être interdit par le ministère, le fait d'avoir un dragon ici représente un danger pour l'école et que vous vivez dans une cabane en bois, juste à côté de la forêt interdite ? » demanda lentement Harry.

« Harry, les dragons sont des créatures totalement méconnues et incomprises, » tenta d'expliquer Hagrid.

« … qui peuvent atteindre plusieurs mètres de longs, ont un appétit vorace et peuvent cracher du feu, » compléta calmement le Serpentard. « C'est dangereux, Hagrid. Au minimum à cause des élèves. Ce ne serait pas prudent de le garder. »

« Sinon Hagrid. Comment l'avez-vous eu ? » demanda Hermione pour éviter qu'il y ait une dispute entre le géant et son ami, bien qu'elle soit tout à fait d'accord avec ce dernier.

Harry leva les yeux au ciel face à la tentative de la Gryffondor mais dû admettre qu'il était tout aussi curieux qu'elle.

« Je l'ai gagné en jouant aux cartes avec un étranger au pub. A vrai dire, il ne semblait pas mécontent de s'en débarrasser. »

'Et on se demande pourquoi,' soupira Lily. 'C'est un dragon ! Pas un boursouf !'

Finalement, Harry et Hermione passèrent les jours suivants à essayer de convaincre Hagrid de se débarrasser du dragon, ce même après l'éclosion. Il existait après tout des réserves pour ces créatures … Mais le garde-chasse se targuait de pouvoir s'en occuper. Les deux enfants l'aidèrent donc au passage dans ses corvées vu que Norbert – le nom qu'Hagrid avait donné au dragon – demandait beaucoup d'attention.

Au bout de trois semaines de ce régime, et après que Crocdur se soit fait mordre la queue, Hagrid consentit à envoyer le dragonneau dans une réserve. Harry envoya une lettre à un certain Charlie Weasley pour lui demander de l'aide. C'était un frère de cet imbécile de Ronald et apparemment aussi un ami d'Hagrid.

Il avait fallu une semaine avant qu'il ne reçoive la réponse du garçon et Hedwige était épuisée par le voyage. En voyant la lettre, il comprit mieux. Charlie Weasley travaillait dans une réserve de dragons en Roumanie, ce qui n'était pas vraiment la porte à côté. La lettre demandait à ce qu'Harry amène le dragon au sommet de la tour d'Astronomie à minuit la nuit du 17 au 18, à savoir dans deux jours.

« Comment on va faire ? » demanda Hermione qui n'avait jusqu'à présent jamais enfreint le règlement.

« Je crois que c'est l'occasion de sortir la cape des Potter, » fit pensivement le Serpentard.

« Harry ? »

« Les Potter se transmettent depuis des générations une cape d'invisibilité, » expliqua-t-il. « Et on me la transmise à Noël. »

« Oh. »

« Je passerai te prendre devant le couloir des Gryffondors et on fera le chemin ensemble sous la cape. »

'Vous courrez au-devant de gros ennuis, les enfants,' avertit Lily.

'On n'a pas vraiment le choix, maman,' soupira Harry. 'Si on prévient un adulte, Hagrid va se faire renvoyer. Et j'ai pas envie de lui causer du tort.'

'Tu sais que ton père saura que tu n'es pas dans ton lit…'

'Oui. Mais il m'a quand même en grippe quoi que je fasse. Et là je fais quelque chose de juste. J'aide un ami.'

'Soyez prudent, alors.'

'Promis, maman.'

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Les deux enfants regardaient la caisse de Norbert s'éloigner dans le filet des quatre sorciers à califourchon sur leur balai. Harry avait senti l'alarme se déclencher en sortant de la salle commune vers vingt-deux heures trente, mais il s'était suffisamment éloigné avant que son père n'arrive en trombe. Il savait toutefois qu'il allait ramasser sévère cette fois.

« Tiens, » dit-il à Hermione en tendant sa cape. « Prends-là. Tu me la rendras demain. »

« Mais et toi ? »

« Je suis déjà grillé. Je l'étais dès le moment où je quittais la salle commune. Snape a placé des alarmes partout. Me cacher ne sert plus à rien maintenant. Je vais juste descendre au bureau de Snape et attendre ma punition. »

« Tu es sûr que cela te dérange pas ? » demanda Hermione, hésitante.

« Certain. Evite de te faire prendre. Et si c'est le cas, ne te fais pas confisquer la cape. J'y tiens. »

« D'accord. Merci Harry. »

Hermione lui fit la bise et disparut sous la cape. Le Serpentard resta un moment à admirer les étoiles avant de repartir pour les cachots, les mains dans les poches. Il avait presque atteint l'entrée quand il croisa McGonagall. Elle tirait un élève blond et semblait furibonde.

« Mr Potter ?! » Les yeux de l'animagus s'étrécirent. « Venez avec moi ! Vous et Mr Malfoy allez avoir de très gros ennuis ! »

Harry observa sa nemesis puis il soupira. Il obtempéra sans faire d'histoires. Il pensait pendant un moment qu'elle allait les mener à son père mais il fut surpris quand, arrivant devant l'escalier menant aux cachots, le professeur McGonagall continua son chemin.

« Euh … Professeur ? »

La sorcière lui lança un regard noir.

'Oh oh ! Fais très attention à ce que tu vas dire,' l'avertit sa mère.

Harry s'humidifia les lèvres.

« Pourquoi est-ce que vous ne nous amenez pas au professeur Snape ? »

« Pour qu'il vous fasse n traitement de faveur comme à tous ses Serpentards, » répondit-elle sur un ton cassant.

« Vous avez peut-être raison pour la plupart des Serpentards, » fit Harry en grimaçant et en détournant le regard. « Mais pas tous, » ajouta-t-il en marmonnant.

« Qu'est que vous baragouiner Potter ? »

Malfoy ricana, s'attirant le regard courroucé de la Gryffondor.

« Jamais le professeur Snape ne m'accordera aucune faveur, professeur, » dit Harry plus fortement. « Et je pense que vous savez parfaitement pourquoi. »

McGonagall eut un instant les lèvres plus pincées.

« Vous dites des sottises, Potter ! Maintenant, taisez-vous et suivez-moi ! »

Harry obtempéra et les deux Serpentards la suivirent, se jetant des regards noirs. Quand ils arrivèrent dans son bureau, ils y retrouvèrent Ronald Weasley qui était lui aussi sorti en douce et s'était fait prendre du côté des cuisines. Ils firent chacun perdre cinquante points à leur maison et recevraient ultérieurement de plus amples informations quant à leur retenue.

En repartant pour leur dortoir, Harry plaqua Malfoy contre un mur, une fois à l'abri dans les cachots, sauf peut-être de Snape mais il s'en fichait complètement.

« Comment as-tu su ? » siffla-t-il.

« Su quoi, Potter ? » répliqua le blond de sa voix traînante.

« Comment as-tu su que j'étais dehors ? Tu n'enfreins jamais le règlement. Pourquoi précisément la nuit où je décide de l'enfreindre, tu le fais également ? »

« Où est ta précieuse Sang-de-Bourbe Potter ? Je suis étonné de voir qu'elle ne s'est pas fait prendre alors qu'elle était aussi sortie cette nuit ! »

« Tu as des preuves ? »

« Non. »

« Bien. Hermione est bien au chaud dans son lit à l'heure qu'il est. » Harry relâcha sa nemesis et reprit le chemin de la salle commune. « Oh et Malfoy, merci de t'être fait punir avec moi cette fois. J'en ai marre d'être puni tout seul par ta faute. Tu devrais faire cela plus souvent. »

« Dans tes rêves, Potter ! »

« Si seulement je pouvais rêver de trucs pareils, cela changerait, » marmonna Harry si bas que le blond ne l'entendit pas.

'Cela t'éviterait bien des mauvais réveils. T'aurais de meilleurs nuits.'

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Trois semaines passèrent avant qu'ils ne reçoivent l'ordre de se rendre dans le Grand Hall à vingt-et-une heure pour leur retenue. Harry n'était pas très à l'aise avec ça car il allait faire sa punition non seulement avec Malfoy mais aussi avec Weasley. L'horreur ! Il eut également un frisson en voyant le rictus mauvais du concierge.

« Bonsoir, Mr Rusard, » dit-il malgré tout, question de politesse.

Les deux autres le regardèrent comme s'il venait de dire une insulte. Il les ignora. Rusard grogna ce qui ressemblait à un bonsoir et les mena à travers le parc en direction de la cabane d'Hagrid. En voyant ce dernier dehors à la lueur d'un feu, une arbalète à la main, Harry s'adressa à sa mère.

'Euh … bizarrement, je ne sais pas si je dois rire de la retenue ou si je dois flipper.'

'Jamais entendu parler d'une retenue avec Hagrid.'

Le jeune garçon salua le demi-géant une fois qu'ils arrivèrent tandis que les deux autres lançaient un regard dédaigneux à Hagrid. Rusard était déjà reparti.

« C'est quoi le programme ce soir, Hagrid ? » demanda ensuite Harry car il ne souhaitait qu'une chose : en finir au plus vite et rejoindre son lit. Il voulait dormir.

« Cela fait un moment que je découvre des corps de licornes vidés de leur sang, » répondit le géant. « J'en ai vu une ce matin qui était sérieusement blessée. La tâche de ce soir sera de retrouver cette pauvre bête. »

Hagrid s'était levé et s'éloignait en direction de la forêt interdite. Harry le suivit, ainsi que Weasley et Malfoy. Quand il fut évident aux élèves que la retenue se passerait dans la forêt interdite, Malfoy et Weasley pâlirent.

« La forêt ? » paniqua Malfoy. « Mais … Mais les élèves n'ont pas le droit d'y pénétrer. Et il y a sûrement des loups-garous. »

Weasley gémit de frayeur alors qu'on pouvait voir ses mains trembler.

« Que Malfoy tremble de peur ainsi passe encore, » commenta Harry avec un petit sourire narquois. « Après tout, on est des Serpentard et on ne fonce pas tête baissée dans la gueule du loup. » Nouveau gémissement. « Mais où est passé le légendaire courage des Gryffondors ? »

'Harry tu vas un peu trop loin là,' réprimanda Lily.

'Je me soulage comme je peux, Maman. Ces deux-là me pourrissent la vie à Poudlard depuis le début. C'est un véritable enfer ! Merlin merci qu'il y a Hermione.'

Lily soupira et abandonna.

« Alors ? » fit Harry.

« La ferme, Potter ! » siffla Weasley toujours blanc.

« Bon ben je pense que je vais faire honneur à ma mère en faisant le Gryffondor à ta place, » se moqua le Serpentard en enfonçant plus profondément le clou. « Par où commençons-nous Hagrid ? » ajouta-t-il en se tournant vers le géant.

Ce dernier avait froncé les sourcils face au comportement d'Harry.

« Suivez-moi, » dit-il.

Les trois enfants suivirent le géant, Malfoy et Weasley un peu en retrait, mais pas trop une fois plongé dans l'obscurité angoissante de la forêt. Arrivé au croisement d'un sentier, Hagrid se tourna vers les premières années.

« Nous allons devoir nous séparer pour couvrir plus de terrain, » dit-il de sa voix bourrue.

« Quoi ?! » s'exclamèrent en même temps Malfoy et Weasley alors qu'Harry relevait un sourcil à la proposition du garde-chasse.

« Harry, tu viens avec moi, » continua le géant sans tenir compte des commentaires des deux autres. « Malfoy et Weasley, vous serez ensemble. »

« D'accord, » fit Malfoy. « Mais je veux Crocdur. »

« Très bien. Mais je te préviens, c'est un vrai trouillard. »

Hagrid donna sa lanterne et la laisse de Crocdur à Malfoy et Weasley et, tenant mieux son arbalète, il s'avança avec Harry sur un sentier tandis que les deux autres prenaient un autre embranchement. Il faisait vraiment sombre, tellement qu'on voyait à peine à plus de quelques mètres. Harry sortit sa baguette et lança un lumos pour éclairer autour de lui et voir où il mettait les pieds.

« Tu sais que c'est un sort de troisième année cela, Harry ? » fit Hagrid impressionné.

« Je passe beaucoup de temps en bibliothèque avec Hermione et j'enregistre tout sort qui pourrait s'avérer utile, » expliqua le Serpentard.

« Ah … C'est très bien, » approuva le géant en enjambant un tronc d'arbre et aidant Harry à passer.

Le silence se fit pendant quelques instants.

« Dis-moi, Harry. Pourquoi as-tu été aussi grossier avec tes camarades ce soir ? »

« Parce qu'eux, ils ne se gênent pas de l'être envers moi, ni envers Hermione, » répondit Harry. « Sans parler des coups qu'ils me donnent et que je suis toujours celui qui se fait punir. J'ai trouvé l'occasion de lâcher un peu mon sac sur eux, c'est tout. »

« Oh. »

Ils restèrent encore silencieux un long moment à observer les environs à la recherche de la licorne. Soudain, un cri perçant se fit entendre, effrayant.

« Reste ici, Harry ! » ordonna Hagrid avant de disparaître dans les fourrés.

Le jeune Serpentard entendit le pas lourd du géant s'éloigner rapidement, le laissant seul au milieu de la forêt. Harry éclaira les lieux autour de lui avec sa baguette.

'Super le plan. Je me sens vraiment rassuré…'

'Hagrid va revenir. Il a juste dit de ne pas bouger.'

'Ca change rien au fait que je suis tout seul dans la forêt interdite alors qu'un truc qui attaque les licornes rôde dans les environs. C'est pas rassurant du tout !'

Quelques instants plus tard, il entendit des gémissements ainsi que la voix mécontente d'Hagrid.

« Harry, va avec Malfoy, » dit ce dernier en réapparaissant. « Au moins je sais qu'il ne te fera pas si facilement peur à toi. »

'Malfoy n'est pas possible,' soupira Harry à sa mère alors qu'il s'avançait pour prendre la laisse de Crocdur.

'Le mot clef est « Malfoy »,' répliqua sa mère. 'Tu t'attendais à quoi ?'

Harry ne répondit pas et les deux Serpentards repartirent sur le sentier tandis que Weasley restait avec Hagrid. Au bout d'une dizaine de minutes de marche, Harry brisa le silence.

« Malfoy, qu'est-ce que tu as fait pour terroriser Weasley ? »

« En quoi cela t'intéresse, Potter ? »

« Simple curiosité. » Il haussa les épaules. « Weasley est un Gryffondor .. »

Le blond ricana en secouant la tête.

« Il était tellement nerveux alors je l'ai surpris par derrière. Weasmoche a poussé un de ces hurlements. Et après c'est un Gryffondor ! Même toi tu en fais un bien meilleur … »

« Et pourtant je suis à Serpentard, » soupira Harry en pointant sa baguette aux alentours pour éclairer le sol.

Ils se replongèrent dans un silence légèrement angoissant au vu du lieu où ils se trouvaient.

'Dis à ce crétin de sortir sa baguette tout de suite,' fit Lily inquiète.

'Maman ?' dit Harry après l'avoir obéi et s'être légèrement rapprocher de Malfoy tout en observant les alentours.

« Me colle pas, Potter ! »

« Tu préfères peut-être te rapprocher de la créature qui tue les licornes ? » claqua Harry.

« Où est-elle ? » fit le blond en pointant sa baguette légèrement tremblante autour de lui tout en restant relativement proche d'Harry, question de survie.

« Je ne sais pas, mais elle a un mauvais pressentiment, » murmura Harry.

« Elle ? Qui ça elle ? »

'Harry regarde ! Là-bas ! Dans la clairière !'

'Pourquoi faut-il toujours que je rêve des choses avant qu'elles se produisent ?' pleurnicha-t-il à moitié en attrapant la manche de sa nemesis.

« Faisons demi-tour, » murmura-t-il. « Allons chercher Hagrid. »

« On doit trouver la licorne. »

« Regarde le corps blanc dans la clairière là-bas, Malfoy. C'est la licorne. Mais tirons nous d'ici avant que la créature n'arrive ! »

« Tu as peur, Potter ? »

« Non, pas encore, mais je tiens suffisamment à ma vie pour ne pas traîner ici ! Les licornes sont naturellement rapides. Très rapides ! Ce qui l'a attaqué doit l'être encore plus ! »

Sa remarque avait eu l'effet escompté. Malfoy avait pâli à la lueur de la baguette d'Harry. ils avaient commencé à reculer lentement en surveillant les environs. C'est là qu'ils virent une silhouette encapuchonnée sortir des profondeurs de la forêt et se pencher sur la licorne.

'Sacrilège !' hurla Lily.

« Okay, on se tire ! Maintenant ! » fit Harry alors que la peur le prenait au ventre.

Hélas, il semblerait que la créature l'ait entendu car elle s'était redressée rapidement et avançait vers eux. Elle semblait voler au-dessus du sol, frôlant à peine ce dernier avec sa cape. La forêt s'était faite encore plus silencieuse. Du moins jusqu'à ce que Malfoy recule en hurlant comme une fille. Il trébucha sur une racine et s'enfuit en courant sans un regard pour son camarade. Crocdur fit tomber Harry en s'enfuyant la queue entre les jambes. Harry avait le souffle coupé par le choc. Il avait une racine qui lui faisait horriblement mal au dos et sa vue était troublée par quelques larmes de douleurs.

'Harry cours ! Va-t'en de là !'

Il obéit lentement à sa mère, cherchant son souffle et tentant de se relever. Difficilement. La créature approchait encore, menaçante. Il crut sa dernière heure arrivée quand un bruit de galop rapide se fit entendre derrière lui. Une créature sauta au-dessus d'Harry et fit fuir la silhouette encapuchonnée. Le jeune garçon se releva lentement et commença à reculer, baguette tendue, attentif au moindre bruit suspect. Soudain une créature mi-homme, mi-cheval s'avança vers lui d'un pas calme. Il avait les cheveux blonds et la robe claire. Un centaure.

« Harry Snape, » dit-il de sa voix grave. « Tu dois partir d'ici. La forêt n'est pas sûre ces temps-ci. Surtout pour toi. »

'Attends ! Petite minute. Il m'a appelé Snape ?!'

'Apparemment.'

« Comment savez-vous que je suis un Snape ? »

« Il arrive à ton père de parcourir la forêt à la recherche d'ingrédients. Tu lui ressembles énormément. Même si le monde pense que tu es un Potter.'

'Tu vois ! Qu'est-ce que je t'avais dit ?' fit Lily.

'Cela n'empêche pas qu'il ne le voit pas, lui …'

« Quelle était cette créature ? Celle que vous venez de chasser ? » demanda-t-il.

« Une horrible créature. Cela ne peut être que cela pour oser tuer une licorne. L'acte même est abominable ! Mais boire du sang de licorne l'est encore plus ! »

Le centaure se rapprocha d'Harry.

« Pourquoi quelqu'un ferait une telle chose ? » demanda ce dernier. « Même si cela permet de survivre, on est en quelque sorte maudit. La mort est préférable à un tel sort ! »

« Tu ne connais pas quelqu'un susceptible de faire cela ? »

'Voldemort !' siffla Lily, bien qu'inquiète pour son fils.

« Non, » murmura Harry alors que ses yeux s'étrécirent. « J'espérais tellement que cela n'arrive pas. »

« Et je n'ai pas besoin de te dire ce qu'il y a de cacher dans le château en ce moment même. »

« La pierre philosophale. »

« En effet. » Le centaure était maintenant à ses côtés. « Es-tu déjà monté à cheval ? »

« Non. »

Le centaure s'agenouilla pour permettre au garçon de se mettre sur son dos. Il le ramena auprès d'Hagrid, non sans avoir croisé deux autres centaures pas particulièrement ravis qu'un des leurs soit monté par un humain, telle une mule. Arrivé auprès du garde-chasse, Weasley et Malfoy, le centaure – nommé Firenze – salua Harry et repartit dans les profondeurs de la forêt.

Hagrid raccompagna tout de suite après cette rencontre les trois élèves au château. Harry fonça rapidement dans son lit pour éviter les foudres de son père puisque le couvre-feu était passé depuis longtemps. Mais il ne dormit que très peu cette nuit-là.

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« Alors, » fit Hermione alors qu'ils étaient tous les deux dans leur refuge. Harry venait de lui raconter les événements de la nuit. « Si je comprends bien, Tu-Sais-Qui tue des licornes dans la forêt pour survivre en attendant de s'emparer de la pierre philosophale. »

« Oui. »

« Il doit certainement avoir un complice dans le château, » réfléchit la brune. « Avec Dumbledore comme directeur, il ne se risquerait pas à rentrer lui-même s'il est aussi faible que pour s'abaisser à faire pareille … horreur ! »

'Ca semble logique. Mais qui aiderait Voldemort ?'

Harry répéta la question.

« Snape peut-être ? Il a la gueule de l'emploi. »

« Même s'il en a la gueule, » rit amèrement le Serpentard. « Crois-moi sur parole, ce n'est pas lui. »

« Ah ? Pourquoi ? »

« Parce qu'il est devenu, selon maman, un espion de Dumbledore quand il a appris que Voldemort voulait me tuer et tuer ma mère surtout. Il a trahi Voldemort pour nous protéger. Et puis … »

Le Serpentard s'agita, un peu mal à l'aise.

« Harry ? »

« Snape est mon père, » soupira-t-il, le regard triste. « Rien que pour cela, je lui accorde le bénéfice du doute. Mais maman est certaine de son camp. »

« Attends. Attends. Attends ! » fit Hermione complètement perdue. « Snape. Notre professeur Snape est ton père ?! Genre vraiment ? »

« Oui. »

« Mais pourquoi il te traite comme ça ? Et pourquoi tu t'appelles Potter ? »

« Maman l'a quitté quand il s'est allié à Voldemort. Elle avait peur pour moi. Potter n'était qu'une couverture pour me protéger. Si Voldemort apprenait que je suis son fils, il aurait demandé à Snape de m'amener … »

Harry avait fini sa dernière phrase dans un soupir malheureux. Hermione s'approcha de son ami et le réconforta physiquement dans une douce étreinte entre amis tandis que sa mère lui faisait son petit cocon d'amour pur.