Chapitre 18 : Snape à Privet Drive

Harry et Lily comptaient les jours qui restaient avant la rentrée. Il était enfermé dans sa chambre la plupart du temps, ne pouvant sortir que matin et soir quelques minutes pour utiliser la salle de bain et sinon, quand il fallait faire les corvées. Il avait horriblement faim mais il devait partager ses maigres repas avec sa chouette pour qu'ils puissent survivre à l'été. Du moins si sa mère avait raison et que quelqu'un viendrait les chercher. Il espérait tellement. Même son père, il était prêt à supporter sa mauvaise humeur pourvu qu'il le sorte de cet enfer.

Il passait le plus de temps allongé pour éviter de trop s'épuiser. Mais il le savait, il le sentait, si personne ne venait le 01 septembre, il ne pourrait plus tenir très longtemps. Il avait pourtant essayé de parler avec sa tante mais elle avait toujours fui la conversation et menacé d'appeler son oncle s'il ne retournait pas rapidement dans sa chambre.

Le jour du départ pour Poudlard, il regarda malheureux le jour se lever, passer et puis progressivement s'éteindre. Le train était parti depuis longtemps. Sa mère le rassurait longuement en disant que quelqu'un viendrait le chercher mais il n'en était pas sûr. Qu'est-ce qu'il donnerait en ce moment pour pouvoir rêver de la suite ? Mais il n'avait fait aucun rêve. Rien. Pourquoi il ne pouvait pas utiliser ce don sur commande ? Il soupira et se coucha plus confortablement dans son lit, prêt à supporter une scolarité dans le monde moldu à nouveau, loin de la magie et loin des sorciers. Il se mit à pleurer à l'idée de ne plus revoir le château, ni son amie, ni même son père. Il désespérait. Et il pleurait. C'est complètement épuisé par cette crise de larmes qu'il s'endormit.

Il fut réveillé quelques instants plus tard par l'ouverture de la porte et la voix de sa tante.

« Garçon. Debout ! »

Elle parlait doucement et à voix basse. Harry pouvait sentir l'inquiétude dans sa voix.

« Prépare-toi rapidement ! Snape est venu te chercher ! Surtout ne dis rien ou cela ira mal pour toi ! »

'Elle est désespérante,' soupira Lily. 'Severus le saura à un moment ou à un autre. Ils vont tous en prendre plein la figure pour pas un galion.'

'De toute façon, pour le moment, je ne demande qu'à partir d'ici, donc si cela peut lui faire plaisir.'

Il se leva et se sentit étourdi.

'Vas-y doucement, Harry. Tu es sous-alimenté.'

'Je sais, Maman. Mais avec Papa, j'ai pourtant intérêt à me dépêcher. Il n'est pas patient.'

Il attrapa la cage de sa chouette et sortit de sa chambre en marchant lentement. Il descendit les escaliers.

« Ah Mr Potter, » fit la voix doucereuse de Snape. « Apparemment vous avez oublié de signaler à votre famille que la rentrée se faisait aujourd'hui. Vous êtes trop bien pour prendre le train ? Il faut absolument avancer le carrosse de monsieur ? »

'Je vais vraiment tuer cet elfe la prochaine fois que je le croise ! Tout est de sa faute !'

Il ne répondit pas à la provocation de son père et s'avança dans le hall. Il attendit en regardant son oncle. Ce dernier ne bougea pas d'un poil, un sourire satisfait sur les lèvres à la vue d'une personne qui détestait son neveu, même s'il s'agissait d'un sorcier.

'Il attend quoi pour ouvrir ce placard ? Le déluge ?' demanda Lily.

« Potter ? Vous attendez quoi ? »

« Que mon oncle ouvre le placard où il a bien gentiment rangé mes affaires scolaires au début des vacances professeur, » répondit-il d'une voix faible.

Son oncle lui lança un regard noir et sortit les clefs de sa poche pour ouvrir les trois verrous qui se trouvaient à la porte du placard. Snape releva imperceptiblement un sourcil mais ne dit rien. Il croisa le regard de Pétunia qui frémit et partit dans la cuisine pour s'occuper de Dudley. Harry récupéra sa malle et la tira du mieux qu'il put. Il s'épuisait vite cependant. Il suivit son professeur le long de deux rues en silence.

Une fois à l'abri des regards, Snape se retourna rapidement, rétrécit la malle de son serpent et ouvrit la cage de sa chouette qui, pour une obscure raison, était enfermée avec un verrou. Il ne demanda cependant pas pourquoi. Harry la libéra rapidement sans que son directeur ne lui demande.

« Hedwige, » sourit-il. « Vas-y, envole toi. »

Elle lui pinça affectueusement les doigts avant de partir à tir d'ailes dans l'obscurité de la nuit. Il se redressa et la regarda disparaître. Il rangea la cage et sa valise dans sa poche. Snape lui attrapa le bras fermement.

« Lâchez-moi, vous me faites mal ! » s'exclama le garçon, bien que sans énergie.

« Faites pas l'enfant ! Soyez déjà bien content que je sois venu vous chercher. L'an prochain, je vous laisse à leurs bons soins. »

'Bons soins, bons soins. Non mais tu déconnes Severus ?! Tu ne vois pas qu'Harry est au bout du rouleau ? Je t'interdis de …'

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'Harry se sentit poussé dans un tube étroit la seconde qui suivit alors que les alentours de Little Whining disparaissaient de son champ de vision pour être remplacés par les grilles de Poudlard.

'Qu'est-ce que… ?'

'Il vient de vous transplaner,' expliqua Lily. 'Et il n'aurait pas du au vu de ton état.'

Harry s'était en effet effondré sur le sol, tremblant comme une feuille. Tout était devenu progressivement flou autour de lui. Il se concentra sur sa respiration. Il fallait qu'il s'aère l'esprit. Mais le manque de sucre, sa faim et les effets secondaires de son premier transplanage étaient assez conséquents. Il allait tourner de l'œil.

« Maman, » murmura-t-il.

'Je suis là, Harry. Respire. Cela va passer.'

Le jeune Serpentard ne remarqua pas la silhouette noire de son père s'agenouiller devant lui. Severus Snape avait relâché le gamin et s'était directement avancé vers les grilles. Mais remarquant que Potter ne le suivait pas, il s'était retourné pour le réprimander. Sauf que c'était resté coincé dans sa gorge. Potter était à terre, le regard vitreux et le teint pâle.

« Potter, » dit-il en posant une main sur son épaule. « Relevez-vous. Cela va passer d'ici quelques minutes. »

'Sauf qu'il lui faut de la nourriture, Severus ! Il a mangé cette semaine uniquement l'équivalent d'un repas complet ! Harry, je pense qu'il y a encore des fioles de potions nutritives dans ta valise, sors-là.'

Mais Harry ne bougea pas.

'Harry ! Fais ce que je te dis.' Pas de réponse. 'Harry ?'

Le jeune Serpentard s'évanouit. Severus eut juste le temps d'affirmer sa prise sur l'épaule du gamin pour éviter qu'il ne tombe à terre. Il fronça les sourcils. Normalement, le transplanage ne causait que des vomissements dans le pire des cas. Pourquoi Potter venait-il de perdre connaissance ? Il soupira à nouveau et plaça son serpent dans une civière qu'il fit léviter jusqu'à l'infirmerie. Arrivé à destination, il apprit qu'il souffrait de déshydratation et de malnutrition.

« Je te demande pardon, Poppy, » demanda-t-il.

« Il est à la limite, Severus. Il est affamé, » répondit-elle. « Et depuis un bon moment. Il est bien plus maigre qu'il y a deux mois. »

L'homme en noir regarda un instant son serpent avant de le laisser aux bons soins de l'infirmière. Il retourna dans ses appartements et se mit à réfléchir. Il avait toujours pensé que Potter vivait bien, mais il semblerait qu'il ne soit pas si bien que cela chez ses moldus s'il était dans un tel état. Il verrait plus tard … Il se servit un verre de Whisky PurFeu en se promettant d'aller discuter prochainement avec Pétunia pour lui rappeler qu'un enfant ça devait manger et que même s'il n'aimait pas spécialement le gamin, il avait lui-même suffisamment souffert à cause de son propre père pour ne pas laisser un enfant souffrir de la sorte. Car c'était une forme de maltraitance ce que Potter venait de subir. Quelle qu'en soit la raison, même si Potter avait fait une bêtise comme il le faisait si bien et si souvent, cela ne justifiait en rien un tel traitement !