Chapitre 23 : Insécurité
Harry reprit connaissance dans une classe abandonnée. Il y faisait froid et humide. Il avait mal partout. Il ne voyait pas grand-chose à cause de l'obscurité mais il pouvait dire une chose, il était sérieusement blessé. Ses côtes le faisaient souffrir à chaque respiration, sa tête lui était douloureuse et ses jambes étaient en coton. Il avait vraiment mal à la cheville aussi. Il réussit toutefois à trouver la force de se lever. Poser son pied droit au sol était une torture sans nom. Mais il le fit parce qu'il n'avait pas le choix. Il devait trouver de l'aide. Et il ne sentait même pas sa baguette sur lui.
Quand il sortit dans les couloirs et fit laborieusement son chemin, sa mémoire des derniers événements revint. Il s'était fait attaquer à la sortie de la douche. Malfoy et ses amis dont certains plus âgés lui avaient lancé de nombreux sortilèges et il n'avait pas pu se défendre. Il avait aussi encaissé pas mal de coups.
'Tout ça parce que je parle aux serpents ! Saloperie !'
'Langage !' le réprimanda doucement sa mère.
'PARCE QUE TU CROIS QUE C'EST LE MOMENT ?!'
Elle n'ajouta rien mais diffusa un cocon d'amour autour de lui. Harry siffla une énième fois de douleur en posant son pied au sol. Il remarqua en regardant par une fenêtre qu'il faisait nuit dehors. Il vit au détour d'un couloir une lumière et il appela d'une voix rauque.
« Il y a quelqu'un ? S'il vous plait. J'ai besoin d'aide. »
Il tenait sa jambe douloureuse d'une main et serra ses cotes de son autre bras. Elever la voix était une torture encore plus forte. Sa vue se brouilla sous la douleur mais cela ne l'empêcha pas de distinguer la lumière vacillante de la lampe du concierge se rapprocher.
« Tiens, tiens, qu'avons-nous là ? » fit Rusard.
« Mr Rusard, » haleta Harry alors qu'il commençait à avoir des taches noires dans son champ de vision. « S'il vous plait, aidez-moi. »
Il fit encore quelques pas en direction du concierge qui était encore à une dizaine de mètres avant de s'effondrer, inconscient.
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Quand il se réveilla, il reconnut les draps blancs de l'infirmerie. Il se redressa lentement en analysant son corps. Il ne ressentait plus aucune douleur. Juste un léger tiraillement à sa cheville.
'Bonjour, mon chéri. Comment te sens-tu ?'
'Ca va. Enfin, je crois. Que s'est-il passé ?'
'Tu t'es fait tabasser par Malfoy et compagnie et ils t'ont laissé inconscient dans une classe. Quand tu as repris connaissance, tu as marché dans les couloirs et tu as appelé à l'aide. Rusard t'a trouvé.'
'Rien de nouveau, quoi ?'
Rapidement, l'infirmière vint à son chevet pour refaire des examens avant qu'il puisse sortir. Il apprit que cela faisait deux jours qu'il était à l'infirmerie à cause de ses blessures qui étaient sérieuses. Il avait en plus de cela perdu beaucoup de sang. D'où le fait qu'il était resté inconscient si longtemps. Il lui expliqua ce qui s'était passé. Elle soupira.
« Je crains, mon petit, que le professeur Snape n'ait une toute autre opinion. Il est venu se plaindre hier et … »
« C'est bon, Mme Pomfresh, » l'interrompit doucement Harry. « Je suis Saint Potter, et c'est toujours moi qui cherche les problèmes, » continua-t-il avec ironie, sa tristesse clairement visible dans ses yeux. « J'ai l'habitude maintenant. »
« Je vais essayer de lui parler. »
« Bonne chance, Mme Pomfresh. Le professeur Snape est plus têtu qu'une mule. »
« Je suis bien d'accord avec toi, Harry, » sourit-elle en lui ébouriffant les cheveux. « Tu peux y aller. »
Il se leva. Mais dès que son pied toucha le sol, il siffla.
« Pourquoi ai-je encore mal à la cheville ? » demanda-t-il en la prenant en main.
« Tu as aggravé l'état de ta cheville en marchant dessus. Je suis désolée, je n'ai rien pu faire de plus, » répondit l'infirmière. « Il va falloir du temps avant que la douleur s'amenuise. J'ai demandé au professeur Snape qu'il te fasse quelques flacons de potions contre la douleur. Cela t'aidera. » Les portes de l'infirmerie s'ouvrirent dans un grand fracas. « Tiens, quand on parle du loup, » dit-elle en s'éloignant.
Tandis qu'il s'habillait et rangeait sa baguette magique qui se trouvait par hasard à coté de ses lunettes, une discussion se fit entendre un peu plus loin, Mme Pomfresh monta un peu dans les tons tandis que Snape se fit plus sec. Puis, ce dernier s'approcha dans une envolée de capes noires virevoltant autour de lui tandis qu'il posait sur son serpent un regard noir.
« La prochaine fois que vous vous battez, je ne prends même pas la peine de vous faire des anti-douleurs même si Mme Pomfresh le demande, » siffla-t-il avec colère. « La douleur vous apprendra peut-être quelque chose ! »
« Si vous le prenez comme cela, » siffla Harry à son tour tant de colère que de douleur. « Pardonnez-moi d'avoir été massacré juste après ma douche juste parce que je suis capable de parler aux serpents ! Si j'avais su que cela me mènerait là, j'aurais laissé ce serpent attaquer ce maudit Pouffsouffle ! Et au vu de la couleur de cette vipère et connaissant la haine que Malfoy me voue, je suis sûr qu'il en serait mort avant même que vous ayez pu faire quoi que ce soit ! »
« Vous avez attaqué Mr Malfoy et Mr Flint ! » coupa Snape.
« Vous savez quoi ? J'abandonne ! » cria Harry avec des larmes aux yeux qu'il retint pour qu'elles ne coulent pas. « J'en ai marre de vous. Sous prétexte que je suis un Potter, je suis d'office le fautif ! Je n'ai pas demandé à porter le nom de Potter ! Je n'ai pas demandé à être fourchelangue ! Je n'ai pas demandé à être célèbre ! Je n'ai pas demandé à être haï par tout le monde ! Je n'ai pas demandé à ce qu'un enfoiré vende son meilleur ami parce qu'il était trop lâche de résister à Voldemort ! Je n'ai pas demandé tout ça ! Moi, tout ce que je demande ce sont des amis et une famille ! Mais il semblerait que Saint Potter est trop … C'est quoi vos termes déjà ? Ah Oui ! … Trop important ! Trop bon ! Trop célèbre ! Il n'a pas besoin d'ami. Il n'a pas besoin de famille ! »
Le jeune homme s'écarta de son père en boitillant, grimaçant à chaque pas. Il ne prit même pas la peine de prendre une potion contre la douleur. Il ne remarqua pas qu'il avait fait crépiter sa magie autour de lui et que des objets avaient volés pour foncer contre les murs. Bon sang que Snape pouvait le mettre en rogne !
« Gardez vos potions, j'irai faire les miennes ! J'ai tout ce qu'il faut dans ma malle ! Maintenant, retirez-moi les points pour ma foutue insolence, donnez-moi de retenues si vous voulez ! Mais moi, j'ai un devoir de potions à faire et vu que cela fait deux jours que je suis à l'infirmerie, cela veut dire que je dois le rendre demain, donc j'y passerai certainement toute la nuit ! Bonne soirée, professeur ! »
Severus s'était assis sous la pression et la colère de l'enfant mais n'ajouta rien au vu de l'accident magique. Cela ne pouvait qu'empirer. Il retira toutefois cinquante points pour insolence et lui donna une dizaine de retenues. Lui qui pensait la semaine précédente être débarrassé du gamin avec sa dernière retenue suite à l'affaire Quirell, le revoilà partit pour une petite quinzaine de jours avec lui.
Harry sortit de l'infirmerie le plus rapidement qu'il put et se rendit dans le domaine des Serpentards. Il traversa la salle commune en boitillant sous les ricanements de Malfoy et quelques autres auxquels il jeta un regard noir et se dirigea vers le dortoir. En entrant dans sa chambre, il vit Nott sur son lit en train de lire. Mais la première chose qu'il vit avec horreur, c'était ses affaires toutes retournées. Ses yeux s'étrécirent.
« Qui a fait ça ? » demanda-t-il calmement.
« Sais pas. »
Harry sortit sa baguette et lança un sort pour que tout retourne dans sa malle. Il l'inspecta pour s'assurer qu'il ne manquait rien puis il s'installa quelques instants sur son lit. Il se mit à réfléchir. Il souffla rageusement et referma sa malle pour la rétrécir et la ranger dans sa poche.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Nott.
« Si je ne peux pas avoir confiance aux Serpentards, si je ne peux pas avoir confiance en mon directeur de maison, si même mes affaires ne peuvent pas être en sécurité parce qu'un petit connard a décidé de me prendre pour cible, alors je ne vois pas pourquoi je ne réagirais pas en conséquences ! Malfoy me le paiera, à un moment ou à un autre ! »
Il se leva et sortit sous l'œil perplexe et le regard de pitié de son camarade de chambrée. Harry n'était même pas sûr qu'il dormirait dans le dortoir. Il verrait bien.
'Il existe une salle dans le château Harry,' fit Lily. 'On l'appelle la Salle Va-et-Vient. James m'en a beaucoup parlé. Je ne voulais pas que tu y ailles jusqu'à présent car je voulais que tu t'intègres à ta maison. Mais il semblerait maintenant que tu sois plus en danger dans le domaine des Serpentards que nulle part ailleurs.'
'Où se situe cette Salle ?'
'Au septième étage.'
Elle lui donna les instructions que James lui avait dites des années auparavant et Harry put retrouver assez aisément la salle. Il arriva dans un petit appartement coquet aux couleurs de Gryffondor et de Serpentard. Le parfait mélange de ses parents.
'Je crois que je vais m'installer ici pour cette nuit au moins,' dit-il en s'approchant de la cheminée.
Un feu y crépitait doucement. Il put voir sur le linteau sombre de la cheminée une photo de ses parents.
'Nous n'avons jamais prise cette photo,' réfléchit Lily. 'Cette salle fait vraiment apparaître ce que tu veux apparemment.'
'Et une photo de mes deux parents ensemble et un pur bonheur pour moi,' sourit Harry alors qu'une larme coulait le long de sa joue.
Il s'installa à la table de la salle à manger de l'appartement et fit rapidement son devoir de potion avec l'aide de sa mère et de la bibliothèque fournie de la pièce. Ensuite il se plaça devant son chaudron pour faire son propre jeu de potions contre la douleur pour les prochains jours. Il savait parfaitement que cela ne vaudrait pas les potions de son père mais ce dernier était tellement injuste et désagréable avec lui qu'il ne voulait pas revenir en arrière. Il se fit aussi avant de se coucher un bandage serré pour éviter de trop bouger sa cheville durant la nuit. Et il le ferait encore durant les jours suivants. Il alla se coucher de bonne heure et s'endormit rapidement.
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Trois brefs petits coups furent frappés à la porte du bureau de Severus. Ce dernier était penché sur les devoirs des troisièmes années. Il releva la tête et avisa l'heure. 23h48.
« Entrez. » La porte s'ouvrit sur un de ses préfets. « Qu'y a-t-il, Mr Flint ? »
« Potter manque à l'appel, professeur, » répondit l'élève. « Nott a dit qu'en découvrant ses affaires en désordre, il a simplement fait sa malle et est parti. »
« Je vous demande pardon ? » fit Severus en se levant.
« Il n'y a plus aucune affaire de Potter dans le dortoir, professeur. Ni aucune trace de lui. Il est parti. »
Severus soupira et se pinça l'arête du nez.
« Merci, Mr Flint. Retournez dans la salle commune. Je vais m'en occuper. »
Le préfet partit en refermant la porte non pas sans avoir entendu un jurant et promesses de retenues pour le foutu Potter qui ne sait pas faire une seule chose sans faire des bêtises.
