Chapitre 24 : Réveillon mouvementé
Les semaines qui suivirent son agression furent horribles pour Harry. Bien qu'il avait réussi en demandant à la Salle-Sur-Demande de lui donner un passage secret menant directement au dortoir des Serpentards, il s'était fait prendre par Snape et avait fait perdre beaucoup de points à sa maison. Mais le jeune Serpentard s'en fichait. Dès qu'il se sentait dangereusement mal à l'aise auprès de ses camarades de maison, il s'éclipsait dans la salle sur demande avec ou sans sa meilleure amie à la place du refuge. D'ailleurs ils délaissaient de plus en plus ce dernier pour la Salle-Sur-Demande car elle était tout aussi efficace et pouvait fournir tellement plus tout en leur permettant de rester cacher aux yeux des autres. Car tant que les autres ne savaient pas ce qu'ils cherchaient, ils ne pouvaient pas ouvrir la porte menant à leur nouveau refuge.
Harry redormit toutefois que deux fois en dehors du dortoir des Serpentards. Et il ne fit qu'une fois un mauvais rêve avec le serpent géant. Il s'était réveillé en sueur dans son lit et avait directement fait glisser sa bassine d'eau pour s'asperger d'eau fraîche avant de prendre une potion de sommeil sans rêve qu'il avait faite avec Hermione sous la supervision de sa mère. Il en avait trouvé la recette à la bibliothèque. Il ne parla pas du rêve à son père. En fait, à part lui répondre par mono-syllabe, il ne lui disait plus rien. Il ne disait plus rien à personne, excepté Hermione et sa mère. Même les autres professeurs tombaient sur un mur.
Le jeune Serpentard continuait à boitiller bien que de moins en moins fort au fil du temps, sa cheville reprenant des forces. Il ne pouvait plus faire une de ses passions pour le moment, à son grand déplaisir. Les claquettes étaient pour le moment finies pour lui. Il en avait pleuré. Tout cela à cause de Malfoy et sa jalousie ! Pour réprimer son chagrin et dans l'espérance de pouvoir à nouveau en faire une fois que sa cheville serait guérie, il s'entraînait au violon.
Suite à son agression, il ne quittait plus du tout sa baguette. Jamais. Même pour les douches. Il s'était d'ailleurs entraîné encore plus avec Hermione pour créer un bouclier d'autant plus fort et solide mais aussi pour d'autres maléfices et, à la demande de sa mère, il avait appris le sortilège de Stupéfixion. Il avait d'ailleurs une fois eu un de ses agresseurs par surprise alors qu'il se faisait attaquer au détour d'un couloir. Il en avait profité pour partir derrière un écran de fumée et de disparaître sous la cape de James Potter.
Il y eut par la suite une autre attaque du monstre et Harry l'avait rêvé. Il savait que c'était Justin Finch-Fletchley, le Poufsouffle qui avait failli être mordu lors de la première séance du Club de Duel. Son père était venu le voir mais il avait haussé les épaules. Il n'avait aucune information en plus à lui dire de toute façon à part que c'était un serpent qui attaquait vraisemblablement puisqu'il pouvait l'entendre et le comprendre là où personne d'autres ne l'entendait.
Vint rapidement les vacances de Noël. Et avec elles, d'autres mauvaises nouvelles. Hermione repartait dans sa famille pour les fêtes. Mais là où Harry avait déchanté en inscrivant son nom sur la liste de ceux qui restaient à Poudlard, il avait remarqué également celui de Malfoy et ses deux acolytes. Egalement celui de Ronald Weasley mais ce dernier le laissait tranquille depuis l'affaire de la Chambre des Secrets et que toute l'école le croyait être l'Héritier de Serpentard.
Une chose était sûre, ses vacances de Noël allaient être pourries. Il passa le plus de temps possible avec sa meilleure amie, mais il la vit partir prendre le train la veille des vacances. Il retourna à regret à l'intérieur du château. Il partit pour la Salle-Sur-Demande pour faire des recherches pour se protéger un maximum maintenant qu'il était à nouveau seul. Pendant quinze jours. Avec Malfoy dans le château. Rien que d'y penser, il se glissa sous la cape d'invisibilité pour être sûr de ne pas être repéré par qui que ce soit.
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Harry avait pu éviter un maximum les contacts avec les autres, s'arrangeant pour qu'il y ait toujours un professeur. On ne le voyait plus qu'aux repas et après il disparaissait totalement. Il retournait dans la salle commune sous sa cape pour s'assurer que Malfoy ne le voyait jamais et ne venait donc pas le chercher là où il avait déjà vérifié. Il avait remarqué que le blond surveillait le tunnel menant à l'entrée de leur salle commune. Une chance qu'avec le couvre-feu, il ne venait pas jusqu'à vérifier dans sa chambre pour savoir s'il était là par peur de se faire prendre. Et comme chaque matin, Harry remballait toutes ses affaires dans sa malle et la mettait dans sa poche pour disparaître à nouveau juste après le repas.
Il était devenu l'Homme Invisible. Il passait son temps entre le piano, le violon et les livres. Ses devoirs étaient déjà terminés et il s'était déjà arrangé pour les déposer dans les bureaux de ses différents professeurs pour s'assurer qu'ils les avaient bien et il ne risquait ainsi pas de les perdre à cause de Malfoy et compagnie.
Harry se dirigea vers la Grande Salle pour le repas de Noël. Il retint un soupir en remarquant que les tables des quatre maisons avaient une fois encore été retirées et remplacées par une plus petite et conviviale pour ce repas de fêtes. Il s'installa en bout de table comme à chaque fois et attendit que tout le monde arrive pour commencer le repas de fête. Et au vu des convives, ce n'était pas la joie et pour son plus grand malheur, il se retrouva avec Dumbledore à côté de lui et son père juste en face de lui. Il soupira et commença à manger en silence tout en révisant la théorie du sortilège de désillusion avec sa mère. Il espérait pouvoir maîtriser ce sort assez rapidement. Ce serait assez voire plus pratique que sa cape pour disparaître.
« Alors Harry, » commença Dumbledore, faisant déjà soupirer l'enfant. « Comment vas-tu ? »
« Bien, professeur. »
« On ne te voit plus beaucoup ces derniers temps. Que fais-tu de tes journées depuis la fin des cours ? Tu t'amuses avec tes amis ? »
« Ma seule amie est en sécurité chez elle, loin du château et du monstre, professeur. Je passe mes journées seul avec pour seule compagnie mes pensées et cela me convient très bien. »
Il croisa le regard onyx de son père. Son visage était insondable. Toutefois, Harry sentit une légère pression sur ses barrières.
« Il me semble avoir déjà parlé de plates-bandes, professeur, » dit-il calmement mais d'un ton sans réplique. « Merci de les respecter. »
« Tu es un occlumens, » s'étonna Dumbledore.
« Oui. Je m'entraîne depuis longtemps. »
« Vous l'étiez déjà au début de l'année dernière, Potter, » remarqua Snape.
« Pour rendre fiers mes parents. »
« Votre père était un bien piètre occlumens, » ricana le Maître des Potions.
« Et j'ai déjà envie d'arrêter cette conversation, » soupira le jeune Serpentard qui s'enferma dans son mutisme pour une bonne vingtaine de minutes malgré les tentatives des professeurs pour l'en sortir.
Lily en soupira de dépit.
'Tête de mûle,' dit-elle.
'Je le prends comme un compliment.'
'C'en était pas un.'
'Je sais. Mais comme mon père en est une également, je m'en fiche.'
'Si tu étais plus comme moi, tu lui aurais déjà tout dit et tout serait réglé,' soupira Lily.
'Où est passé la femme qui voulait que son fils se fasse respecter en tant que personne par son père avant de lui révéler la vérité ?' demanda Harry.
Sa mère grimaça mais n'ajouta rien. Elle savait pertinemment qu'elle avait perdu la bataille.
« Harry, il n'est pas bon de se renfermer sur soi-même, » dit soudain Dumbledore. « Il faudrait que tu t'ouvres plus aux autres. »
« Pour cela, il faudrait que les autres soient respectueux ou ne soient pas effrayés par certaines choses ou personnes. Ce n'est pas gagné. »
« J'ai entendu dire que tes affaires disparaissaient de ton dortoir chaque matin. Est-ce vrai ? »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je les garde sur moi. »
« Pourquoi ? » s'étonna Dumbledore en se tournant plus vers le jeune serpentard.
Tous les professeurs arrêtèrent leurs discussions pour entendre la réponse d'Harry. Ce dernier croisa le regard de son père, toujours insondable. Il se décida à lâcher un peu de sa colère.
« Cela date de la première séance du Club de duel, » répondit-il en haussant des épaules mais sa voix était amère. « Je suis rentré dans mon dortoir poser le serpent sur mon lit et je suis parti sous les douches. En sortant je me suis fait attaquer et je me suis réveillé dans une classe en pleine nuit. La suite vous la connaissez. Mr Rusard m'a trouvé et je suis resté deux jours à l'infirmerie. Quand je suis retourné dans mon dortoir, toutes mes affaires étaient sans dessus dessous. Même si certaines étaient abîmées, il ne manquait heureusement rien. J'étais en colère et je me sentais abandonné. Alors par sécurité puisque ni mes affaires ni moi-même ne sommes en sécurité au sein même de la maison Serpentard, je préfère les garder sur moi. Et si je dois une fois encore m'endormir dans une classe désaffectée pour ma propre sécurité, je le ferais sans hésiter ! »
Tout le monde le regardait avec des yeux ronds. Même son père. Les Gryffondors se demandaient ce qu'il se passait exactement. La table était silencieuse.
« Pourquoi ne pas m'en avoir parlé, Mr Potter ? » demanda Snape.
« Parce que vous ne me croyez jamais, » répondit Harry en haussant des épaules.
« C'est faux. »
« Ah oui, pardon, j'oubliais, » fit Harry en se levant brutalement. « Vous me croyez seulement pour ce qui est de mes cauchemars parce que vous et le professeur McGonagall avez fait une erreur l'an dernier et vous vous sentez coupables de cela ! Mais dès que j'arrive blessé à l'infirmerie et que Malfoy vient pleurer dans vos robes, c'est d'office moi le coupable ! Moi ! Foutu maudit POTTER ! Grandissez Mr Snape ! Je ne suis pas James Potter ! Et je n'ai rien à voir avec ces conneries de foutus maraudeurs ! J'aimerais que pour une fois dans votre vie, vous vous en rendiez compte ! »
« Potter ! » s'exclama à son tour Snape. « Vingt points en moins à Serpentard pour votre insolence ! Je ne laisserais pas quelqu'un me traiter de la sorte ! Encore moins un gamin prétentieux et pourri gâté comme vous ! »
Harry se rassit et regarda son assiette. Il avait une fois encore l'appétit coupé en ce jour de fête. Il soupira et s'essuya la bouche alors qu'il assimilait les dernières paroles de son père.
« Pourri et gâté ? » ricana-t-il. « Deux choses, professeur. La première, rappelez-vous clairement qui est ma tante et avec qui elle s'est mariée ! La seconde : notre accord, il est fini. Démerdez-vous tout seul. Vous avez suffisamment d'éléments je crois pour trouver la réponse. Moi j'abandonne. J'en ai marre de vous ! »
« Je ne suis pas là pour que vous m'aimiez, Potter ! » siffla Snape.
« Si seulement certaines personnes étaient capables de dire la vérité ! » cracha Harry en se levant et jetant un œil à la table, d'une part sur Malfoy et ses amis, et d'autre part sur Dumbledore.
Il n'y avait plus aucun bruit et tous regardaient Harry, les élèves les sourcils relevés, surpris par la colère d'Harry, les professeurs sourcils froncés car les propos du gamin les perturbaient un peu.
« Quelle vérité, Potter ? » demanda Snape avec colère.
« Demandez à votre entourage. Moi, j'en ai marre d'être votre puits de réponses. J'en ai plus qu'assez de me battre et d'espérer. Finalement, il n'y a aucun espoir à tirer du monde sorcier, ni du monde des adultes. Rien que déception ! »
Harry se leva et sortit de la Grande Salle. Il entendit son père se lever et l'attraper par le bras.
« Pas si vite ! » s'exclama-t-il. « Je veux une ex… »
Harry relâcha son trop plein de magie et Snape fit un vol plané de vingt mètres et glissa sur le cul sur une bonne dizaine. Le jeune Serpentard se retourna et fixa son père avec une colère.
« Ne vous avisez plus jamais de me toucher, professeur Snape ! Ou vous le regretterez ! »
'HARRY SEVERUS SNAPE !'
« ET TOI LA FERME ! » hurla Harry en sortant. « JE NE VEUX PLUS T'ENTENDRE ! »
Tous les yeux étaient tournés vers la grande porte où Harry venait de disparaître.
« Qu'est-ce qui lui arrive ? » demanda un élève de Poufsouffle.
Sauf que personne ne put donner de réponse.
