Chapitre 27 : La proposition de Poppy

« Que s'est-il passé, Severus ? » demanda Dumbledore alors que tout le corps professoral était dans le bureau, ainsi que Mme Pomfresh.

Cette dernière était d'ailleurs en colère contre Severus mais elle lui avait déjà fait un sermon en le soignant. Sous le choc, deux lombaires s'étaient légèrement déplacées et il en avait encore des chatouillis dans le dos. Cela remontait à une trentaine de minutes.

« J'ai essayé de discuter avec Potter, et j'ai compris son comportement. Il est persécuté par un de mes serpents et les autres sont effrayés rien qu'à l'idée d'intervenir. J'ai proposé à ce gamin de rester avec l'un de nous durant les vacances pour ne pas qu'il erre seul dans les couloirs avec toutes ces attaques, mais il a refusé. Enfin, j'ai compris le refus à travers l'accusation qu'il a faite. Il est particulièrement en colère contre trois d'entre nous et transpose notre image sur l'ensemble du corps professoral. »

« Contre qui est-il en colère, Severus ? » demanda Minerva.

« Vous, moi. Et vous aussi, Albus. »

« Moi ? » s'étonna le vieux mage. « Pourquoi cela ? »

« Je ne sais pas. Tout est parti en vrille après cela. Et il s'est renfermé sur lui-même. Il a voulu sortir mais j'ai verrouillé la porte. Il fallait que je comprenne l'entièreté du problème car je suis sûr qu'il n'y a pas que cela. Il a refusé de continuer la discussion et s'est emmuré dans son esprit. »

« Je vous demande pardon, mon garçon ? » fit le vieil étonné, disant tout haut la question qui brûlait sur les lèvres de tous.

« Il est dans un état de méditation profonde, » expliqua le Serpentard. « Il est dans son esprit. Il est un parfait occlumens. Je n'ai pas pu passer ses barrières. Au contraire, il m'a repoussé comme si je n'étais qu'une vulgaire poussière ! J'ai été rejeté de son esprit et propulsé violemment à travers mon bureau. Je n'ai pas su me relever sans l'aide de Poppy. »

Le visage de Dumbledore montra clairement son étonnement.

« A son âge déjà. »

« Ce n'est pas tout, Albus, » fit Severus, montrant pour la première fois vraiment son visage inquiet à tout le monde. « Je crois qu'il a un problème mental. »

« Severus, je te déconseille de donner des conclusions hâtives, » fit dangereusement l'infirmière en le menaçant de son doigt.

« Non, tu ne comprends pas, Poppy. Je crois qu'il a quelqu'un avec lui dans sa tête. »

Tous froncèrent les sourcils.

« Expliquez-vous, Severus, » fit Dumbledore.

« Hier soir, vous l'avez tous entendu hurler contre quelqu'un pour lui intimer de se taire. » Ils hochèrent tous de la tête. « Dans mon bureau, il a marmonné quelques secondes tout seul, comme s'il parlait à quelqu'un. Et quand je suis rentré dans sa tête et qu'il m'a menacé, je l'ai entendu ensuite crier sur quelqu'un. Il m'a dit qu'il s'agissait de son alter-ego mais je n'y crois pas. C'était plus une réponse toute faite à mon avis. »

« Qui pensez-vous que ce soit ? » demanda Minerva. « Est-ce que cela pourrait le rendre dangereux ? »

« Avant de donner des conclusions hâtives, peut-être que si tu m'avais laissé l'examiner …, » intervint l'infirmière furibonde. « Tu n'es pas médicomage, Severus ! »

« Il est hors de question que je te laisse seul avec quelqu'un capable de m'envoyer valser ! Tu es trop importante pour l'école. »

« Eh bien, si tu avais commencé par faire ton boulot de directeur de maison correctement dès le début, il en serait peut-être pas là ! » Severus blanchit. « Et oui, Harry m'en a parlé. J'ai toujours trouvé étrange de ne voir que lui à l'infirmerie dans un tel état alors que Mr Malfoy était toujours dans un état plus ou moins correct pour quelqu'un qui était 'victime' d'une bagarre ! Mais mon boulot est de soigner les élèves et non de les sermonner. Mais j'ai très bien compris au regard du garçon et à ses propos que tu y étais pour quelque chose ! C'est de ta faute, Severus Snape ! Pas étonnant qu'il te rejette à ce point et refuse de te faire confiance ! »

« A-t-il confiance en vous, Poppy ? » demanda Dumbledore.

« Je ne sais pas si on peut dire qu'il a confiance en moi mais je ne l'ai pas déçu jusqu'à présent. Il ne s'est jamais énervé contre moi, ni même jamais haussé le ton. Au contraire, j'ai toujours eu droit à une conversation correcte et même respectueuse. »

« Vous pourriez le faire sortir de son mutisme ? »

« Mutisme est un bien grand mot, Albus, » fit Poppy. « Il parle depuis toujours avec Hermione Granger. Il me semble que c'est la seule avec laquelle il n'a jamais cessé de parler. »

« Oui, mais il doit s'ouvrir aux autres, c'est important. »

« Alors que les autres commencent à se comporter correctement envers lui. Ce n'est qu'un enfant ! Et on le traite en paria. Une seule personne jusqu'ici à toucher son cœur et a vu en lui une personne fréquentable. Les autres le rejettent et parlent sur son dos, les uns font des médisances tandis que les autres le prennent en pitié mais ont peur d'intervenir pour l'aider. Les rumeurs courent à travers le château, Albus. Il serait peut-être temps de les écouter. Ce garçon est tout seul depuis longtemps et pas de son propre fait. Qu'il explose maintenant ne m'étonne même pas ! Au contraire, ce qui m'étonne, c'est qu'il ne l'ait pas fait plus tôt ! » Elle se leva et épousseta sa robe. « Je vais m'occuper du jeune Harry. Je vais l'ausculter et je vais lui demander de passer le reste des vacances à l'infirmerie pour le surveiller. Ainsi, il ne se baladera pas dans le château avec cette chose qui se rôde … »

« Tant qu'il ne fait pas de cauchemar, je ne pense pas qu'on doive vraiment s'inquiéter de quelque chose à ce niveau-là, » coupa Severus. En voyant la tête de ses collègues, il développa. « Je suis tenté de croire qu'il a un don de voyance au travers de cauchemars. Et cela paraîtrait logique. L'an dernier, avec le troll des cavernes, il a dit savoir parfaitement ce qu'il allait arriver et il est intervenu pour sauver Miss Granger. Plus d'une fois durant l'année, il s'est réveillé de cauchemars au point que je pensais qu'il faisait la comédie. Durant les deux semaines précédant la nuit où Quirell a voulu s'emparer de la pierre, il faisait des cauchemars toutes les nuits. Il est venu nous avertir, Minerva et moi, du danger et nous n'avons pas réagi. Il est descendu s'en charger lui-même. Et en début d'année, il a commencé à en avoir avant même la première attaque. Et je suis convaincu qu'il a son don depuis la nuit où le jeune Crivey a été attaqué. Il a pu me dire qu'il s'agissait de lui alors qu'il était dans sa chambre. Vous m'avez appelé juste après pour une nouvelle agression et il s'agissait de ce pauvre garçon. »

« A-t-il vu ce qui agresse les élèves ? » demanda Dumbledore.

« Il parle d'un serpent géant. Il voit également une salle où il voit une jeune fille étendue sur le sol, une élève, ainsi qu'un autre, un jeune homme de la maison Serpentard. Mais depuis qu'il est en colère contre nous, il ne me dit plus rien et je n'ai plus aucune information supplémentaire. Je sais pourtant qu'il a fait au moins deux autres cauchemars. Et je pense qu'il pourrait effectivement s'agir d'un serpent puisque Potter entend une voix dans le château. Une voix qu'il est le seul à entendre. Et il est le seul fourchelangue de l'école. Du moins, le seul reconnu. »

« Quoi qu'il en soit, » fit Poppy qui s'était arrêtée dans son élan pour écouter. « Ce pauvre garçon ne mérite pas un tel traitement, une telle injustice de votre part. Si en plus, il voit des horreurs pareilles dans ses cauchemars, je lui tire mon chapeau qu'il ait pu tenir son calme jusqu'à maintenant ! Cela doit être dur pour un si jeune garçon. Je ne voudrais pas être à sa place. Je vais le chercher dans ton bureau, Severus et je l'amène directement à l'infirmerie. Il y dormira également. »

« Mais Poppy, » tenta le Serpentard.

« Non, Severus, tu as fait le con avec ce garçon parce que tu as cru aveuglément ton filleul et parce que tu détestais le père de ce jeune garçon. Maintenant, je ne veux plus que tu interagisses avec lui tant qu'il ne s'est pas un minimum calmé et si possible confié. Ou sinon la prochaine fois, c'est ta vie que tu risqueras ! Tu n'étais pas loin de devenir invalide, tout à l'heure ! Prends garde à toi Severus ! »

Et elle sortit, laissant derrière elle les professeurs silencieux et pour certains coupables. Severus se laissa tomber sur une chaise en soupirant, surprenant ses collègues qui le connaissaient droit et fier et, surtout, maître de ses émotions. Dumbledore congédia poliment ses collègues à l'exception de Minerva et Severus.

« Il va falloir surveiller le jeune Harry, » dit-il sombrement, son regard bleu ayant perdu tout éclat. « S'il est aussi puissant que vous le dites, Severus, et qu'il supporte tant depuis l'an dernier, et sans savoir s'il a vraiment quelqu'un dans son esprit et si oui, ses intentions, il va falloir être extrêmement prudent. Ou sinon nous risquerions de voir ce jeune garçon devenir un allié de Voldemort. Et au vu de sa puissance actuelle, cela nous condamnerait tous. »

Minerva et Severus échangèrent un regard coupable et hochèrent la tête avant de sortir. Si Harry Potter décidait de se plonger dans les ténèbres, ce serait entièrement leur faute. Ils l'avaient tous deux parfaitement compris. Les deux professeurs sortirent du bureau directorial et rentrèrent dans leurs quartiers. McGonagall fondit en larmes dans son lit en se fustigeant elle-même d'avoir été aussi aveugle pendant tout ce temps et demanda pardon à James et Lily qui avaient été deux de ses lions favoris. Snape quant à lui se vida une bouteille de Whisky PurFeu complète avant de s'effondrer complètement saoul dans son lit.

oO°OoO°Oo

Poppy se dirigea vers le bureau du professeur Snape et ouvrit la porte. Elle trouva Harry dans la même position qu'une heure plus tôt, en tailleur et en état de profonde méditation. Heureusement, pour sa formation de médicomage, elle avait dû apprendre la legilimancie pour pouvoir s'occuper au mieux de ses patients et de pouvoir, si nécessaire, se plonger dans leur esprit. Elle n'était pas un maître dans cet art mais elle se débrouillait.

Elle sortit sa baguette et murmura l'incantation. Elle arriva directement devant un écran de fumée sombre.

'Harry,' dit-elle alors qu'elle restait à une distance respectueuse de la barrière. 'Harry, je ne désire pas rentrer dans ton esprit mais je voudrais te parler. Est-ce que tu peux revenir avec moi sur le plan physique, s'il te plait ?'

'Mme Pomfresh ?' s'étonna le garçon.

Poppy vit la barrière de fumée qui protégeait l'esprit du Serpentard s'éclaircir et devenir plus grise. Elle s'en sentait moins oppressée.

'Oui, Harry, s'il te plait. Je préfère te parler normalement que par ce biais. Est-ce que tu peux revenir ?'

Elle dut attendre plusieurs minutes avant d'avoir la réponse.

'D'accord.'

Elle avait entendu au ton employé que l'enfant ne le faisait pas de gaieté de cœur mais au moins, il n'était pas agressif et elle n'était pas propulsée comme Severus au loin. Elle quitta l'esprit du jeune homme et attendit qu'il ouvre les yeux. La première chose qu'il fit fut d'inspecter les lieux de son regard émeraude.

« Il n'est pas là, » dit Poppy avec un sourire rassurant. « Il est dans le bureau du professeur Dumbledore. » Elle le vit froncer les sourcils. « Avec la manière dont tu l'as repoussé hors de ton esprit, tu as blessé sérieusement Severus, rien que je n'ai pu réparer, mais tu l'as quand même blessé. Il s'est senti obligé d'en parler avec Dumbledore. Il a dit un certain nombre de choses à ton sujet. Par sécurité, vu qu'il semble avoir un problème avec les autres Serpentards, je me suis proposée pour te garder durant la durée des vacances. Tu peux rester à l'infirmerie avec moi. Tu y seras en sécurité, loin du jeune Malfoy. Est-ce que tu es d'accord ? »

« Je ne vous dérangerais pas ? » demanda Harry, le visage impassible.

« Non, Harry. C'est moi qui me suis proposée. Et puis, cela me fera un peu de compagnie. »

Un petit sourire naquit sur les lèvres du jeune garçon et il accepta la proposition de l'infirmière. Il se leva et raccompagna la dragonne dans son antre en discutant avec elle. Mme Pomfresh était d'excellente compagnie et avait un sens de l'humour un peu taquin. En arrivant à destination, elle créa une pièce qui serait la chambre du jeune homme le temps qu'il passerait dans l'infirmerie. Avant de le laisser s'installer calmement, elle posa sa main sur son épaule.

« Harry, à la demande de Severus mais aussi de Dumbledore, je vais devoir te faire un check up complet ainsi que te poser un certain nombre de questions. Je te laisse t'installer à ton aise et je le ferai demain, d'accord ? »

Le jeune Serpentard s'était tendu face à la révélation de l'infirmière mais il se relaxa légèrement quand elle lui annonça qu'il le ferait plus tard. Il hocha la tête lentement au bout de quelques secondes.

« Allez, installe-toi et change-toi un peu les idées, » sourit-elle en lui ébouriffant doucement les cheveux. « Tu as eu assez d'émotions fortes pour la journée. »

« Merci, Mme Pomfresh, » fit Harry avec un petit sourire.