Chapitre 29 : Son pire cauchemar
Alors que la rentrée approchait et avec lui l'anniversaire de Severus Snape, Lily dut batailler longuement avec son fils pour qu'il lui offre un cadeau. Harry finit par céder plus pour avoir la paix que pour le principe d'offrir un cadeau à son père.
'Et tu veux que je lui fasses quoi cette fois ?' demanda-t-il à contre cœur.
'Une biche et une panthère.'
'Et pourquoi pas signer pendant que j'y suis ?' répliqua Harry en guise de refus.
'Tu fais une biche et une panthère ! Point final ! C'est moi qui décide !'
'C'est encore moi qui vais le dessiner, je te signale !'
'Je vais t'harceler jusqu'à ce que tu fasses exactement ce que je veux,' le menaça sa mère.
« Pitié ! »
« Harry ? » sursauta Poppy.
Le jeune Serpentard était dans le bureau de cette dernière penché sur un livre de sortilèges.
« Maman me tape sur le système parce que vendredi prochain, c'est l'anniversaire de Snape, » soupira-t-il en se massant les tempes. « Elle veut que je lui fasse un cadeau. »
« Qu'est-ce qu'elle propose ? »
« Que je dessine, comme l'an dernier. J'avais fait des lys blancs et noirs. Là, elle veut que je dessine une biche et une panthère ! »
« Où est le problème ? » demanda Poppy, les sourcils froncés.
« Grâce à Malfoy le matin de Noël, il a entendu le début de ma chanson. Et il l'a peut-être même lue. Ce serait comme si je signais le dessin. Hors je ne veux pas le voir. »
« Qu'est-ce qu'il apprécie d'autre ? » demanda alors l'infirmière.
« Il ne vit plus que pour les potions, » répondit Harry dans un soupir. « En fait, cela se sent qu'il aime cela. Même encore maintenant. C'est une passion chez lui. »
« Et si tu faisais un portrait de lui au-dessus d'un chaudron ? » proposa Poppy avec un sourire.
'Oh oui, et avec mes souvenirs de sa mère en plus,' renchérit Lily. 'Je sais qu'il n'a aucune photo d'elle. C'est en plus elle qui lui a appris l'art des potions. C'est un don de la famille Prince. Chaque génération a vu naître de grands potionnistes !'
« Je préfère de loin cette idée, » capitula le jeune en sortant sa baguette.
Il fit venir à lui son cahier de croquis et visionna les souvenirs où il pouvait voir le visage d'Eileen Prince. Il en reproduit plusieurs croquis rapides sous différents angles afin de choisir le meilleur pour le travail final. Il en fit de même pour la disposition exacte de la scène qu'il dessinerait ensuite. Une fois satisfait, il fit venir à lui son bloc de feuille et en sortit une qu'il doubla de taille. Il commença d'abord par des traits légers au crayon, ne s'attardant pas sur les détails, il finit ensuite par prendre un pinceau et son lot de peintures qu'il avait commandé durant la fin de l'année précédente. Cela lui prit plusieurs jours pour terminer le travail.
Alors qu'il nettoyait son matériel deux jours avant l'anniversaire de son père, Poppy entra dans la chambre. Elle s'arrêta en voyant la peinture terminée. Elle l'avait vue à différents stades d'évolution. Elle était époustouflée par le talent de ce garçon.
« Harry, c'est magnifique ! Je suis sûre que Severus va adorer ! »
« J'espère bien, c'est que ça prend du temps d'arriver à ce résultat ! »
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Severus se leva comme d'habitude. Le fait que c'était son anniversaire ne changeait rien. Il partit prendre une douche et passa dans son bureau pour aller dans son laboratoire privé. Il avait travaillé une grande partie de la nuit pour faire les potions que Poppy lui avait demandées. Il n'arrivait pas à dormir. Il n'avait pu se reposer que quelques heures mais il n'avait jamais vraiment eu besoin de beaucoup de sommeil. Il passa une fois devant son bureau sans rien remarquer et prit les fioles dans son armoire et transvasa la dernière potion qui réclamait un certain temps de pause sur un feu doux afin d'être totalement prête. Quand il revint dans son bureau et posa les flacons sur sa table, il se figea.
La personne mystère avait une fois encore pensé à lui cette année. Il voyait à nouveau le même petit gâteau que l'année précédente, avec une bougie. Un délice au chocolat et à la noix de coco avec supplément de fraise. Mais ce qui attira son regard était le rouleau juste à côté. Il était relativement grand. Il émit tout de suite l'hypothèse qu'il s'agissait d'une peinture en voyant de la couleur sur les bords. Il l'ouvrit lentement, curieux. Un fin sourire triste apparut sur ses lèvres tandis que des larmes salées coulaient de ses yeux.
Il avait un portrait de lui comme il se voyait chaque matin, vieux avec de légères rides sous les yeux mais le regard sombre et pétillant, heureux. Il pouvait voir la naissance d'un sourire sur ses lèvres fines alors qu'il se voyait jeter quelques feuilles qu'il identifia comme de la belladone dans un chaudron fumant. Juste à coté de lui se tenait une femme aux cheveux aussi sombres que les siens moyennant quelques mèches plus grises qu'il ne lui connaissait pas. Elle avait un doux sourire alors qu'elle tenait la louche pour touiller le contenu du chaudron. Sa mère, Eileen Prince, dans toute sa splendeur quand son père était bien loin d'eux et qu'elle pouvait lui apprendre les potions. Qu'est-ce qu'il donnerait pour pouvoir en faire à nouveau avec elle … ?
Il s'assit sur sa chaise de bureau et plongea sa tête dans ses mains, à la fois heureux et touché du cadeau mais aussi triste et nostalgique de l'époque où il préparait des potions avec sa mère. Il pleura un court moment dans le calme et la sécurité de son bureau, sachant parfaitement que personne ne viendrait le déranger de si bonne heure. Il essuya ensuite ses yeux onyx, chassant toute trace de ses larmes et savoura son gâteau d'anniversaire. Il alla ensuite placer la peinture dans ses appartements tout en remerciant mentalement la personne mystérieuse qui lui avait fait ce magnifique cadeau. Il était d'une valeur inestimable pour lui.
Il prit ensuite les fioles pour Poppy et prit le chemin de l'infirmerie. Quand il arriva sur place, il s'arrêta. Il voyait devant lui Potter s'agiter sans un bruit. En avisant ses pieds qui tapaient le sol, il comprit qu'il s'était entouré d'un sortilège de silence. Il faisait des claquettes mais il semblait avoir une faiblesse à son pied droit. Il se souvint alors qu'il avait été blessé peu après la première séance de duel et qu'il avait boité pendant un long moment.
'Et il n'a pas demandé une seule fois un anti-douleur alors que Poppy lui en avait prescrit,' pensa-t-il à regret. 'Parce que je l'ai provoqué.'
Il le vit soudain grimacer en posant son pied droit et tomber à terre sous la douleur soudaine. Ne voyant pas l'infirmière, il s'approcha de son serpent et entra dans le cercle de silence, entendant alors les gémissements de douleurs qu'il étouffait. Alors qu'il approchait, il vit le garçon se figer et lever son regard émeraude vers lui, rempli d'appréhension. Severus ne fit que se pencher et lui tendre une fiole de potion contre la douleur.
« Evitez de trop forcer sur votre cheville. Elle récupérera avec le temps, » lui dit-il simplement d'une voix neutre.
Potter hocha la tête et accepta de prendre la fiole, inspectant la couleur et l'odeur avant de la prendre.
« Que venez-vous de prendre ? » demanda Snape pour examiner les connaissances de son élève.
« Anti-douleur. »
« Savez-vous de quelle catégorie ? »
« C'est une potion enseignée en quatrième année professeur, » répondit-il d'une voix dénuée d'émotion, le visage impassible. « Que je sache déjà la reconnaître à mon niveau est déjà pas mal. »
« Il existe la potion basique qui fonctionne un peu pour tout mais à une moindre échelle, » expliqua alors le Serpentard. « Elle a gout âcre et crayeux. Mais elle peut être améliorée de différentes manières en fonction des douleurs que l'on veut apaiser. On peut ajouter du curcuma pour tout ce qui est inflammation ou contrer les douleurs d'un cancer ou d'ulcère. De la réglisse pour les douleurs digestives, de la camomille pour les maux de tête ou encore de la saule pour tout ce qui est lié aux articulations. »
« Je dirais la potion de base, monsieur, » fit soudain Potter après un instant de réflexion alors qu'il s'était relevé.
« Correct. » Il jeta un œil dans le bureau. « Savez-vous où est Mme Pomfresh ? »
« Elle est sorti il y a dix minutes pour aller voir le professeur Chourave, je crois. »
Severus remercia son serpent et déposa le réapprovisionnement de potions sur le bureau de Poppy. Il resta ensuite avec Potter le temps que l'infirmière revienne en tentant d'engager la conversation. A part pour des questions qui n'avaient trait qu'aux potions ou à d'autres cours, il tomba sur un mur. Pendant ce temps, il observa le garçon dessiner. Il faisait le croquis d'une panthère et d'une biche.
« Les mêmes que votre poème ? » demanda-t-il en espérant qu'il réponde.
« Oui. »
« Puis-je vous poser une question, Mr Potter ? »
« Vous venez de le faire, mais je vous en prie, faites. Je verrais si je peux y répondre. »
La voix du garçon était détachée alors qu'il restait concentré sur son croquis.
« Qu'arrive-t-il au petit de la biche ? Est-ce qu'il revoit son père ? »
« Pourquoi cette question, monsieur ? » fit Potter en s'arrêtant pour regarder son professeur dans les yeux.
« Je n'aime pas trop laisser une lecture inachevée et votre poème l'était. Je suis juste curieux. »
Il vit l'enfant soupirer.
« Oui. Il revoit son père. Mais il ne le reconnait pas. Le petit faon est d'abord malheureux et puis il se redresse et renonce à plaire et rendre fier son père pour ne penser plus qu'à lui. »
« C'est une bien triste histoire, » commenta le Maître des Potions.
« La vie n'est pas faite que de Happy-End, professeur, » soupira encore l'enfant. « Vous le savez tout aussi bien que moi. »
Poppy entra à ce moment-là et Severus repartit non pas sans un dernier regard pour son serpent, se demandant comment il pourrait récupérer sa confiance.
De son coté, l'enfant entendait sa mère.
'Début de la paix avec ton père ?' demanda-t-elle.
'Pas encore,' répondit Harry. 'Mais je n'ai pas le choix de faire un cessez-le-feu.'
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Le mois de janvier passa, la rentrée se passa en douceur et Harry retrouva sa meilleure amie. Ils continuèrent à aller dans la Salle-Sur-Demande mais ajoutèrent des visites de courtoisie à l'infirmière dans leur routine. Finalement, Harry se sentait mieux depuis qu'il y avait un adulte dans la confidence. Qu'un adulte sache pour sa mère. Tout allait pour le mieux jusqu'à ce qu'il fasse un nouveau cauchemar. Il s'était couché plus tôt que d'habitude parce qu'il couvait quelque chose.
Une fillette aux cheveux roux et vêtue de l'uniforme des Gryffondors étendue sur le sol humide … Une voix caverneuse … Un cahier aux pages dorées et à la couverture sombre … Un jeune homme aux cheveux noirs mais aux contours flous avec un rictus mauvais … JE SUIS VOLDEMORT … Un phénix … Un serpent géant aux yeux ensanglantés … Une épée … 'TUE-LE !' … Une Gryffondor aux cheveux bruns regardant par une fenêtre du château la neige sous le ciel sombre … Deux yeux jaunes à travers la vitre
« NON ! » hurla-t-il en se réveillant en sursaut, le corps en sueur.
Il sortit en trombe de son lit et se précipita hors de la chambre. Il traversa la salle commune en courant sans faire attention aux exclamations des autres Serpentards. Il courut dans les couloirs du château, ses pieds nus claquant sur la pierre froide. Il faisait noir dehors. Il parcourut les étages pour arriver dans le couloir où il était persuadé de l'attaque de sa meilleure amie. Il espérait que cela ne soit pas vrai, que cela ne soit pas arrivé. Il tourna au dernier couloir et s'arrêta. Il tomba à genoux.
« HERMIONE ! » hurla-t-il alors qu'il s'effondrait en sanglots sur le sol. « NON ! »
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Deux coups secs et rapides furent donnés sur la porte. Severus était penché sur ses copies. Avisant l'heure, le couvre-feu passé d'une dizaine de minutes, il fronça les sourcils et laissa entrer son visiteur.
« Oui, Mr Flint ? » fit-il.
« Potter vient de quitter précipitamment la salle commune, professeur. En pyjama. Il semblait … bizarre. »
« Que voulez-vous dire, Mr Flint ? » fit le Maître des Potions alors qu'il avait posé sa plume.
« Il avait l'air terrifié, monsieur. J'ai vu bon nombre d'expressions sur son visage, mais jamais celle-là, pas à une telle intensité. »
Severus se leva prestement.
« Savez-vous où il est allé ? »
« Non, je regrette. Il est parti trop vite. »
« Retournez dans la salle commune, Mr Flint. Je m'occupe de Potter. »
L'homme en noir parcourut rapidement l'étendue des cachots, pensant que son serpent ne s'était pas aventuré aussi loin, puis il se dirigea vers l'infirmerie pour voir s'il n'y avait pas trouvé refuge. A mi-chemin, il vit le patronus de Minerva arrivé.
« Severus, venez vite ! Il y a eu une nouvelle agression au troisième étage, dans le couloir menant à la tour de l'horloge. Potter est inconsolable ! Je ne sais pas quoi faire ! »
Il se figea. C'était près de la tour de Gryffondor. Et une seule chose pouvait mettre Potter dans un tel état au point de le faire sortir de la salle commune et parcourir tout le château en courant. Il jura et se transforma en panthère pour rejoindre rapidement sa collègue. Il était de l'autre côté du château. En approchant du lieu, il entendit clairement les pleurs et les cris de Potter. Même pour le vieux Serpentard au cœur aigri, c'était déchirant. Il reprit forme humaine et tourna dans le couloir. Il ferma les yeux et soupira.
Miss Granger était figée devant la fenêtre à cinq minutes à pied de sa salle commune. Severus s'approcha de son serpent qui était sur le sol à une vingtaine de mètres. Il s'agitait dans les bras de Minerva et pleurait. Il s'agenouilla à coté de lui et amena à lui deux fioles de potions.
« Mr Potter, » dit-il d'une voix douce mais ferme. « Buvez. C'est une potion calmante et une potion de sommeil sans rêves. »
Devant le refus du garçon, il transféra d'un informulé les potions directement dans son estomac. Il le vit peu à peu se calmer et ses paupières se fermer mais ses larmes ne se tarirent pas. Il le prit dans ses bras pour laisser Minerva s'occuper de sa lionne. Mais il savait qu'elle ne pouvait faire guère plus que la mettre dans une civière et l'amener à l'infirmerie. Il souleva son serpent, le calant bien contre son torse, et s'y dirigea avec elle.
« Pensez-vous que ce soit lui, Severus ? »
« Non, Minerva, » fit le Serpentard. « Ce n'est pas Potter. Mr Flint venait de m'avertir que Potter venait de sortir en courant de la salle commune, complètement terrifié. Je pense qu'il a fait un cauchemar et qu'il a vu ce qu'il lui est arrivée. »
« Que va-t-il se passer maintenant que Miss Granger est dans cet état, elle aussi ? Je ne pense pas avoir gagné la confiance du garçon. »
« Moi non plus, mais je pense que Poppy oui. J'ai remarqué qu'il s'y rendait souvent. »
« Quand est-ce que vous pourrez faire le philtre de mandragore ? »
« Les mandragores ne sont pas encore assez mâtures. Je dirais fin avril, début mai. Pas avant. » Il soupira. « Cela va être dur… »
« Et si jamais Poppy ne peut pas calmer Potter ? » demanda Minerva au bout d'un instant.
« Je le plongerai moi-même dans un coma magique le temps que je puisse faire le philtre de mandragore et que Miss Granger se réveille, » répondit le Serpentard avec assurance en serrant le corps du jeune garçon contre lui. « J'ai promis … J'ai promis sur la tombe de sa mère que je le protégerai. Je ne laisserai pas sombrer. »
« Moi non plus, je ne supporterai pas de voir le fils de James et Lily s'assombrir et devenir comme Vous-Savez-Qui. »
Ils arrivèrent dans un lourd silence à l'infirmerie et ils déposèrent leur charge sur deux lits vides. Severus coucha le jeune Serpentard sous les couvertures et le couvrit chaudement. En remarquant qu'il était nu pied, et qu'il avait parcouru les couloirs gelés de château ainsi, il vérifia sa température. Poppy arriva à ce moment-là en robe de chambre et les cheveux humides. Il la vit se figer deux secondes en avisant la jeune Gryffondor et soupirer avant de se reprendre de manière professionnelle. Elle s'approcha du lit de Potter, ne pouvant rien faire pour la jeune fille pétrifiée.
« Il est un peu chaud, » dit simplement Severus. « Il a couru pieds nus dans le château. Je lui ai donné une potion calmante et une potion de sommeil sans rêves pour le calmer. »
« Tu as bien fait, Severus, » fit-elle en faisant venir à elle un flacon de pimentine.
Elle l'envoya dans l'estomac du jeune Serpentard avant de lui glisser une main douce dans ses longs cheveux noirs tous emmêlés.
« Pauvre garçon, » murmura-t-elle. « N'aura-t-il donc jamais la paix ? »
« As-tu sa confiance, Poppy ? » demanda le Serpentard.
« Et plus encore, Severus. »
Le Maître des Potions soupira de soulagement.
