Chapitre 34 : Une autre année qui s'achève

Severus coupait les mandragores. Elles étaient enfin prêtes à la préparation pour le philtre. Très bientôt, tous ceux qui avaient été pétrifiés pourront reprendre le cours de leur vie. Il était sûr que cela ferait au moins un heureux. Un de ses serpents.

Potter avait passé une quinzaine de jours dans le coma. Et comme Poppy était confiante, le vieux serpentard s'en était remis à son jugement. Il avait rapporté à Dumbledore tout ce qui s'était passé dans la Chambre des Secrets ainsi que ce qu'il soupçonnait qui était arrivé alors qu'il était dans l'impossibilité d'avancer. Le directeur l'avait accompagné en bas. Ils avaient récupéré l'épée de Gryffondor ainsi que le fameux journal de Jedusor. Severus en avait même profité pour récupérer des écailles et les glandes à venin du basilic.

Toutefois, lors des moments où Severus était venu s'enquérir de l'état de son serpent quand il était encore dans son sommeil magique, et que Dumbledore était là, il avait cru percevoir quelque chose dans le regard bleu de ce dernier. Et il n'était pas sûr de savoir exactement ce qu'il en retournait. Il avait l'impression que le directeur désapprouvait son inquiétude pour le fils de sa meilleure amie. Et si Severus interprétait bien ce regard, pourquoi le vieil homme l'avait-il ? Cela le dépassait. Et quand il avait posé la question, Dumbledore avait dit ne pas voir ce dont il parlait. Alors soit le serpentard avait rêvé, soit Dumbledore lui cachait quelque chose. Et si c'était le cas, pour le bien-être de son serpent, il le découvrirait. Mais pour se faire, il fallait déjà apprendre à connaître Harry Potter et avoir sa confiance. Et pour le moment, ce n'était pas gagné.

Au moins, une bonne chose d'arriver dans toute cette histoire, Lockhart avait été envoyé à Azkaban. Severus lui avait intenté un procès pour l'avoir attaqué et il s'est avéré, comme il s'en doutait déjà, que ce bouffon était un escroc qui s'était attribué le mérite que ce que d'autres sorciers avaient fait juste après leur avoir effacé la mémoire. Il avait été satisfait d'entendre la sentence : cinq années dans les confortables cellules d'Azkaban et après exiler dans le monde moldu avec sa magie réprimée et sa baguette brisée.

Severus jeta les mandragores fraîchement coupées dans son chaudron et mit la potion à chauffer à feu doux pour la nuit. Elle serait prête le lendemain. Il alla dans ses appartements privés et s'assit devant le feu qui brûlait dans l'âtre. L'été approchait peut-être mais sa chaleur n'arrivait pas jusque dans les cachots de Poudlard. Il s'installa confortablement avec un verre de Whisky PurFeu. Il laissa le liquide ambré brûler délicieusement sa gorge alors qu'il se remémorait l'altercation dont il avait été témoin dans le bureau de son directeur.

Flashback.

Severus se tenait debout juste à coté du bureau de Dumbledore, le dos contre le mur. Potter était assis sur une chaise et le directeur se tenait derrière son bureau. Le Maître des Potions était contre le fait que son serpent soit si vite hors de l'infirmerie alors qu'il venait à peine de sortir de son coma mais Dumbledore n'avait rien voulu entendre.

Potter venait de terminer de raconter les événements qui s'était passé juste après qu'il avait laissé son professeur seul : la discussion avec l'apparition du Seigneur des Ténèbres qui venait du Journal, son combat contre le basilic et le moment où il avait planté le crochet du basilic dans le dit journal.

« J'aimerais que tu examines d'un peu plus près ceci, Harry, » fit Dumbledore en prenant l'épée par la garde.

Le jeune homme refusa avec un sourire en coin.

« C'est l'épée de Godric Gryffondor, » dit-il en haussant des épaules.

« Seul un véritable Gryffondor aurait pu la sortir du Choixpeau, » sourit le vieil homme.

« Si vous voulez me dire que j'ai autant ma place à Gryffondor qu'à Serpentard, vous vous leurrez, professeur, » fit tristement Potter. « Je ne suis accepté dans aucune de ces maisons, dans l'une parce que je fais soi-disant de l'ombre à un idiot qui se croit le centre du monde et dans l'autre parce que je suis un serpentard et en plus un fourchelangue. Tout le monde me hait ou a peur de moi. Seules ma m… Seules la Voix et Hermione font exception. »

Severus nota le lapsus de son serpent. Il allait dire quelque chose vis-à-vis de la Voix qu'il entendait, semble-t-il, mais il s'était repris au dernier moment.

« Harry, je t'ai déjà qu'il n'est pas bon d'écouter les Voix dans ta tête. Elles peuvent être dangereuses pour toi et pour les autres, elles peuvent te pousser à faire de très mauvaises choses. Elles … »

Le jeune garçon se leva en colère et sa magie crépita dans la pièce, faisant voler de nombreux artefacts et objets étranges dans la pièce et les faisant s'écraser contre les murs.

« Je vous conseille fortement de ne pas dire un seul mot de plus sur elle, professeur Dumbledore. Sans elle, je serais mort bien avant de rentrer à Poudlard, ou en tout cas, en très mauvais état. Elle me guide depuis mon plus jeune âge et me prodigue l'amour dont j'ai besoin à défaut de le recevoir autre part. Et ce par votre faute ! Vous êtes en grande partie responsable de mes malheurs ! C'est bien beau de me dire que je dois me méfier et de faire attention à ce qu'elle pourrait me dire, mais je peux en dire autant de vous ! Vous manipulez les gens comme des pions sur un échiquier ! Nous l'avons compris dès le moment où nous nous sommes rendus compte que vous n'avez pas dit la vérité aux personnes qui importaient. Et nous avons aussi compris pourquoi vous le faites ! Mais rassurez-vous, vous avez probablement réussi. Il ne voudra probablement jamais de moi à cause de votre décision ! Maintenant, que les choses soient bien claires, professeur, toutes choses que vous pourriez me dire ou me demander de faire, j'attendrai l'aval de la Voix avant d'obéir. Je ne suis pas un pion sur un échiquier, je ne suis qu'un enfant qui ne demande qu'à vivre normalement ! Et votre satané prophétie, vous pouvez vous la foutre où je pense ! Vous êtes un grand sorcier, vous êtes tout à fait capable de vaincre Voldemort ! Laissez-moi vivre ma vie tranquille ! »

Et le garçon s'en était allé non sans claquer la porte du bureau. Severus s'était redressé mais comme il n'était pour une fois pas la source de la colère du garçon, il n'avait rien fait pour tenter de l'arrêter, en particulier en comprenant qu'il se cachait quelque chose derrière tout cela. Et que Dumbledore tirait d'une certaine manière les ficelles, comme souvent.

« Que veut-il dire, Albus ? » demanda-t-il. « Comment sait-il pour la prophétie ? »

« Je ne sais pas, Severus. Mais je pense, malgré tout ce que Poppy peut dire, que cette Voix est dangereuse pour Harry. »

« Vous en êtes sûr ? »

« Certain. Il ne devrait pas avoir autant de pouvoir à son âge. Cette Voix doit certainement le posséder d'une certaine manière et l'influencer dans ses décisions. Il va falloir trouver un moyen de la faire taire pour éviter qu'il devienne dangereux pour les autres et sombre dans les Ténèbres. »

Fin du Flashback.

Severus ne savait trop quoi penser de tout cela. D'un coté, il faisait confiance en l'opinion de Dumbledore. Il lui devait tellement et avait toujours raison. Mais de l'autre, les propos de son serpent tournaient dans son esprit, ainsi que tous les faits et gestes que l'enfant avait fait sous l'impulsion de la Voix. Il n'avait jamais fait de mal à qui que ce soit. Sauf sous une extrême colère qui était pour le moins justifiée.

« Que faire ? Qui croire ? » murmura-t-il. « Si seulement tu étais là pour m'aider à comprendre, Lily. Toi seule arrivait à voir clairement dans le cœur des gens. »

Il soupira et alla se coucher.

oO°OoO°Oo

Harry mangeait en bout de table comme à son habitude. Il était penché sur son livre de métamorphose et essayait de rattraper son retard. Il voulait réussir ses examens. Et quinze jours dans les vapes à la veille de la session n'aidait pas vraiment. En plus, il devait passer ses notes à Hermione …. Du moins quand elle se réveillerait.

Il fut distrait de sa lecture par le changement de ton dans les conversations autour de lui. Il leva la tête et chercha la source de la soudaine agitation. Il vit une gryffondor aux cheveux bruns et légèrement bouclés à l'entrée de la Grande Salle. Harry laissa tomber sa fourchette et son livre et se leva précipitamment. Il traversa le réfectoire en courant et prit sa meilleure amie dans ses bras.

« Tu nous as manqués, Hermione, » murmura-t-il avec les larmes aux yeux.

« Et toi, tu ne m'as étrangement pas manqué, » fit Hermione. Harry s'écarta d'elle un peu surpris par sa remarque. « Parce que pour moi, je viens à peine de te quitter quelques heures, » expliqua-t-elle avec un sourire.

« Cela fait un peu plus de quatre mois, Mione, » répliqua Harry avec soulagement.

Il sortit sa baguette et attira à lui ses affaires. Il se dirigea ensuite avec son amie à la table des gryffondors, ignorant les regards des lions, en particulier Ronald Weasley, et ils tirèrent ensemble une table pour qu'ils aient leur espace neutre. Harry, après avoir lancé un sort autour d'eux pour qu'ils aient une petite bulle d'intimité, raconta à sa meilleure amie tout ce qui s'était passé. À la fin de l'histoire, Hermione saisit le livre de métamorphose de son ami et le frappa à la tête.

« Espèce … de parfait … crétin … de Gryffondor ! » s'exclama-t-elle en accentuant chaque mot par un coup. Elle reposa le livre sur la table. « Tu aurais pu te faire tuer ! »

Harry se frotta la tête, heureusement elle n'y avait pas été si fort. Il était à la fois vexé et touché par la réaction de son amie. Cela prouvait qu'elle tenait vraiment à lui.

« Mais si je ne le faisais pas, il y aurait eu bien plus de morts, Hermione. C'était Voldemort. »

Elle soupira mais se leva pour reprendre son meilleur ami dans ses bras.

« Promettez-moi de ne plus faire pareilles bêtises tous seuls, la prochaine fois, » demanda-t-elle.

'Promis,' fit Lily avec un sourire.

« Oui, promis, on t'embarqueras dans nos aventures ! » renchérit Harry. « Une gryffondor avec un cerveau c'est pas assez, il m'en faudrait une deuxième. Et aussi un certain serpentard. Mais lui, je ne sais pas si je peux le compter pour le moment. »

« Qui ? »

« Snape. Il est venu donner un coup de main. Sans lui et sans le phénix de Dumbledore, je serais mort dans la Chambre. »

« Il faudrait vraiment que tu songes à le lui dire, Harry, » dit lentement Hermione en jetant un regard à la table des professeurs. « Cela vous ferait très certainement du bien à tous les deux. »

« Je ne sais pas Hermione. Il est fidèle à Dumbledore. Il le suit aveuglément. Et vu que Dumbledore m'a mis chez les Dursley en sachant parfaitement que Snape est mon père … »

« Je vois, » fit-elle songeuse. « Il faut y réfléchir sérieusement alors … »

« Tu lis en moi comme dans un livre, » sourit Harry.

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Severus regarda son serpent courir à travers la Grande Salle, contre toute tenue, et il le vit se jeter dans les bras de Miss Granger. Il retint un sourire et garda son visage impassible. Mais intérieurement, il était … content. Cela faisait un bon moment qu'il attendait de revoir un sourire sur le visage de Potter. Il releva un sourcil en voyant les deux enfants se diriger vers la table de Gryffondors et tirer une table à l'écart.

« Certaines choses ne changent pas, on dirait, » fit Minerva avec un sourire.

« Non, en effet, Minerva, » répondit-il. « Il est définitivement comme sa mère. »

« Il vous en aura fallu du temps pour vous en rendre compte, Severus. Enfin, … je dois avouer avoir vu aussi pendant un moment James à travers Potter mais au final … »

« Il ne lui ressemble en rien, » termina le Maître des Potions.

'J'ai même parfois l'impression de me voir à travers lui,' ajouta-t-il pour lui-même.

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Harry et Hermione passèrent beaucoup de temps ensemble pour rattraper la matière qu'ils avaient ratée, surtout la Gryffondor, et Lily les guida dans cet objectif. Ils avaient investi la Salle-Sur-Demande et disparurent plusieurs fois la nuit entière pour réapparaître au petit déjeuner le lendemain.

Severus et Minerva s'inquiétèrent de cela et vinrent les voir. Ils apprirent qu'ils révisaient pour réussir leurs examens et qu'ils leur arrivaient de s'endormir sur place entourés de leurs notes et de dizaines de bouquins.

« On ne vous l'a pas dit ? » s'étonna Minerva en relevant un sourcil. « Le professeur Dumbledore a annulé les examens de fin d'année à cause de tous les événements qui se sont passés. Vous aurez juste des travaux de vacances plus conséquents à remettre. »

« Si j'avais su, » maugréa Harry. « Je ne me serais pas tué à la tâche. J'aurais travaillé normalement…. »

« Si vous avez bien travaillé, Mr Potter, » fit Severus. « Vous n'aurez absolument aucune difficulté à faire vos devoirs de vacances. »

« Avec ma famille, cela reste encore à prouver, » répliqua le garçon d'un ton détaché. « Je verrais bien une fois à Privet Drive. »

« Maintenant qu'on ne doit plus étudier comme des tarés, » dit lentement Hermione avec un sourire en se tournant vers son ami. « Ca te dirait de venir dans la salle de musique avec ton violon et tes claquettes ? »

« Accio Violon. Accio claquettes, » fit immédiatement le serpentard en sortant sa baguette.

« Vous maîtrisez déjà un tel sort, Mr Potter ? » s'étonna Minerva. « Mais c'est un niveau de … » elle se tourna vers son collègue.

« … de quatrième année, » termina ce dernier. « Mais il maîtrise aussi le sortilège de stupéfixion et sait préparer des potions largement au-dessus de son niveau. »

« Et le sortilège de désillusion, le sortilège de répulsion, le levicorpus, et … »

Il fut coupé dans sa liste par la main d'Hermione.

« Harry, tu es resté trop longtemps à discuter tout seul. »

« Oh tu sais, ils sont au courant que j'ai une conscience qui me murmure des choses. »

« Oh … » Hermione releva les sourcils et regarda ses professeurs. « Pourquoi j'ai l'impression que tu n'as pas tout dit à ce sujet ? »

« Parce que c'est le cas ! Il n'y a que l'infirmière qui sait tout et elle a promis de rien dire. Ils savent que j'ai quelqu'un de sympa dans la tête qui m'aide et me conseille et c'est tout. » Le violon et les claquettes arrivèrent dans les mains du jeune serpentard. « Maintenant on file ? »

« Faut vraiment que vous m'appreniez à faire ça, » fit la Gryffondor en observant les affaires de son ami. « Ce sort est vraiment trop pratique. »

Elle prit le bras d'Harry et le tira vers le couloir en direction de la salle de musique. « Au revoir, professeur, » dit-elle à Snape et McGonagall. « Et merci. »

Minerva et Severus observèrent les deux enfants partir en courant.

« Potter est vraiment époustouflant ! » dit la professeur de métamorphose.

« Il n'a pas cessé d'apprendre à survivre à Poudlard et a appris des sorts en conséquence, Minerva, » répondit le Maître des Potions.

« Et Miss Granger semblait ne même pas être surprise de la présence de la Voix dans la tête de Potter, » continua-t-elle.

« Minerva, voyons. C'est évident, » soupira Severus. « Miss Granger est la première personne à qui Mr Potter a accordé sa confiance. Bien sûr qu'elle est au courant. Cela m'aurait étonné que ce ne soit pas le cas. Moi ce qui me chiffonne le plus c'est la remarque de Potter au sujet de ses devoirs de vacances et sa famille. »

« Il vit chez sa tante, Pétunia Dursley, » dit Minerva en se pinçant les lèvres. « Je n'ai jamais approuvé ce choix mais Albus a insisté de le placer là. »

« J'espère pour lui que Pétunia a changé depuis l'enfance …, » soupira l'homme. « Sinon, cela doit être un cauchemar. Elle détestait la magie. Je retournerais les voir durant les vacances pour m'assurer de son bien-être et que tout se passe bien. »

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Harry retint Hermione par la main. Il ne voulait pas que son oncle l'interrompe en l'embarquant rapidement dans sa voiture. Il serra son amie dans ses bras. Elle allait lui manquer pendant deux mois.

« Appelle-moi s'il arrive quoi que ce soit, » dit-elle. « Lily, obligez-le à m'appeler s'il a besoin de quoi que ce soit. »

'Je le ferais.'

« Elle va me harceler mais pas sûr que je le fasse, » sourit le serpentard, se ramassant une légère tape sur l'épaule.

« Tu m'appelles si ta famille te cause des problèmes, » ordonna-t-elle. « Tu es revenu à Poudlard dans un état lamentable. Cela n'arrivera pas une deuxième fois. Si jamais tu as des ennuis, tu viens à la maison. Mes parents ne diront rien, bien au contraire. »

« D'accord, » capitula Harry en levant les mains. « Merci, Hermione. »

Ils passèrent ensuite ensemble la barrière, l'un à la suite de l'autre. Hermione rejoignit ses parents tandis qu'Harry rejoignit son oncle qui ne semblait pas content d'être là. Il était plutôt en colère.

« Allez viens, garçon ! » ordonna-t-il d'un ton sec. « Je n'ai pas que ça à faire ! »

'Voilà qui promet,' soupira le serpentard en emboîtant le pas de son oncle sous le regard inquiet d'Hermione.