Chapitre 35 : La Tante Marge

Harry préparait le thé et les gâteaux. Rien qu'à l'idée de préparer ces derniers, il était presque en train de gémir. Tante Pétunia ne lui demandait de préparer des pâtisseries que quand la sœur d'Oncle Vernon, la Tante Marge, venait passer une semaine à Privet Drive. Et Oncle Vernon était partie trois-quarts d'heure plus tôt pour aller la chercher. Rien qu'à l'idée de devoir la supporter une semaine l'ennuyait au plus haut point car il n'allait pas pouvoir sortir comme il le voudrait.

La maison était immaculée, Dudley était devant la télévision à se goinfrer de chips – au moins, il ne sabotait pas son travail – et Tante Pétunia était dans son fauteuil à lire un magazine de couture. Harry déposa sur la table de salon, le plateau avec le thé et les gâteaux.

'Oh ! Merlin !' fit Lily.

'Qu'est-ce qu'il y a ?'

'Les infos. C'est Sirius.'

« Les autorités précisent que Black est armé et très dangereux. Un numéro vert a été spécialement mis en place pour permettre à toute personne qui apercevrait le fugitif de le signaler immédiatement. »

'QUOI ?!' s'écria Lily. 'Mais c'est du grand n'importe quoi ! C'est un auror ! Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'il se retrouve à Azkaban ?'

'Si tu veux, je me renseigne une fois de retour à Poudlard.'

'Oui, je veux bien. Non mais comment ton parrain a pu se mettre dans une merde pareille ?! Il ne ferait pas de mal à une mouche. Enfin … Sauf les mangemorts …'

'Et Papa…'

'… Bref….'

Elle fut interrompue par l'arrivée de Vernon et de Tante Marge dans le salon. Ils étaient tous trempés à cause de la pluie diluvienne qui tombait sur l'Angleterre depuis la veille. Molaire, le vieux bouledogue de la femme, s'ébroua sur le tapis, éclaboussant tout le monde.

« Donnez-moi vos parapluies, » soupira Harry en tendant la main. « Je vais chercher des serviettes. »

Plus loin il était de Marge, mieux le sorcier se sentait et c'était pour lui une occasion en or. Il rangea les parapluies dans le vestibule et monta à l'étage chercher des serviettes propres. Il redescendit rapidement pour les donner à Vernon et à Marge. Il s'empara de la troisième pour sécher rapidement Molaire du mieux qu'il put – le chien essayait de le mordre – pour ne pas que Tante Pétunia fasse une crise parce que l'animal avait mouillé le sol et encrassé toute sa maison. Surtout que cela allait immanquablement retomber sur lui. Et il voulait la paix.

« Qui a préparé ces gâteaux ? » demanda Tante Marge en les regardant d'un œil suspicieux.

Harry soupira.

« Moi, pourquoi ? »

« Tu n'as rien mis dedans pour nous tuer, morveux ? »

« Bien sûr, » fit l'enfant ironique. « J'ai appris lors du peu de temps libre que j'ai à concocter différents poisons à base des ingrédients anodins que l'on trouve dans la superette du coin et j'en ai mis dans les gâteaux juste pour le plaisir de vous voir mourir ! » Il soupira de dépit et prit un gâteau qu'il cassa en deux et mangea la moitié. « Hmm. Un peu sec. » Il reporta son regard vers Marge. « Voilà, j'en ai mangé ! Si c'était empoisonné, je ne l'aurais pas fait. Encore d'autres questions du genre ou je peux aller faire la vaisselle ? »

« Garçon, ne dépasse pas les bornes ! » avertit Oncle Vernon.

« Moi, je n'ai rien fait. C'est elle qui m'accuse de mettre du poison dans les aliments ! Je n'ai fait que prouver que ce n'était pas le cas. Mais bon, si elle a tellement peur, qu'elle ne mange rien d'ici, car c'est moi qui prépare chaque repas …. Je te laisse t'arranger avec ta sœur, Oncle Vernon. Moi j'ai une vaisselle à faire avant de commencer à préparer le rôti. » Il partit par la cuisine. « Non mais je vous jure…, » maugréa-t-il. « Jamais entendu une idiotie pareille. »

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La semaine suivante fut un calvaire alors que la Tante Marge prenait ses aises au 4, Privet Drive. La Tante Pétunia et l'Oncle Vernon le laissaient souvent tranquille après qu'il ait fait ses corvées car moins ils le voyaient, mieux ils se sentaient mais Marge en revanche, tenait à l'avoir devant les yeux en permanence pour pouvoir donner de suggestions quant à son éducation.

Harry était supposé être un pensionnaire au Centre d'éducation des jeunes délinquants récidivistes de Saint Brutus. Et pour la plus grande horreur du sorcier, il était sans cesse comparé à son cousin. Dudley était tellement parfait avec son ventre bedonnant – costaud et musclé – et sa grande intelligence – il avait tout juste la moyenne dans son collège – et elle passait également une bonne partie de son temps à avancer d'obscures explications sur les raisons qui faisaient qu'Harry était un garnement de la pire espèce.

« Ce n'est pas toi qui es responsable de ce qu'est devenu ce garçon, Vernon, » dit-elle lors du souper en fin de semaine. « Lorsqu'il y a quelque chose de pourri à l'intérieur, personne ne peut rien y faire. »

Harry retint un soupir et débarrassa la table de son assiette finie pour commencer à nettoyer la cuisine. Il sentait que s'il ne faisait pas très vite quelque chose pour s'occuper l'esprit, il allait exploser. L'idée de faire voler la Tante Marge comme il avait fait voler Lockhart ou son père lui plaisait bien, mais il risquait de se faire renvoyer de Poudlard. Il n'avait pas le droit de faire de la magie en dehors de l'école tant qu'il ne recevait pas son diplôme.

« C'est l'un des principes de base de toute éducation, » poursuivit la Moldue en prenant son verre de vin. « On le voit très bien dans l'élevage de chiens. S'il y a une tare quelconque chez la mère, on retrouvera la même tare chez ses chiots. »

'Mais qu'est-ce qui faut pas entendre,' soupira Lily.

Mais Harry était en colère. Par des moyens détournés, cette femme venait d'insulter sa mère. On ne pouvait pas insulter quelqu'un qui n'avait même pas la possibilité de se défendre ! Il inspira profondément pour contrôler sa magie mais il la sentait, prête à exploser. Et apparemment, une infime portion de son pouvoir lui avait échappé car le verre de Marge lui explosa dans la main.

'Calme-toi, Harry,' murmura sa mère. 'Ce n'est qu'un véracrasse puant. Imagine ton père la prendre, la couper minutieusement en petits morceaux et l'utiliser comme ingrédients à potions.'

« Marge ! » s'écria Pétunia. « Marge, est-ce que ça va ? Tu n'as rien ? »

« Non, non, » rassura la Tante Marge avec sa grosse voix en s'essuyant avec sa serviette. « J'ai dû serrer le verre un peu trop fort. Il faut dire que j'ai une sacrée poigne … »

Harry respira profondément et prit une serviette dans la cuisine pour aller chercher les éclats de verre qu'il y avait sur la table. Il remarqua du coin de l'œil les regards suspicieux que lui lançaient son oncle et sa tante. Ils se doutaient qu'il était responsable de l'explosion.

Quelques instants plus tard, l'Oncle Vernon sortit une bouteille de cognac.

« Tu te laisseras bien tenter, Marge, » dit-il.

« Juste une goutte, » minauda-t-elle en tendant son verre. « Encore un peu quand même … Un tout petit peu … Voilà, comme ça, c'est parfait. »

'Et après, elle demande une goutte,' remarqua Lily. 'Le verre est plein !'

Harry resta dans la cuisine à déjà s'occuper de la vaisselle du repas tandis que la famille Dursley mangeait le dessert. Dudley était déjà au moins à sa quatrième part de tarte.

« Aahhh ! » soupira la Tante Marge en faisant claquer sa langue contre son palais et reposant son verre de cognac – vide – sur la table. « On peut dire que ça fait du bien par où ça passe ! Moi, avec mes douze chiens, je n'ai jamais le temps de faire la cuisine, je mange toujours sur le pouce. »

Harry n'écouta pas la suite car il s'agissait d'une énième comparaison entre lui et Dudley. Il en avait marre. Heureusement, elle repartait chez elle deux jours plus tard, son calvaire allait bientôt être fini.

« Comme je le disais l'autre jour, ça vient du sang, » insista la Tante Marge. « Quand le sang est mauvais, ça ressort toujours. Je ne veux rien dire contre ta famille, Pétunia, mais ta sœur avait une tare. »

'QUOI ?!' s'exclama Lily.

« Ce sont des choses qui arrivent dans les meilleures familles. Ensuite, elle s'est acoquinée avec un bon à rien et on a le résultat devant nous. Tu ne m'as jamais dit ce que faisait le père de ce garçon, Vernon. »

Ce dernier ainsi que la Tante Pétunia paraissaient extrêmement tendus. Dudley, lui, avait les yeux rivés sur la télévision.

« Il … il ne travaillait pas, » répondit Vernon en jetant un coup d'œil à Harry. « Il était chômeur. »

Harry serra les poings alors que sa mère s'exclama encore de rage.

« Je l'aurais parié ! » s'exclama la Tante Marge avant de boire un nouveau – grand – verre de cognac et de s'essuyer le menton avec sa manche. « Un paresseux, un bon à rien, un ivrogne qui … »

« Ce n'est pas vrai ! » fit soudain Harry, glacial, en jetant un regard haineux à Marge.

« Qu'est-ce que tu as dit ? » demanda Marge.

« Mon père n'est pas un ivrogne ! »

Un lourd silence tomba dans la pièce. Harry tremblait de la tête aux pieds tellement il était en colère. Pire, il était dans une fureur noire.

« Il est temps que tu ailles te coucher, » siffla l'Oncle Vernon qui voulait éviter un accident du monstre.

« Non, Vernon, » hoqueta la Tante Marge en levant la main, ses yeux injectés de sang fixés sur Harry. « Vas-y, avorton, continue. Tu es fier de tes parents, n'est-ce pas ? J'imagine qu'ils étaient ivres quand ils se sont tués en voiture … »

« Ils ne sont pas morts voiture, » cracha Harry. « James et Lily Potter ont été assassinés ! »

« Ils sont morts dans un accident de la route, espèce de sale petit menteur ! » rétorqua Marge alors que Vernon et Pétunia avaient pâli. « Et c'est à cause de cela que tu es devenu un fardeau pour une famille honnête et travailleuse ! Tu n'es qu'un petit insolent, ingrat et … »

Harry et Lily explosèrent de rage et la magie du jeune sorcier échappa alors à son contrôle. Étrangement, la Tante Marge ne fut pas envoyée à terre avec violence comme Harry l'avait déjà fait à Poudlard mais le résultat actuel n'était pas plus mal. En effet, la Moldue s'était tue, elle semblait ne plus savoir articuler quoi que ce soit. Puis, peu à peu, elle avait commencé à gonfler, tel un ballon, et à s'élever lentement dans les airs.

Vernon et Pétunia se précipitèrent pour tenter d'aider Marge et Molaire accourut et se mit à aboyer comme un fou. Dudley avait pour une fois depuis le début des vacances le regard fixé sur autre chose que la télévision, sa tante qui rebondissait en hurlant contre le plafond.

Harry profita de cette occasion pour quitter la salle à manger et se précipiter dans le placard. Il ne voulait pas subir les foudres des Dursley une fois que cela serait fini. Il finirait à nouveau enfermé dans sa chambre avec un maigre repas et il ne voulait pas revivre ça. Toujours en colère, sa magie crépitait et il ouvrit le cadenas d'un mouvement de la main sans problème. Il sortit sa malle et fonça rapidement à l'étage récupérer les quelques possessions qu'il avait encore dans sa chambre ainsi que la cage de sa chouette, Hedwige. Quand il redescendit, il eut à peine le temps de se saisir de sa baguette que son oncle fonçait sur lui, le visage rouge de colère.

« REVIENS ICI TOUT DE SUITE ! » hurla-t-il alors qu'Harry tirait sa malle vers la porte. « REVIENS IMMEDIATEMENT ET RENDS-LUI SA FORME NORMALE ! »

« Non ! Elle l'a cherché ! Elle n'avait qu'à pas insulter mes parents ! Elle mérite ce qu'il lui arrive ! »

Il allait ouvrir la porte quand son oncle allait s'en prendre physiquement à lui. Il le menaça de sa baguette. L'Oncle Vernon recula et se plaqua contre le mur, les yeux rivés sur le morceau de bois.

« Tu n'as pas le droit de t'en servir en dehors de l'école ! »

« C'est vrai, » répondit Harry avec un rictus mauvais. « Moi, je ne peux pas. Mais ma mère est diplômée depuis longtemps. Elle peut très bien utiliser la magie ! Laisse-moi partir et elle ne te fera rien ! »

« Tu n'as nulle part où aller ! »

« Cela m'est égal. Rien ne peut être pire qu'ici. »

Harry sortit en traînant sa malle derrière lui et tenant la cage avec sa chouette à l'intérieur de l'autre. Deux rues plus loin, une fois calmé, il ouvrit la cage et laissa Hedwige s'envoler. Il savait qu'elle allait rester dans les environs. Au bout de quelques instants, il fut pris d'une légère panique mais la voix de sa mère dissipa vite ses doutes.

'Ne t'inquiète pas, Harry. C'était de la magie accidentelle. Je suis sûre que tu ne voulais pas la faire gonfler comme un ballon.'

'Non, mais je voulais l'envoyer valser dans le mur….'

'Sinon, bien joué avec ton oncle. Bien que techniquement, je ne sais rien faire.'

'Oui, mais ça, il ne le sait pas.' Il soupira. 'J'espère que je ne reviendrais plus jamais ici.'

Il alla s'asseoir sur un banc du parc d'à côté pour réfléchir à ses options. Il restait cinq semaines avant la rentrée à Poudlard. Il pourrait toujours appeler Hermione mais personne dans le quartier n'accepterait qu'il passe un coup de fil. Les Dursley avaient fait en sorte qu'il ait une mauvaise réputation dans le coin.

'Pour une fois que j'ai besoin de mes rêves pour savoir comment agir ensuite …,' maugréa-t-il.

'Bienvenu dans le monde des gens normaux ! On avance toujours à l'aveuglette !' fit Lily avec un léger sourire bien qu'elle était légèrement inquiète. 'Allez, sors ton tempérament gryffondor et on y va.'

'Aller où ?'

'A Londres. Ce sera toujours mieux qu'ici.'

Harry respira et regarda autour de lui pour s'assurer qu'il n'y avait aucun Moldu à proximité. Il réduisit sa malle et la cage d'Hedwige et les glissa dans sa poche. Il commença ensuite à marcher en direction de Londres. Il en aurait pour plusieurs heures de marche.

Il avait à peine parcouru une cinquantaine de mètres quand il sentit un frisson passer le long de sa colonne vertébrale. C'était comme si quelqu'un l'épiait. Il s'arrêta et, serrant fermement sa baguette, il observa les alentours. Il entendit un bruit venant des fourrés sur sa gauche. Comme il ne voyait rien avec la nuit sans lune, il brandit sa baguette dans cette direction.

« Lumos, » murmura-t-il.

Il sursauta en tombant nez à … truffe avec un gros chien noir et hirsute. Il inspira profondément une main sur le cœur et se calma peu à peu. Il soupira et éteignit sa baguette.

« Voilà maintenant que j'ai peur d'un chien. C'est pathétique ! »

'Dis bonjour à Patmol, Harry.'

'Quoi ? Dire bonjour à qui ?'

'A Patmol. C'est le chien.' Harry avisa le chien du regard. 'C'est Sirius. Il est animagus comme McGonagall. Je suis certaine que c'est lui, je le reconnaîtrais entre mille.'

'Okay … Si c'est bien Sirius Black, aurais-tu oublié la partie où il est supposé être un fugitif ?'

'C'est ton parrain et je suis persuadée que ce que les autorités ont dit à son sujet sont des conneries. Je connais Sirius depuis que j'ai onze ans. C'est un grand gamin, un blagueur et un sale petit farceur mais il n'est pas un tueur !'

Harry soupira.

« Allez viens, Patmol. Allons dans un endroit caché où tu pourras nous raconter ton histoire, » dit-il au chien.

Il partit en avant et parcourut une dizaine de mètres. Comme il n'entendait pas le chien le suivre, il se retourna. Il se retrouva alors non pas devant un animal mais devant un homme aux cheveux sales, vêtu de haillons.

« Comment … ? » commença l'homme.

« Pas ici, » l'interrompit Harry. « Vous saurez tout quand nous serons dans un endroit sûr, Sirius Black. »

« Tu me fais confiance ? » demanda l'homme, avec quelque chose dans la voix qui semblait être de la supplication et du soulagement.

« Je n'ai pas encore d'avis sur la question. Mais ma mère vous fait confiance alors … on va dire que oui. »

Il vit l'homme froncer les sourcils.

« Je vais nous transplaner, » dit-il en approchant.

« Oh, je sens que je ne vais pas aimer, » maugréa Harry en tendant le bras.

Une seconde plus tard, les deux sorciers avaient disparu.