Chapitre 37 : Détraqueurs et Patronus

Harry passa la semaine suivante à jouer du violon dans les rues des différentes villes où son parrain les transplanait d'une part parce qu'il était trop heureux de pouvoir enfin jouer d'un instrument pendant les vacances et d'une autre, parce que les passants lui donnaient quelques pièces. Il arrivait toujours en fin de journée à avoir au moins une dizaine de livres et cela leur permettait à Sirius et lui d'avoir à manger sans avoir à voler.

Sirius passait la plupart de son temps sous sa forme animagus pour ne pas quitter son filleul. Il pouvait ainsi le protéger sans se faire repérer. Il avait tenu à ce qu'il sorte sous glamour pour ne pas se faire repérer car il était lui aussi recherché. Il avait été signalé comme disparu par la communauté sorcière. Harry avait été trop content d'être enfin hors des radars du Ministère de la Magie, des Dursley et de Dumbledore qu'il avait sauté de joie à l'idée d'être un peu libre pour une fois.

Le jeune sorcier faisait naturellement la cuisine après l'essai déplorable de Sirius à lui préparer une omelette. Harry avait ri et s'était doucement emparé de la poêle chargée en œuf et en coquilles pour les jeter et préparer un vrai repas.

« Hmm, » fit l'animagus à la première bouchée. « C'est délicieux. Où as-tu appris à cuisiner ? C'est un vrai festin. »

« Tu exagères c'est juste des œufs, du fromage et quelques morceaux de jambon, » rit le serpentard. « Je sais cuisiner depuis que j'ai l'âge de quatre ans. Ma tante m'a appris dès le moment où elle a compris que je savais faire quelque chose de mes dix doigts. Et depuis, c'est moi qui fait la cuisine, le nettoyage et le jardin. »

« Ils t'ont transformé en elfe de maison ?! » s'écria Sirius choqué et en colère. « Mais comment peut-on faire ça à un enfant ? »

« Quand on s'appelle Dursley et qu'on déteste la magie, » répondit Harry en haussant des épaules. « Au moins, cela m'aura appris à être débrouillard. T'inquiète, Sirius. On prépare une douce vengeance, maman et moi. Dès que je pourrais vivre légalement ailleurs, je porterai plainte pour abus d'enfants contre les Dursley. J'ai suffisamment de souvenirs pour ça. Et j'en profiterai pour porter plainte contre Dumbledore parce qu'il est au courant. Cela sera un 'non assistance à personne en danger' pour lui. Et avec les marques que je porte dans le dos et l'examen que Mme Pomfresh a fait sur moi, cela pourrait lui causer quelques problèmes. »

« Foutu Dumbledore, » grogna le gryffondor. « Et dire que je lui faisais confiance et que j'ai fait partie de son groupe de résistance ! La manière dont tu as été traitée me fait presque regretter de ne pas avoir rejoint Voldemort ! »

'SIRIUS !'

« Euh … Tu viens de choquer maman, là … »

« Désolé, Lily, mais ce qu'a fait Dumbledore est impardonnable ! Quand tu lanceras le procès contre Dumbledore, on rajoutera mon manque de procès à sa charge ainsi que le gros mensonge qu'il a fait à Servilus. J'espère que ce dernier va botter les fesses de ce vieux citronné quand il l'apprendra. »

'Ca pour sûr. C'est de Severus que tu parles. Et arrêtes de l'appeler Servilus !'

« Pas ce surnom, Sirius. Ou je t'appelle le clébard ! »

« Désolé. Les vieilles habitudes ont la vie dure. »

Ils continuèrent à manger en silence quelques instants. Sirius avait compris que son filleul aimait le silence par moment. Il ne put toutefois s'empêcher de poser une question.

« Qu'est-ce que tu veux faire pour ton anniversaire ? » demanda-t-il.

« Rien de bien particulier, » répondit Harry. « Que je puisse déjà le célébrer sera une grande amélioration. »

« Ils ne t'ont jamais rien donné pour ton anniversaire ?! »

« Non … Enfin, oui …. Mais j'appelle ça des cadeaux empoisonnés, du moins quand ils les faisaient. Un cintre cassé, des produits ménagers que j'allais devoir utiliser pour le ménage, les vieilles fripes de Dudley, … Tu vois le genre… Pour Noël, ces deux dernières années, j'ai eu droit à une pièce de cinquante cent et un coton-tige. Même maman a fait mieux alors qu'elle n'est plus là physiquement pour me tendre la boîte ! »

« Qu'est-ce qu'elle t'a offert ? » fit Sirius les yeux brillants de curiosité.

« Tu as déjà vu le violon, » sourit Harry. « Elle me l'a offert l'an dernier et pour ma première année, c'était des claquettes. »

« Des claquettes ? »

'Dis-lui l'activité que faisait Severus avec moi.'

« Maman dit que tu as déjà vu papa avec son violon en train de taper le sol du pied. »

« Pas ça ! » s'indigna l'animagus dans un soupir. « Cela fait un de ces bouquant du diable ! »

« Eh ! Je suis relativement bon à ça ! » bouda Harry en croisant les bras. « C'est tout ce que j'ai pu faire pendant des années pour me rapprocher de mon père d'une certaine manière. On n'est pas obligé d'avoir des chaussures spéciales pour pouvoir en faire. »

« Je suis désolé, » fit Sirius en se rapprochant de son filleul, un peu coupable. « Je ne voulais pas te faire de peine. Tu as eu si peu. Je ne devrais pas réagir ainsi. »

Il prit Harry dans ses bras et le serra. L'enfant se coula dans l'étreinte presque paternelle avec plaisir.

oO°OoO°Oo

Harry marchait sur une route de campagne avec Patmol à ses côtés. Il venait de faire des courses pour leur repas du soir et il retournait dans la petite grotte qu'ils avaient dénichée quelques jours plus tôt. Ils étaient toujours en déplacement. Grâce à la magie, ils gardaient un minimum d'hygiène et de confort et s'accommodaient avec les moyens du bord.

Soudain, la température chuta d'au moins vingt degrés en l'espace de quelques secondes. Le soleil disparut pour ne plus laisser qu'un ciel gris et du givre apparut partout autour d'eux. Harry sentit son souffle se glacer tandis que le chien se mit à pleurer, la queue entre les jambes. Ce dernier tira sur la manche de son filleul pour l'inciter à avancer plus rapidement. Sauf que plusieurs créatures flottaient dans l'air en face de lui, vêtues de capes noires et dont la respiration faisait penser à un râle comme si elles avaient des difficultés à respirer.

Harry sortit sa baguette par réflexe mais ne savait pas quoi faire.

'Maman ?'

'Ce sont des détraqueurs !' paniqua-t-elle. 'Tu ne connais pas le sort. Cours !'

Le serpentard obéit et fit demi-tour pour s'éloigner de gardiens d'Azkaban. Sauf que ces choses étaient partout autour d'eux.

« Patmol ! » paniqua Harry avant qu'un détraqueur ne vienne près de lui et aspire ses souvenirs heureux.

L'enfant s'effondra au sol en entendant au loin le cri de sa mère, la voix d'un homme qui demandait qu'il fuie. Puis le trou noir.

Sirius en voyant cela, se transforma rapidement et s'empara de la baguette de son filleul. Il rassembla les quelques souvenirs heureux qu'il avait avec ses meilleurs amis durant sa scolarité mais aussi ceux qu'il avait depuis qu'il vadrouillait avec Harry et lança le sortilège du patronus. Un gros chien tout en volutes d'argent sortit et fonça sur les détraqueurs pour les éloigner. Le gryffondor empoigna ensuite fermement son filleul et transplana au loin, dans un petit bois du Pays de Galles, à une centaine de kilomètres du lieu qu'il venait de quitter.

Il fit rapidement un périmètre autour de l'endroit où ils allaient s'installer, lançant les sortilèges de protection, avant de retourner auprès d'Harry et l'installer confortablement. Il allait rester dans les vapes quelques instants encore. Heureusement, il avait du chocolat avec lui. Il avait poussé son filleul à en acheter pour son anniversaire en aboyant et montrant les friandises. Il avait été bien inspiré. Il alluma un feu et sortit les affaires du sac de courses. Il mangea du pain et du fromage en veillant de mettre les autres aliments sous stase afin de les conserver. Heureusement, ils en auraient pour trois jours, et Harry avait encore un peu d'argent moldu. Ils auraient de quoi tenir. Autant se faire discret.

Une demi-heure plus tard, Harry reprit tout doucement connaissance. Il se redressa lentement et regarda autour de lui.

« Vas-y doucement, Harry, » fit Sirius en s'asseyant à coté de lui et en lui tendant un morceau de chocolat. « Tiens, manges-en un morceau. Cela t'aidera contre les effets des détraqueurs. »

Le jeune homme mangea lentement le chocolat et sentit une chaleur le parcourir. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait si froid.

« Comment as-tu fait pour survivre douze ans à Azkaban ? » demanda-t-il. « C'est tellement désagréable de subir ça une fois. »

« Je suis animagus, Harry, » répondit Sirius avec un minuscule sourire dépourvu de joie. « Je me transformais quand cela devenait trop insupportable. Les pensées d'un animal sont beaucoup plus simples et j'étais dès lors presque indétectable pour les détraqueurs. Leur pouvoir m'atteignait dans une moindre mesure dans ces moments-là. »

« Je ne veux plus jamais vivre ça, » dit le serpentard en réprimant un frisson. « Cela me rappelle … » Sirius croisa son regard. « … cette nuit-là. J'entends la voix de James qui demande à maman de fuir et le hurlement de ma mère. »

L'animagus ne dit rien mais prit son filleul dans ses bras et le serra doucement. Une larme coula le long de sa joue. De toutes les personnes qui pouvaient revivre cette nuit-là, il fallait que ce soit le plus jeune et le plus innocent.

« Sirius ? » fit Harry en s'écartant pour fixer les yeux gris de son parrain.

« Oui ? »

« Maman m'a parlé d'un sort pour se protéger de ses créatures. »

'Le patronus,' fit cette dernière.

« Le patronus. Est-ce que tu le connais ? »

« Oui, Harry. Mais c'est loin au-dessus du niveau d'un sorcier de ton âge. » L'animagus observa son filleul dans les yeux. « Enfin … tu maîtrises déjà plusieurs sortilèges qui ne sont pas de ton âge. Je pense que je pourrais essayer de te l'enseigner. Et ta mère le connait aussi. Elle pourra t'aider. »

'Je l'ai toujours fait,' rit doucement la sorcière, faisant sourire son fils.

« Je commencerais à te l'apprendre demain, » décida Sirius. « En attendant, trouve-toi un souvenir particulièrement heureux. Plus il le sera, plus ton patronus sera puissant. Réfléchis bien, ce genre de souvenirs est important. Les détraqueurs se nourrissent de joie et de bonheur pour ne laisser en mémoire que les pires horreurs de notre vie. Le patronus nous protège, un peu comme un bouclier. » Il se tourna vers le sac de denrées. « Tu as faim ? »

« Je meurs de faim, » répondit Harry alors que son estomac se manifestait bruyamment.

oO°OoO°Oo

Severus cherchait Potter depuis une semaine. Il avait trouvé dans les alentours Privet Drive des résidus de magie, d'un transplanage. Et ce n'était pas celle du gamin. Cette magie lui était étrangement, et détestablement, familière. Black. Il en était presque certain. Il l'avait suffisamment combattu pendant des années à Poudlard pour la reconnaître.

Il ressentit de la colère, de la rage même, et surtout de la peur. Il avait peur que l'enfant de sa meilleure amie, n'ait été tué par Black. Si jamais il retrouvait ce clébard et que c'était le cas. Il allait le torturer et le tuer de ses propres mains.

Il essayait de retrouver Black mais pister un sorcier qui se cachait et se déplaçait par transplanage était relativement difficile. Il refusa toutefois d'abandonner. Il ne pouvait pas. Il ne le ferait pas. Il le devait à Lily. Il avait promis.

oO°OoO°Oo

Harry s'effondra pour la troisième fois, épuisé. Mais il était content. Il avait réussi à générer un patronus. Ce n'était encore qu'un simple bouclier. Mais pour un troisième essai, c'était pas mal.

« Bravo, Harry, » le félicita Sirius avec un immense sourire, révélant deux fossettes sur le visage du maraudeur. « Tu es vraiment doué ! Tiens voilà, un peu de chocolat. Tu te sentiras mieux après. »

L'animagus aida son filleul à se relever et s'asseoir contre un arbre. Il lui passa une cape sur les épaules. Il s'installa à coté de lui et s'empara d'une cuisse de poulet qu'Harry avait préparé plus tôt.

« Avec de l'entraînement, tu pourras faire bientôt un patronus corporel. Tout ce qui importe c'est de choisir les bons souvenirs, » dit-il joyeusement. « A quoi pensais-tu ? Quel souvenir tu as choisi ? »

« La première fois que j'ai vu maman, » répondit Harry. « Dans ma tête, je veux dire. Cela a été l'un des moments les plus heureux de ma vie. »

« Je suppose que c'est compréhensible pour un orphelin, » fit Sirius en ébouriffant les cheveux de son filleul.

« Eh ! T'as pensé au moins à t'essuyer les mains avant de toucher mes cheveux ! » s'indigna le serpentard. « J'ai pas besoin de graisse supplémentaire ! J'aime bien ressembler à mon père mais pas à ce point-là ! »

'Harry !' s'exclama Lily. 'C'est parce que ton père passe sa vie devant un chaudron qu'il a les cheveux aussi gras !'

Et pendant que la mère sermonnait son fils, Sirius éclatait d'un rire clair et joyeux, semblable à un aboiement.

Lors des jours suivants, le jeune serpentard continua à s'entraîner à lancer le sortilège. Ils retournèrent aussi en ville car ils arrivaient à la fin de leurs réserves et qu'il fallait qu'ils mangent. Alors Harry reprit son activité de violoniste de rue pour amuser les passants et, surtout, les touristes qui lui glissaient volontiers quelques pièces dans son étui.

Au bout d'une quinzaine de jours, il réussit à former un patronus corporel. Mais il eut une drôle de sensation en le faisant. Harry n'eut pas le temps d'analyser comme il sentait plus avant que le choc et la joie lui tombèrent dessus.

« Lily, » murmura Sirius en observant la biche argentée avec un sourire.

« Quoi ? » fit la voix de cette dernière qui émanait de l'animal.

« Maman ?! » s'écria Harry étonné. « Il va falloir qu'on m'explique là ! »

Il ne put retenir plus longtemps le sort qui l'épuisait fortement et le choc l'avait quelque peu surpris. Et agréablement.

'C'était … bizarre,' intervint Lily de retour dans la tête de son fils. 'J'avais l'impression de flotter… Mais au moins je voyais avec autre chose que tes yeux !'

« Une explication serait trop demandé ? » haleta Harry en prenant un morceau de chocolat. « Ma mère était dans le patronus ! Comment c'est possible ? »

« Je ne sais pas, Harry, » fit Sirius en levant les bras, complètement perdu. « Avant même de te retrouver, je ne savais même que c'était possible de glisser son âme dans le corps de quelqu'un d'autre et que les deux âmes puissent coexister sans danger ! Je pense que tu es un cas unique ! »

Le serpentard soupira.

« Je ne peux donc jamais rien faire comme tout le monde ? Enfin, il va falloir que je m'entraîne parce que c'est vraiment épuisant. Ce serait un bon moyen pour convaincre mon père, non ? »

'Oui, que ce soit moi qui parle, pourquoi pas ? Mais un long entraînement s'impose alors.'

« Fais attention à ton noyau magique alors, Harry, » prévint l'animagus. « J'approuve l'idée mais il ne faut pas oublier que c'est un sortilège très puissant et que tu es encore très jeune. »

« En tous cas, j'arrête pour aujourd'hui. Trop crevé. »

« Sage décision, » sourit Sirius. « Tu ferais mieux de faire tes devoirs. Si McGonagall n'a pas changé, elle n'appréciera pas que tu ne les aies pas fait. »

« C'est pas elle la pire, » fit Harry avec un sourire. « Papa est de loin le professeur le plus exigeant et le plus flippant de Poudlard. Il arrive même à terroriser des gryffondors au point de les faire pleurer ou s'évanouir. Tu devrais voir Londubat en cours. J'ai pitié de lui. Dès qu'il croise papa dans le château, il est à la limite de fuir en courant. »

« Londubat ? Neville ? Le fils d'Alice et de Franck ? »

« Lui-même. Il est assez peureux pour un Gryffondor. Maintenant, le Choixpeau a eu certainement une très bonne raison de le mettre dans cette maison. »

« Les Gryffondors ne sont pas catégorisés que par leur courage, » fit lentement Sirius avec un sourire. « Il y a aussi la hardiesse, la force, la bravoure et la détermination qui nous définissent. Tu as certaines de ces qualités, Harry. »

« Je sais. Le Choixpeau hésitait entre Gryffondor et Serpentard. »

« La fierté, l'ambition, la ruse et le dédain des règles. La grandeur et la noblesse. La provocation aussi … »

« Je ne sais pas où t'as été pêché le dédain des règles, Sirius, » intervint Harry avec un sourcil relevé en sortant ses cours de sa malle. « Mais avec mon père comme directeur de maison, je préfère même pas enfreindre une règle si je ne veux pas finir avec un mois de retenues à récurer des chaudrons ! Déjà qu'on est soumis à un rythme de vie assez stricte … Enfin, rien qui ne me change beaucoup des Dursley … Maman compare ça au service militaire chez les moldus. Sinon, on ne peut pas dire que j'ai beaucoup d'ambition ou que je sois à la recherche de grandeur. Je suis plus un survivant qu'autre chose. »

« C'est ce qui fait de toi un serpentard, Harry. Ton intelligence et ta capacité à t'adapter juste pour survivre … Et tu le fais encore plus honnêtement que moi. On ne vole même plus grâce à toi. Donc on a moins de chance de se faire repérer. »

« Je n'aime pas voler. Je l'ai déjà fait suffisamment chez mon Oncle et ma Tante. Je préférerais ne plus avoir à le refaire Sirius, sauf en cas d'extrême nécessité. »

« Ca, je l'avais compris, Harry, » sourit l'animagus. « Tu es quelqu'un d'honnête. C'est rare chez les Serpentards. »

« Seulement quand j'ai pleinement confiance en quelqu'un, Sirius. Si je n'ai pas confiance, je garde mes secrets. »

« Et tu as bien raison. Allez, fais tes devoirs. »

Sirius se transforma en chien pour vérifier le périmètre tandis qu'Harry se plongeait dans son devoir de métamorphoses.