Chapitre 46 : Le fils de la panthère

Severus se leva comme à son habitude et se prépara pour aller dans la Grande Salle. Il y trouva ses serpents tous attablés, Potter étrangement était un peu moins à l'écart ces derniers temps et discutaient avec Granger, mais aussi Greengrass, Davis et les jumeaux Weasley. Tous attablés à la table des serpentards. Au moins, Potter souriait. Et un grand sourire. Il s'installa et se servit à manger.

Au moment du courrier matinal, une chouette blanche vint à sa rencontre. Il reconnut immédiatement le familier de Potter et jeta un regard sur ce dernier. Il était lui-même penché sur son courrier. Le Maître des Potions décida de l'ouvrir.

Professeur,

Vous vouliez des réponses. Les voici. Toutes les réponses les plus importantes à mes yeux se situent dans cette chanson que j'ai écrite l'an dernier et dont vous avez lu un extrait. Vous avez trouvé cette fable bien triste mais vous n'avez pas vu le signe. Probablement parce que vous ne l'avez lue ni entendue en entier.

Je vous suggère de la lire quand vous aurez du temps pour l'analyser correctement et, même si elle est courte, accordez-vous du temps supplémentaire pour ingurgiter la dernière nouvelle que vous y trouverez. Quand vous l'aurez comprise et que vous aurez passé le moment de déni, venez me voir pour qu'elle vous explique tout. Je vous accorderai l'accès à mon esprit et vous pourrez la voir. Enfin, j'espère que vous pourrez.

Cordialement.

Harry.

Severus fronça les sourcils et avisa le rouleau de parchemin qui accompagnait la lettre. Il releva les yeux et porta son regard sur la table des serpentards. Il croisa les émeraudes de son serpent et hocha la tête. Il vit l'adolescent lui faire un sourire triste et se lever avec Hermione Granger et les quelques autres avec qui il avait partagé son repas.

'Heureusement que l'on est dimanche …,' pensa le Maître des Potions en se levant pour gagner ses quartiers et décrypter l'énigme que Potter venait de lui envoyer.

Il s'installa confortablement dans son salon avec une tasse de café – il était trop tôt pour le Whisky - et entama la lecture du poème de son serpent.

L'histoire d'une panthère noire qui tombe fou amoureux d'une biche et avec qui elle se marie. Un chasseur semait la terreur dans la forêt et fait de la panthère son chien de chasse en la marquant. En voyant cela, la biche qui attendait un enfant a préféré fuir pour la survie de son enfant. Et pour cela, elle se marie avec un autre, un cerf. Sauf que le chasseur les retrouva à cause d'un rat et les deux cervidés moururent pour sauver l'enfant de la panthère. Ce dernier avait vaincu le chasseur. Mais le fantôme de la biche guidait son fils dans la vie et le mena jusqu'à son père. Mais la panthère ne reconnut pas son fils et il ne pouvait pas voir le fantôme de celle qui fut sa biche. L'enfant avait une amie lionne qui le calmait dans ses colères alors que les autres se moquaient de lui et le méprisaient. Tout le monde voyait un faon alors qu'il était en réalité une jeune panthère. Et même le père se rend compte de son erreur mais trop tard.

Il y avait dans cette histoire de nombreuses choses qui semblaient familières au serpentard, et il savait de par la lettre de Potter qu'il y avait un signe caché dans le texte qui ne demandait qu'à être trouvé. Il relut plusieurs fois le texte au point de le mémoriser et se mit à réfléchir. Petit à petit, il lui sembla rassembler les pièces du puzzle en identifiant la lionne comme Granger et la biche comme Lily. Et à partir de là, il identifia le reste. Il ne lui restait plus qu'à mettre un nom sur la panthère noire.

Une réponse unique s'imposa à son esprit mais il la réfuta rapidement, se disant que c'était tout bonnement impossible et il en chercha une autre. Puis, se rendant compte qu'il faisait exactement ce que son serpent avait écrit, il réfléchit plutôt pas en quoi cela n'était pas possible, mais bien plutôt en quoi cela était possible. Alors, Severus se mit à compter. Potter était né une peu plus de six mois, presque sept, après le départ de Lily. Ce qui signifiait que Potter … qu'Harry était …

« Par Salazar ! »

Un flot de culpabilité le prit alors qu'il intégrait ce fait dans sa conscience. Lui qui se sentait déjà mal avant pour l'injustice qu'il avait fait subir à l'adolescent depuis le début, la vie misérable qu'il avait vécue, les insultes et les moqueries, … tout en somme. Severus se sentait responsable, se sentait coupable du sort d'Harry. En prenant la Marque, il avait fait fuir sa femme et avait condamné son fils à une vie de malheurs. Il repensa aux deux cadeaux que Pot … non, qu'Harry lui avait offert. Les fleurs de Lys et le portrait avec sa propre mère et songea que malgré qu'il avait été le pire des enfoirés, lui … Lui n'avait jamais abandonné.

Quand il se releva, il remarqua qu'il avait manqué le repas de midi. Il se leva et se dirigea vers la salle commune des serpentards. Il n'y trouva pas son serpent mais Davis et Greengrass s'y trouvaient. Il les rejoignit et apprit qu'Harry avait envie d'être seul et que tout le groupe s'était dissous. Severus se dirigea alors vers la salle de musique. Il était là et jouait de son violon en regardant par la fenêtre. L'air était relativement triste. Il ne l'avait pas entendu entrer.

« Harry, » fit le Maître des Potions, incertain quant à la marche à suivre.

Il l'entendit jouer sa dernière note avant de s'arrêter et de croiser son regard. Il y lut de l'appréhension et une note d'espoir.

« Harry, je … je ne savais pas. Je te le jure, » fit-il en s'approchant lentement. « Si j'avais su, j'aurais assumé mes responsabilités et tu n'aurais jamais subi tout cela. »

« Vous n'êtes pas responsable, monsieur, » répondit Harry en contrôlant sa voix pour qu'elle ne trahisse aucune émotion. « Dumbledore a tout fait pour vous garder dans l'ignorance. Lui et James savaient pour moi. »

« Potter savait ? Et il a accepté ?! » s'étonna le Maître des Potions en s'arrêtant devant son fils. « Pourtant nous étions les pires ennemis du monde. »

« Tout simplement parce que je n'étais qu'un enfant innocent. S'ils avaient survécu, ils vous auraient tout dit. »

Severus serra les poings de colère contre lui-même, contre Dumbledore et contre Voldemort. Il remonta ses boucliers d'occlumancie pour maintenir son calme et ne pas tout faire foirer comme il l'avait fait ces dernières années.

« Harry, je …, » Il inspira profondément. « Je suis désolé. Pour tout. J'ai été un idiot. »

« Quand ? » demanda le fils. « Me regardez pas comme ça, c'est maman qui demande ! »

« J'ai été un idiot d'accepter la Marque des Ténèbres en pensant qu'il pourrait nous donner un avenir meilleur et j'ai été un idiot en voulant voir Potter en toi. »

Il vit un sourire triste sur les lèvres de son fils. Il posa une main mal assurée sur son épaule.

« Ecoute-moi Harry, » dit-il après un long instant de silence. « Je ne suis pas quelqu'un tout ce qu'il a de plus patient et … et j'ai quelques difficultés avec les enfants … » Il croisa le regard des deux émeraudes et put presque imaginer Lily le regarder tellement l'émotion qu'ils exprimaient lui rappelait sa belle rousse. « … Mais si tu acceptais de me laisser une dernière chance, j'aimerais essayer d'apprendre à te connaître et être un père pour toi. Si tu veux bien toujours de moi. »

Severus se figea quand il reçut en bloc en enfant dans les bras. Il referma instinctivement ses bras autour du corps de son fils et le serra maladroitement contre lui. Il finit par poser son menton sur la tête d'Harry et attendit, silencieux.

« Si tu savais depuis le temps que j'attends que tu me dises ça, » sanglota l'adolescent en le serrant. « J'attends depuis si longtemps. Et elle aussi. A un moment j'avais même perdu espoir de te l'avouer. »

« L'an dernier, je suppose. » Il le sentit acquiescer. « Tu ne vois pas quand les choses se passent bien ? »

« Non, je ne rêve que des horreurs et de la mort. Pour le reste, je suis comme tout le monde. Je ne sais rien et je tâtonne. »

« Est-ce que je peux parler à ta mère ? » demanda Severus en l'écartant en douceur de lui. « J'ai besoin de comprendre. »

« J'ai dit que tu pourrais entrer dans mon esprit et tenter de communiquer avec elle. Je garderai mes barrières baissées. »

Severus fit un hochement de tête et sortit sa baguette en bois d'ébène.

« Tu es prêt ? »

« Oui, je suis prêt … papa. »

« Legilimens. »

Severus arriva devant d'épais nuages d'un blanc laiteux. Il s'avança et remarqua que les volutes s'écartaient sur son passage, s'enroula parfois autour de ses pieds ou sa cape. Il arriva finalement dans une sorte de bibliothèque avec un piano et des fauteuils, le tout dans des nuances de vert et de rouge. La première chose qui capta son regard fut une silhouette élancée à la chevelure flamboyante qui se tenait juste devant le piano.

« Lys, » dit-il avec émotion. « Depuis tout ce temps, tu étais coincée ici. »

« Bonjour Sevy, » dit-elle en s'approchant pour qu'ils ne soient plus séparés que par quelques centimètres.

Le Maître des Potions se tenait bien droit mais avait la tête penchée pour regarder son ex-femme dans les yeux. Il faisait une tête de plus qu'elle … Ses yeux onyx étaient débordant d'émotions alors qu'il admirait à nouveau le visage de la femme qu'il n'avait jamais pu cesser d'éprouver des sentiments forts balançant entre amour et haine depuis qu'elle l'avait quittée. Les yeux de Lily, deux émeraudes des plus purs, pleuraient déjà de joie alors qu'elle glissait une main sur le visage du vieux serpentard.

« Pardonne-moi, Severus. Je devais le protéger … »

« Je n'irais pas jusqu'à dire que je suis heureux que tu l'aies fait, » l'interrompit-il doucement alors qu'il caressait son visage et écartait une mèche pour la glisser derrière son oreille. « Mais je crois que je peux comprendre tes raisons. Tout est de ma faute. Si j'avais été moins idiot, rien de tout cela ne se serait passé. »

Il entoura Lily de ses bras et la serra tout contre lui pour la première fois depuis longtemps. Et même si c'était d'esprit à esprit, le Maître des Potions se sentit, quelque part, à nouveau entier et une larme coula de ses yeux.

« Bon, je vous laisse faire vos retrouvailles en privé, » dit Harry, faisant sursauter son père.

L'adolescent ricana de ce fait alors qu'il se dirigeait vers une pièce à part.

« C'est ton esprit, Harry, » fit Severus. « As-tu conscience que c'est paradoxalement impossible que ce soit privé alors que nous sommes dans ta tête ? »

Le jeune serpentard sembla réfléchir quelques secondes à cette question puis haussa des épaules.

« Je vais faire comme si je n'avais jamais entendu cette remarque particulièrement pertinente, » répondit-il en refermant doucement la porte avec un sourire.

« Laisse Sev. Il veut nous donner un semblant d'intimité, » sourit Lily en s'écartant légèrement pour croiser les sombres onyx.

« Raconte-moi tout, Lys, » demanda Severus avec extrêmement de sérieux. « Depuis le début. »

« Cela prendra du temps mais je crois que j'ai une meilleur idée …, » sourit-elle. Le serpentard releva un sourcil alors qu'elle le tirait doucement par la main vers une autre porte. « Je vais te montrer ce que tu as à savoir. »

« Un cinéma ? » fit le Maître des Potions avec une moue dubitative.

« C'est juste la représentation qu'Harry en a. Il n'est jamais allé au cinéma. Pas une seule fois. Ma sœur et son connard de mari sont des enfoirés. Non, c'est un projecteur de souvenirs. C'est ici qu'Harry a appris à te connaître et à t'imiter aux claquettes, soit dit en passant. Il voulait te ressembler et te rendre fier de lui si jamais vous vous croisiez. Je dois avouer que je ne m'attendais pas à cet accueil froid quand je t'ai vu lors de sa répartition… »

Severus grimaça alors qu'elle sélectionnait quelques souvenirs et qu'elle se rapprochait du projecteur. Ils s'installèrent l'un à coté de l'autre et il put voir l'histoire de son fils depuis ses touts débuts. Le fils en question arriva une dizaine de minutes plus tard avec deux boîtes de popcorn. En voyant les sourcils froncés de son père, il répliqua.

« Hors de question que je manque le visionnage de ce film ! C'est mon préféré ! »

« L'histoire de ta vie est ton film préféré ? » demanda Severus, incrédule.

« Bon d'accord, ce n'est pas le cas, mais j'ai passé de bons moments quand même. Et puis, profite ! Tu auras tous nos commentaires ! »

« J'en ai de la chance ! Deux gryffondors ! »

« Je suis un serpentard, moi ! »

« Avec un ascendant gryffondor, » rit Lily.

« M'en fiche ! Je suis un serpentard ! On a choisi cette maison pour que je sois plus proche de toi, … papa. »

« Je vois que je ne suis pas le seul à devoir m'habituer à l'idée, » ricana Severus.

« Oh ! A l'idée, je suis habitué. Et je t'appelais déjà comme ça avant, dans ma tête, tout seul … enfin, avec maman, » ajouta-t-il en voyant le regard faussement vexé de sa mère. « C'est le dire à voix haute qui est plus compliqué. Et surtout devant toi. »

« Donc, l'an dernier, c'était vraiment moi que tu voyais ? »

« Quand ? »

« Dans la Chambre des Secrets. »

« Oh ! Oui. Je pensais mourir. Et dans tes bras. Je ne pouvais pas partir sans te le dire au moins une fois ! »

Quand Severus vit le souvenir dans lequel Lily lançait le sort du transfert d'âme, il la serra un peu plus contre elle.

« Je ferais des recherches sur ce sort et ses effets et voir si on peut l'inverser, » murmura-t-il à l'oreille de la rousse.

« Tant que tu ne tues pas maman dans le processus, fais ce que tu veux, » fit la voix d'Harry du rang juste devant.

« Je croyais qu'on avait de l'intimité…, » dit le vieux serpentard.

« Tu as dit toi-même que c'était impossible d'être en privé dans la tête de quelqu'un d'autre, » rétorqua le fils en riant alors qu'il se retournait. « Non. Plus sérieusement, fais ce que tu veux tant que cela ne la détruit pas, d'accord. »

« J'ai une fois perdu ta mère, Harry. Même si elle doit vivre dans ta tête jusqu'à la fin de tes jours pour survivre alors je l'accepterai et je vivrai avec. Mais ce serait plus facile pour moi si vous n'étiez pas deux contre moi. »

« Par moment, j'avais plutôt l'impression que vous étiez tous les deux contre moi, » dit pensivement Harry. « C'était facile de te fuir, mais alors maman, presque impossible ! Et encore plus de la mettre en sourdine ! »

« Pas facile d'être ado et d'avoir sa mère sur le dos, hein ? » ricana Lily. « Baguerra ! »

« On n'est même pas sûr que mon animagus sera une panthère et toi tu m'appelles déjà Baguerra. »

« C'est toi qui a écrit la chanson, Harry, » se défendit Lily avec un sourire sous le regard curieux et un brin moqueur de Severus. « Pas moi ! Fallait choisir autre chose ! »

« Ce n'est qu'une chanson ! »

« Et elle était très bien écrite, » complimenta Severus.

« Vrai ? Tu l'aimes bien ? » fit l'adolescent avec les yeux pétillants.

« Déjà dans sa version brouillon, elle avait du cachet pour ce que j'en avais lu. Mais je n'allais certainement pas te complimenter. Moi complimenter un Potter ? Sûrement pas ! »

« Je suis un Snape ! »

« Je ne le savais pas ! »

« Dumbledore, je vais en faire du citron farci ! » décréta Harry en se dressant sur ses pieds dans le fauteuil. « Il va faire une overdose de citron comme pas permis ! Je vais ruiner son image de papy gâteau à ce gros manitou suprême ! Et tout cela avec la collaboration de Maître Malfoy ! »

« Lucius en sera plus que ravi ! Ca c'est sûr ! »

« Depuis quand tu es ami avec Lord Malfoy ? » demanda Lily.

« Depuis que je suis un homme largué, un mangemort et que je faisais partie tout comme lui du premier cercle du Seigneur des Ténèbres. Je suis le parrain de Drago. »

« QUOI ?! » hurla Harry en faisant volte-face. « Donnez-moi la corde que je me pende ! »

Une corde avec un nœud du pendu arriva dans sa main. Harry le regarda un instant, puis se rappelant qu'il était dans son esprit et qu'il pouvait avoir tout ce qu'il voulait rien qu'en y pensant, il haussa des épaules et la balança dans un coin.

« C'était une expression, » soupira-t-il. « Maudit esprit qui réagit au quart de tour ! »

« Sauf que c'est ton esprit Harry ! » répliqua Lily avant d'éclater de rire.

Même Severus se permit un sourire en coin, contaminé par l'hilarité de la belle rousse, rire qu'il n'avait plus entendu depuis si longtemps.