Chapitre 55 : Dudley à Stonehaven
Quand Dudley descendit les escaliers. Il était encore en pyjama et circulait en regardant partout autour de lui. L'immense maison, ou manoir comme l'avait dit Potter, était silencieux. Les deux sorciers étaient-ils sortis ?
Il était sur le chemin de la cuisine pour aller se chercher à manger quand il vit du mouvement sur sa droite. Il reconnut son cousin dans une sorte de véranda où il y avait plusieurs plantes et un immense piano. Il ne l'avait pas remarqué la veille à cause de l'obscurité. Finalement il n'était pas tout seul… Et pas avec le vieux surtout !
« Tu ferais bien de t'habiller, Dudley, » fit Potter sans lever la tête, son attention tournée vers les plantes. « Mon père est assez strict sur certains points. Une des règles de base ici est d'être debout au plus tard à 08h30 et c'est directement la douche avant de pouvoir prendre son petit-déjeuner. »
« C'est quoi ici, l'armée ? »
« Ne te plains pas, à l'école, tous les Serpentards doivent être en uniforme dans la Grande Salle pour le petit déjeuner à 07h30 au plus tard. Et tout manquement est sévèrement puni. » Le sorcier se redressa pour fixer son cousin. « Alors ne traine pas. »
« Si je veux d'abord. »
« Si tu veux des ennuis avec mon père, je t'en prie, Dudley, » soupira Harry en se penchant sur une autre plante. « Il trouvera certainement une façon de t'apprendre la discipline. Frotter les fonds de casseroles sans doute… »
« Pour cela, il aurait déjà fallu qu'un jeune sorcier ne pense pas à faire la vaisselle juste après hier soir, » commenta Severus en sortant de la cuisine. « Monter vous doucher, Mr Dursley. Maintenant. »
Dudley grogna et obéit.
Une vingtaine de minutes plus tard, il redescendit affamé. Il se dirigea immédiatement en cuisine où il vit les deux sorciers manger en discutant. Ou du moins, le plus âgé essayait de pousser le plus jeune à manger.
« Harry… »
« P'pa… Je ne mange jamais beaucoup juste après un de ces cauchemars… »
« Harry… »
« Imagine Hermione avec le crâne éclaté sur le sol des toilettes du premier étage et après essaie de manger un steak frites ! »
Severus laissa faire et se tourna vers son neveu.
« J'ose espérer que vous aimez les pancakes, » dit-il en montrant une assiette sur la table.
« Papa, » soupira Harry en levant les yeux au ciel. « J'ai passé des années à préparer des pancakes, des œufs et du bacon en guise de petit-déjeuner pour les Dursley… Ce qui me turlupine par contre, c'est le fait qu'il n'a que ça dans son assiette ! Il va être de très mauvaise humeur. Et un Dursley de mauvaise humeur n'est clairement pas un Dursley fréquentable ! »
« Je prends le risque. Il mangera quelques fruits vers onze heures tout simplement. »
« Dudley manger des fruits, oui bien sûr … » Harry secoua la tête et se leva. « Tu crois aux miracles Papa. »
« Considérant le fait que j'ai longtemps espéré revoir ta mère, je pense que oui, je peux dire croire aux miracles. »
« La mère de Potter est morte dans un accident de voiture, » intervint Dudley tout en mangeant.
« On ne parle pas quand on a la bouche pleine, » réprimanda Severus sur un ton un peu dur. « Et c'est Harry Snape maintenant. Pour répondre à votre question : non, Lily n'est certainement pas morte dans un accident de voiture. Un mage noir l'a assassinée. Mais son esprit a survécu et vit avec Harry. »
Dudley avisa son cousin qui se dirigeait vers la sorte de véranda qu'il avait vue.
« Impossible. »
« Impossible n'est heureusement pas sorcier, » fit Severus avec un sourire en coin. « En nous côtoyant quelques semaines par an, vous le comprendrez sûrement. »
« Je n'ai pas envie de comprendre. »
Une mélodie au piano s'éleva dans les airs. Dudley se retourna et releva les sourcils.
« Potter joue du piano ?! »
« Rien ne vous échappe, Mr Dursley, » ironisa le Maître en Potions. « Sachez toutefois qu'Harry a bien plus de qualités et de compétences que votre famille n'a jamais pensé. Tant magiques que moldues. »
« Mais … »
« Pas de mais. Apprenez à penser par vous-même au lieu de vous focaliser sur ce que vous avez appris de vos parents. »
« Vous avez des cours de musique dans votre école ? »
« Non, mais nous avons une chorale. » Severus jeta un œil à son fils. « Mais je peux vous affirmer qu'Harry a appris à jouer du piano bien avant d'entrer à Poudlard. »
« Impossible. »
« Ah … Impossible n'est pas sorcier. En particulier quand on vit avec une pianiste hors pair dans sa tête. La mère d'Harry vit en lui, dans son esprit, et elle était une pianiste hors pair. »
« Mais … »
« Laisser tomber, Mr Dursley. Acceptez juste les choses telles qu'elles sont. Harry, parmi tant de choses, sait jouer du piano. Quelle importance y a-t-il à savoir comment il l'a appris ? Il a eu un enseignement un peu atypique, certes, mais cela ne le rend pas monstrueux. Pas plus que vous ou moi. Ce qui rend quelqu'un monstrueux, ce sont ses actes, en particulier quand ils causent des souffrances et malheurs autour de la personne. Le … sorcier qui s'en est pris à votre tante, lui, il était un monstre. »
« Et vous ? »
« Votre tante était partie loin de moi avant la naissance de votre cousin. J'ignorais jusqu'à cette année que j'avais un fils. Un homme avait jugé bon de me le cacher pour mieux nous manipuler Harry et moi. Si sa mère n'était pas là, personne ne le savait à part Dumbledore et James Potter. » L'homme se leva et attrapa une cape sur le dossier de sa chaise. « Je dois partir pour quelques heures. Si jamais vous voyez quelque chose d'étrange ici, ne le touchez pas et demandez à votre cousin. Peut-être pourra-t-il vous répondre, voire même vous empêcher de faire une bêtise. Et si c'est vraiment, vraiment nécessaire, Harry pourra prendre contact avec un adulte en cas d'urgence pour intervenir dans l'instant. »
« Où allez-vous ? »
« Un problème à régler avec mon filleul. Il s'est fait piquer par quelques billywigs. »
« Des … quoi ? »
« Demandez à votre cousin, » soupira l'homme en partant. « Et évitez de faire des bêtises. Même si je pars, il y a toujours un adulte ici, certes dans la tête d'un adolescent mais si je peux avoir une discussion avec elle et elle me dira qui je dois punir sans détour. Bonne journée. Au revoir Harry. »
La musique s'interrompit et le sorcier tourna son attention vers son père.
« Tu vas où ? »
« Manoir Malfoy. »
« Okay… A plus tard. Je te promets de garder la maison en bon état. »
« Ce n'est pas toi qui m'inquiète à vrai dire, Harry…, » fit Severus en passant auprès de son fils pour lui serrer doucement l'épaule.
« Ah. Ah. Ah. »
« Et Lily… Je veux un rapport complet quand je rentre. »
Harry soupira.
« Elle te le fera par patronus, » dit-il en recommençant à jouer. « Au revoir, Papa. »
« Au revoir, Fils. »
Dudley observa l'adulte se diriger vers la cheminée et …
« Est-ce qu'il vient de disparaitre dans des flammes vertes ? » demanda-t-il.
« On ne peut rien te cacher, Dudley. On appelle cela voyager par cheminette. »
« Et c'est quoi un … balli… billy … ? »
« Billywigs ? »
« Oui. »
« Hmmm… » La musique s'arrêta à nouveau. « Comment expliquer ça ? C'est un peu comme un moustique, je dirais. Au détail près que quand ça te pique, tu lévites de quelques mètres au-dessus du sol. Et franchement ce n'est pas très agréable. Pourquoi ? »
« Snape en a parlé. »
« Oh … Je suppose que Drago Malfoy s'est fait piqué. C'est assez commun. Un peu comme les nids de guêpes. »
« Vous avez des nids de guêpes ? »
« Oh oui… Mais ils ne sont pas une grande menace avec les botrucs qui les mangent. Ca et les œufs de doxy … »
Il reprit sa mélodie. Dudley l'observa faire un instant.
« Depuis quand tu joues du piano ? »
« Et depuis quand tu as de la conversation et un intérêt soudain pour ton cousin sorcier ? » Le sorcier se fit plus raide avant de soupirer. « D'accord… Pardon, Dudley. C'est juste… Vous m'en avez fait tous baver. Je vais faire un effort. »
« Tu es trop bizarre. »
« Tu n'as pas idée à quel point… Je sais jouer du piano depuis que j'ai l'âge de neuf ans. Maman m'a appris. »
« Ta mère est une sorte de fantôme ? »
« Non. Je dirais plutôt… Elle se considère comme quelque chose d'équivalent à un horcruxe mais pas vraiment un horcruxe. Ce n'est pas très connu et elle ne se souvient plus si cela a un nom. Mais mon cas est unique puisque nous sommes deux dans le même corps et que nous avons tous les deux survécus. »
Le sorcier croisa son regard et soupira. Il arrêta de jouer et se tourna totalement vers lui.
« Tu ne me crois pas. »
« Ca parait impossible. »
« Impossible n'est pas sorcier. »
« Pourquoi tout le monde me dit ça ? »
« Parce que c'est vrai, » répondit Harry en haussant les épaules. « Nous n'avons comme limite que notre imagination et la puissance qui réside en nous, notre cœur magique on va dire. »
« Mais Potter… »
« Snape. Je m'appelle Harry Snape. James Potter n'a fait que m'adopter afin de me protéger du nom de mon père. »
« Pourquoi ? »
« Ca … c'est une histoire entre mes parents que je ne te raconterais pas. Pas tout de suite en tout cas. »
« Tes parents se sont disputés et ils ont divorcés ? »
« C'est … plus compliqué que cela. Les affaires des adultes peuvent avoir tellement d'impact, surtout quand il y a une guerre. » Harry se frotta le nez. « Et que votre enfant est désigné pour sauver le monde par une maudite prophétie…, » soupira-t-il pour soi-même.
Dudley réfléchit un instant alors qu'il glissait son regard sur tout. Il se sentait totalement perdu.
« Tu voudrais faire quoi ? » demanda le sorcier après un instant de silence et un énième soupir.
Il ne semblait pas du tout content.
« Il y a quoi à faire ? Vous n'avez pas la télévision. »
« Nous pouvons toujours aller dans le jardin. Ou bien faire un jeu de cartes ou d'échecs… Je peux t'apprendre l'une ou l'autre chose au piano si tu veux. Je doute que tu accepterais d'aller en bibliothèque lire un peu pendant que je fasse mes devoirs. »
« Tu as des devoirs ? »
« Des devoirs de vacances oui. Un peu comme tout le monde. »
« Je n'ai pas de devoir de vacances. »
« Ça, c'est ce que tu crois. Même s'il n'y a rien de noter clairement, tu te dois de toujours connaître la matière vue l'année précédente. Sinon comment progresser ? »
« Tu as un ballon de foot ? Ou de basket ? »
« Hmmm… non. Mais je pense qu'il y a moyen d'avoir un souaffle. »
« Un quoi ? »
« Un souaffle. C'est une grosse balle. Un peu différente de celle de basket mais on peut certainement s'en servir pour tirer des paniers si c'est cela que tu veux faire. » Le sorcier se leva. « Je vais demander à mon parrain s'il en a pas un chez lui à m'envoyer. »
xXxXxXx
Severus rentra chez lui en milieu d'après-midi et retrouva le manoir silencieux. Harry n'était pas au piano, ni dans le canapé du salon. Il n'entendait pas non plus de violon.
« Harry ? Mr Dursley ? » appela-t-il.
Il ne reçut aucune réponse. Le Maître en Potions fronça les sourcils alors qu'il se débarrassait de sa cape. Voilà qui était étrange. Harry répondait toujours à l'appel, presque directement. Une bonne habitude mais juste parce qu'il l'avait prise par ce monstre de Vernon qui le punissait sévèrement s'il n'accourait pas dans la seconde. Si là, Severus n'entendait rien, pas même à l'étage, c'était soit que les adolescents n'étaient pas dans le Manoir, soit qu'il s'était passé quelque chose.
Il lança un hominum revelio. Il n'y avait personne.
Soudain, une vitre du rez-de-chaussée se brisa. Severus serra immédiatement la main sur sa baguette et descendit pour rejoindre la salle à manger. Il vit tout le verre brisé ainsi qu'un souaffle qui venait de Merlin seul savait où. Harry l'avait probablement récupéré chez Black…
« Hmmm… Tu crois que ton père va me punir pour avoir détruit la vitre avec cette balle bizarre ? »
« Cela s'appelle un souaffle. »
L'homme soupira de soulagement en écoutant les voix qui venaient de l'extérieur. Ce n'était qu'un simple incident domestique et pas une attaque…
« Et… je ne sais pas trop, » répondit honnêtement Harry. « C'est la première fois que je casse quelque chose ici. Enfin… Je n'ai rien cassé, c'est toi mais … C'est un accident, ça arrive. Je sais que ton père me ferait ma fête, ça c'est sûr. »
« Mouais. »
« Même si tu es responsable, c'est moi qui morflerais. C'était toujours comme ça. »
« Et là ? »
« Qu'est-ce que j'en sais ? Tout ce que je peux te dire, c'est qu'on ne paiera pas les réparations ! »
« Comment ça ? »
Severus s'appuya contre un mur de la salle à manger pour écouter la discussion sans se faire remarquer. Il croisa les bras, attentif.
« Ben … magie, bien sûr ! A ton avis, comment je faisais pour réparer tes conneries à la maison ? Je faisais de la magie ! Dite accidentelle à l'époque mais j'en faisais. »
« T'as qu'à en refaire là ! Comme ça ton père n'en saura rien ! »
« Normalement, je n'ai pas le droit de faire de la magie en dehors de l'école. »
« Comme si cela t'avait empêché d'en faire ! Tu viens de le dire que tu en faisais ! »
« Oui mais … Normalement, je ne peux pas. C'est la loi. Et puis, de toute façon, Maman va faire un rapport à Papa alors … Il le saura que la vitre a été brisée. Même si je la répare, il sera au courant. »
« Du coup, on fait quoi ? On la laisse comme ça ? »
« Ce n'est pas non plus ce que j'ai dit. » Severus entendit un soupir. « Je vais chercher ma baguette et réparer tout ça. »
« Mais tu viens de dire que tu ne peux pas faire de magie ! »
« Maman vient de me demander de réparer sa fenêtre, » soupira Harry. « Je suis un gentil garçon et j'obéis à ma mère ! Et je le dirais à mon père quand il rentrera, c'est tout. »
Severus les entendit se déplacer vers la porte arrière menant sur la buanderie et la cuisine.
« Il ne va pas mourir pour une fenêtre cassée et réparée par magie non plus. Il en voit des vertes et des pas mûres à l'école. »
« Comme ? »
« Oh … hmmm… Des chaudrons qui explosent à chacun de ses cours, par exemple. »
Les deux garçons arrivèrent dans la salle à manger et se figèrent à l'entrée.
« Hmmm… Salut Papa. »
« Harry, Mr Dursley. »
« Tu es là depuis longtemps ? »
« Assez oui. J'ai cru à une attaque de mangemorts. »
« Très drôle. Tu le saurais avant même que ça n'arrive réellement. »
« Pas nécessairement. » Severus jeta un œil à la fenêtre en soupirant. « A peine ici depuis vingt-quatre heures et déjà une fenêtre cassée. Est-ce que je dois m'inquiéter ? »
« Ca dépend. Tu veux qu'on fasse une partie de Quidditch à l'intérieur ? » demanda le fils en plaisantant.
« Certainement pas, non, » fit l'homme avec un rictus alors qu'il agitait sa baguette.
La fenêtre se répara en une seconde à peine sous les yeux effarés du Moldu.
« N'en faites juste pas une habitude. »
« C'était … »
« Un accident. Oui, j'ai entendu, Harry. Et comme tu l'as dit, cela arrive. »
« Comment va Malfoy ? »
« Drago a les oreilles qui bourdonnent encore un peu. Il s'est fait piqué au niveau de l'oreille droite. »
« Ouch. Je le plaindrais presque. »
« Harry… »
« Ben quoi ? Je ne suis pas encore au stade où j'ai pitié de lui ou à celui où il est le meilleur ami du monde. Je préfère encore m'en tenir à s'ignorer, voire se supporter mutuellement. »
« Il reste mon filleul… »
« Je sais. C'est d'ailleurs pour cela qu'il ne me cherche plus. Il sait que tu me choisirais moi au lieu que lui. Et pourtant je ne profite pas du tout de la situation. En bon Serpentard, je pourrais pourtant. Comme le dirait notre cher ami Malfoy, c'est la base. »
« La base de quoi ? » demanda Dudley, perdu.
Harry soupira et posa une main sur l'épaule de son cousin.
« Bénis sont les ignorants ! Je monte à la bibliothèque. J'ai des devoirs à faire. A ce soir… »
« Ne fais pas trop d'exercices pratiques, » demanda Severus. « Je voudrais parler à ta mère. »
« Je vais me pencher sur la théorie en métamorphoses. Le devoir de McGonagall a l'air compliqué. »
« Le professeur McGonagall, Harry. Tu viens de gagner le droit de faire la vaisselle ce soir. »
« Ça marche, » fit le jeune sorcier en montant les escaliers.
Severus tourna ensuite son attention vers le Moldu et releva un sourcil.
« Allez-vous rester planter là toute la journée ? »
« Il n'y a rien à faire ici. Monsieur.»
L'homme resta un moment pensif. Il était vrai qu'il n'y avait pas beaucoup d'activités possibles ici, en particulier pour un Moldu mordu de télévision et de jeux vidéos.
« N'avez-vous aucun hobby en dehors du sport et de cet écran noir ? »
« Lire des BD, » répondit l'adolescent bien que sans grande conviction.
« Je vois…, » fit lentement Severus, ne voyant en réalité rien du tout.
Il allait devoir en discuter avec Harry bien rapidement. Voire contacter peut-être Miss Granger qui devait certainement en connaître beaucoup plus qu'Harry et Lily sur les tendances actuelles dans le monde moldu.
« Vous devez bien avoir de quoi vous occuper dans votre chambre, Mr Dursley, » ajouta-t-il ensuite. « Le repas sera prêt dans une heure. »
Le Moldu soupira et monta les escaliers à son tour. Cela allait décidément être bien compliqué. Mais pas pire que de gérer des étudiants sorciers plein d'hormones, il en était encore persuadé. Presque.
« Que ne ferais-je pas pour toi, Lily ? »
xXxXxXx
La cheminée du salon s'alluma de vert et Harry en sortit. Il s'effondra à terre et toussa quelques fois.
« Grrrr… Sirius ! »
« Qu'est-ce que ce maudit clébard a fait cette fois ? » demanda son père en arrivant dans le salon pour voir le nouvel arrivant dans sa maison.
« Il m'a poussé dans la cheminée ! » se plaignit l'adolescent en se redressant. « Un vrai gamin parfois… A se demander qui est l'adulte ! »
« Dis-toi que c'est un sale cleps qui n'a pas su grandir mais qui est capable de sérieux quand les circonstances l'exigent. »
« Toi, tu défends Sirius, » s'étonna Harry en retirant sa cape. « Tu es malade ? »
« Pas à ma connaissance, » fit Severus avec un sourire en coin. « Ta journée ? »
« Magnifique. On a fait toutes les librairies moldues de Londres avec Hermione. Enfin presque. »
« Combien ? »
« Au moins une vingtaine ! Mais c'était amusant ! » Il sortit quelques sacs en plastique de sa sacoche. « Et j'ai récupéré tout ce qu'il faut pour avoir un Dudley occupé pendant un moment. Tous les Astérix, les Tintin et les Lucky Luke ! » s'exclama-t-il en sortant trois BD. « Crois-moi, on va avoir des moments de paix ! D'autant plus que c'est une activité normale. »
Harry insista bien sur le dernier mot qui restait ancré dans le vocabulaire de Dudley.
« Heureusement que tu le connais un peu. »
« En fait, pas vraiment, » révéla l'adolescent. « Il a changé un peu. »
« Tu es sûr ? »
« Oh oui. Il pose des questions déjà. Il ne le faisait pas avant et se moquait toujours de moi. L'influence d'Oncle Vernon et Tante Pétunia, » ajouta Harry en haussant les épaules pendant qu'il déballait tous ses achats. « Tiens, je t'ai pris quelques romans policiers. »
Severus sourit et récupéra quatre livres d'Edgar Allan Poe.
« Tu as pris quelque chose pour toi ? »
« Oui. Tolkien. Du fantasy pour changer un peu. Où est Dudley ? »
« Dans sa chambre. »
« Okay. »
« Non. Il est puni. »
« Qu'est-ce qu'il a fait ? » demanda Harry en fronçant les sourcils.
« Non seulement il est descendu à la cave pendant que ta potion réduisait… »
« Oups…, » fit l'adolescent, enfin conscient qu'il avait oublié de verrouiller la porte du laboratoire.
« Oui, oups… Mais ça arrive encore. Et il a aussi été odieux et insultant. »
« Dans quel sens ? »
« Monstres… »
« Oh … Notre cher Dudley ne fait que montrer son affection… »
« Je veux bien que le sarcasme soit la marque de fabrique des Snape, Harry, mais là, tu te le gardes. »
« Pardon, Papa. Cela va prendre du temps avec Dudley. On ne peut pas effacer en quelques jours à peine des années d'habitudes et d'endoctrinement. Imagine comment je serais aujourd'hui si je n'avais pas Maman dans ma petite tête pour me dire ce qui est bien de ce qui ne l'est pas … »
Severus grimaça. Effectivement, c'était un point. Rien que l'idée d'imaginer son fils endoctriné au point de se considérer comme un esclave valant encore moins que le contenu des toilettes de ces maudits Dursley lui donnait la nausée.
« Je fais quoi de ça alors ? »
« On lui donnera une série quand il le méritera, » décida Severus en agitant sa baguette.
Les trois collections de BD s'élevèrent et se dirigèrent d'eux-mêmes vers les escaliers. Il allait de ce pas les ranger dans la bibliothèque. Oh Merlin que cela ferait bizarre d'avoir ce type d'ouvrage dans sa bibliothèque fortement tournée vers les grimoires de magie noire et grise…
xXxXxXx
Harry sortit de sa chambre qu'il avait insonorisée pour pouvoir faire ses devoirs tranquillement et fut partiellement surpris par un son. Quelqu'un jouait sur le piano. Ce n'était déjà certainement pas son père puisqu'il ne jouait qu'au violon. Et la seule autre personne vivant dans le manoir n'était autre que son cousin.
Il resta immobile un moment, juste pour écouter. C'était brouillon, parfois avec des fausses notes, lent … Un débutant, en somme. Mais cela apporta malgré tout un sourire sur son visage. Il tentait de jouer Axel F.
'Va chercher ton père !'
'Pourquoi ?'
'Cela pourrait l'amuser et amener à un passe-temps à trois !'
'Maman …'
'File !'
'D'accord…'
Harry marcha jusqu'à la bibliothèque. Il ouvrit la porte.
« Papa, » fit-il.
« Oui, Harry ? »
L'homme leva la tête et vit son fils lui fit un signe de le suivre.
« Qu'y a-t-il ? »
« Ordre de Maman. Tu me suis en silence. »
Severus releva un sourcil mais obéit malgré tout. A peine sorti de la bibliothèque, il entendit lui aussi la musique. Il grimaça légèrement à une fausse note mais tourna un regard surpris à son fils.
« Ton cousin est sur le piano ? »
« Puisque ce n'est pas toi, qui d'autre ? Maman voudrait que l'on ouvre une possibilité d'une activité à trois… »
« Oh. Pourquoi pas… »
Ils descendirent les escaliers et traversèrent le salon pour arriver dans la véranda, derrière Dudley. Il était penché
« Mais il faudra qu'il joue mieux que ça… »
« Je suppose qu'avec Maman, on peut lui apprendre… »
« Ce n'est pas toi qui as enseigné à Granger ? »
« Non. Elle en jouait déjà. Et très bien. On n'a fait que s'améliorer ensemble. »
Il s'approcha ensuite silencieusement de son cousin. Il nota qu'il faisait toujours la même erreur et il vint déposer une main sur les siennes.
« Là, » fit-il en appuyant sur une touche. « C'est un sol dièse et non un sol. Mais sinon c'est pas mal. » Il s'installa à côté de lui sur le banc. Réessaie. »
Le blond hésita un moment avant de reprendre. Il réussit.
« …Merci. »
« Je t'en prie, » fit Harry tout en jouant les accords de la même mélodie. « Pourquoi tu n'as pas dit que le piano t'intéressait. »
« Pourquoi je t'en aurais parlé ? »
« Parce que j'en fais. »
« Mais tu es tellement doué ! »
« Justement. Attends… quoi ?! Toi, Dudley Dursley, tu viens de dire que moi, Harry, je suis doué ?! C'est … »
'Harry !'
Le jeune sorcier soupira et rit doucement.
« C'est surprenant, » se reprit-il. « Tu sais, je pourrais t'apprendre. »
« Un garçon m'apprend déjà en pension. »
« Eh bien, qu'en penses-tu que je t'apprenne pendant les vacances et lui en pension ? Malgré nos activités magiques, mon père et moi sommes musiciens. »
« C'est vrai ? »
« C'est vrai. Mon père joue du violon. Et moi aussi en fait. Mais j'ai d'abord appris le piano. Alors ? Tu voudrais qu'on essaie ? »
« Pourquoi tu le ferais ? »
« Peut-être parce que … » Harry soupira. « Ecoute, tu as fait des erreurs en étant influencé par tes parents. Moi, je suis influencé par les miens pour te donner une chance. Tu ne peux peut-être pas faire de magie, mais la musique n'a pas besoin de magie pour exister. Et puis, j'ai une amie qui viendra. Ses parents sont comme toi, des Moldus. Du coup… Elle a pensé pendant longtemps être … normale, comme toi. »
« Et ses parents… Comment ils ont pris le fait que leur fille est un … une … »
« Sorcière ? » Dudley hocha la tête. « Mr et Mme Granger sont très bien. Ils sont dentistes. Ils sont même fiers de leur fille. »
« C'est bizarre. »
« Pourquoi cela ? » demanda Severus qui s'était approché. « Ils aiment leur fille. Qu'elle soit sorcière ou non ne change pas les sentiments qu'ils ont pour elle. »
« Vous faites réellement du violon. »
« Oui, Mr Dursley. Je joue du violon à l'occasion. »
« C'est ce qui a lié mes parents à une époque. Papa au violon, ma mère au piano. »
Une gerbe de flammes apparut juste au-dessus du piano et Dudley bondit. Il tomba en arrière en criant. Harry sursauta avant de secouer la tête. Severus, lui, soupira et tendit la main pour récupérer un message.
« Merci Fumseck, » dit-il simplement.
« C'est quoi cette … cette chose ?! »
« Un phénix, » répondit Harry. « Et il est très gentil. Il m'a sauvé la vie. Pas vrai, Fumseck ? »
L'oiseau émit quelques notes douces. L'adolescent se leva et caressa les plumes de l'oiseau de Dumbledore avant de se tourner vers son père.
'Fumseck est toujours là, c'est pas bon signe. Qu'est-ce qu'il dit ? »
« Tu dois répondre tout de suite, je crois, » dit Harry.
« Tu as vu quelque chose ? » demanda son père.
« Non. Mais Fumseck est toujours là, ça veut dire que Dumbledore veut une réponse immédiate. Et Maman veut être au courant naturellement. »
« On verra plus tard. Je dois aller à Poudlard. Ne faites pas de bêtises durant mon absence. »
« On fera du piano, » sourit Harry.
Le phénix s'envola et se posa sur l'épaule de Severus. Ils disparurent dans une gerbe de flammes.
'Ca a vraiment l'air important,' commenta Lily.
« Est-ce que ton père vient de disparaitre comme ça ? »
« Ouep. Un pouvoir du phénix. Dumbledore voulait vraiment le voir. »
« Pourquoi ? »
« J'en sais rien encore. Va savoir… On reprend Axel F ? »
« Tu vas vraiment m'apprendre ? »
« Je vais jouer avec toi, Dudley. Alors oui. »
Il sourit à son cousin et l'aida à se relever pour se réinstaller à deux devant le piano.
