Trahison - 126 mots

Parfois, Gilles rêvait encore qu'il avait commis cet acte infâme, cette trahison insupportable : vendre son frère au shérif de Nottingham. Ce qui le terrifiait surtout, c'était qu'il avait bien failli le faire. Il avait maudit son frère, l'avait détesté pour ses tourments, et pour la souffrance qu'il avait infligée aux paysans des alentours par orgueil. Il avait vraiment voulu le livrer au shérif, il n'aurait eu que ce qu'il méritait ! Parfois, il rêvait encore qu'il commettait cet acte horrible, qu'il livrait son frère et puis qu'il partait très loin en empochant la récompense. Dans ces moments-là, quand il se réveillait en sursaut, il contemplait longuement le lien de cuir que Robin lui avait offertes. Qui lui rappelait qu'ils étaient frères, maintenant et pour toujours.

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Froid - 136 mots

L'hiver avait toujours été un calvaire pour Gilles. Dès les premiers froids, il savait qu'il était condamné à souffrir de ce mal pendant les mois à venir, que pour toute cette période, il serait incapable de se réchauffer, les doigts gourds et le corps glacé. Lorsque les températures commencèrent à chuter, cette année-là, il craignit le pire une nouvelle fois. Pourtant, quand Robin lui ouvrit la porte du château qu'ils venaient à peine de reconstruire, il fut immédiatement enveloppé dans une douce chaleur. Un feu brûlait dans l'âtre, et puis Robin enroula une couverture autour de ses épaules frissonnantes et l'attira dans ses bras. Le jeune homme se laissa faire et enfouit même son visage contre sa poitrine. Ainsi, son frère tenait bel et bien sa promesse... il ne le laisserait plus jamais souffrir du froid.

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Pansement - 112 mots

"Est-ce que tu ne peux pas arrêter de bouger une minute ?

-Tu n'as qu'à pas serrer aussi fort, je suis sûr que mon sang ne peut même plus circuler !"

Gilles étouffa un grognement d'exaspération et dénoua le pansement qu'il venait d'attacher autour du bras de son frère. Lorsque Robin avait été blessé pendant l'une de leurs attaques, le jeune homme avait été le premier à se précipiter auprès de lui. Azeem, après avoir jugé que la blessure n'était pas très grave, avait lancé un rouleau de bandages au frère de son ami et s'était dépêché de partir. Maintenant, Gilles comprenait mieux pourquoi. Robin était encore pire qu'un enfant, parfois !

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Carte - 171 mots

"Bien sûr que je sais lire une carte. Pour qui tu me prends ?

-Oh, eh bien, tu caches bien ton jeu. Si je ne m'abuse, il y a plusieurs heures que nous tournons en rond."

Robin lança à son frère un regard mauvais. Lui qui s'était tant vanté de ses qualités en orientation, il n'appréciait pas tellement que Gilles lui mette sous le nez ce qu'il s'efforçait de lui cacher depuis le début de leur expédition : il n'avait pas la moindre idée de la façon de retrouver la fichue boutique de cette fiche ville.

"Tu devrais peut-être me laisser essayer, rétorqua Gilles en essayant de lui prendre la carte des mains.

-Je me débrouille très bien !"

Soudain, une bourrasque de vent arracha le plan, qui s'envola à travers les rues et disparut dans le ciel. Robin et Gilles le regardèrent s'envoler, désabusés, et le jeune homme se tourna vers son aîné.

"Mon frère, je crois que tu n'a pas d'autre choix que de me laisser faire, à présent".

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Nocturne - 147 mots

Les expéditions nocturnes étaient la spécialité de Gilles. Il n'avait jamais beaucoup dormi au cours de sa vie. Etant petit, parce que sa vie était bien trop trouble et agitée. Adolescent, parce que c'était trop dangereux. Même maintenant, au camp des hors-la-loi où tout allait bien, cette habitude était restée. Il dormait peu, et Robin dormait beaucoup -souvent, il trouvait le moyen de se vautrer sur lui, ce qui faisait qu'il ne pouvait aller nulle part. Mais parfois, lorsque le jeune homme parvenait à s'extraire du lit et le réveillait par inadvertance, il insistait pour le suivre, et là, ça virait à la catastrophe.

"Robin, fais attention où tu vas ! Ça ne sert à rien que nous nous efforcions d'être discret si tu marches sur toutes les brindilles des environs !"

Gilles leva les yeux au ciel nocturne. Quelle idée qu'il avait de s'incruster, vraiment !

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Nœud - 116 mots

Fébrile, Robin tira sur la corde qui enserrait les mains de son frère et tenta de défaire ce maudit nœud qui le retenait prisonnier, attaché à un pilier. Mais la boucle était complexe, et bien serrée, avec ça ! Et les soldats qui se rapprochaient de plus en plus...

"Robin, attention !"

A l'avertissement, l'archer bondit en arrière pour éviter un coup d'épée, puis il assomma son adversaire et se jeta sur son frère, toujours attaché au pilier, pour le protéger d'une volée de pierres.

"Robin, ils arrivent !

-Je fais ce que je peux !"

Enfin, il parvint à dénouer la corde et attrapa un peu rudement son frère par l'épaule pour l'entrainer à l'abri.

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Flaque - 120 mots

De grandes flaques d'eau brillantes parsemaient le chemin qui reliait le village d'Ann au bourg voisin. Alors qu'elle marchait le long du sentier en prenant bien garde à ne pas salir le bas de sa robe, déjà bien défraichie, son petit garçon, au contraire, s'amusait à sauter à pieds joints dans les flaques.

"Gilles, voyons ! le gronda-t-elle gentiment. Ce ne sont pas des façons de se comporter !"

Elle faillit dire "pour un jeune noble", mais elle se mordit la langue. Par le passé, son fils s'était trop enorgueilli de son ascendance noble, et il avait essuyé bien des brimades et des quolibets. Il était trop jeune encore pour comprendre ce que cet héritage avait de dur à porter.