Série spéciale fête de la musique : au lieu d'un mot, écrivez un texte basé sur un titre de chanson, en dix minutes.
Jeune et con (Saez) - 163 mots
Il avait tenu son frère bébé dans ses bras, une fois. Il ne pouvait pas le savoir. Il ne l'avait jamais su. Quand il était reparti du village, cette parenthèse n'avait été pour lui qu'un évènement mineur, négligeable. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait faim et froid et qu'il voulait rentrer au château. Et pourtant, cette rencontre aurait pu être un évènement d'une telle importance. Elle aurait pu tout dire. Et elle aurait pu tout briser aussi, car à cette époque, Robin était jeune et con. Pour lui, cette rencontre aurait été une abomination, un horrible évènement.
Mais il ne sut jamais rien de tout ça. Un jour, dans la campagne, il tint son petit demi-frère, alors un minuscule et adorable bébé, dans ses bras. Bébé Gilles non plus ne sut jamais que son grand frère l'avait tenu dans ses bras, qu'il lui avait abandonné une écharpe de leur père... Aucun des deux ne sut jamais rien de leur véritable première rencontre.
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Juste toi et moi (Indochine) - 175 mots
Robin passait son temps à courir à droite et à gauche. Il avait une montagne d'obligations, d'autant plus maintenant qu'il était l'époux de la cousine préférée du Roi. Et Gilles, lui, ne se retrouvait pas dans tout ça. Son frère savait toujours exactement quoi faire, où aller, quel type de solution apporter, et lui ne savait pas, il n'en avait aucune idée. Et il détestait se sentir aussi inutile, alors il restait hors du passage de son frère, et il se taisait. Mais il en souffrait terriblement...
À l'occasion d'un bref moment de calme dans son emploi du temps, Robin s'aperçut qu'il n'avait pas entendu son frère depuis un moment. Il le trouva dans le parc, triste et abattu. C'était vrai qu'il ne lui avait pas consacré beaucoup de temps, et il s'en voulut.
"Gilles, ça te dirait qu'on aille en ville, juste toi et moi ?"
Il lui sourit pour essayer d'améliorer son humeur. Le jeune homme hésita mais céda lorsque son frère ajouta sournoisement :
"Je t'offrirai toutes les sucreries que tu voudras."
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Tu ne me dois rien (Stephan Eicher) - 207 mots
Il était persuadé que toute la vie de son frère avait été gâchée à cause de lui. Et, sans doute, il n'avait pas tout à fait tort... C'était bien lui qui, à force d'orgueil et d'arrogance, avait chassé son frère hors de sa vie, ne lui avait laissé aucune place auprès de leur père, aucun endroit où rester. Et, quand il se mettait à y réfléchir vraiment, il se sentait tellement mal de cette situation que, à chaque fois que Gilles se faisait blesser à cause de lui, il ne pouvait s'empêcher de lui murmurer, le coeur au bord des lèvres, et les yeux remplis de tellement de culpabilité :
"Pourquoi as-tu fait ça ? Tu ne me dois rien."
C'était vrai. Gilles l'Écarlate ne lui devait rien, à lui, ce frère qui l'avait privé de tout.
En grimaçant de douleur, le jeune homme leva les yeux sur son frère.
"Je ne l'ai pas fait en pensant te devoir quoi que ce soit, rétorqua-t-il. Je l'ai fait parce que je l'ai décidé."
Et Robin ne put pas retenir les larmes qui tombaient de ses yeux lorsqu'il se pencha pour le serrer dans ses bras. Il n'avait pas mérité un frère aussi dévoué que lui... Non, vraiment pas...
