Tombe - 125 mots

La tombe de leur père se trouvait toujours au même endroit, en bordure du château en ruines. Gilles n'avait jamais osé s'en approcher. C'était presque comme si le seigneur de Locksley était toujours vivant, il avait peur de venir auprès de lui, de ne pas être digne de leur parenté. C'était idiot, mais lorsque Robin quitta la lisière de la forêt d'un pas assuré pour se diriger vers le carré de terre, le jeune homme ne bougea pas. Il fallut attendre que Robin se tourne vers lui et lui prenne le bras.

"Gilles, c'était ton père à toi aussi, dit-il doucement."

Son père... Le jeune voleur sentit les larmes lui monter aux yeux lorsqu'il s'approcha. Même sans le connaître, il avait tellement aimé son père.

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Distraire - 139 mots

Robin parlait tout seul depuis un bon quart d'heure déjà. Il ne savait plus exactement ce qu'il était en train de raconter, son seul but était de parvenir à distraire assez Gilles pour qu'il oublie un peu les mains d'Azeem recousant les plaies sur son torse. Le chef des voleurs savait que ça faisait terriblement mal, et d'autant plus avec des blessures aussi boursouflées et sanguinolentes que celles-ci. Gilles souffrait tellement qu'il ne se donnait même plus la peine de retenir ses cris de douleur, et Robin, tout ému et bouleversé d'être un grand frère depuis à peine une demi-heure, essayait de détourner son attention en lui tenant le bras et en lui parlant de leur père. Et il savait que ça marchait en partie à la façon dont les yeux de son cadet restaient fiévreusement posés sur lui.

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Détresse - 126 mots

Ann avait rarement ressenti une telle détresse. Bien sûr, en tant que pauvre paysanne, elle n'avait jamais eu une vie très facile. Le froid, la faim, la peur, le travail harassant, elle avait enduré tout cela depuis sa plus tendre enfance. Mais là, c'était pire que tout, et pas seulement parce que l'homme dont elle était follement, éperdument amoureuse venait de la chasser pour contenter son fils aîné, fou de rage de voir son père avec une autre femme. Elle avait perdu son amant mais surtout, surtout, elle savait qu'elle était enceinte, et ça signifiait que son enfant... son petit garçon ou sa petite fille n'aurait pas de père, pas d'héritage, pas de vie, et c'était pire, bien pire que tout ce qu'elle avait déjà enduré.

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Compagnie - 194 mots

Gilles l'avait décidé, cette fois-ci il n'accompagnerait pas son frère en rencontre diplomatique avec les autres nobles. Ce n'était pas qu'il se décourageait vite, ou qu'il avait décidé de bouder. Simplement, il avait beau faire tous les efforts du monde, ces comtes et ces marquis continuaient de le traiter avec mépris, dédain voire hostilité. Sa dernière mésaventure en était la preuve la plus flagrante.

"Tu es sûr que tu ne veux pas venir ? se désola Robin en constatant qu'il était toujours résolument assis sur son lit et bien décidé à ne pas l'accompagner.

-Je te l'ai déjà dit. Je ne vois pas l'intérêt que je t'accompagne puisque de toute façon, ma présence te faire perdre toute ton autorité auprès des autres !

-Mais qui va me tenir compagnie ? Ces réunions sont beaucoup plus divertissantes quand tu es là.

-Parce qu'ils se moquent de moi ?

-Parce que tu te moques d'eux et que certains ne s'en rendent même pas compte."

Gilles ne put s'empêcher de sourire. Il était toujours décidé à ne pas l'accompagner, mais Robin se sentit soulagé d'avoir réussi à éclaircir un peu son humeur. Il détestait le voir triste.

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Rapide - 170 mots

Gilles n'aimait pas les chevaux. Comme la plupart des paysans ou des roturiers en général, il en avait peur. C'était un animal fier, noble, mais aussi terriblement puissant et dangereux. Combien de fois un aristocrate s'était-il amusé à cabrer sa monture à quelques pouces de son visage, lui entrainant un mouvement de recul paniqué et instinctif ? Une fois, il avait même été blessé grièvement à cause de ça.

Aussi, Robin avait dû insister longtemps avant de réussir à le convaincre de monter derrière lui. Gilles n'avait pas été rassuré du tout, et il s'était cramponné à son frère de toute son âme lorsque celui-ci avait lancé l'animal au galop. Il était tellement rapide, le jeune homme crut bien qu'il allait choir et se rompre tous les os. Et puis, la peur laissa place à une sorte d'excitation enfantine, et lorsque Robin fit accélérer leur monture, il lâcha même un petit rire qui fit sourire son frère. Ça lui avait tellement manqué de monter à cheval avec quelqu'un qu'il aimait.

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Hamac - 135 mots

En attendant que tout le campement soit reconstruit après l'attaque du shérif, les hors-la-loi s'étaient mis à dormir dans des hamacs suspendus entre deux arbres. De toute façon, il faisait très chaud, même la nuit. Beaucoup trop pour dormir à l'intérieur. Le vent frais du soir était plutôt agréable.

"Hé."

Gilles ouvrit un oeil distrait, étendu sur le dos dans son hamac de fortune. Il découvrit Robin à côté de lui, qui jouait distraitement avec un pli du tissus.

"Quoi ? marmonna le jeune homme.

-Tu me fais une place ?

-On ne peut pas rentrer à deux dans un hamac, voyons."

Robin sourit avec amusement et grimpa à côté de son frère, se glissant sous lui et l'attirant contre sa poitrine. Ils ne dirent rien de plus. Le moment était trop doux pour ça.

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Sieste - 141 mots

Gilles ne comprenait pas pourquoi il passait autant de temps à dormir depuis qu'il avait emménagé dans le château de leur père avec Robin. Il ne se couchait pas tellement tard, et il pourtant il dormait jusqu'au début de l'après-midi du lendemain. La première fois, en constatant à quel point il était tard, il avait bondi hors de son lit et dévalé les escaliers jusqu'à l'une des salles à manger, où il était tombé sur Robin qui l'avait renvoyé se coucher. Dans la journée, il lui arrivait parfois de se rendormir, même s'il n'avait jamais eu l'intention de faire la sieste. Son frère disait qu'il était juste très fatigué, et puis parfois il venait s'allonger avec lui pour dormir. Dans ces conditions-là, évidemment, Gilles ne pouvait pas refuser de faire la sieste. Les bras de Robin avaient un effet tellement apaisant.