Conte - 254 mots
"Et donc, ensuite, Père s'est aperçu que le noble lui mentait depuis le début, et là... Il a écarté la tenture derrière laquelle se trouvait le soldat et il l'a poussé vers son invité en déclarant : "La prochaine fois que vous voudrez me piéger, prenez garde à ce que les pieds de votre espion ne dépassent pas de sa cachette !"
-C'est vrai ? demanda Gilles, impressionné."
Non pas qu'il remettait les histoires de son frère en doute, mais toutes les aventures que leur père avaient vécues ressemblaient bien davantage à des contes pour lui qu'à des histoires réelles. Le seigneur de Locksley était bien tel que sa mère le lui avait toujours décrit : fort, courageux, intrépide mais prudent, intelligent. Gilles sourit à son frère en renversant un peu la tête en arrière, puisqu'elle était posée sur ses genoux.
"Raconte-moi autre chose, exigea-t-il.
-Encore ? Ça fait bien des heures que je te parle de lui, s'amusa le jeune noble.
-Je sais. Mais quand je t'entends raconter ces histoires, j'ai l'impression de le connaître..."
Robin se pencha vers Gilles et lui toucha le front.
"Tu le connaîtras à travers toi, Gilles, dit-il doucement. Tu as la même force. La même intrépidité et le même courage."
Il sourit, goguenard, et ajouta :
"Par contre, tu réfléchis nettement moins.
-Ah ! Tu parles pour toi, j'espère !"
Le jeune homme leva la main pour expédier une petite tape à son frère, qui rigola. Est-ce que leur père aussi faisait des blagues aussi mauvaises ?
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Regrets - 202 mots
Robin traversa en courant les couloirs du château, le parc, puis un morceau de forêt et arriva, en sueur et à bout de souffle, dans le coin de clairière où son frère avait un temps élu domicile avec sa compagne. Le flanc scié par un point de côté, le jeune comte se dit qu'il aurait sans doute mieux fait de sceller un cheval au lieu de courir, mais il n'avait pas pu attendre une minute lorsqu'il avait reçu le message de son frère. Gilles était là, d'ailleurs, assis, les épaules basses, sur un arbre renversé.
"Gilles ? l'appela Robin en posant une main sur son épaule. Elle est vraiment... elle est vraiment...
-Oui..."
Il remarqua alors que la maison dans laquelle son frère et son amie avaient vécu était totalement partie en cendres. C'était sans doute Gilles qui l'avait brûlée.
"Elle est partie, murmura le jeune homme. Elle a pris notre fille et elle est partie. Elle a dit qu'elle ne voulait plus rester avec moi.
-Et toi ?
-Je ne sais pas. J'ai pas mal de regrets, mais... j'étais juste fatigué de tout ça."
Le coeur serré, Robin l'attira dans ses bras. Il n'y avait rien d'autre qu'il pouvait faire. Rien.
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Décisif - 154 mots
Il savait que son rôle dans cette bataille était décisif. Pour preuve, Robin s'était attribué cette mission au début, mais davantage pour protéger son nouveau frère que pour tout autre chose, et Gilles en avait conçu une immense joie et un peu d'émotion, il est vrai. Et, alors qu'il avait réussi à convaincre son frère de lui laisser cette mission, voilà qu'il se faisait capturer par le shérif comme le dernier des débutants !
Le jeune homme tenta de se débattre lorsque les mains de la foule le trainèrent jusqu'à l'échafaud. Il ne voulait pas paraître faible, mais il avait peur, terriblement peur. Il savait ce qui l'attendait : la pendaison, et ce sort l'avait toujours terrifié. Par un instinct sorti d'il ne savait où, il chercha Robin du regard. Il avait tellement honte d'avoir échoué à cette mission si importante, il voulait au moins lui demander de lui pardonner et de le sauver.
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Bulle - 183 mots
Lorsque Robin avait récupéré son frère, trempé, affamé et transi de froid à la porte du château où Gilles s'était enfin décidé à se rendre, il l'avait aussitôt conduit à la lingerie pour lui faire prendre un bain. L'eau brûlante ne pourrait que lui faire du bien, et même beaucoup de bien, car à voir ses extrémités presque violettes et ses tremblements ininterrompus, il en venait presque à craindre qu'il meure de froid.
"Là, assieds-toi... Voilà, c'est chaud, ça va te faire du bien, l'encouragea Robin en l'aidant à se déshabiller et à se glisser dans l'eau brûlante."
Gilles ne réagit pas pendant de longues secondes, pas plus que quand il était arrivé au château, mais, soudain, il cligna des yeux et observa le savon que son frère était en train d'utiliser.
"Ça fait des bulles, remarqua-t-il en suivant des yeux les petites formes irisées. Le savon qu'il m'est arrivé d'utiliser ne faisait pas ça.
-Et c'est la première chose que tu remarques dans la vie de château ? se moqua Robin."
Mais il était soulagé. Son frère avait enfin fini par réagir.
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Bébé - 198 mots
Robin, âgé de quinze ans, portait sur ses épaules un tout petit bébé d'un an à peine, qui se tenait assis, bien droit et tout fier, et qui essayait d'attraper avec ses mains minuscules les châtaignes au-dessus de sa tête. La journée était magnifique, douce et paisible, et le jeune noble n'entendait rien d'autre que le gazouillis des oiseaux et les cris ravis de l'enfant...
Les oiseaux gazouillaient toujours lorsque Robin se réveilla en sursaut, mais par contre, il n'y avait plus trace du bébé. Un rêve... C'était donc un rêve. Il sourit tendrement en repensant à ce songe; c'était tellement étrange, mais ça lui avait laissé au coeur une persistante sensation de bonheur. Sans attendre, il se leva et traversa les couloirs jusqu'à la chambre de Gilles. Qui dormait paisiblement, étendu sur le dos en travers du lit. Robin se glissa à côté de lui.
"Hein ? Qu'eche que tu fais ? marmonna le jeune homme en le voyant enfouir sa tête dans son cou.
-Rien. J'ai fait un rêve incroyable, c'est tout, murmura le jeune comte."
Il aurait aimé que ce rêve soit réel, mais, aujourd'hui, il aurait tout le loisir de rattraper ces nombreuses années.
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Consoler - 178 mots
Au début, Gilles n'aurait jamais cru que son frère aurait besoin d'être consolé de quoi que ce soit. Comment cela aurait-il pu être ? Robin avait tout pour lui. Il était charmeur, adroit, héroïque, intelligent, sûr de lui, et tout le monde l'aimait. Alors comment lui, Gilles l'Écarlate, qui n'était rien de tout ça, aurait eu quelque raison de le prendre dans ses bras un jour, de lui dire "Ne pleure pas" ? Il ne l'aurait pas cru possible, pourtant ce jour finit bien par arriver.
"Qu'est-ce qui te prend ? Pourquoi tu pleures ? demanda Gilles, complètement dépassé par les évènements et par son frère qui sanglotait dans ses bras.
-Non, c'est rien... C'est rien, j'ai juste besoin que ça passe... Je vais m'en remettre, ne t'en fais pas..."
Robin, les joues couvertes de larmes, essaya de se relever mais Gilles l'en empêcha. Il ignorait à quoi était due la détresse de son frère, tout juste avait-il entendu un "Pierre" répété çà et là. Il l'ignorait, mais Robin avait besoin de lui. Ils étaient frères, après tout.
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Poulain - 202 mots
"Gilles, viens voir. J'ai un cadeau pour toi."
Un cadeau ? Le jeune homme n'avait jamais vraiment eu de cadeaux. Sa mère essayait de lui en offrir quelquefois, ça pouvait être une veste un peu plus chaude pour l'hiver, un jouet qu'elle fabriquait, un pigeon pour le dîner. Et puis, il pouvait sans doute ajouter le doudou de bélier hérité de son père... Mais, depuis qu'il était le frère de Robin, celui-ci lui faisait plein de cadeaux. Gilles avait presque l'impression que c'était son anniversaire tous les jours, tellement son aîné était doux, attentionné et complice avec lui. Il fallait dire que c'était une chose très peu vécue par l'ancien voleur.
Robin le connaissait même mieux qu'il se connaissait lui-même. C'est pour ça que, ce jour-là, en suivant son frère dans la cour, Gilles découvrit un petit poulain, adorale, brun avec une tache blanche sur le front.
"C'est pour toi, lui dit Robin en souriant. Je ne sais pas ce que ça vaut, mais j'espère que ça te permettra de surmonter ta peur des chevaux."
Gilles sourit, touché. C'était l'une des plus belles preuves de tendresse qu'on lui avait jamais donnée. Et il fallait dire que ce petit poulain était vraiment parfait.
