Citrouille - 144 mots
"Baaaah ! protesta l'enfant en fronçant ses petits sourcils blonds et en envoyant la cuillère de potage valdinguer à l'autre bout de la salle à manger."
Sa mère regarda l'ustensile s'écraser par terre, dépitée; les chiens de son compagnons se précipitèrent pour lécher la bouillie orange qui avait taché le sol.
"Rien à faire, il refuse de manger sa purée de citrouilles, renonça Ann en repoussant le bol."
Robin observa sa belle-mère puis, sans un mot, il se leva et alla récupérer une grosse citrouille sculptée devant l'une des fenêtres du couloir. Bébé Gilles l'observa avec curiosité et Robin, plongeant une cuillère propre à l'intérieur, en sortit une pleine bouchée de purée orange, que l'enfant se dépêcha d'avaler, ravi.
"Ahhhh ba ! Babababa ! babilla le bébé en essayant d'attraper le légume.
-Alors, tu vois bien que c'est bon, rétorqua son frère en souriant."
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Bonbon - 216 mots
"Tu gâtes beaucoup trop cet enfant, décréta Pierre en dévisageant son ami."
Ils se trouvaient à la grande foire d'une ville située non loin de leurs terres; le crépuscule tombait à peine sur les étals et les rues illuminées de lampions en papier. Robin, l'air très à l'aise, souriait aux filles qui se pâmaient presque devant lui, toutes retournées de voir l'adorable petit garçon qui était perché sur ses épaules.
"Là-bas, babilla l'enfant en désignant un nouvel étal de bonbons à l'aide de sa petite menotte.
-Tout ce que tu veux, Gilles, répondit Robin en lançant un regard appuyé à son ami."
Il se dirigea vers l'étal et paya au marchant une poignée de friandises, qu'il tendit à son petit frère. L'enfant les dévora avec enthousiasme, sa petite bouche déjà maculée de sucre et de miel. Pierre roula des yeux et, tenant sa petite sœur Marianne par la main, il se dirigea vers un stand de rubans qui venait d'attirer l'attention de la fillette. Alors, même si des dizaines de nœuds de soie ornaient sa robe et ses cheveux, il lui acheta un énième ruban de satin argenté qu'elle voulait tant.
"Tu gâtes beaucoup trop cette enfant, intervint Robin, un grand sourire aux lèvres."
Pierre rougit d'embarras et son ami, hilare, le bouscula gentiment du bras.
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Sorcière - 170 mots
Gilles grogna, comme un animal pris au piège, quand la sorcière du shérif s'avança vers lui. Avec ses cheveux hirsutes, ses doigts crochus et ses yeux laiteux, elle était terrifiante. Ceci dit, il y avait bien pire, comme par exemple cette pièce horrible où elle l'avait enfermé, plein d'os, de toiles d'araignées et même de crânes humains.
"Alors ? demanda laconiquement le shérif en toisant le jeune homme."
Vive comme l'éclair, la vieille femme griffa la peau lisse et douce du voleur, lui arrachant un cri de douleur, et porta ses ongles ensanglantés à sa bouche.
"C'est du sang de Locksley, aucun doute possible, caqueta-t-elle tandis que Gilles, rendu complètement impuissant par ses poignets attachés, essayait de s'enfoncer dans le mur.
-Parfait, sourit le shérif, mauvais. Vraiment parfait..."
Gilles se retint de toutes ses forces pour ne pas trembler. Quelle idée de se faire capturer ! Il ne savait pas ce que le shérif et sa sorcière lui réservaient, mais Robin risquait de payer cher l'imprudence qu'il venait de commettre...
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Série spéciale : en plus d'un mot, choisissez une créature d'Halloween pour apparaître dans votre drabble.
Tabouret + des feux follets - 172 mots
Le petit garçon de deux ans se hissa sur un tabouret pour coller son visage contre la vitre et regarder, dehors, les petites flammeroles bleues qui dansaient dans l'air froid de la nuit. L'une d'entre elles s'approcha de la fenêtre, et l'enfant, curieux, s'apprêtait à ouvrir le battant de sa petite main pour la cueillir, quand...
"Non, Gilles, tu ne dois surtout pas faire ça, intervint Robin en le soulevant dans ses bras.
-Rob', babilla le petit garçon en désignant les flammeroles, regarde ! Regarde ! Tout bleu !
-Oui, je sais que c'est joli, mais tu ne dois pas t'en approcher, petit frère. Ce sont des feux follets et ils sont très dangereux. Tu veux bien écouter Boubou sur ce coup-là ?
-Oui, gazouilla l'enfant en tapotant doucement le visage de son frère. Rob... in... Robin !
-Oui, c'est bien, acquiesça le jeune noble en emportant son frère loin des dangereuses flammeroles. Si tu veux voir des petites flammes qui font des ombres, Rob va t'en montrer, mais des moins risquées."
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Brûler + des spectres - 194 mots
Gilles savait qu'il n'aurait jamais dû se faire avoir, qu'il était bien plus intelligent que ça. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher; plus le temps passait, plus la disparition de leur père lui devenait insupportable. Il avait tellement, tellement aimé le seigneur de Locksley, même sans le connaître, et maintenant qu'il était mort, il ne pourrait jamais se tenir debout devant lui, l'entendre lui parler, peut-être lui prendre la main... Cette pensée devenait de plus en plus dure, alors quand une marchante un peu louche lui avait proposé un vieux parchemin pour ressusciter les morts, il n'avait pas beaucoup hésité. Et maintenant...
"Bon sang, mais qu'est-ce qui t'a pris, Gilles ?! le tança Robin en le secouant rudement par le bras, tandis que des spectres jaillissaient de partout autour d'eux et s'envolaient dans les airs.
-Je voulais juste... je voulais juste, balbutia le jeune homme, déboussolé, les larmes aux yeux, je voulais juste... voir mon père..."
Robin le dévisagea puis il soupira et s'empressa de brûler la dangereuse invocation.
"J'espère pour toi que ton vœu sera réalisé, avec la pagaille que tu as déclenchée, lâcha-t-il en entrainant son frère loin des spectres rugissants."
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Revenants - 177 mots
Robin et Gilles fixaient tous les deux le seul des revenants à avoir réussi à prendre corps. C'était de la sorcellerie, de la magie noire pure et simple, et pourtant, ils éprouvaient une envie proche du désespoir de se précipiter vers l'homme qui se tenait à quelques pas d'eux. Pourtant, Robin, placé quelques pas devant son cadet pour le protéger, hésitait à s'avancer. Non, il ne devait pas hésiter ! Ils n'avaient pas à y aller, point final ! C'était... c'était un revenant ! Un mort qui avait repris vie ! C'était mal... c'était diabolique !
"Père..., murmura Gilles juste derrière lui, d'une voix tellement faible, et qui lui ressemblait si peu, que son coeur se serra.
-Robin, mon fils bien-aimé, murmura leur père en le dévisageant avec amour, puis son regard passa sur Gilles. Et toi, tu dois être le fils d'Ann... Tu lui ressembles tellement, mon garçon. Mon petit garçon, si tu savais comme je suis heureux de te rencontrer !
-Père... !"
Cette fois, c'en fut trop. Les deux hommes se précipitèrent vers lui.
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Accident + des esprits frappeurs - 238 mots
Robin ouvrit à la volée la porte de la vieille cave et, sans prendre garde aux éventuelles marches, à la pierre peut-être glissante ou aux choses qui pouvaient se cacher dans l'ombre, il fonça vers le centre de la pièce. Son coeur cognait tellement fort que ses mains en tremblaient, mais il devait pas perdre de temps. Vite, il remit d'aplomb un tabouret renversé, grimpa dessus malgré ses jambes flageolantes, tira son canif et trancha la corde suspendue à la poutre. Les râles d'agonie de Gilles s'arrêtèrent pendant que le corps si faible du jeune homme lui tombait dans les bras.
"Gilles, mon Dieu, est-ce que ça va ? haleta Robin, mort d'inquiétude, en allongeant son cadet sur le sol sombre."
Le jeune voleur ne pouvait pas répondre à cause de sa gorge encore douloureuse, mais il agrippa la manche de Robin, les yeux remplis de terreur. Le coeur serré, l'archer lui caressa le front pour le calmer et regarda autour de lui. Six de leurs compagnons avaient déjà trouvé la mort depuis qu'Azeem avait tué la sorcière du shérif, précipités dans des ravines, comme s'il s'agissait d'accidents. Mais Robin savait que tout ça, ça n'était pas de leur fait... Dans un coin de la pièce, il vit une forme blanchâtre qui s'échappait dans les ténèbres. Oui, il s'agissait bien d'esprits frappeurs. Et cette fois, ils avaient essayé de tuer son frère en faisant croire à un suicide.
