Bras - 190 mots

À l'arrivée de Robin dans le camp, quand il découvrit son identité, Gilles prit aussitôt une position très hostile à l'égard de ce demi-frère qui ignorait qu'ils avaient le même père. Robin était un être exécrable, remarqua-t-il. Cet homme, son aîné de presque quatorze ans, était totalement imbu de lui-même, orgueilleux et irresponsable. Il n'aimerait jamais cet homme, et ils ne seraient jamais proches, il le savait. Ils n'auraient jamais aucune intimité fraternelle, et Gilles était tellement fou de rage contre Robin que, la plupart du temps, ça ne lui importait même pas.

"Hé, Gilles. Réveille-toi. Tu gémissais dans ton sommeil."

Le jeune homme ouvrit les yeux. Les prunelles bleues de Robin le dévisageaient dans la pénombre, ses bras étaient passés autour de lui. C'était la première nuit où ils étaient frères. C'était la première fois qu'il dormait dans ses bras. Après toute l'hostilité qu'ils s'étaient portée, Gilles n'était pas encore certain que cette place était réelle et vraie.

Pourtant Robin le regarda en souriant et lui caressa le front. Ses gestes parlaient d'eux-mêmes. Peu importaient la colère et les conflits d'antan. Il l'aimait plus que sa vie, à présent.

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Miracle - 158 mots

Robin perdait les êtres qu'il aimait les uns après les autres, et il avait douloureusement conscience que jamais rien ne pourrait les ramener. Son père, pillé et assassiné alors qu'il était toujours en violent conflit avec lui. Son ami Pierre, condamné à pourrir quelque part en Terre Sainte. Duncan, l'intendant de son père, tué par les Celtes. Robin n'avait plus de passé, et pourtant...

Il se réveilla en sursaut au beau milieu de la nuit. Les étoiles brillaient entre les nuages qui voilaient le ciel de nuit. Le jeune comte se tourna sur le flanc, le coeur battant; Gilles était toujours couché sur le côté, l'air profondément endormi et plus paisible que Robin l'avait jamais vu. D'une main pleine d'émotions, il caressa avec douceur la joue du jeune homme. Ce n'était pas un rêve; Gilles était bien frère qu'il venait tout juste de rencontrer. Et ça, c'était plus qu'un miracle, c'était plus grand, plus fort, c'était une famille.

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Partager - 148 mots

Gilles avait encore du mal à croire que tout ça était réel, parfois. Robin n'avait pas seulement partagé sa cabane, son gibier et ses vêtements avec lui quand ils étaient des hors-la-loi crottés passant leur vie dans la forêt. Maintenant, il partageait également tout ce que le château contenait avec lui, alors qu'il n'y était pas obligé... Mais le jeune homme connaissait son frère à présent, il savait que Robin était infiniment doux et gentil, bien loin de l'égoïste d'autrefois. Il n'empêche, parfois, l'ancien voleur aurait bien aimé avoir quelque chose à partager avec son frère en retour. Alors il partagea ses souvenirs, ses joies, ses peines, lui qui ne l'avait jamais fait avec personne, et même si ça lui paraissait peu de choses, pour Robin, c'était immense. C'était tout ça qui lui donnait une famille, une raison d'être, un endroit où il serait toujours à sa place.

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Pelotonner - 133 mots

Il ne s'en était jamais vraiment rendu compte avant, mais le manque de tendresse était l'un des maux, avec le froid et la faim, qui l'avait le plus rongé durant la fin de son enfance et son adolescence. Il pensait, après les quelques mots doux qui scellèrent définitivement leur fraternité nouvelle, à Robin et à lui, que tout ce qui lui manquait à présent, choses bassement matérielles, c'était des soins, de l'eau et du pain. Mais ce fut au moment où son frère le reprit dans ses bras, au coin d'un feu à peine attisé, qu'il s'aperçut que ce dont il avait besoin, vraiment besoin, c'était de se pelotonner contre Robin, de se sentir bercé et câliné, d'entendre des mots d'amour, de savoir que finalement il n'était plus seul et que quelqu'un l'aimait.

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Bourrasque - 188 mots

"Est-ce que tu vas finir par m'expliquer pourquoi tu ne m'as pas quitté des yeux de toute la matinée ? marmonna Robin en plantant fermement ses flèches dans la terre à côté de lui, dérangé par les puissantes bourrasques de vent - et par son frère.

-Pour voir, chantonna moqueusement celui-ci en jouant avec ses poignards, le regard toujours fixé sur Robin avec grand intérêt.

-Pour voir quoi ?

-Tu le sauras le moment venu."

Le chef des voleurs grogna, sortit une flèche du sol, banda son arc et essaya de se concentrer. Difficile en sentant son frère l'observer comme ça, et puis ce vent... Il prit une grande inspiration, ferma un oeil et lâcha la flèche, qui malgré la tempête réussit à se planter dans l'épervier qu'il visait. Il recommença, atteignait une nouvelle fois sa cible mais, au troisième tir, la flèche, déviée par les bourrasques, se ficha dans le tronc d'un arbre.

"Ah ! Je savais que tu ne serais pas infaillible par ce temps ! jubila Gilles en sautant pratiquement sur ses pieds.

-Et c'est pour ça que tu as attendu toute la journée ?!"

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Vengeur - 226 mots

Ça avait été un acte vengeur, uniquement motivé par la colère et la rage. Voire la haine. Oui, à ce moment-là, Gilles l'Écarlate était certain qu'il avait haï son frère, l'avait honni pour toutes les souffrances qu'il lui avait infligées. Et ce mépris-là était la pire humiliation de toutes. Il ne pouvait pas laisser cette crasse impunie.

Alors, il avait prit son poignard à sa ceinture pendant que Robin s'éloignait, et... Et il l'avait jeté, et l'arme s'était fichée dans le dos de son frère, et Robin s'était écroulé... Gilles avait eu l'impression que c'était son coeur qui venait d'être transpercé, et il avait fui, horrifié par ce qu'il avait fait...

"Gilles, arrête de bouger, marmonna une voix endormie, au coeur des ténèbres déchirantes qui lui lacéraient la poitrine. Non seulement tu prends toute la place, mais en plus tu n'arrêtes pas de me donner des coups de pieds.

-Robin ? Robin, tu es vraiment là ? haleta le jeune homme en se redressant en sursaut, moite de sueur.

-Bien sûr, qui d'autre ? marmotta Robin en se tournant sur le côté."

Gilles ne lui laissa pas le loisir de plus bouger et il se cramponna à son dos, puis se blottit contre lui, le coeur battant.

"Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna l'archer, encore un peu endormi.

-Rien..., murmura le jeune voleur, rien du tout..."

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Cajoler - 192 mots

Il n'en avait peut-être pas l'air au premier abord, trainant toujours derrière lui cette réputation d'homme fort et sûr de lui, enthousiaste, charmant, toujours prêt à soulever les foules. Il avait l'air de n'avoir besoin de rien hormis sa forêt, son arc et son groupe de joyeux hors-la-loi, mais la vérité, c'était que Robin des Bois était très tactile. Il aimait faire des câlins aux gens qui étaient suffisamment chers à son coeur. Sa mère, quand elle était encore de ce monde. Son père, quand ils n'étaient pas encore brouillés tous les deux. Pierre, Duncan. Et Gilles, désormais.

"En t'avouant nos liens de parenté, je ne pensais pas que tu deviendrais aussi collant, fit mine de s'exaspérer Gilles quand son frère, comme sorti de nulle part, l'attrapa dans ses bras pour le cajoler.

-Ne fais pas semblant de râler, je sais que ça te plaît qu'on soit aussi proches.

-Pfff, qu'est-ce que tu vas imaginer !"

En fait, Robin avait raison et il le savait. Il fallait voir comme le jeune voleur était devenu plus doux, plus gentil, plus heureux maintenant qu'il avait les bras de quelqu'un qu'il aimait pour le cajoler.