Victoire - 238 mots

C'était presque irréel, un peu impossible à croire, pourtant les faits étaient là : ils avaient remporté la victoire. Le shérif était mort, ses alliés en déroute, et les soldats dans la cour avaient bientôt fini par ployer sous la masse des insurgés qui se rebellaient contre Nottingham. Après avoir, comme il se devait, réconforté et embrassé sa belle, Robin était descendu avec Azeem et elle dans la cour du château pour haranguer la foule, féliciter ses hommes et prendre les choses en main. Il avait trouvé Bouc, Frère Tuck, Petit Jean, Fanny, leur fils, et Gilles, que les autres hors-la-loi commençaient à encercler avec des grondements de colère. L'archer n'avait pas hésité. Il avait marché vers son frère à grandes enjambées, avait noué ses bras autour de son ventre et l'avait soulevé de terre, leur faisant faire un demi-tour sur eux-mêmes. Le jeune homme avait failli s'étouffer de surprise.

"Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna-t-il devant les hors-la-loi stupéfaits, alors que Robin leur redéposait au sol pour lui faire un énorme câlin.

-Je fête notre victoire, répondit le jeune noble en souriant. Nous avons gagné, Gilles. Tu n'es pas heureux... petit frère ?"

Il jaugea d'un coup d'oeil la réaction que ce mot entrainait sur les villageois. Ils hoquetèrent tous de surprise, surtout Petit Loup, abasourdi, et l'archer, amusé, reprit son frère dans ses bras. Maintenant, ils savaient tous ce que le jeune homme représentait pour lui.

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Médaillon - 221 mots

Robin aurait voulu ne jamais avoir à repartir, mais il n'avait pas le choix. Le roi demandait des chevaliers pour se battre en son nom, et lui, il était l'un d'entre eux, en tant que noble et surtout, en tant que cousin par alliance de Richard. Alors, il avait emballé ses affaires et il était parti, accompagné de sa femme qui logerait non loin de la plaine où se déroulait la bataille et de ses domestiques. Il avait laissé la garde de leur château à son frère, qui avait l'air encore plus déchiré que lui de le voir partir.

"Occupe-toi bien de la maison pendant que je ne serai pas là, murmura le jeune comte dans les cheveux de Gilles, qui s'agrippait à lui si fort qu'il n'était pas sûr de parvenir à s'en détacher.

-Tu as intérêt à revenir, répondit le jeune homme, la voix étouffée par la poitrine de son aîné. Sinon, je ne te le pardonnerai jamais."

Robin lui fit un pauvre sourire, se détacha en partie et ôta le médaillon de leur père qu'il portait toujours au cou.

"Prends-le, dit-il en essayant de le passer à son frère. Il te protègera si jamais quelque chose arrive ici.

-Non, refusa Gilles en arrêtant son geste. Garde-le sur toi. Que tu restes en sécurité, c'est tout ce qui m'importe."

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Livre - 154 mots

Gilles en était persuadé, il venait de contracter une dangereuse allergie aux livres. Il en avait trop vu ! Des manuels de politique, d'Histoire, de géographie, de littérature, de protocole... tout ça lui donnait une indigestion ! Abattu, il laissa tomber sa tête sur le pupitre devant lui, tellement fort qu'il se fit un peu mal au front.

"Tu as envie de tous les jeter à travers la pièce, je parie, devina la voix de Robin près de lui.

-Tu n'imagines pas à quel point, marmonna son frère sans relever la tête.

-Je te comprends, c'était la même chose pour moi. Mais il y a aussi des ouvrages intéressants, tu sais."

Gilles se redressa et le toisa, peu convaincu.

"Si tu le dis.

-Je t'assure. Regarde ce livre de contes. Je t'en lis un passage ?

-Tu ferais ça ?

-Bien sûr ! Je n'ai pas envie que tu te jettes pas la fenêtre."

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Tempête - 180 mots

Les vagues immenses qui frappaient la coque et s'étiraient sur le pont du bateau semblaient sur le point de faire déborder la mer, tant elles étaient violentes. Une pluie drue tombait également sur l'équipage et des bourrasques s'étaient levées, faisant tanguer les mousses qui grimpaient aux cordages pour s'occuper des voiles. Gilles observait tout cela, terrifié par la tempête qui était en train d'arriver sur eux.

"Gilles, viens avec moi, lui ordonna Robin en posant sa main sur son épaule. Il faut qu'on s'attache quelque part pour ne pas être emportés par les vagues.

-Emportés ?! Tu veux dire que le bateau pourrait tanguer assez fort pour nous jeter à l'eau ?!

-C'est une éventualité. Viens."

Robin entraina son frère de force, l'assit avec lui près de l'un des mâts et noua une corde autour d'eux pour les retenir à l'embarcation. Il sentit Gilles se pelotonner dans ses bras et fermer les yeux, sûrement mort de peur. Il le serra encore plus fort dans ses bras. Maintenant, il ne restait plus qu'à prier pour qu'ils s'en sortent tous les deux.

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Otage - 148 mots

Robin n'avait aucune idée de ce qu'il était advenu de son frère, et cette incertitude était presque pire que savoir. Parce que, sans éléments, il ne pouvait qu'imaginer ce que les ravisseurs de Gilles pouvaient lui faire subir et c'était insupportable. Il s'efforçait de ne pas y penser, mais ça devenait plus difficile à chaque heure qui passait. Le premier jour, les hommes masqués lui avaient laissé voir son frère pendant quelques minutes, puis ils s'étaient repliés dans leur forteresse avec leur otage, ordonnant à Robin de perpétrer toutes sortes d'actions criminelles s'il espérait revoir son cadet un jour. Et voilà que, par amour pour son frère, Robin des Bois était devenu un brigand, un traître et un assassin. Mais il ne pouvait pas se résoudre à se retourner contre les ravisseurs. Il avait trop peur de ce qui pourrait advenir de Gilles si jamais il leur désobéissait.

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Sommeil - 225 mots

Gilles tombait de sommeil, pourtant le repos se refusait obstinément à lui. Il n'avait pas l'habitude de se laisser aller de la sorte, avec décontraction et confiance. Il n'avait pas l'habitude d'avoir quelqu'un à attendre avant d'aller dormir, tergiversant entre rester éveillé le temps qu'il arrive, ou fermer les yeux de toute façon. Il se sentait bête, comme un gamin excité et plein d'espoir qui attend un cadeau fabuleux. Quelle idée de se mettre dans cet état-là ! Robin n'avait peut-être pas envie de le voir. Il avait Marianne, des amis nobles pour discuter, et...

"Tu nous as gardé une place ! Tant mieux, je commençais à avoir envie de me reposer."

Avant que Gilles puisse réagir, Robin se glissa près de lui sur le tas de foin odorant et les enroula tous les deux dans une couverture.

"Comment vont ta poitrine et ton dos ? Tu n'as pas trop mal ? s'enquit-il.

-Heu... non, le rassura le jeune voleur, étonné de le trouver ici plutôt que dans l'une des grandes chambres du château.

-Tant mieux."

Son frère se blottit contre lui et passa ses bras autour de son corps, l'attirant contre sa poitrine, lui caressant le front d'une main et finissant par lui souhaiter bonne nuit.

"Bonne nuit, Robin..."

Il ne fallut pas plus de quelques minutes à Gilles pour s'endormir comme une souche.

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Chants - 176 mots

D'habitude, quand on leur parlait de chants de Noël, les hors-la-loi imaginaient plutôt ce à quoi ils avaient l'habitude d'assister sur les places de leurs villages : les enfants de la paroisse débitant avec détermination des chansons de leur petite voix angélique, des chœurs de religieux, parfois, quand un groupe important était de passage. Et quand ils imaginaient les récitals nobles, ils voyaient ça encore plus profond, solennel et majestueux. Sauf que le noble qu'ils avaient sous la main était très loin de correspondre à leurs belles rêveries, sans doute -ou, en tout cas, ils l'espéraient- parce qu'il était complètement soûl. Hilare, riant tellement fort qu'il avait du mal à respirer, Robin chantait à tue-tête des chants de Noël en compagnie de son frère, qui riait à s'en fracturer les côtes. Ah, ils étaient beaux les deux frères de Locksley ! Mais, appuyés l'un contre l'autre, des larmes de joie coulant sur leurs joues, ils avaient l'air vraiment heureux. Et il ne faisait aucun doute que, une fois rattrapés par l'épuisement, ils s'endormiraient l'un contre l'autre.