Houx - 99 mots
Quand il était enfant, le petit Gilles avait l'habitude de faire des couronnes de houx pour sa maman. Il attachait les feuilles ensemble de ses petites mains malhabiles, guère impressionné par les rebords coupants, puis il en coiffait les beaux cheveux acajou de Ann, comme une princesse. Elle semblait toujours si heureuse et si triste dans ces moments-là.
"Qu'est-ce que c'est, une couronne de houx ?"
Gilles leva les yeux sur son frère. Regarda la couronne. Se leva et la posa sans prévenir dans les cheveux blonds de Robin.
"Et voilà, c'est mon cadeau pour toi. Joyeux Noël !"
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Dinde - 179 mots
"Attends, tu étais vraiment sérieux ? Il faut qu'on mette la main sur une dinde nous-mêmes ?
-Robin, regarde autour de toi. Tu vois des murs de pierre ? Des tentures ? Un cortège de domestiques ? Parce que si c'est le cas, crois-moi, je serais vraiment ravi de rentrer au campement.
-Ce n'est pas à ça qu'est censé ressembler un réveillon de Noël.
-C'est en tout cas à ça qu'ont ressemblé tous les miens. Et ceux de tous les paysans avec lesquels tu cohabites depuis des mois."
Robin et Gilles continuèrent de progresser dans le feuillage. Robin regarda son frère. Il était attristé de savoir que son cadet avait toujours dû se battre bec et ongles pour obtenir sa plus petite subsistance, au lieu de faire comme lui et de se laisser porter. Il méritait bien ça, pour une fois, alors l'archer lança :
"Rentre au campement, Gilles. Je vais m'en occuper.
-Qu'est-ce que tu racontes ? Si je n'attrape pas mon dîner avec toi, c'est tout de suite moins amusant."
Robin sourit. Son frère, décidemment, l'étonnerait toujours.
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Sommeil - 184 mots
Robin avait pensé, l'espace d'un fugace instant merveilleux, qu'il ne se disputerait plus avec Gilles maintenant qu'ils étaient frères. Ou, en tout cas, pas tout de suite, pas cinq minutes à peine après avoir scellé leur lien fraternel. Pourtant, ils en étaient déjà là. La situation le dépitait. Ils n'allaient quand même pas retomber dans leurs anciens travers !
"Arrête de te comporter comme un enfant, Gilles ! Tu vois très bien que tu ne peux pas nous aider ! Va te reposer !
-Je n'ai pas d'ordres à recevoir de toi, Locksley !"
Heureusement, la providence se chargea bientôt d'arranger leurs histoires, car le jeune homme fut soudain pris d'un vertige. Robin se précipita et le serra dans ses bras.
"Tu vois bien que tu manques de forces, murmura-t-il en s'asseyant par terre pour l'allonger contre lui. En plus de ça, je vois à quel point tu as sommeil... Laisse Azeem te soigner et repose-toi. Je te promets que tu n'es pas inutile. Tu pourras nous aider. Plus tard."
Les paupières lourdes, Gilles consentit à se laisser faire. C'était vrai qu'il était fatigué.
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Cerf-volant - 127 mots
"Tu sais, il y a quelque chose que j'ai toujours eu envie de faire, lança Gilles à son frère un matin.
-Quoi donc ?
-Faire voler ces choses qu'on appelle des cerfs-volants. J'ai déjà vu des enfants jouer avec, mais ce n'est pas vraiment quelque chose qu'on peut fabriquer par soi-même. J'ai déjà essayé, pourtant..."
Un peu coupable comme toujours, Robin descendit de bonne grâce dans les caves du château pour récupérer, parmi ses vieux jouets, l'un des cerfs-volants qu'il avait possédés dans son enfance. En regardant son frère s'en servir avec un enthousiasme proche du ravissement, et en jouant même avec lui dans les grandes étendues qui s'étiraient d'un côté du château, il regretta une fois de plus de ne pas avoir connu ça plus tôt.
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Rêve - 149 mots
Il avait beau être un paysan, avoir été élevé dans la boue avec les cochons, savoir qu'il n'était un noble que par son sang bâtard et qu'il n'aurait jamais de quoi en être un vraiment, Gilles s'était toujours senti profondément lié à la famille de Locksley. Lord Locksley et son fils Robin, c'était son père et son frère, même s'il ne les connaissait pas, même s'il haïssait le second. Parfois, il avait eu des rêves vagues et étranges dans lesquels sa mère et lui faisaient pleinement partie de cette famille. Ann et Lord Locksley conversaient au coin du feu, et Robin l'emmenait à la rivière...
Ce jour-là, le jeune homme était assis dans une source peu profonde et Robin nettoyait ses blessures récentes avant de refaire ses bandages. Ce n'était pas exactement comme dans son rêve. Mais c'était quand même l'une des plus belles choses qu'il aurait pu demander.
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Ritournelle - 157 mots
"Mais cet idiot est tombé à l'eau, et il s'est trempé le derrière !
-Ah, ça suffit ! Arrête avec ça ! Je ne supporte plus cette agaçante ritournelle !"
Gilles éclata de rire et un grand bruit d'éclaboussure couvrit le reste de sa chanson. Robin s'était élancé vers lui dans le cours d'eau qui leur servait de terrain de jeu depuis ils ne savaient combien de temps. Il fallait dire que la chaleur qui régnait sur Sherwood était étouffante. Se chamailler dans la rivière peu profonde avec son frère faisait un bien fou. Sans pouvoir réprimer son sourire, Robin éclaboussa son cadet, qui but la tasse sans cesser de rigoler. Soucieux quand même à ce qu'il ne se noie pas, son aîné le redressa et lui tapota le dos. Ils étaient trempés, leurs cheveux dégoulinaient d'eau, mais ça n'empêcha pas Robin de prendre son frère par l'épaule et de déposer un baiser sur sa chevelure blonde.
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Bisou - 160 mots
Quand il était petit garçon, sa mère venait toujours le baiser au front avant qu'il s'endorme, étendu sur la paillasse éventrée et le drap élimé remonté jusqu'au nez. Elle, elle cousait jusque tard dans la nuit pour pouvoir subvenir à leurs besoins et s'endormait généralement fourbue dans la chaise inconfortable.
Cette nuit-là, la première où il avait de nouveau une famille, Gilles ne cacha pas sa surprise quand Robin, qui avait hésité pendant plusieurs heures, ne sachant pas comment son geste serait perçu, se pencha vers lui et l'embrassa sur le front. Il se figea et écarquilla les yeux, dans lesquelles des larmes menaçaient de poindre.
"Attends, l'arrêta-t-il quand son frère fit mine de se coucher à côté de lui. Est-ce que tu pourrais... le refaire ?"
Robin le regarda puis sourit doucement, et se pencha pour lui faire un second bisou sur le front. Les larmes montèrent de nouveau aux yeux du jeune homme et il s'accrocha à lui.
