Étonnement - 155 mots
C'était sans doute bête, mais Gilles avait été persuadé que, une fois que la grande fête qui clôturait son mariage serait terminée, Robin partirait avec son épouse et le roi Richard en le laissant là, presque en l'abandonnant. Il n'avait pas si peu confiance en son frère qu'il craignait sa défection, mais il était presque sûr que, à partir de ce moment-là, sa noblesse retrouvée, et ses devoirs, primeraient sur le reste. Au petit matin, il se leva du coin de sol sur lequel il s'était assoupi la veille -ou très tôt dans la matinée ?- et se dirigea vers la rivière. Mais il n'y était pas depuis cinq minutes que deux mains se posèrent sur ses yeux et que Robin lança joyeusement :
"Bouh !
-Grand frère ?"
Gilles ne put même pas cacher son étonnement en le voyant là. Il était donc resté. Il ne l'avait pas quitté sans lui dire au revoir.
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Ruines - 140 mots
Debout, côtes à côtes dans la lumière du soleil déclinant, Robin et Gilles contemplaient les ruines immenses qui se dressaient là où se trouvait le château de leur père autrefois. Ils étaient juste venus se recueillir sur la tombe de Lord Locksley, sur l'insistance de l'aîné, qui s'était aperçu, stupéfait, que son frère n'avait jamais visité la sépulture du comte. Il devait bien admettre que, à présent, regarder l'état de délabrement du lieu où il avait grandi lui brisait le coeur, même des mois plus tard. Gilles le sentit probablement, car il lui tapota le dos.
"Ça ira, le rassura-t-il. On reconstruira tout ça ensemble, toi et moi.
-Toi, vraiment ? À la force de tes petits bras ? s'amusa Robin, mais il sourit."
Avec cette seule et unique famille comme bien le plus précieux, il se sentait déjà mieux.
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Balançoire - 254 mots
Gilles avait fouillé partout dans l'étage qui lui était réservé, en vain. Mais où avait-elle bien pu passer ? Elle ne s'était tout de même pas évaporée comme ça ! Et puis, alors qu'il s'accoudait distraitement à une fenêtre pour continuer à réfléchir, ses yeux tombèrent sur le parc du château. Mais bien sûr, que n'y avait-il pas pensé plus tôt ! Elle était là, c'était sûr.
Levant déjà les yeux au ciel, il dévala les marches et jaillit dans le jardin, sous la grande lumière de printemps qui éclaboussait l'herbe verte. Inspirant l'air à pleins poumons, il se dirigea vers l'autre versant du château et découvrit, comme il s'y attendait, Robin assis sur l'une des balançoires qui étaient accrochées aux arbres. Il se balançait tout doucement, semblant murmurer et chantonner doucement en direction de quelque chose qui se trouvait sur ses genoux.
"Robin, soupira-t-il, les poings sur les hanches, en venant se planter devant son frère. Louise n'est pas une poupée. Rends-la-moi tout de suite !
-Je joue avec elle ! s'indigna Robin pendant que le bébé, blonde comme son père et son oncle, poussait un gazouillis ravi. Tu ne peux pas me demander d'arrêter maintenant ! Viens t'assoir avec nous, plutôt.
-Je te demande pardon ?
-Assieds-toi sur mon genou ! Tu vas voir, ça va être amusant !"
Gilles fit semblant de s'exaspérer de la puérilité de son frère, mais il vint les rejoindre, sa fille et lui. Il espérait que la balançoire ne craquerait pas. Il se sentait tellement heureux.
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Batifoler - 119 mots
Gilles et Robin étaient assis côte à côte sur la berge et observaient Louise, la fille du premier, et Geoffrey, le fils du second, en train de s'éclabousser et de batifoler dans les grandes flaques qui avaient débordé du lit de la rivière. C'était là que, des années plus tôt, alors que l'Angleterre était si grande, ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Et ce hasard tellement immense avait changé leur vie de façon si drastique que, l'un comme l'autre, ils se demandaient toujours comment leur vie aurait été si, un jour, par un printemps d'il y avait longtemps, Robin ne s'était pas aventuré dans cette rivière à cet endroit, et si Gilles n'avait pas tiré sur une corde.
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Éveil - 131 mots
L'éveil du printemps donnait toujours à Gilles le sentiment d'être plus alerte, plus confiant, plus vivant. Il commençait à faire beau, l'atmosphère était plus légère et plus claire et, surtout, elle signifiait qu'il aurait de nouveau des fruits à chaparder aux arbres et des bêtes à piéger, sous réserve que le temps resterait le même. Oui, au printemps, Gilles se sentait bien, d'instinct. Mais l'hiver qu'il venait de passer, le tout premier où Robin et lui étaient frères, avait presque été identique au printemps. L'archer lui avait apporté à manger, tous les jours, quitte à devoir jeûner un peu, il l'avait tenu au chaud quand les nuits étaient froides, il avait ri avec lui. Pendant cet hiver, Gilles avait été heureux. Robin était pour lui comme un permanant morceau de printemps.
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Calvaire - 161 mots
Le simple fait de bouger les doigts était un calvaire. Gilles avait atrocement mal, cette flèche qui lui transperçait la main de part en part le faisait trembler comme une feuille tant le choc était grand. Il avait passé plusieurs heures sans oser la retirer, craignant de faire une hémorragie ou de sectionner un tendon important, mais heureusement, Azeem courut vers lui pour l'amener à sa tente.
"Je dois t'enlever ça, mon garçon, dit-il avec une grande inquiétude. Ou ça va s'infecter."
Dès qu'il commença à tirer sur la flèche pour l'enlever, Gilles perdit connaissance. Et, alors que le maure s'efforçait de sauver la main du garçon, Robin passa la tête à travers l'ouverture de l'habitation pour voir ce qu'il faisait.
"Ce garçon pourrait perdre sa main, Chrétien ! le tança son ami.
-Je... je suis désolé. Je ne voulais pas faire ça...
-J'ai besoin d'aller chercher des plantes médicinales. Tu vas rester là et veiller sur lui en attendant !"
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Fleur - 119 mots
La petite Louise était en train de tresser avec fierté des fleurs de toutes les couleurs dans les cheveux de son cousin Geoffrey.
"De douloureux souvenirs reviennent à moi, d'un seul coup, grommela Robin qui les surveillait, assis à côté de son frère.
-Pourquoi, tu faisais des bouquets de pâquerettes, toi aussi ? se moqua ce dernier en souriant à sa fille qui lui montrait son œuvre avec fierté.
-Non, mais Marianne adorait faire des couronnes avec, et parfois Pierre m'obligeait à la laisser m'en mettre dans les cheveux.
-Tu n'avais qu'à pas mettre le feu à ses boucles cuivrées, Robin, chantonna moqueusement son cadet.
-Ah mais non, tu ne veux pas un peu arrêter avec cette histoire ?"
