Allonger - 163 mots

Robin pestait dans son souffle lorsqu'il descendit de cheval, confiant la longe à un palefrenier, et emporta son frère, toujours à moitié conscient dans ses bras, jusqu'à la salle d'eau. Il ne savait pas exactement s'il devait en vouloir à Gilles pour son entêtement, à lui pour ne pas l'avoir forcé à rentrer, ou à tous ces nobles qui lui imposaient une pression insoutenable. Les aristocrates avaient fait semblant de vouloir aider son frère à s'intégrer plus facilement en le faisant s'entrainer avec leurs propres fratries, mais l'ancien voleur n'avait pas l'habitude d'un entrainement aussi lourd. Et, dans la chaleur, il avait attrapé une insolation.

"Ils vont regretter de t'avoir mis dans cet état, gronda-t-il en allongeant son frère dans un baquet d'eau glacée.

-Je suis sûr que je peux faire mieux qu'eux, grommela son frère en dodelinant de la tête. J'avais presque réussi...

-Je sais. Mais en attendant, tu vas rester dans ce baquet. Et moi... je vais prendre soin de toi."

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Conduire - 141 mots

"Que je t'aide à faire quoi ?"

Gilles dévisagea son frère, les yeux ronds. Et une certaine méfiance apparut sur son visage.

"Comment tu peux ne pas savoir danser ? Je croyais que les nobliaux comme toi apprenaient ça dès leur plus jeune âge ?

-C'est le cas, mais je ne suis pas très doué, répondit Robin en vérifiant que personne ne les écoutait. Tu veux bien m'aider ? Je t'ai vu à cette foire, l'autre jour. Les demoiselles autour de toi avaient l'air très impressionnées."

L'archer termina sa phrase par un sourire entendu. Celui de Gilles s'étira sur son visage et il se redressa.

"Très bien, dit-il en lui tendant sa main. Montre-moi ce que tu sais faire. Et ne t'inquiète pas. Pour le moment, c'est moi qui conduis. Quoi que... je suis sûr que Marianne en a l'habitude aussi !"

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Loterie - 150 mots

Gilles n'avait pas pensé que l'installation d'une loterie au milieu de cette foire d'automne pourrait causer du chagrin à son frère, mais le sourire mélancolique et triste de Robin ne trompait pas.

"Pierre aimait beaucoup de genre de jeux, lui expliqua doucement l'archer, qui observait les enfants ravis et les paysans enthousiastes, un peu en retrait. C'était même le premier à organiser les lots quand il en organisait pour le personnel de son château."

Le coeur serré devant sa mine triste, Gilles lui pressa le genou avec compassion et s'éloigna vers le marchand qui annonçait les prix. Il avait toujours eu une chance moyenne à ce jeu, et quand il gagna un lien en cuir à porter au poignet, il alla l'offrir à Robin. Son frère sourit et le passa aussitôt à son poignet. Un peu rassuré par son air moins abattu, Gilles lui planta un baiser sur la joue.

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Manipuler - 138 mots

Robin tenait la tête de son frère dans ses mains, et Azeem manipulait son épaule blessée, s'efforçant de rester insensible aux couinements de douleur que le jeune homme laissait échapper.

"Je vais bien, marmonna Gilles en serrant les dents. C'est déjà moins handicapant qu'une flèche dans la main..."

Sans réponse, Azeem leva les yeux vers Robin. Son ami avait le regard rivé sur le trait qui transperçait l'épaule de son cadet de part en part, et le maure savait qu'il revoyait sans aucun doute Pierre devant ses yeux, Pierre qu'une flèche traîtresse avait transpercé alors qu'ils étaient enfin libres, Pierre que Robin avait désespérément essayé de rejoindre pendant qu'il se sacrifiait pour lui, alors qu'Azeem était obligé de l'entrainer au loin.

"Chrétien, souffla-t-il, s'attirant un regard hagard de l'archer. Ton frère ne mourra pas. Je te le promets."

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Corde - 125 mots

"Vous serez tous pendus et il finira lui aussi par subir le même sort !"

La voix du shérif résonnait encore dans ses cauchemars. Il n'avait pas pu s'en empêcher, dès que Nottingham avait prononcé cette phrase, une vision du corps de Robin se balançant au bout d'une corde avait flashé dans son esprit. Sa première pensée avait été, malgré sa rancune, qu'après ça il serait définitivement seul, qu'il aurait perdu toute sa famille. Mais, maintenant que l'archer et lui étaient frères pour de bon, cette vision le terrifiait encore plus.

"Chhut, souffla Robin en posant sa main sur sa poitrine pour l'apaiser, au cours d'une énième nuit où il se réveilla en sursaut.

-Robin...

-Tout va bien. Je te promets qu'il ne m'arrivera rien."

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Château - 174 mots

Pour le temps d'une nuit, tous les protocoles et toutes les normes sociales avaient été bouleversées, dans le château de Nottingham. Les paysans de Robin et les habitants de la place forte s'étaient tous retirés dans les innombrables chambres du château pour y dormir, maintenant que c'était leur chef qui avait le contrôle de l'endroit. Seul Gilles demeura un moment sur le seuil à regarder les hautes murailles, hésitant à y entrer.

"Qu'est-ce qu'il y a ? l'interrogea Robin. Tu comptes passer la nuit à le regarder ?

-Je ne suis pas très à l'aise à l'idée de dormir dans un espace clos, rétorqua le jeune homme en le regardant à peine.

-Mm."

Robin regarda autour de lui et désigna un tas de foin odorant non loin de là.

"Et de la paille, ça t'irait ?

-Très bien. ... Mais toi, tu ne vas pas dormir à l'intérieur du château ? s'étonna Gilles en voyant son frère le suivre.

-Je te l'ai déjà dit. Maintenant que je t'ai trouvé, je ne te lâche plus."

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Statique - 172 mots

Gilles se battait de son mieux contre les soldats qui les avaient pris en embuscade, et il ne s'en tirait pas trop mal lorsqu'il s'aperçut que son frère restait statique au beau milieu du champ de bataille, comme s'il ne parvenait pas à attaquer le jeune noble qui commandait ces troupes. Le jeune homme jura et s'élança vers son frère, qui réussit à faucher et à jeter à terre avant que la lame du noble n'entaille sa chair.

"Qu'est-ce qui te prend, de rester là ! le gronda-t-il en jetant un de ses poignards à l'assaillant pour le forcer à reculer. Robin, secoue-toi !

-C'est... c'est le cousin de Pierre..., murmura l'archer en se relevant. Je ne peux pas..."

À ce moment-là, le noble ennemi se jeta sur eux une nouvelle fois et administra un coup violent à Gilles, ce qui lui ouvrit la lèvre et lui arracha un grognement de douleur. Les yeux bleus de Robin se durcirent aussitôt.

"Recule, Jean, lança-t-il froidement. Je te défends de toucher à mon frère."