Mélodieux - 143 mots

"C'est ton propre mariage, et tu ne chantes même pas ? feignit de s'étonner Gilles en lançant un sourire narquois à son frère. Pourtant, tu dois être tellement heureux... allez, même pas une petite ballade pour ta belle épouse ?

-Je ne préfère pas, sourit Robin, modeste pour une fois, pendant que leurs compagnons riaient autour d'eux. Ça risque de ne pas être très mélodieux.

-Moi, je peux te chanter quelque chose, si tu veux, insista son frère. Je connais justement une comptine que j'ai eu le plaisir de chanter pour la première fois quand nous nous sommes rencontrés.

-Je sais de quoi elle parle ! rétorqua l'archer en faisant mine de vouloir lui pincer la hanche, et je préfèrerais éviter que tu la chantes devant qui que ce soit !"

Il n'avait pas envie de se ridiculiser devant le roi Richard !

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Banc - 114 mots

Robin et Pierre étaient assis sur les bancs de bois qui avaient été installés exprès pour la fête estivale. Ils savaient que c'était la dernière à laquelle ils assisteraient, en tout cas pour un petit moment, car ils avaient décidé de partir pour les Croisades. Ils étaient encore jeunes et complètement insouciants. Ils étaient sûrs de revenir en vie, et ils étaient curieux de découvrir l'inconnu. Ils ne savaient pas encore à ce moment-là que cette expédition serait loin d'être une promenade de santé, et qu'elle durerait bien plus longtemps qu'ils le croyaient. Robin repenserait à ce jour pendant très longtemps. S'il avait su, il n'aurait jamais laissé Pierre participer à cette quête absurde.

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Porter - 146 mots

Gilles avait toujours eu une quantité impressionnante d'énergie à revendre, bien plus que certains pouvaient le croire au premier abord, vu qu'il n'était pas du genre à courir dans tous les sens ou à parler sans arrêt. Il était bien parvenu à revenir seul des prisons du Shérif, après tout. Mais là, c'était trop...

"Laisse-moi seulement une minute ou deux, haleta-t-il en s'affalant par terre. Juste le temps de reprendre des forces.

-Je t'avais dit de ne pas te démener autant alors que tu étais très malade il y a encore quelques jours, le gronda Robin."

Il fit une pause, puis ajouta en s'accroupissant près de lui :

"Allez, accroche-toi, je vais te porter.

-D'accord, accepta Gilles, trop fatigué et enchanté par l'attention de son frère pour être autre chose que docile. Mais seulement jusqu'au prochain village. Après, je pourrai me débrouiller."

L'archer sourit sans répondre.

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Perdre - 182 mots

Ils se disputaient encore, comme c'était le cas de plus en plus souvent depuis l'arrivée dans le camp de cet homme qui avait bien connu la mère de Gilles. Ses histoires ne rappelaient que trop bien les anciennes rancœurs du jeune voleur, et gâchaient une partie des moments qu'ils passaient ensemble, Robin et lui, comme cette promenade qu'ils avaient entamée au milieu de la nuit pour voir un grand un grand lac non loin de là où dansaient des lucioles.

"Je te jure, Gilles, s'exclama Robin, à bout de patience, pendant qu'ils arrivaient près du point d'eau, que si tu continues à me chercher je m'arrange pour te perdre dans la forêt !"

Gilles s'immobilisa, incrédule, puis il éclata de rire.

"Me perdre ? Toi ? s'exclama-t-il. Mon frère, si jamais on se sépare pour rentrer, c'est moi qui retrouverai notre chemin, pas toi !"

Robin fronça les sourcils, joueur, et se jeta sur lui pour le faire tomber dans l'herbe. Toute querelle oubliée, ils se bagarrèrent au bord de l'eau vive, puis se couchèrent sur le dos pour admirer les lucioles.

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Épique - UA - 183 mots

Robin avait été comme tous les autres jeunes chevaliers de son âge, il avait été appâté par ces promesses de voyages et de combats épiques contre les infidèles, comme autant de preuves de sa valeur. Comme les autres jeunes nobles de vingt ans, il était persuadé que rien ni personne ne pouvait l'arrêter, qu'il était immortel et qu'il accomplirait des prouesses, qu'il reviendrait couvert de gloire.

Son père lui avait demandé de ne pas partir, de laisser ces gens qui vivaient si loin dans la foi qu'ils avaient choisie. Son petit frère, qui avait dix ans, l'avait supplié de rester.

"Pourquoi tu veux partir aussi loin ? avait demandé l'enfant d'une toute petite voix. Tu ne veux plus rester avec moi et me raconter des histoires sur quand je pourrai être un chevalier comme toi ?

-Non, ce n'est pas ça, avait-il répondu en tenant son petit frère dans ses bras. Je reviendrai, Gilles, je te le promets."

Et maintenant qu'il pourrissait dans ces geôles, la seule et unique chose qui le maintenait en vie, c'était de tenir cette promesse qu'il avait faite.

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Salutaire - 98 mots

Robin n'avait, à ce moment-là, aucun plan pour s'évader, aucune prétention réelle à échapper aux hommes qui les avaient emprisonnés cinq ans plus tôt pour réussir à s'enfuir. Il voulait juste sauver Pierre. Son ami était trop affamé, trop faible, trop mal en point, il ne supporterait jamais qu'on lui coupe la main. Robin était prêt à tout pour le sauver, quitte à s'accuser du vol -qu'il n'avait même pas commis- à sa place. De ce geste de pure amitié, de pure tendresse, de ce geste salutaire naquit leur chance, leur billet de sortie, leur échappatoire vers l'Angleterre.

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Arachide - UA - 135 mots

Robin avait tellement peur qu'il ne pouvait pas s'empêcher de faire les cent pas dans le couloir en attendant l'avis du médecin. Et en plus, tout ça était de sa faute ! C'était lui qui avait donné ce gâteau à manger à son petit frère de sept ans, sans se douter qu'il pouvait être allergique aux arachides. Si jamais il devait mourir, Robin ne pensait pas être capable de le supporter.

"Ça va aller, tenta de le réconforter son ami Pierre, chez qui l'incident était arrivé. Il est presque aussi fort que toi, déjà. Il ne laissera pas un vulgaire biscuit le terrasser."

Bientôt, le médecin sortit de la pièce en portant le petit garçon, endormi mais sain et sauf, que Robin se dépêcha de prendre dans ses bras pour le serrer contre son coeur.