Gâter - 189 mots

Gilles était assis sur un banc en plein milieu du couloir et faisait de son mieux pour occuper son neveu de trois ans, installé sur ses genoux, et qui avait refusé de rester dans sa chambre. À cours d'idées après les heures qu'ils avaient passées là, l'ancien voleur résolut de poser la question tant de fois répétée à son neveu :

"Tu préfèrerais que ce soit un petit frère ou une petite sœur ?

-Un petit frère ! décréta aussitôt l'enfant en le dévisageant avec sérieux. Comme ça, on pourra apprendre à se battre et à chasser et à explorer ensemble !

-Les filles font ça aussi, remarqua Gilles en se référant à la mère du petit garçon.

-Et je pourrai lui offrir des jouets, de la nourriture et des câlins et le gâter comme Père le fait avec toi !

-Quoi ? s'exclama le jeune homme en virant à l'écarlate. Qu'est-ce que tu racontes ?

-Je l'ai vu, hier, il t'a donné son dessert en douce !

-D'accord, d'accord, alors j'espère que ce bébé ne tardera pas à pointer son museau par ici, qu'on puisse voir ça !"

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Jovial - 185 mots

Le château était tellement plein de monde depuis la naissance du second fils de Robin et Marianne que Gilles avait l'impression qu'il s'était transformé en place de marché. C'était non seulement la noblesse anglaise au grand complet ou environ, mais aussi tous les paysans à des lieues à la ronde qui venaient voir le bébé et féliciter les parents. À tel point que la femme de l'ancien voleur avait fini par se replier à l'autre bout du château avec leur fille Louise, qui avait à peine un an, pour respirer un peu. Et quand ce n'était pas elle, c'était Robin et Marianne qui lui laissaient la garde de leurs fils, et Gilles devait veiller à la fois sur le nouveau-né tout châtain comme sa mère et son frère, les innombrables visiteurs et le petit Geoffrey. Qui était étrangement sage, en fait, et accueillait chaque remarque admirative, chaque sourire jovial avec un signe de tête sérieux et fier. Gilles ne l'avait jamais vu aussi heureux. Et il pouvait le comprendre. Lui non plus n'avait jamais été aussi heureux que quand Robin et lui étaient devenus frères.

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Pluie - 132 mots

Les petites mains de Gilles étaient appuyées contre le mur délabré de la maison pour voir la pluie qui tombait à l'extérieur.

"Maman ! Est-ce que je peux retourner jouer dehors ? demanda-t-il à Ann qui brodait dans un coin glacial. J'ai envie d'essayer de boire l'eau qui tombe du ciel ! Et je veux approcher de vrais chevaliers !

-Non, mon chéri, tu ne dois pas les déranger."

En effet, Ann avait même tiré le loquet pour être certaine que son impétueux petit garçon n'essaierait pas de sortir quand même. Elle avait reconnu le fils de son ancien amant qui s'abritait dehors, sous une avancée de toit. Et même si Gilles le dévorait de grands yeux admiratifs, elle savait que ce n'était pas encore le bon moment pour qu'ils deviennent frères...

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Saltimbanque - 204 mots

"Arrête de sourire comme ça, je suis sûr qu'à la fin de ce spectacle, tes chevilles auront tellement enflé que tu ne pourras plus retirer tes chausses."

Le sourire de Robin s'élargit encore plus et il se tourna pour donner un coup de coude à son frère, mais à sa grande surprise, il le vit commencer à s'éloigner.

"Où vas-tu ? s'étonna-t-il pendant que le spectacle ambulant racontant les exploits des hors-la-loi de Sherwood jouait encore.

-Je préfère partir avant d'être témoin de la façon dont ces saltimbanques m'ont mis en scène, répondit Gilles sans se retourner."

Effectivement, ils avaient une image du jeune voleur bien peu flatteuse, mais lorsque celui-ci revint auprès des autres hors-la-loi à la fin de la représentation, il eut la surprise de voir les comédiens s'incliner devant lui en s'excusant.

"Qu'est-ce qui leur prend ? s'étonna-t-il en se tournant vers son frère.

-Je leur ai expliqué qu'un héros avait toujours besoin de quelqu'un pour lui montrer ses défauts, expliqua Robin en lui tapant dans l'épaule. Je n'aimais pas ça à l'époque, mais tu avais raison de me remettre en question.

-Eh bien, il y avait un peu de mauvaise foi, là-dedans...

-Je peux en dire autant de moi !"

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Encourager - 126 mots

Gilles avait été persuadé qu'il ne parviendrait jamais à venir à bout de ces autres nobles qui avaient organisé des tournois amicaux dans la propriété de l'un d'eux. Non pas parce qu'il se pensait faible, mais parce qu'ils avaient des méthodes de combat bien particulières, alors que lui se battait... comme un voleur, un paysan, et il ne voulait pas salir le nom de son frère, en renvoyant l'image d'un vulgaire brigand.

"Vas-y, Gilles, je sais que tu peux y arriver ! ne cessait de l'encourager Robin depuis l'autre bout du champ, visiblement très fier de lui."

"Vas-y, Gilles, je sais que tu peux y arriver"... C'était aussi ce que lui disait sa mère... Ou qu'elle soit, il ne pouvait pas la décevoir, elle non plus.

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Épingle - 104 mots

"Robin, arrête un peu de chouiner, chuchota Pierre en lançant un regard éloquent à son ami. Ces vêtements sur-mesure ne se confectionnent pas tout seuls. Si tu veux qu'on ait le temps d'aller jusqu'au lac avant que la nuit tombe, il faut que tu la laisses faires.

-Je sais, grommela le jeune garçon en tressaillant de façon exagérée sous le coup de la nouvelle épingle qu'on enfonçait dans sa tunique. Mais ça pique !

-Tu es douillet !"

Il n'avait pas peur de ces épingles, quand ils étaient petits : transformées en minuscules épées pour leurs figurines de chevalier, elles faisaient de merveilleux jouets.

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Compresse - 142 mots

Robin étant un jeune garçon fier et fougueux, il faisait toujours le casse-cou devant ses copains et il ne leur montrait jamais quand il se faisait mal. Il n'y avait que Pierre pour vraiment savoir, Pierre de qui il était aussi proche que d'un frère, et qui lui faisait les gros yeux quand il continuait de se bagarrer avec les autres comme si de rien n'était, malgré sa blessure évidente au côté.

"J'ai maaaal, se plaignit Robin quelques minutes plus tard, après le départ de leurs amis, et secrètement soulagé de pouvoir enfin se plaindre.

-Tu ne peux t'en prendre qu'à toi ! rétorqua Pierre en utilisant une partie de sa tunique pour lui faire une compresse. Quelle idée d'insister alors que tu étais blessé !

-Ne me laisse paaaas !

-Jamais, enfin. Tu sais bien que je tiens trop à toi."