Colimaçon - 180 mots
C'était un sentiment irrésistible, qui s'était réveillé depuis qu'il était devenu frère avec Robin : celui d'avoir toujours envie de l'embêter. Gilles se retint de toutes ses forces, tant le moment paraissait solennel avec ces nobles de province qui juraient alliance à son frère, mais les petits escargots qu'il avait trouvés par terre, le long du chemin bordé de restes de pluie, lui donnaient beaucoup trop d'idées. Délicatement, il se pencha pour saisir entre ses doigts leur petite coquille en colimaçon et s'avança silencieusement vers son frère. Au moment où Robin s'y attendait le moins, il lui colla l'escargot sur la joue; les cris de protestation de l'archer se firent attendre, mais ils résonnèrent bientôt dans l'air frais d'après averse.
"Hé ! Mais arrête ça, c'est tout gluant !
-Qu'est-ce qui t'a pris tout ce temps ? s'esclaffa Gilles en reposant l'animal au sol. Tu pensais que c'était un baiser de Marianne ?
-Non, de toi ! Ça ne m'aurait pas étonné, vu comme tu baves en dormant !"
L'écho de leurs rires retentit un long moment sur le sentier.
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Toucher - 111 mots
Il y avait tellement longtemps que personne ne l'avait tenu avec douceur et tendresse que Gilles se trouva presque surpris qu'il existe encore des gestes aussi aimants. L'étreinte, la caresse sur sa joue, le nez de Robin qui s'enfouissait dans ses cheveux, tout cela lui rappela d'un seul coup sa mère, puis la sensation d'avoir de nouveau une famille... Il pensait, depuis la mort de Ann, qu'il était assez fort, assez endurci, qu'il n'avait plus besoin de tout ça pour vivre, mais ce fut à cet instant que le jeune homme s'aperçut à quel point ça lui avait manqué, à quel point c'était important de sentir quelqu'un le toucher avec douceur.
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Doux - 156 mots
Comme sa stratégie avec le poulain avait merveilleusement bien fonctionné, Robin décida d'offrir un chiot à son frère pour apaiser un peu sa frayeur des molosses. La petite boule de poils était vraiment adorable, brune et blanche, et Gilles s'exclama en la prenant dans ses bras :
"Mais il est tout doux ! Tu es sûr qu'il va devenir un de ces horribles chiens qui pourchassent les cerfs et mordent les jambes des intrus ?
-Évidemment, sauf si tu le maternes autant que ton poulain ! rétorqua son frère. Tu veux bien me laisser jouer avec ?
-Non, c'est le mien, répliqua Gilles, les yeux brillants d'amusement. Tu n'as qu'à adopter un de ses frères et sœurs !
-Je vais me gêner !"
Il ne fallut pas longtemps pour voir les deux seigneurs de Locksley jouer derrière le château avec les adorables chiots, comme les deux enfants qu'ils avaient été et qui rattrapaient le temps perdu.
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Frère -157 mots
Gilles avait eu besoin de partir de Sherwood, comme ça lui arrivait parfois, quand même l'isolement qu'il arrivait à recréer n'était pas assez pour son coeur solitaire. Il n'en avait rien dit à personne, parce qu'il n'avait jamais prévenu personne quand il s'en allait, même pas sa mère quand il était encore petit. Il s'était posé des questions sur son avenir soudain bouleversé, sur Robin dont il se sentait si différent encore, sur sa place qu'il n'arrivait pas à trouver. Il était sûr de n'inquiéter personne, mais lorsqu'il revint au bout de quelques jours, la première chose que fit son aîné, ce fut de le prendre dans ses bras.
"Tu m'as inquiété, murmura-t-il dans son cou.
-On lui a dit de ne pas te couver comme ça, lança Petit Jean, mais c'est un vrai frère poule."
Gilles n'en fut même pas indigné. Après tout, c'était vrai... Ils étaient deux frères, deux moitiés d'une même chose, à présent.
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Façade - 172 mots
Gilles n'aimait pas du tout la façon dont son mépris et son dédain pour Robin tenaient de plus en plus de la façade, au lieu d'être ses véritables sentiments. Oh, il le détestait et lui en voulait toujours à mort d'avoir fait de sa vie un enfer, mais il ne le voyait plus comme un noble hautain, autoritaire et inconscient. Robin était courageux, intelligent, drôle et doux, mais le jeune voleur n'en était que plus frustré encore. Il voulait aimer ce frère. Ce n'était pas comme le soir de leur rencontre, au feu de camp, où il aurait voulu lui arracher la tête. Où il était sûr que Robin allait juste se servir d'eux, faire sa loi comme le noble imbu de lui-même qu'il était. Maintenant, il le méprisait de moins en moins... et il s'en voulait de vouloir aimer quelqu'un qui ne l'aimerait sûrement jamais.
Jusqu'à ce que Robin le prenne dans ses bras. Jusqu'à ce qu'il lui dise qu'il l'aimait. Alors, là, tous les espoirs de Gilles semblèrent devenir réalité.
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Tireur - 121 mots
Robin profita d'une brève accalmie dans la pluie de flèches qui se déversait sur eux pour attraper son frère par les épaules et le tirer avec lui derrière un renfoncement de mur. Marianne était en danger et, d'habitude, il n'aurait pas hésité à braver les traits mortels pour aller la secourir. Mais il n'était plus seul, à présent... Il avait Gilles depuis quelques jours, et il ne pouvait pas le laisser de nouveau seul, sans la protection et l'amour de sa famille. Il savait qu'Azeem veillerait sur lui, mais ce ne serait pas pareil. Alors, l'archer essaya de localiser le tireur qui était en tête du groupe et de trouver un plan pour le neutraliser. Ainsi, les autres se rendraient peut-être.
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Image 1 - 153 mots
"Hé, Robin ! Viens voir ce que j'ai trouvé !"
Gilles était tellement content de la clairière enchanteresse qu'il avait dénichée, dans cette forêt loin de chez eux, qu'il était aussitôt allé quérir son frère. Il voulait absolument lui montrer la mousse moelleuse comme un matelas, l'ombre fraîche des arbres et la rivière scintillante, que nourrissait une petite cascade. En trainant son aîné après lui dans les bois, le jeune homme réalisa soudain à quel point son comportement était à l'opposé de ce qu'il aurait fait quelques semaines plus tôt. En effet, en dénichant une clairière aussi belle, il en aurait aussitôt fait son sanctuaire, son petit coin intime où il aurait pu être seul avec ses pensées. Mais maintenant, il voulait partager toutes les merveilles qu'il rencontrait avec Robin. Il voulait qu'ils passent du temps ensemble, qu'ils partagent des secrets. Il ne voulait plus être seul s'il pouvait être avec son frère.
