Charnier - 192 mots
C'était un véritable charnier qui se dévoilait sous les yeux de Robin. Des corps, des corps empilés partout, Maures et Chrétiens mélangés pêle-mêle comme s'ils ne faisaient plus qu'un seul peuple, soudain, uni dans la mort. C'était à peine si Robin comprenait comment il arrivait encore à avancer, les jambes sciées tout autant par l'épouvantable spectacle que par les blessures qui tailladaient sa chair, sanglantes et béantes par endroits. Il aurait fait n'importe quoi pour pouvoir retourner blottir sa tête contre les genoux de son père avec qui il était pourtant brouillé et lui demander pardon. Il avait mal, et il avait peur, mais il ne pouvait pas s'empêcher de continuer à avancer pour trouver quelqu'un dans ce charnier. Pierre, Pierre devait être là, c'était sûr, il ne pouvait pas le quitter et le laisser seul dans cette tourmente, cette détresse et cet Enfer. Il devait être là... Et soudain, Robin aperçut enfin les cheveux châtains-roux qu'il cherchait, et se précipita dans leur direction. Il ne laissa même pas le temps à son ami de se relever complètement, le saisit dans ses bras et le serra contre lui de toutes ses forces.
/
Brûle-toi - 151 mots
"Tu peux toujours essayer de libérer ton demi-frère, si tu le souhaites, l'informa le Shérif de Nottingham avec une sincérité déconcertante, qui cachait bien sûr un cruel sadisme. Je ne t'en empêcherai pas, mais dépêche-toi, avant que je change d'avis.
-Non, Gilles... ! Je te... l'interdis... !
-Je décide moi-même de ce que je dois faire !"
Gilles feignait d'être fort et assuré, mais une douleur insoutenable lui nouait la gorge quand il voyait son frère enchaîné devant lui, ses entraves chauffées à blanc et lui brûlant peau sans qu'il puisse s'y soustraire. Cette vision lui donnait envie de pleurer.
"Vas-y, brûle-toi, murmura le Shérif une nouvelle fois."
Un dernier regard à la souffrance de son frère, et le jeune voleur n'hésita plus : il saisit son attirail de brigand, empoigna les chaînes bouillantes à pleines mains, et, faisait fi de ses cris de douleur, il essaya de délivrer son frère.
/
Une poupée vivante et détraquée - 220 mots
C'était vrai, quand il était petit, Robin détestait les poupées. Quel calvaire quand il devait se rendre chez des amis dotés de petites sœurs; à tout hasard, Pierre ! Il n'aimait pas leurs yeux figés, leurs membres mous, leurs cheveux faits avec ceux de leur propriétaire. Ça avait fini par lui passer, mais cette poupée-là, pourtant inerte et silencieuse, lui donnait des frissons de malaise dans tous le corps. Un duc l'avait offerte aux deux petites filles de son frère, mais Robin ne parvenait pas à les laisser seules avec le jouet. Il paraissait vivant et détraqué.
Surtout quand il faisait noir...
"Mon oncle ! Je crois que... je viens de voir Béa bouger, murmura Louise, la plus âgée, d'une voix blanche, alors que Robin était justement venu leur reprendre la poupée avant la nuit, comme toujours.
-Quoi ?"
L'archer n'eut pas le temps d'en dire plus; le jouet démoniaque ouvrit grand sa bouche garnie de dents tranchantes et se précipita vers eux à une vitesse hallucinante. Les deux fillettes hurlèrent.
"Allez chercher votre père ! ordonna Robin en se plaçant entre ses nièces et cette chose, parant à grand peine sa mâchoire puissante. Vite !
-Papa ! Papa ! fut le dernier son qu'il entendit d'Aliénor, la plus jeune, tandis que les deux filles s'enfuyaient dans le couloir obscur."
